Shinmanga ayant pour objectif de promouvoir avant tout le manga, il était grand temps que je consacre un article au manga. Mon travail de recherche vis à vis du manga s’est peu à peu complété dans la rubrique "Histoire, étude des mangas/anime".

Cette rubrique comporte quelques références de documentation et de recherche sur le sujet, le but étant maintenant d’écrire, à coté des critiques/analyses des articles généralistes sur les notions importantes et les auteurs importants (j’en oublierais sans doute, et tenir de front l’actualité et le fond n’est pas toujours évident) un article de fond sur le manga (shonen, shojo (celui sur le shojo, repris du shojo power, a bien avancé).

Précisons dés maintenant que la classification de shonen, shojo, seinen etc... dans le présent article suit la classification des éditeurs japonais. Ainsi, un titre publié dans shonen jump, est un shonen. Au delà de cette définition organique, nous tenterons bien sur d’apporter dans le paragraphe consacré aux genres une définition matérielle. Toutefois, la définition organique a le mérite de permettre de classer un titre sans contestation possible (seule difficulté, lorsqu’une série change de support de publication en cours de chemin, un shonen devenant seinen ou l’inverse, dans ce cas, c’est le premier support qui est retenu).

Nous nous attaquons donc aujourd’hui à l’une des notions centrales de shinmanga : le manga. A l’heure où j’écris cette ligne, j’ai débuté cet article depuis plus de quatre mois.

Si la rédaction d’un tel article revêt sans doute pour certains assez peu d’intérêt, je suis heureux de voir Shinmanga cité en sitographie lors d’évenements autour du manga (dernière en date que j’ai pu voir, une manifestation organisée par la bibliothèque de Grenoble), de répondre aux questions de différents étudiants pour la réalisation de leur mémoire (cela prouve que le site sert à quelque chose), ou encore d’être cité par une doctorante suisse en thèse sur le manga. Mon plus grand bonheur serait sans doute d’apprendre que certains parents puissent voir dans le manga autre chose qu’un instrument consumériste pervertissant l’esprit de leurs chers enfants ou que certains jeunes puissent se passionner pour un sujet autrement qu’en se bornant à ne voir en celui-ci qu’un objet de pur plaisir jetable.

Le présent article reprendra bien sur par copier/coller d’autres articles du site (et tant pis si Google me pénalise pour Duplicate content, au diable Google), afin de les inclure dans un tout enfin cohérent. D’autre part, cet article est bien sur, sujet à évolution et pourra faire l’objet de compléments.

Autre éléments à propos de cet article : les images. Avec internet, il est désormais possible de trouver une image en deux clics et je ne veux surtout pas alourdir la page à cause d’un nombre trop important d’images (à l’heure où j’écris ces mots, l’article compte désormais à 130 pages). Par conséquent, je mettrais quelques images, schémas si besoin, mais celles-ci seront avant tout pour expliquer, argumenter mon propos plutôt que pour rendre la page plus attrayante. Les banques d’images sont légions sur internet .

Enfin, l’article n’a pas vocation à présenter tous les auteurs de manga, même s’il s’agit d’auteurs importants, comme Hirokane Kenshi ou Yoshinori Kobayashi. En effet, le choix a été fait d’intégrer certains auteurs dans un courant général (d’un point de vue contribution au manga) et d’en présenter d’autres de manière individuelle en les réintégrant dans ce courant général (l’article présente les auteurs de manière plus individuelle lorsque leur première publication est postérieure aux années 70- 80). Si je ne souhaite pas nécessairement être d’une exhaustivité à toute épreuve (j’attends déjà les remontrances de type « mais tu n’as pas parlé de tel titre ou tel titre »), l’article a vocation à étudier le manga sous un angle historique, analytique, mais également de démontrer sa richesse, et donc nécessairement de l’illustrer avec un certains nombre d’auteurs.

Ces choses étant dites, vous trouverez ci-après le sommaire de l’article. Il est divisé en six points que je pourrais eux même diviser en trois grandes tendances : la première relevant d’une tentative de définition de l’objet (correspond au I). La deuxième, relativement objective, retraçant chronologiquement la création de l’objet que nous connaissons aujourd’hui (correspond du II au V). Les deux premières tendances correspondent un peu à une approche rationnelle. Et une troisième tendance, plus philosophique et plus personnelle (correspond au VI)

Sommaire :

I- Tentative de définition

a) Avant toute chose, qu’est ce qu’une bande dessinée ?

b) le mot manga : définition et usage

II- L’histoire du manga : du rouleau à l’impression

a) du Rouleau à l’imprimé, apparition des premières thématique

b) naissance du support imprimé et édition

III- L’après seconde guerre mondiale : la naissance du manga moderne

a) la période pré seconde guerre mondiale

b) caricature et apparition des premiers strips

c) Tezuka et le Gekiga

d) Naissance de l’industrie du manga moderne

IV- l’industrie moderne du manga, âge d’or, chute et solutions ?

V- Pluralisme de types et de thématiques

VI Question autour du manga, approche philosophique et personnelle

I) Traitement de la realité opaque, mon voyage au Japon et observation du lien entre ce que j’ai pu voir et le manga, Premier miroir : TATEMAE

a)Bouddhisme, Shintoïsme et spiritualité

b) spiritualité et personnages particuliers

c) Lutte de clan, Samurais, Geishas et châteaux

d) Paysage champêtre et culture urbaine

e) Hiroshima, traumatisme et renouveau

f) Thé et gastronomie japonaise

g) L’omniprésence des chats !

II- Notions fondamentales – application du miroir d’ameratsu à un second niveau : l’Honne

a) L’honne et le tatemae

b) La logique du Tournoi, faire face à toujours plus fort et le shonen

c) Quelques notions d’estethique : l’Iki et le Wabi Sabi

d) Amae/Giri où la profondeur de l’amitié et la victoire du groupe

e) L’Ijime : quand un clou dépasse, il faut l’enfoncer !

f) Des Kogaru à l’Enjo Kasai : une approche particulière du corps ou le matérialisme à son paroxysme ?

g) Hikikomori, l’utime tendance de l’otakuisme

h) Freeter : une partie de la jeunesse décalée

i) Une société du comment plus que du pourquoi

j) Le suicide et ses variantes : une approche si particulière de la mort

k) Une conception particulière du bien et du mal

l) Le manga retranscrit il le rôle du père et de la mère dans la société ?

m) L’épineuse question de la relation entre le Manga et politique

Précisons à l’égard du champ de l’article que la question du « manga en France » est écartée et fera sans doute l’objet de développements spécifiques dans un autre article dédié.

En attendant, vous trouverez un article relativement bien détaillé dans l’article suivant : l’antre de fangirl (Petit Historique de l’Anime et du Manga en France, de 1978 à 2003). Sur le monde de l’édition, les rapports de l’association ACBD et les points mensuels de manga news (reprenant les informations de livres hebdo) sur les meilleurs ventes du manga en France sont assez éclairants. J en parlerai néanmoins un peu à la fin de cette article afin d’évoquer les évolutions futurs du manga dans un cadre bien précis. De même, je citerai quelques sites, mémoires intéressants sur le sujet.

I- Tentative de définition

a) Avant toute chose, qu’est ce qu’une bande dessinée ?

Si toute le monde traduit le mot manga par "bande dessinée japonaise" (nous verrons la question de la terminologie au point suivant), il convient de définir le terme essentiel de "bande dessinée" et le terme de "japonaise".

le manga selon shinmanga (histoire et étude (...) concernant la notion de "bande dessinée", cette notion mériterait en elle même un développement spécifique. Néanmoins, il est essentiel de la définir.

Comme l’exprime Francis Lacassin, il convient de distinguer le concept et les médiums.

Les médiums correspondent aux comics, fumetto (bande dessinée en italie), manga, manhua (bande dessinée chinoise) etc.. Il s’agit pour simplifier du support.

Deux thèses s’opposent autour du concept de bande dessinée :

La première consiste à dire que la bande dessinée s’inscrit dans un courant plus général existant depuis la préhistoire, dés lors qu’une représentation repose sur une suite d’images. Les défenseurs de cette thèse, comme Scott McCloud, estime que la bande dessinée n’est que le prolongement des dessins figurant dans les grottes de lascaux ou la tapisserie de Bayeux (d’ailleurs cette tapisserie figure dans l’ouvrage de Brigitte Koyama Richard, "Mille ans de Manga").

La seconde considère que la bande dessinée est un art à part entière. Cette thèse se divise elle même en deux clivages, le premier considérant que la bande dessinée est un mixte entre texte et dessin (Rodolphe Töpffer "Essai de Physiognomonie" ; Will Eisner Sequential Art, « l’Art séquentiel ») , alors que le second affirme la nécessité que les textes s’inscrivent dans des bulles (Henri Filippini, Dictionnaire de la bande dessinée, Bordas, 2005).

Si le dernier clivage se veut restrictif, on comprend bien la tentation d’imposer la bulle comme critère afin de différencier deux images se suivant accompagnées de textes, et la bande dessinée que nous connaissons avec des bulles. Je tenterais personnellement de proposer une définition.

Préalablement, reprenons la définition de Wikipedia :

"succession d’images organisées pour raconter une histoire et présentée de façons diverses (en planche, en illustré, en petit format, en album, etc.)"

Personnellement, cette définition ne me convient pas et je préfère retenir cette définition (même si je ne suis pas historien en art et que je n’ai pas fait une école d’art) :

" séquence d’images initialement dessinée, intégralement ou partiellement accompagnée de texte directement rattachable aux propos ou à la pensée d’un ou de plusieurs personnages, et organisée pour raconter une histoire sur un support numérisé statique ou sur un support papier adapté à cet effet. ".

Le terme initialement dessinée est pour moi nécessaire afin de distinguer la bande dessinée du roman photo (exemple de bande dessinée reprenant le concept de roman photo : Love fragments shangai (chaiko / Xiao pan)) ou du collage.

L’ajout de "intégralement ou partiellement" vise à inclure le fait qu’il n’y a pas nécessairement de texte dans chaque case (si l’on se contente de mettre "es" à "accompagné", cela revient que dire qu’il y a systématiquement du texte, mais en même temps, il faut nécessairement du texte).

La notion de "directement rattachable" permet de différencier la simple succession d’images avec un texte narratif sur chacune d’entre elles de ce que je comprends moi comme étant de la bande dessinée.

En gros, la notion de "directement rattachable" est à rapprocher des « phylactères » ou bulles. Pourquoi ne pas imposer les bulles dans la définition ? tout simplement car pour moi, imposer la bulle est trop restrictif (dans bon nombre de shojo, sur certaines planches, il n’y a pas de bulle pour exprimer la pensée d’un personnage, il n’en reste pas moins que la pensée est directement rattachable au personnage et qu’il s’agit pour moi d’une bande dessinée). De plus la notion de "aux propos ou à la pensée" permet d’englober toutes les séquences où l’histoire retranscrit la pensée des personnages et non leur paroles.

La précision sur support papier permet de distinguer la bande dessinée de l’anime, ou du dessin animé.

La terme "numérisé statique" permet de prendre en compte les ebook , le scan, et la réalisation direct de bande dessinée sur des blogs via tablette graphique sans passer par un support imprimé. La distinction avec l’anime (au delà du fait que dans un anime, il y a de l’audio et pas du texte), c’est le caractère statique du support (par référence à un page statique sur internet), mais j’avoue que ce point est un peu bancal.

Enfin, le "adapté à cet effet" vise à prendre en compte l’utilisation du support pour desservir l’histoire narrée par du texte et de l’image.

Cette définition est un peu longue, mais elle prend pour moi en compte tout ce qui est essentiel et rejette le reste.

Pour revenir sur les deux thèses précitées, ces deux thèses sont pour moi imbriquées l’une dans l’autre. La première est nécessaire pour étudier la seconde. Ainsi, et c’est l’approche que j’adopterai dans cet article, il est nécessaire de reprendre ce fil historique pour comprendre ce qu’est une bande dessinée. En l’occurrence, il est nécessaire de reprendre l’histoire de l’art japonais pour comprendre ce qu’est le manga.

- concernant la notion de "japonaise" , cette notion se rattache pour moi au critère de la langue. Ainsi un manga correspond à une bande dessinée dont la langue originale est la langue japonaise.

Je prends le parti d’écarter le format/support (le format est absurde quand l’on connait l’existence des tankōbon, bunkōbon, wide-ban etc..), le style (il est impossible de définir un style manga de façon unitaire, et même de faire la différence entre un titre comme BB. Project d’un français et un shonen 100% japonais), le territoire (le territoire est pour moi extremement réducteur, d’autant que grâce aux nouvelles technologies, ce critère disparait chaque jour un peu plus , comme le témoigne une interview à laquelle j’avais participé de Yoshio TAKAMI, l’un des producteurs de la Toei animation, où celui-ci nous expliquait la sous traitance dans d’autres pays asiatiques ("Grâce aux nouvelles technologies nous envoyons nos croquis et scénarii, et l’animation, la colorisation et l’intervalle est assuré par notre filiale aux Philippines. Cela n’influence pas la créativité, il s’agit juste de réduire les couts sur les phases non créatives de la production d’une série (http://www.murmures.info/index.php ?kro=1989)") et la nationalité de l’auteur (pour les même raisons que le critère précédent).

Cette question n’est pas sans intérêt vu les questions que l’on peut se poser sur la nouvelle vague d’auteurs français largement influencée par le manga.

D’ailleurs, (et cela ressort de mes interview de Ancestral (notamment auteur de Dofus) ou Philippe Cardonna (notamment auteur de Sentai school) ces auteurs ne se revendiquent pas comme des auteurs de manga.

Dernier argument pour justifier ma position, le manga a beaucoup évolué, et évoluera énormément, tant du point de vue du style que de la forme, et le seul socle commun entre ces auteurs sera sans doute la langue japonaise.

Enfin, pourquoi langue « originale » ? bien sur, pour prendre en compte la traduction qui ne retire rien au fait qu’il s’agisse d’un manga.

b) le mot manga : définition et usage

Comme je l’exposerai ci-après, le mot manga aurait (Anne Baudot indique que l’association des deux kanji « man » (qui signifie « divertissant » ou « sans but ») et « ga » (qui signifie « image ») serait apparu dès la fin du 18e siècle, par exemple dans le Shiki no yukikai (1798) de Kyôden Santô) été créé par Hokusai mais a été utilisé pour la première fois tel que nous le comprenons par Rakuten (1876-1955) en 1901. Manga est traduit sur la majeur partie des sites comme « image dérisoire » (漫画 ), « esquisse libre », « esquisse rapide » ou « image malhabile » (cf wikipedia). Il peut également être traduit par dessin (Ga) exécuté de manière rapide et légère (man) (ouvrage de Mme Koyama Richard précité).

Au XXème siècle, il signifie tout simplement bande dessinée japonaise. Le Kojien (dictionnaire de langue japonaise) traduit le terme manga de la façon suivante : " Dessin simple, humoristique ou exagéré. Caricature ou satire sociale. Suites d’images formant une histoire : "comics". Comme l’indique Mme Koyama, ainsi que Herbv dans sa "brève histoire du manga" (cf.sitographie), le mot manga n’est guère utilisé par la génération actuelle, celle-ci se référant plus (comme les éditeurs) au mot "comics". Le mot manga se référe plutôt aux estampes de la période d’Edo.

Il me parait important de préciser que le mot "manga" peut être écrit de plusieurs manières à l’aide d’idéogrammes (kanji). Ainsi, Ishinomori Shôtarô, a utilisé le terme « manga » mais a choisi un autre idéogramme qui se prononce également [man] : [万], qui signifie « 10 000 ». Ecrit de cette manière, « manga » [万画] signifie donc « 10 000 images » (d’où le jeu de mot, je pense, utilisé par les éditions H).

Dans l’esprit de Shôtaro, le manga est défini comme l’art consistant à raconter des histoires à l’aide d’une multitude d’images différentes.

Un auteur de manga est appelé "mangaka". A cet égard, certains auteurs du courant "gekiga" (voir ci-dessous), refuse la dénomination « mangaka » et lui préfère la dénomination « gekigaka ».

II- L’histoire du manga : du rouleau à l’impression

Avant toute chose, il me paraît important de parler de l’écriture japonaise en elle même. En effet, Tezuka a pu dire que lorsqu’il réalisait un manga, il ne faisait au fond qu écrire (« je ne les considère pas [mes dessins] comme des images – je pense à eux comme à des hiéroglyphes… En réalité, je ne dessine pas. J’écris une histoire avec un type unique de symbole »). [cette phrase mériterait à elle seule de plus amples développements]

En effet, les idéogrammes japonais (dit Kanji), sont à la base des dessins simplifiés.

Ainsi, lorsque l’on commence l’apprentissage des kanjis, on débute par un rapprochement entre signe et signification .

Ainsi, lorsque l’on souhaite écrire le mot arbre (hon), on ne fait au fond que dessiner un arbre. Ce lien entre signifié et signifiant est tout à fait symptomatique de l’écriture chinoise et japonaise et induit nécessairement une approche visuelle différente. Ce lien apporte par nature au visuel beaucoup plus d’importance que dans notre culture occidentale. Certains travaux sur le langage en attestent.

De même, au delà du fait que le manga soit une bande dessinée, la place de l’écrit dans chaque planche et surtout des onomatopées est parfois difficilement retranscriptible en français (en terme de traduction).

Pour illustrer mon propos, je reprendrais le texte d’introduction de Roland Barthes pour « l’empire des signes » qui s’adaptent à mon sens plutôt bien à notre exercice : « le texte ne « commente » pas les images. Les images n’ « illustrent » pas le texte ; chacune a été seulement pour moi le départ d’une sorte de vacillement visuel, analogue peut être à cette perte de sens que le Zen appelle un satori ; texte et images, dans leur entrelacs, veulent assurer la circulation, l’échange de ces signifiants : le corps, le visage, l’écriture, et y lire le recul des signes » (j’invite également le lecteur de cet article à lire le passage sur l’interprétation du Pachinko par Roland Barthes dans l’empire des signes, assez exceptionnelle je dois dire).

A titre liminaire, il me semble également important de faire un léger rappel sur l’import de l’art chinois dans l’histoire de l’art japonais.

Dans son ouvrage « Culture Manga », Fabien Tillon, indique que le Japon est une civilisation d’images, « un monde de caractères ».

Il mentionne a cet égard la tradition des rouleaux chinois et évoque le traité de Xie He en 500, le premier traité de théorie esthétique chinois.

Ce traité, exporté dans toute l’asie, dont le Japon, a sans doute posé les premiers jalons d’une tendance à éviter tout trait inutile, à ne consigner sur le papier que l’essentiel afin de lui procurer toute sa force et son énergie.

Dans la plupart des écrits sur le manga, la genèse du manga remonte à Hokusai ou aux premiers rouleaux dit "des animaux et des oiseaux" (Chôjûgiga). Les deux se justifient.

Effectivement, si l’on estime que l’histoire du manga débute avec l’apparition du terme "manga", la première utilisation du mot manga remonte à sa création par Hokusai, dans un ouvrage appelé "la manga". « La manga » comporte une série de dessins représentant avec précision diverses positions. Cet ouvrage a notamment été créé par Hokusai pour aider ses disciples à apprendre le dessin (http://www.geocities.com/Vienna/1834/manga1/index.htm).

Mais nous y reviendrons car il est pour moi nécessaire de faire remonter la genèse du manga plus loin que cela. Au delà de la pure terminologie, si l’on se rattache à la définition que j’ai pu donner, "la manga" d’Hokusai n’est pas un manga.

Le début du manga au sens de cette définition ne débute véritablement qu’ en 1902 avec Rakuten Kitazawa- (1876-1955) - (on cite toujours Walt disney comme influence de Osamu Tezuka, mais Rakuten en fait également parti).

Avant de traiter du manga au sens de la définition précitée, je souhaite donc traiter des la genèse du manga avec d’une part la période du rouleau (a) et d’autre part de l’imprimé (b)

a) du Rouleau à l’imprimé, apparition des premières thématique

- le rouleau : un support idoine

La quasi totalité des articles , ouvrage sur le manga cite comme point de départ les quatres rouleaux imprimés (e-makimono) dit "des animaux et des oiseaux" (Chôjûgiga) du prêtre Kakuyu (1053-1140). Prémisses de la bande dessinée, ces rouleaux retranscrivent des scènes de vie d’animaux. (http://www.kokingumi.com/ChojuGiga/index.html)

En quoi ces rouleaux sont ils fondamentaux ? Ces rouleaux sont essentiels en ce qu’ils impliquent pour le lecteur de suivre de droite à gauche les aventures de ces animaux. Ainsi, comme une bande dessinée, les rouleaux proposent une séquence d’images organisant une histoire.

L’utilisation d’un seul et même support pour inviter le lecteur à parcourir le rouleau de droite à gauche et à suivre une histoire marque une étape importante.

Comme le souligne J-M BOUISSOU (voir bibliographie/sitographie), "le e-makimono (rouleaux peints monochromes) a surtout légué au manga une technique de la narration graphique qui peut se passer de texte - car le rouleau use souvent de symboles visuels plutôt que de mots pour signifier les changements de temps, de lieu, et même d’état d’esprit- » .

J’ajouterais que les e-makimono apporte également, comme le fera plus tard beaucoup plus clairement l’estampe (ukiyo-e), une gestion temporelle particulière. Ainsi, les rouleaux invitent également à la contemplation en rompant avec toute temporalité. Le manga moderne utilisera pleinement cette gestion temporelle, allant jusqu’à consacrer une dizaine de page à un instant (beaucoup moins poétique, il y a également sans doute la volonté de remplir des pages pour pouvoir fournir à temps le grand nombre de pages exigée par les éditeurs).

Pour celles et ceux qui ont pu assister à l’exposition 16 octobre au 14 décembre 2008 "Zen - Art à Kyôto" au petit palais, un rouleau de même type figurait dans une vitrine. La sensation du lecteur, à savoir de se plonger dans le rouleau par le biais du support est assez frappante (Vous pourrez toujours tenter l’experience au musée Guimet).

C’est surtout en cela que ces rouleaux marquent le point de départ d’un courant artistique lié à l’association d’une suite d’image et d’un support dédié à la lecture de cette suite d’image.

Au passage, c’est d’ailleurs pour cette raison que j’insiste dans ma définition sur le "support imprimé ou numérisé adapté à cet effet". Le support est depuis toujours essentiel et l’apparition de l’imprimerie ne fera que renforcer ce constat.

- Premières techniques de dessin

Concernant ce point, je me réfère au dossier manga de buta connection, et l’ouvrage de Jacques Aumont, "La mise en scène" à propos des e-maki du Genji monogatari.

"Des e-makimono, le manga conservera deux techniques majeures : la technique du « toit arraché » et la technique du « Hikime-Kagihana » :

-  Le toit-arraché est un dessin aux lignes fluides qui adopte une perspective de haut, sans toit, d’où son non. Les personnages et les objets sont donc placés les uns au-dessus des autres, donnant ainsi une illusion de profondeur.

-  Le Hikime-Kagihana est un style caractéristique utilisé par les artistes nippons dans la représentation physique des personnages : les visages sont simplifiés à l’extrême, mais sans perdre pour autant la finesse d’un trait juste et précis" . On peut ajouter à cela, les illustrations assez explicites des plafonds du temple Hôryûji ( pour voir une image, consulter l’ouvrage de Mme Koyama- Richard).

- Préludes thématiques

Au delà du support, cette période traite de nombreux thèmes que nous retrouverons par la suite comme les Yokai, thématique chère à Shigeru Mizuki (1922- … ) (Auteur de NonNonBâ, prix du 34ème festival d’angoulême), les tengus, onis etc.., ainsi que tout une symbolique sexuelle (comme des phallus, des images érotiques etc...).

De même, certains rouleaux retranscrivent les aventures de héros comme Momotaro (kô sûkoku momotarô), un jeune garçon aux pouvoirs surnaturels qui terrassera des démons à l’aide de ses compagnons, un chien, un singe et un faisan (rouleau imprimé du XVIIIème siècle). Ce rouleau est emblématique en ce qu’il préfigure d’une certaine manière, à mon sens, le shonen.

Durant cette période, un grand nombre de thématiques culturelles se sont développées, que nous retrouverons ci-dessous, dans la reprise de mon article : Voyage au Japon et Manga, souvenirs et réflexions (2ème partie).

Isao Takahata (1935 - … ) (du studio Ghibli) indiquera dans son ouvrage « Jûni seiki no anime-shon, kokuho emakimono ni miru eigateki animeteki naru mono », que le cinéma et les anime retrouvent leurs éléments évocateurs dans ces emakimono.

b) naissance du support imprimé et édition

La période d’Edo est sans doute historiquement la periode dont l’influence sera la plus importante sur le manga contemporain (et de manière générale, sur les arts japonais).

- l’estampe japonaise, l’ukiyo-e

Ainsi, l’estampe japonaise, aussi appelée ukiyo-e (image du monde flottant, le terme regroupe tant les peintures que les estampes) propose un style sans véritable perspective (comparé à l’art occidental à la même époque), où les traits sont réduits à leurs plus simples expressions dans le prolongement de la technique utilisée par les emakimono (techniques du « toit arraché » et la technique du « Hikime-Kagihana » précitées).

Vous trouverez une bibliographie/sitographie sur le sujet en fin d’article, et vous pouviez vous rendre du 18 novembre 2008 au 15 février 2009 à l’exposition "Estampes japonaises" )

L’ ukiyo-e dans le sens de l’estampe s’élabore de la façon suivante : l’auteur dessine sur une feuille de papier de riz. Le dessin est ensuite appliqué sur une planche de cerisier au préalable humidifiée Ensuite, le graveur frotte le papier pour que le dessin s’imprime sur la planche. La planche est gravée puis enduite d’encre. Celle-ci est appliquée sur du papier, obtenant ainsi une estampe.

Pour élaborer des estampes en couleur, plusieurs planches sont gravées, colorées et appliquées successivement (http://pagesperso-orange.fr/lesartistes/Estampes.html)

Les artistes emblématiques de l’ukiyo-e sont sans conteste ceux de la fin du XVIIIème siècle Kiyonaga (1752-1815), Utamaro, Sharaku (1753 – 1806) , Hiroshige (1797- 1858) et Hokusai (1760 – 1849) (vous pourrez en voir des illustrations dans la maison de Monnet à Giverny) . Hokusai nous intéresse particulièrement puisqu’il est l’inventeur du terme manga, grâce à son ouvrage, "la manga" (1814) .

Cet impressionnant recueil reprend un grand nombre de croquis et aurait eu pour objet, selon les propos du maître, de faciliter l’apprentissage du dessin. Hokusai, surnommé le « le Fou de dessin » est un peu à l’estampe ce qu’est Tezuka (1928- 1989), au manga.

Son exceptionnelle technique témoigne d’un fort dynamisme en tentant de saisir l’instant présent dans ses dessins. A la manière de Basho (1644-1694) à travers ses Haïku, Hokusai capture littéralement sa cible, n’en témoigne sa superbe vague (1831) que l’on ne présente plus.

Si stylistiquement parlant, l’ukiyo-e s’inscrit dans le prolongement des emaki mono, la véritable rupture est à deux niveaux : son public, et les sujets traités par l’ukiyo-e. Ces deux niveaux apportent une dimension populaire à l’art pictural japonais.

En effet, il faut bien comprendre que les emaki mono du XII ème siècle n’étaient réservés qu’aux élites et ne traitaient que de thèmes religieux, de mythes ou du quotidien des élites.

Sans rentrer dans une étude historique approfondie, cette période de paix relative permet l’émancipation des marchands et par la même, le développement de tout un art nouveau.

Ainsi, l’ukiyo-e, étroitement lié à l’art populaire du Kabuki propose des portraits de Geishas, d’acteurs et peut être utilisé à des fins notamment publicitaires ou caricaturales.

Les oeuvres ne sont ainsi plus centrées sur la vie des seigneurs, mais sur la vie urbaine et sur les arts populaires de la ville.

Hokusai, au delà de son incommensurable talent de dessinateur démontre que l’on peut tout peindre, tout dessiner (végétaux, humains, animaux etc...).

Les thématiques deviennent ainsi extrêmement larges, et sont désormais tout populaires.

De même, les estampes japonaises deviennent des objets de consommation (aisément jetable après utilisation), et de véritables "médias" (support de transmission d’information).

Conjointement à l’estampes, le kabuki apporte au manga sa tendance à la caricature, au grotesque et tout un coté dramatique rappelant des tragédies grecques.

Yukio Ninagawa (1935 - …), metteur en scène, a d’ailleurs démontré à travers ses pièces la possibilité de mêler les traditions théatrales japonaises (kabuki, no,kyôgen) et occidentale (tragédie grecque, Shakespeare).

Pour les béotiens, il ne me semble par invraisemblable de rappeler l’essentiel du théâtre japonais, afin de bien comprendre en quoi le Kabuki est important.

Le théâtre japonais se divise en quatre catégories : le Kabuki, épique et populaire, le bunraku, théâtre de marionnettes, le Nô, drame lyrique et le Kyôgen assimilable à la farce.

Si j’ai déjà pu traiter du rôle de la marionnette dans le manga (voir Les marionnettes dans le manga), l’essentiel a retenir est sans doute que comme l’art pictural, le théâtre japonais était originellement le théatre No, un théatre dramatique et lyrique historiquement réservé aux nobles et relativement sobre.

Le Kabuki est quant à lui populaire, "spectaculaire et codifié" (cf wikipedia) où la musique joue un rôle important (comme dans le Nô d’ailleurs). Nous retrouverons ces éléments dans le manga (et dans les animes pour l’importance de la musique) si l’aspect codification se retrouve dans tous les arts aux Japons.

Le Kabuki comme la littérature mettent en exergue la combattivité des héros et leur pugnacité, thèmes chers au peuple japonais (voir la dernière partie de l’article).

- l’émergence de l’édition

Au delà de l’émergence des arts populaires, il est essentiel de noter l’émergence de l’édition avec des ouvrages de type "shomotsu" (religieux, savant) et des sôchi plus orientés sur le divertissement.

C’est à cette époque que dans la même logique que l’estampe, le livre se démocratise. Les raisons de cette démocratisation sont tout autant techniques que politiques.

Avec l’importation des techniques de Guntenberg (en 1590, le premier contact avec les européens remontant à 1543, lorsque les portugais débarquent sur les côtes de Tanegashima sur l’île de Kyushu) et les techniques d’impressions acquises lors de la guerre de corée (1592-1597 ; le plus ancien livre imprimé serait le Jikji Simkyong, à partir de caractères mobiles en métal date de 1377).

Pour des raisons pratiques, la vieille xylographie japonaise continuera à être utilisé, et la technique d’imprimerie à caractère mobile ne s’imposera que lors de la révolution de Meiji.

Mais la raison essentielle de cette démocratisation demeure politique. Les Tokugawa, dés le début du XVIIe siècle favorisent une politique d’éducation du peuple appelée le Bunchi- Shugi.

Cette conception politique d’origine chinoise (il s’agit de toute la tradition confucianiste, encouragée par Ieyasu) vise à conduire la société à l’harmonie par l’intermédiaire de l’éducation et des rites.

Cette politique vise ainsi à substituer la force par l’éducation comme moyen de gouvernement (Dictionnaire historique du Japon par Seiichi Iwao, Teizō Iyanaga, Maison franco-japonaise Tōkyō, Susumu Ishii). Parallèlement, les publications et les tirages se multiplient.

La diversité offerte par cette époque s’illustre par les Kusa zôchi. Les Kusa zôshi (livres illustrés de cette période) offraient tout un panel de style, reconnaissable par la couleur de leur couverture.

Les Akabon (livre rouge) proposait ainsi des contes et légendes aux enfants (1673), les kuro-bon (livre noir ; vers 1750) et les ao-bon plutôt dramatiques et les kibyôshi (vers 1775) "livres jaunes", des romans, contes. Ces livres, largement illustrés, pouvaient être pour les plus populaires tirés à plusieurs milliers d’exemplaires.

Leur diffusion était facilitée par l’émergence de Kashibonya, librairie de prêt dont la tradition perdurera jusqu’à nos jours (au fond des manga-kissa).

A cet égard, il me paraît important de faire un petit point sur ces librairies de prêt , premiers jalons d’un réseau de distribution important. En effet, par la suite, le public pourra acheter du manga un peu partout : dans des épiceries, des supermarchés, à la gare etc…

Ce reseau de distribution populaire et auprès les lecteurs facilitera une production basée sur l’économie d’échelle et la vente de masse.

Ces ouvrages reprennent typiquement les thématiques des estampes japonaises (les livres pouvaient d’ailleurs contenir des estampes) comme le divertissement ou la vie quotidienne.

L’estampe, l’édition reprennent ainsi des thématiques que nous avons déjà abordé, comme des animaux à formes humaines (antropomorphismes), les arts populaires, les contes, mythes et légendes japonaises tout en faisant preuve d’humour.

C’est également à cette époque que commence à se déployer toute l’importance du rôle de l’éditeur dans le processus de publication. Ainsi, un éditeur réalise des commandes à des artistes qu’il a choisi, jouant ainsi un peu un rôle de maître d’oeuvre.

Ce rôle joue toujours aujourd’hui une certaine importance dans la production d’un manga, dans le choix d’une publication ou dans l’orientation à donner sur un titre.

L’éditeur est souvent le point de contact entre l’auteur et le public (surtout avec le système de prépublication que nous verrons par la suite).

Cet éditeur apportera une certaine dimension commerciale, et contribuera à la popularisation des arts.

Enfin, certains auteurs soulignent les prémices des phylactères en observant le lien entre images et textes, relativement proche de la bande dessinée moderne.

Cette période d’Edo servira d’ailleurs d’inspiration à de nombreux artistes japonais (peintres, dessinateurs, écrivains etc..). Elle débute en 1600 par l’une des batailles les plus connus du Japon, la bataille de Sekigahara, que l’on retrouve par exemple dans le fameux roman historique de Eiji Yoshikawa (1892- 1962), La pierre et le sabre (roman retraçant la vie du célèbre samurai Miyamoto Musashi (1584-1645), ayant donné lieu à son adaptation en manga, Vagabond), et se termine par la fin du shogunat Tokugawa (1867) par une luttre entre les Ishin Shishi (les patriotes) et les Shinsen Gumi (et d’autres) dont les combats sont largement rapportés dans de nombreux mangas (Kenshin, Peace Maker Kurogane, le loup d’Hinata etc...).

Les autres emblèmes de cette époque, comme les geishas, les acteurs de Kabuki seront également des sources d’inspirations non négligeables (voir par exemple la littérature de Kafu).

III- L’après seconde guerre mondiale : la naissance du manga moderne

a) la période pré seconde guerre mondiale

1853 est une date importante pour le Japon. Au delà de sa défaite psychologique face aux occidentaux, elle marque la première défaite du Japon face aux technologies avec l’arrivée des "bateaux noirs" du commodore Perry.

La restauration de Meiji succède à la période d’Edo et les japonais accèdent aux connaissances scientifiques et à la culture occidentale.

Les premiers quotidiens font leur apparition, tout d’abord en anglais (Nagasaki Shipping list and advisor) puis en japonais (Kanpan Batavia Shinbun) avec de grands quotidiens comme le Yokohama Mainichi Shinbun en 1871.

L’ensemble des articles retraçant l’histoire du manga cite deux noms d’importance à cette époque : celui du français Georges Bigot (1860-1927), et de l’anglais Charles Wirgman (1832-1891), proposant the Japan punch pour Wirgman et, Toba-e pour Bigot.

Ces deux auteurs proposent des caricatures relatives à la société ou à la politique japonaise. Ce style occidental marquera la bande dessinée japonaise. J’avoue humblement ne pas être capable de mesurer l’influence de ces deux personnages.

Avec une certaine "acculturation" (je mets bien le terme entre guillemet avant qu’on ne m’accuse d’en faire un usage impropre), l’ensemble de la culture occidentale est progressivement importé sur l’archipel.

Rakuten (1876-1955) (voir ci-dessous pour plus de précisions) découvrira d’ailleurs la bande dessinée américaine dans la revue shokokumin et étudiera la peinture occidentale.

Je peux simplement dire que Wirgman et Bigot sont les premier à utiliser un style de type occidental au Japon mais peut être y a t il eu de l’import avant... Je ne sais pas.

1901 est une autre date essentielle. Près de 200 ans après "la manga" d’Hokusai, le mot "manga" (si la question de l’utilisation du féminin pour le mot manga s’est posée, je préfère le masculin, justement pour le différencier de la manga d’Hokusai qui n’est pas du manga) trouve enfin son réceptacle.

Kitazawa Yasuji, surnommé Rakuten (1876-1955), formé à l’art de l’ukiyo-e et à la peinture occidentale commence à imiter la bande dessinée américaine et intègre en 1899 la section manga du Jiji Shinpô.

Rakuten traite comme ses prédécesseurs de politique et de société grâce à ses caricatures. Il fonde en 1905 le Tôkyo Puck et lance les bandes dessinées à 6 cases.

Malgré la censure, Rakuten poursuit son oeuvre et crée une revue pour enfant, Kodomo no tomo en 1914. Rakuten propose un style intégrant les méthodes occidentales tout en reprenant les méthodes de l’ukiyo-e .

Parallèlement à Rakuten, Okamoto Ippei (1886-1948) propose également des caricatures mais dans un style plus simpliste, moins réaliste que Rakuten.

A l’aube de la seconde guerre mondiale, sous couvert d’une censure de plus en plus forte (promulgation de la loi de préservation de la paix), l’éditeur Kodansha lance le shonen Kurabu (shonen club en 1914), le Shojo kurabu (shojo club en 1923) et Yônen Club en 1926.

C’est d’ailleurs à cette période que se créera la distinction entre shonen (manga pour "jeune garçon") et shojo (manga pour "jeune fille"). L’utilisation de la bulle se serait généralisée avec les aventures de Shôchan (de Katsuishi Kabashima en 1923).

C’est à cette époque que débute un merchandising accru, avec Nonki na Tôsan ou Norakuro.

Sur fond de patriotisme, Norakuro, manga de Suihō Tagawa (1899-1989), présente l’histoire d’un chien noir s’engageant dans l’armée (l’auteur s’est inspiré de felix le chat pour dessiner Norakuro).

Les mangas sont ainsi utilisés à des fins de propagandes (voir le mémoire de Romain Chappuis cité en bibliographie/sitographie).

En effet, suite aux guerres contre la Chine en 1894, contre la Russie en 1905 ainsi qu’à la première guerre mondiale (aux cotés de la triple entente composée de la France, l’Angleterre et la Russie), le Japon est en proie à un fort nationalisme, doublé d’une censure relativement forte (loi de 1985 et son décret dit de « purification de la littérature pour enfants »).

La censure, le nationalisme et la propagande s’empare du manga pour atteindre son apogée dans les années 30 puis pendant la seconde guerre mondiale. Le manga sert ainsi la politique et le gouvernement militaire, les auteurs participant à « l’effort de guerre ».

Comme le cite Fabien Tillon dans « Culture Manga », Osamu Tezuka explique assez bien dans son autobiographie « La Forteresse de papier » comment il cachait ses planches pour se camarades afin de remonter leur moral.

b) caricature et apparition des premiers strips

Après la seconde mondiale, des icones du manga comme Shigeru Mizuki (1922- …) ou Shirato Sanpei (1932-…) font leurs premières armes pour des théâtre d’image, les Kamishibai (inventé dans les années 30 - de petits théâtres de papier ambulants où les images défilent pendant qu’un conteur narre une histoire).

Dans le prolongement du shonen club, la revue sashonen fait son apparition en 1946 alors qu’Hasegawa machiko (1920- 1992) publie Sazae-san en 1946 (une des premières femmes à publier du shojo).

Publiée quotidiennement par le Asahi Shimbun entre 1949 et 1974, cette série sous forme de strips de quatre cases (yonkoma) a acquis une diffusion nationale. Sazae-san raconte la vie d’une femme au foyer et de sa famille, et montre l’évolution de la société japonaise après la guerre, entre traditions et influences de l’occident. (cf wikipedia "Hasegawa machiko").

Si les thématiques touchant de prés ou de loin les arts martiaux et l’histoire du japon sont interdites par les américains des thèmes comme la science fiction font leur apparition dans les années 50 à travers les "livres rouges" - " (des livres bon marchés à couverture rouge contenant du manga, vendus dans de petites magasins) publiés en majeur partie à Osaka.

Des librairies de prêts (Kashibonya) se développe, comme pendant la période d’Edo, permettant aux jeunes de lire du manga. Après le marasme laissé par la seconde guerre mondiale, l’esprit est à la reconstruction.

Le pari de parvenir à faire repousser de la végétation à Hiroshima, devient l’obsession de toute une jeune génération désirant réussir, ensemble, à reconstruire le pays sur fond d’optimisme, de dépassement (c’est assez frappant pour toute personne visitant le musée de la paix d’Hiroshima).

c) Tezuka et le Gekiga

- L’avènement du manga contemporain : les débuts d’Osamu Tezuka

Le manga moderne ne serait sans doute pas ce qu’il est sans Osamu Tezuka (1928 -1989), surnommé "le père du manga" ou "le dieu du manga".

A travers ce paragraphe sur Tezuka, je n’essaierais pas de réaliser une biographie exhaustive de la vie de Tezuka, mais plutôt de dégager en quoi certains éléments de sa vie sont essentiels pour la compréhension du manga.

Tezuka nait en 1928 à Osaka. Le fait qu’il s’agisse d’Osaka n’est pas anodin puisque c’est par l’intermédiaire des Akahon précité que Tezuka fera ses premières publications (même si Tezuka a grandi à Kobe).

L’enfance du jeune Tezuka est marquée par les brimades de ses camarades en raison de son caractère chétif et de ses cheveux ondulés (sur ce phénomène appelé "Ijime" voir le paragraphe ci-dessous relatif à "l’Ijime").

Sa mère l’encouragera énormément lui apprenant persévérance, courage et patience, trait de caractère que nous retrouverons chez les héros de Tezuka mais également dans un grand nombre de titre par la suite.

Comme l’indique Mme Koyama Richard, grâce à l’argent que lui donnait son père et aux mangas que lui offrait sa mère, le jeune Tezuka a pu accumuler un grand nombre de mangas que les enfants du quartier venait lire chez lui.

La mère de Tezuka lui a également apporté un certain esprit créatif en lui faisant la lecture, en lui racontant des histoires ou en l’emmenant au théâtre.

Le père de Tezuka, amateur de cinéma lui ouvre les portes du 7ème art, et permet à Tezuka de s’initier à la caméra lorsqu’il en achète une pour filmer sa famille.

Cette influence sera non négligeable lorsque l’on sait que la gestion des cases de manière cinématographique et l’un des traits caractéristiques du style de Tezuka.

Ses autres influences de Tezuka sont de trois ordres.

Il y a bien sur le manga, le théâtre et les "Kamishibai", des théâtres de papier pour lesquels bons nombres d’artistes comme Mizuki Shigeru ont officié.

Ensuite, la science a également traversé toute sa vie.

En effet, Tezuka s’est passionné assez jeune pour l’astronomie et plus tard pour la médecine (il était d’ailleurs titulaire d’un doctorat en médecine). Tezuka est également un grand passionné d’insectes (l’idéogramme de "Osamu" est d’ailleurs celui d’insecte) et de la nature en général. Cette passion pour la médecine se retrouvera notamment dans Black Jack.

Tezuka indiquera d’ailleurs que ses études en médecine lui ont beaucoup apporté. La retranscription dans ses oeuvres de son amour pour la nature conduira certainement Miyazaki (1941 - …)à dire qu’il est un héritier de Tezuka.

Enfin, Tezuka est fortement influencé par Walt disney. Il dira d’ailleurs à propos d’Astro boy "j ai été inconsciemment influencé par Mickey. Astro boy lui ressemble. Mickey a deux oreilles. Astro a toujours deux cornes. En fait, ce ne sont pas des cornes mais des mèches de cheveux. C’est très curieux, Mickey peut se tourner de n’importe quelle façon, on voit toujours ses deux oreilles. Selon l’angle, elles devraient se superposer à un moment donné, pourtant il n’en est rien. C’est en cela que réside la magie de l’animation, c’est un trucage."

Après une première publication en 1946 (Mâ-chan no nikkishô), la première oeuvre connue de Tezuka est Shin-Takarajima (la nouvelle île au trésor en 1947).

Shin-Takarajima est emblématique de la surdimension généralisée du rôle de Tezuka pour le manga. En effet, pour des raisons que je ne développerais pas ici (mais je vous renvoie au volume n°2 de la revue « manga, 10 000 images » consacré à Tezuka), le co auteur de Shin takajirama, Shichima Sakai a souvent été oublié, effacé de l’histoire.

S’en suivra son oeuvre majeure, Astro boy. J’avoue avoir été assez surpris de lire que le public a tout d’abord rejeté Astro boy, trouvant ridicule qu’un robot puisse parler.

C’est assez surprenant étant donné la tradition picturale japonaise et la tendance à l’antropomorphisme (voir tout l’historique).

Tezuka est également l’un des précurseurs du shojo (avec un autre grand nom du manga, Leiji Matsumoto) avec Princess saphir (1954), reprenant l’esprit des pièces de théatre de son enfance (Matt Thorn, indique tout de même que Tezuka, n’est pas le créateur du shojo et attribue la paternité du shojo à Katsuji Matsumoto pour “The Mysterious Clover” en 1934).

Tezuka est l’un des piliers du manga contemporain tant du point de vue de la forme que du fond.

Tezuka apportera ainsi son découpage si proche du cinéma (découpage action par action) ainsi que les traits des personnages, à savoir de grands yeux, un style assez rond et des traits simplifiés. Il apportera également sa gestion de la narration si dynamique.

Sur le fond, Tezuka mettra en avant certaines valeurs comme l’humanisme, la volonté, la protection des faibles, tant de choses que nous retrouveront chez ses contemporains (mais n’oublions pas que Tezuka est lui même l’héritier de certaines valeurs que je présenterai en fin d’article).

En fait, Osamu Tezuka apporte sans doute l’essentiel : des scénarios complexes et bien construits.

Dans le cadre de cet écrit, je souhaitais tout de même présenter le point de vue de Matt Thorn.

Comme beaucoup de commentateur (je vous renvoie encore au volume n°2 de la revue « manga, 10 000 images » consacré à Tezuka) Matt Thorn ne remet pas en cause l’apport de Tezuka, mais son rôle et son importance dans l’histoire du manga moderne.

En effet, Matt Thorn indique que Tezuka a sans doute eu la chance d’être au bon endroit au bon moment.

Il cite ainsi Noboru Oh-shiro comme l’un des réels "précurseurs" d’une technique proche du cinéma ("It is important to note, though, that Tezuka was able to exert so much influence because he happened to be in the right place at the right time. Some prewar cartoonists, such as Noboru Oh-shiro, were using many of the "cinematic techniques" said to be invented by Tezuka when Tezuka was a still a child, and were also more technically skilled than Tezuka. But they were confined by the standards of Tokyo publishers (who felt that manga for children should be entertaining and educational, but not too "stimulating") and also by government censors, who allowed only pro-war propaganda to see the light of day for the decade preceding the end of the World War II. "Red Books" were the ideal forum for Tezuka’s lengthy, "theme driven" manga, because there was minimal editorial oversight (they were not so much "publishers" as producers of nick-knacks for children made from recycled paper), they contained plenty of pages, and they were popular because the strict rationing of higher quality paper kept the price of "respectable" Tokyo children’s publications prohibitively high. Thus, a complex array of factors—cultural, political, economical, and historical—fell neatly into place, allowing Tezuka to catapult to unprecedented prominence." - http://www.matt-thorn.com/mangagaku/history.html).

Ces précurseurs, comme Noburo Oh-shiro n’aurait pu exploser auparavant à cause de la censure due à la guerre et à la politique des éditeurs.

Tezuka ne serait ainsi que le fruit d’un contexte social, politique et historique particulier. Enfin, Matt Thorn soulève un aspect de la personnalité de Tezuka que je n’ai pas retrouvé chez d’autres auteurs, à savoir, une certaine « fausse modestie » du personnage.

Mais lorsque l’on explore un peu plus l’affaire « Shin-Takarajima » précité, Tezuka ayant participé (même si cela est peut être pour d’autres raisons que personnelles) à la disparition du co auteur de l’œuvre, il apparaît comme certain que l’auteur disposait d’un égo relativement surdimensionné (n’en témoigne également sa position par rapport au gekiga).

- Réaction aux oeuvres de Tezuka : le gekiga

A dire vrai, j’ai longuement hésité à faire dans mon plan, un pré Tezuka, post Tezuka.

Après tout, une bonne partie de la production après Tezuka s’inscrit soit dans la continuité, soit dans l’opposition à ses titres (à l’exception de certains auteurs véritablement alternatifs comme Mizuki Shigeru, qui a peut être été influencé indirectement, mais a tout de même mené son œuvre avec d’autres sources d’inspiration). Mais la relation entre Tezuka et le Gekiga étant tout même assez « spécifique », j’ai préféré insérer cette section ici.

Si les années 50 marquent le début du phénomène Tezuka, un autre mouvement débute dans l’ombre : le style gekiga (image dramatique - terme créé par Yoshihiro Tatsumi (1935 - …) en 1957.

Souvent opposé au style Tezuka pour son style réaliste, dur, violent représentant en bande dessinée les difficultés sociales du pays, le Gekiga est né à la fin des années 50 par un collectif d’auteurs comme Katô Masaaki (1956 - …), Matsumoto Masahiko ou Saitô Takao (1936 -…).

L’aspect humoristique, si cher à la tradition japonaise (les caricatures, la représentation du divertissement à Edo etc..) n’est plus traité et le coté sombre des héros est largement représenté.

Hirata Hiroshi (1937 - …) l’explique assez bien dans son interview (réalisé par Julien Bastide) : "Je le répète, mon but est de décrire la réalité telle qu’elle est, sans l’embellir. Par ailleurs, et bien que ce type de déclaration puisse choquer, je l’affirme : je travaille avant tout pour pouvoir subvenir à mes besoins.

Grâce à ces livres, j’ai pu manger à ma faim, et ma famille aussi, ce qui est déjà pas mal ! Ceci dit, si mon unique but était de subvenir à mes besoins, je pourrais aussi bien créer des œuvres qui racontent n’importe quoi, mais je ne veux pas faire du manga, je veux créer du gekiga, c’est-à-dire des histoires sérieuses ! "

Les représentants de ce courant sont nombreux mais j’en retiendrai particulièrement trois :

Shirato Shampei avec Ninja Bugeichô (Carnet de l’art militaire des ninja en 1959 puis le légendaire "Kamui Den"), Saito Takao avec "Golgo 13" et enfin Hirata Hiroshi avec "Satsuma".

Citons également Yoshihiro Tatsumi (les larmes de la bête etc.) ou Yoshiharu Tsuge (l’homme sans talent, style vissé).

Le Gekiga est souvent assimilé aux origines du Seinen, s’inscrivant dans un courant plus intellectuel, contestataire avec des idées historiquement plus à "gauche".

Si l’idée que le Gekiga est né du fait dans cet esprit de contestation, ce n’est néanmoins pas ce qu’explique Yoshihiro Tatsumi (le créateur du terme Gekiga).

En effet, à la question "Pouvez-vous nous dire ce qui vous a poussé à créer le gekiga ? Est-ce dû au climat contestataire des années 60 ? Yoshihiro Tatsumi répond : Non.

J’étais d’abord préoccupé par ma vie et le moyen de subvenir à mes besoins. Je ne croyais pas qu’un changement de gouvernement pouvait changer le cours de mon existence.

Je n’ai jamais fait le rapprochement entre les évolutions politiques et l’amélioration de ma vie.

Le gekiga n’est pas né dans cette optique-là. Il n’avait aucune visée politique. Je cherchais d’abord à mettre du réalisme dans mes histoires et à faire du manga pour ma génération plus seulement pour la jeunesse" (source, interview sur Arte).

La dimension politique de certaines oeuvres du Gekiga est tout de même difficilement contestable lorsque l’on lit "les vents de la colère", de Tatsuhiko Tamagami, symbole du mouvement contestataire des années 60.

Il est également intéressant de relever dans ce même interview la relation entre Tezuka et le Gekiga ("En fait, Tezuka n’aimait pas trop le style gekiga.

Quand le marché des librairies de prêts a eu moins de succès, j’ai déménagé à Tokyo où j’ai rencontré à nouveau monsieur Tezuka. Mais il a dénigré ce que je faisais, il désapprouvait ma démarche" [cf interview précédent])

En réalité, pour moi (et cela n’engage que moi), le style Gekiga est certes à l’initiative du Seinen mais pas seulement.

Le Shonen et le shojo moderne sont tout autant des produits du Gekiga et des oeuvres de Tezuka (d’ailleurs pour compléter cette phrase je reprendrais les propos de Yoshihiro Tatsumi, "le style du gekiga est présent un peu partout actuellement. C’est le manga dans son ensemble qui l’a absorbé").

Le Gekiga est également à la source du courant alternatif de manga que nous exposerons ci-après et de nombreuses œuvres seinen modernes.

D’ailleurs, une école appelée « gekiga sonjuku » fondée par Kazuo Koike (que nous mentionnerons ci-dessous), formera bon nombre d’auteurs comme Akio Tanaka (coq de combat), Rumiko Takahachi (Ranma 1/2, Inu Yasha, Maison ikkoku), Hara Tetsuo (Hokuto no ken), Yamamoto Naoki (Asatte Dance, fragments)

d) Naissance de l’industrie du manga moderne

C’est à la fin des années 50 que naissent le Shûkan Sunday et le Shûkan Shônen Magazine. Les librairies de prêts meurent et que les hebdomadaires à faible coût naissent.

Le choix du noir et blanc, le modèle économique (nous aurons l’occasion de le voir par la suite) choisi en ces temps difficiles se fixe globalement à cette époque et se développe à grande echelle par la suite.

De grands noms du manga font leur apparition comme Fujio-Fujiko ( créateur de Doreamon, oeuvre qui marquera une génération (par exemple Aki shimizu mentionnait Doreamon lorsque je lui demandais ses influence - voir interview de Aki Shimizu )), Ishinomori Shôtarô (formé par Tezuka et auteur de Cyborg 009), Matsumoto Leiji (auteur de shojo puis de Capitaine Albator , Galaxy express 999 ainsi qu’en anime, de « Battleship Yamato », bref un monstre à lui tout seul du manga et de l’animation japonaise).

Profitons de ce moment pour rendre hommage à Maki Miyako, la femme de Matsumoto Leiji, brillante auteur de shojo jusqu’à la fin des années 70 et grande source d’inspiration pour son mari.

Réalisons un petit point sur Shôtaro Ishinomori et Matsumoto Leiji.

Shôtaro Ishinomori est un auteur important pour l’histoire du manga, pas seulement pour ses œuvres comme Cyborg 009 ou la création du super sentai mais pour son titre « comment devenir mangaka ».

En effet, un grand nombre d’auteur cite cet ouvrage comme l’œuvre les ayant incité à embrasser la carrière de mangaka.

Relevons au passage que Cyborg 009 est l’une des premières histoires mettant en œuvre une bande de héros à super pouvoir.

Né en 1938, Matsumoto Leiji est un autre auteur à succès au style si particulier avec des femmes filiformes rappelant les stars américaines des années 60-70 et un univers de science fiction, lutte intergalactique et de pirates (en réalisant cet article, il est assez incroyable de voir l’intérêt pour les pirates dans le manga, Oda, l’auteur de One piece a d’ailleurs mentionné son intérêt pour Matsumoto).

Si son statut de créateur de « Battleship Yamato » est parfois remis en cause, nul ne peut nier l’impact de ce titre dans toute la production manga/anime ainsi que chez le public.

Ces deux auteurs sont assez fondamentaux .

Le duo d’auteurs le plus emblématique de cette période est sans doute le duo composé par Chiba Tetsuya et Kajiwara Ikki auteurs de Ashita no joe.

Ce manga réaliste ayant pour thématique le monde de la boxe est devenu un mythe. Paul Gravett lui consacre d’ailleurs plusieurs pages dans son ouvrage "Manga : soixante ans de bande dessinée japonaise".

La manière dont il décrit les funérailles organisées pour la mort du héros à la fin de la série est assez évocatrice"L’humeur était sombre en cette journée de mars 1970 à Tokyo tandis que des centaines de personnes se dirigeaient en masse vers les bureaux du géant de l’édition Kodansha. L’auteur de manga Tetsuya Chiba ne l’oubliera jamais . " les rues étaient noires de monde.

Tous ces lecteurs étaient venus alors que c’était un jour de semaine. Les gens avaient quitté leur travail, hommes d’affaires, étudiants. Ils étaient tous habillés en noir, ils portaient des brassards noirs, des rubans noirs, beaucoup avaient apporté des fleurs et de l’encens".

Il est également essentiel de relever (je le souligne car ce point n’est généralement pas assez développer à mon goût dans les écrits de ce que je pu lire), le système des assistants. En effet, un mangaka dispose souvent (et aujourd’hui quasiment toujours) d’assistants.

Ces assistants aident le mangaka sur des tâches particulières comme dessiner les décors, les détails, des objets particuliers etc.

Ce système est fondamental dans l’histoire du manga moderne et semble avoir véritablement débuté avec Tezuka, et son studio Tokiwa-sô (en 1952, composé de Fujiko Fujio A., Fujiko F. Fujio (le seul à n’avoir pas été un assistant de Tezuka), Yokoyama Mitsuteru, Kuwata Jirô, Nagashima Shinji, Ishinomori Shôtarô et Matsumoto Reiji. http://du9.org/Regards-Croises ; http://www.ktr.to/Comic/assistant.html). Ainsi Leiji Matsumoto a pu assister Tezuka et Miwa Ueada, Naoko Takeuchi.

Toutefois, il faut également indiquer que certains mangaka ont percé sans avoir été assistant et que certains assistants restent pour toujours assistant. Sans ce système de transfert des connaissances, le manga ne serait sans doute pas ce qu’il est aujourd’hui.

Au-delà de ce phénomène des assistants, plus simplement, de nombreux auteurs répondent à la question, comment avec vous commencé le manga ? En recopiant des mangas que j’aimais.

L’imitation est sans doute l’un des autres points essentiels lorsque l’on souhaite parler de ce transfert. Les mangakas débutent ainsi souvent dans leur enfance en recopiant leurs œuvres préférés et en s’en inspirant.

Pour illustration de mes propos voici deux schémas, le premier étant un schéma d’inspiration fonctionnelle (inspiration « spirituelle"), puis un autre schéma d’inspiration matérielle (relation maître/assistant)

Exemple schéma d’inspiration fonctionnelle sur trois auteurs shojos :

Saki Hiwatari, avec please save my earth (1987) —> Naoko Takeuchi avec Sailor Moon (1991) —> Reiko Yoshida et Mia Ikumi avec Tokyo Mew Mew (2003)

Il s’agit d’un schéma typique d’inspiration, Please save my earth ayant inspiré quelques auteurs de Shojo par sa thématique, et Sailor Moon grâce à son équipe d’héroïnes aux pouvoirs magiques.

Exemple schéma d’inspiration matérielle (relation maître/assistant)

Tohru FUJISAWA (GTO, Rose Hipe Rose, Tokko )—> Rando AYAMINE (Get backers, Holy Talker) —> Atsushi OHKUBO (soul Eater)

Une initiative a été lancée sur un site japonais afin de faire un schéma assistant/mangaka sur le weekly shonen magasine extrêmement intéressant (bien que bien sur incomplet et fort malheureusement en japonais, ce document est tout à fait remarquable) - http://www.ktr.to/Comic/assistant.html

Il serait possible de faire un grand nombre de schémas reprenant sous forme d’arbre généalogique, découpant dans sa totalité l’œuvre d’un auteur d’un point de vue « spirituel » ou matériel (mais attention aux « intuitions », car par exemple, lors de l’interview de l’auteur de Soul Eater, tout le monde s’attendait à ce qu’il indique avoir lu « shaman king », en fait, pas du tout, mais cela a marché pour les soleil, lunes, bref, tous les objets inanimés de Soul eater qu’il a rendu vivant en s’inspirant de Dr Slump)

Mais ces schémas ne sont pas exempts de « conséquences négatives ». En effet, et c’est sans doute le point faible de cette combinaison d’imitation/ processus d’édition (assistant, système de prépublication), les mangas connaissent une certaine difficulté à se renouveler et à faire preuve d’originalité (il faut souvent se pencher sur les œuvres publiées dans le défunt magasine Garo pour en trouver).

Certes, les thématiques se multiplient, mais la trame se recopie sans cesse, ne laissant que peu de place aux écarts (de manière plus générale, et dans un contexte globale, voir les œuvres philosophiques de Baudrillard, même si ses théories s’appliquent plus à la duplication informatique « cf wikipedia sur Baudrillard «  il soutient — dans le livre L’Échange symbolique et la mort — que les sociétés occidentales ont subi une « précession de simulacre ».

La précession, selon Baudrillard, a pris la forme d’arrangement de simulacres, depuis l’ère de l’original, jusqu’à la contrefaçon, à la copie produite et mécanique (cf. Walter Benjamin, « L’œuvre d’art à l’ère de la reproduction mécanique »), et à travers « le troisième ordre de simulacre » par lequel la copie remplace l’original.

Baudrillard distingue néanmoins le simulacre de la copie, en ce que la copie demeure dans un rapport de référence par rapport à l’original (une copie d’un tableau ne prend son sens qu’à l’égard du tableau original), tandis que le simulacre ne fait que simuler d’autres simulacres : toute notion d’une œuvre originale, d’un événement authentique, d’une réalité première a disparu, pour ne laisser plus la place qu’au jeu des simulacres. »)

Azuma, un philosophe japonais spécialisé de la culture otaku que nous verrons par la suite adopte une réflexion similaire associant l’évolution du culture otaku, et la notion de simulacre.

De mon humble point de vue, c’est sans doute ce qui pourrait conduire à la déchéance du manga, notamment en France, après ses heures de gloire. Cette question est essentielle pour le futur du manga.

Les années 60, c’est également la naissance du manga alternatif, l’émancipation du shojo.

En fait, il s’agit à mon sens, de l’émergence de mangas dont les thématiques sont le reflets de la mode populaire ainsi que les hebdomadaires que nous connaissons aujourd’hui .

- le manga alternatif ou le Garo

Le manga alternatif a sans doute pour origine profonde le Gekiga. Si, comme nous l’avons expliqué, des auteurs issus de ce courant ont intégré le circuit des hebdomadaires à succès, une certaine nostalgie de l’époque des Kamishibai et des librairies de prêts (Kashibonya) subsistait. Certains auteurs, comme Shirato Sanpei regrettera ainsi leur liberté d’antan.

Nagai Katsuichi, un ancien membre du réseau des Kashibonya est à l’origine de Garo, en 1964 où sera d’ailleurs publié Kamui den de Shirato Sanpei. Garo sera un support d’expression plus libre pour les mangaka pendant prés de 40 ans jusqu’à son déclin depuis la fin des années 80.

Garo permettra l’émergence d’un manga d’auteurs et à certains auteurs de se faire connaitre comme Yoshihiro Tatsumi (dont l’un des titres, l’enfer, vient de sortir en 2008) ou Tamura Shigeru.

Dans la continuité de Garo, citons deux magazines de bande alternative que sont Ax et Ikki. Mais le manga alternatif reste un marché de niche comparé au shonen ou au shojo.

Shigeru Mizuki est sans doute l’un des auteurs les plus emblématiques du manga atlternatif.

Prix du meilleur album en 2007 pour « nonnonba », Shigeru Mizuki est à lui tout seul un univers, peuplé par le folklore japonais et toute sa mythologie.

Tout au long de cet article, le nom de Shigeru Mizuki reviendra de nombreuses fois tant il a traversé l’histoire du manga grâce à ses monstres et yokais en tout genre.

Les assistants de Shigeru Mizuki, comme Ryoichi Ikegami (Crying Freeman / heat) suivront son chemin en produisant des œuvres sombres et proches du Gekiga.

A propos de ce manga alternatif, je souhaitais également mentionner Kazuo Umezu.

Si Tezuka est le dieu du manga, Kazuo Umezu est le dieu du manga d’horreur. Auteur de bessekai, Kazuo Umezu est connu en France pour l’école emportée où il propose un titre profond, avec un univers obscur et terrifiant.

De nombreux auteurs s’inscriront dans son sillon comme Hideshi Hino (il fait ses débuts à la fin des années 60 et a publié Hell baby, Panorama of hell), Junji Hito (Gyo) ou Suehiro Maruo.

- le shojo

Comme dit précédemment, le shojo était à la base essentiellement produit par des hommes comme Tezuka. Un grand nombre d’auteurs comme Leiji Matsumoto, Tetsuya Chiba, Shotaro Ishinomori, Fujiko Fujio, Fujio Akatsuka ont d’ailleurs débuté par du shojo.

Si 1964 est l’année de création de Garo, c’est aussi l’arrivée de Machiko Satonaka dans le monde du manga lorsqu’elle remporte le 1er prix kodansha pour débutant dans le « shojo » manga magazine, « shojo » friend avec le titre Pia no Shouzou.

Satonaka ouvre la voie à l’ensemble des artistes féminines de la génération du baby boom japonais.

Pour mémoire, citons d’autres auteurs de cette époque comme Masako Watanabe 1952 avec Namida no Sanbika, Maki miyako (précitée ci-dessus comme étant la femme de Matsumoto Leiji et étant une auteur de shojo de talent, ayant notamment adapté en manga le Genji monogatari (le dit du genji, roman appartenant au patrimoine immateriel de l’UNESCO, souvent considéré comme l’un des premiers romans de l’humanité) ; Maki miyako fait ses débuts en 1957 avec Haha Koi Warutsu) et Mizuno hideko (assistante de Tezuka ayant fait ses débuts en 1956 avec Akakke Pony, et relativement connue dans les années 60).

A cette époque, le shojo traite plus des relations mères-filles que de relations filles-garçons.

- les mangas reflets de la mode populaire

1964, c’est également l’année des Jeux olympiques d’été de 1964 à Tokyo. C’est ainsi la première fois que l’Asie accueille cet évènement et celui-ci compte 2 millions de billets vendus.

Le sport devient ainsi à la mode dans le manga et le sera toujours par la suite.

Dans le prolongement de la tradition de la période d’Edo, le parallélisme entre popularité et retranscription picturale se poursuit.

C’est ainsi que des années plus tard, Yōichi Takahashi donnera naissance à Captain Tsubasa après s’être passionné pour la coupe du monde d’Argentine en 1978 ou que prés de prés de 40 ans plus tard, naitra Yakitate Japan lorsque les boulangeries sont à la mode et que le Japon remporte la Coupe du Monde de la Boulangerie en 2002 (date de sortie de Yakitate Japan).

- Naissance des hebdomadaires modernes

Les années 60 correspondent également au lancement de l’hebdomadaire Shônen Magazine en 1959 par l’éditeur Kodansha et à la publication par la Shueisha du Shônen Jump en 1968.

Les magazines seinen naissent également à cette époque avec le Weekly Manga Action (1967, Futabasha ) et le Monthly Big Comic (1968, Shogakukan).

C’est également dans les années 60 que nait le système que nous connaissons :

Prépubication ---> popularité —> création d’ouvrage reliés et diminution des coûts de production

Ce système est basé sur une maximisation des profits par la production de masse.

La baisse des couts est en particulier due à la mauvaise qualité du papier, à l’absence de couleurs (dans le prolongement de la politique d’après guerre et de la culture commerciale des éditeurs d’Edo), tout en utilisant un réseau de distribution extremement large, au plus près des japonais, dés lors qu’ils ont une pause, du transport etc…

A la lecture de ce schéma, il n’est pas surprenant que le développement des nouvelles technologies est au moins partiellement remis en cause ce modèle.

IV- l’industrie moderne du manga, âge d’or, chute et solutions ?

- les années 70, un âge d’or

Les années 70 correspondent sans doute à l’âge d’or de l’industrie du manga, représenté dans sa grande majorité par Shogakukan, Kôdansha et Shûeisha.

Shonen, Shojo et Seinen évolueront également à cette période.

"shonen sombre et seinen"

- Dans le prolongement du style gekiga, naît le sombre Devil man par Nagai Gô en 1972. Gô nagai apporte une vision crue et noire de la société. L’une de sa première publication, "l’école impudique" - Harenchi Gakuen- a d’ailleurs été particulièrement décriée pour son manque de valeurs morales.

Il créera bon nombre d’oeuvres marquantes comme le précité Devilman, Mazinger, Cutey Honey et bien sur Yafō Robo Gurendaiza (Goldorak). Devil man sera à la source d’oeuvre culte comme Berserk ou X de Clamp.

- Nakazawa Keiji est également à citer avec son oeuvre Gen d’Hiroshima en 1973. Son oeuvre, nourrie du traumatisme de la bombe atomique est aussi poignante que bouleversante, exacerbant l’expression des personnages à leur paroxysme.

- Kazuo Koike et Goseki Kojima sont également emblématiques du début des années 70. Ces auteurs publient ainsi "Lone Wolf and Cub ".

Dans la plus pure tradition du gekiga, "Lone Wolf and Cub" prend place dans la période des Tokugawa retraçant l’histoire d’un samurai déchu accompagné de son fils.

L’ambiance est sanglante, le trait réaliste et l’histoire sombre. "Lone Wolf and Cub" est un titre mythique au Japon dont l’importation s’est très bien réalisée aux Etats Unis.

-  Monkey Punch, Kazuhiko Katō de son vrai nom, est également un auteur à retenir. Il crée deux œuvres marquantes : Lupin III en 1967 et Cinderella Boy en 1980.

Dans lupin III, qui sera par la suite repris par Hayao Miyazaki, Kazuhiko Katō nous propose de suivre les aventures du voleur le plus connu du monde, Lupin, accompagné par ses deux acolytes, Daisuke et Goemon. Lupin III a marqué les esprits et l’on ne compte plus les déclinaisons de la série.

Lupin III est classé dans la catégorie seinen car il a été publié dans le Weekly Manga Action, un hebdomadaire seinen.

-  1973 correspond aux débuts d’un auteur dont les œuvres marqueront sans conteste les esprits : Katsuhiro Otomo. Influencé par les auteurs américains, européens ou le cinéma américain, Otomo surprend grâce à son style relativement éloigné d’un Tezuka.

Les débuts d’Otomo sont principalement illustrés par de courtes nouvelles comme Mateo Falcone (adaptation d’une nouvelle de Mérimée), Memories etc… (je vous invite à vous procurer l’anthologie publiée chez Glénat).

Otomo réalise sa première « longue histoire » en revenant de sa lune de miel avec sa femme (à New York). Cette première histoire s’intitule Sayonara Nihon et narre la vie d’un professeur d’arts martiaux à New York (nous sommes en 1977).

Otomo se lance ensuite dans des séries plus longues comme Fireball et Otomo réalise en 1980 Domu rêve d’enfant, véritable prouesse technique au scénario complexe, dans laquelle nous retrouverons des thématiques chers à l’auteur : psychologie, pouvoir, désolation.

Deux ans plus tard, Otomo débute Akira… son chef d’œuvre. Adolescence, amitié, souvenir, pouvoirs parapsychologiques dans un univers post apocalyptique, tant de thèmes abordés par Otomo dans une œuvre hors du commun.

Etant donné que dans le présent article, j’adopte une démarche plus systémique, disons qu’Otomo, grâce à Akira, tant d’un point de vue graphique que scénaristique marquera une génération japonaise mais également occidentale.

Pour finir, disons qu’Otomo est d’autant plus important qu’il marque par son style si personnel, assez éloigné des canons habituels du manga (clair, détaillé, précis à l’extrême).

"Shojo : le renouveau"

- Les années 70 correspondent à la naissance du Groupe de l’an 24 ( Nijūyon-nen Gumi), composée par Yasuko Aoike, Moto Hagio, Riyoko Ikeda, Yumiko Ōshima, Keiko Takemiya, Toshie Kihara, Ryoko Yamagishi, Minori Kimura, Nanae Sasaya, Mineko Yamada, and Norie Masuyama (il serait difficile, d’autant que les informations me manquent, de présenter chaque auteur de ce groupe).

Ce groupe a largement contribué au développement du shojo moderne, rompant ainsi avec un shojo traditionnellement conçu par des hommes.

C’est dans les années 70 que le « shojo » manga s’est théoriquement divisé en trois catégories ; Miyadai a créé cette typologie en se basant sur les noms des artistes majeurs de cette époque : 1) le domaine de Satonaka (machiko) ; 2) le domaine de Iwadate (Mariko) et 3) le domaine de Hagio (Moto)

1) Le domaine de Satonaka se traduit par des histoires de vies tumultueuses et des expériences de vie par procuration (c’est-à-dire, que les lectrices vivent indirectement à travers l’héroïne).

Ce manga « shojo » fournit des expériences que les lectrices ne rencontreront jamais dans la vraie vie. Ikeda Riyoko et Ichijo Yukari, comme Satonaka, appartiennent à cette catégorie.

2) Par opposition à cette catégorie, le domaine Iwadate est un monde plus réaliste. Cette catégorie tente de représenter et d’interpréter la relation entre le moi et le monde qui l’entoure.

Cette catégorie remonte aux mangas « Otometic » de Mutsu A-Ko, Tabuchi Yumiko, Tachikake Hideko et Iwadate Mariko. Dans ces histoires, il existe différents types de femmes traversant des expériences de la vie de tous les jours.

Quelle que soit l’histoire, les lectrices peuvent se retrouver à travers un modèle.

3) Enfin, par opposition à la seconde catégorie, le domaine de Hagio se réfère à un groupe de mangaka plus intellectuel, cherchant à capter l’attention des lectrices n’étant plus satisfaites par le coté enfantin des Otometic manga précités.

Poe ni Ichizoku (Hagio Moto) et Hiizuru Tokoro no Tenshi de Yamagishi Ryoko sont représentatives de cette catégorie

D’autres auteurs ont bien sur contribué au deveveloppement du shojo durant cette periode. Je citerais quelques mangakas qui me paraissent importants :

-  Igarashi Yumiko avec Georgie et bien sur Candy Candy, avec son style prononcé. Comment oublier de telles petites boucles et ce teint rosé. Un classique.

-  Kyoko Ariyoshi fait ses débuts en 1971 pour le magazine Margaret. Son œuvre majeure, Swan, commencera dans les années 80 et aura pour thématique les danseuses de ballets. Tel Degas, Kyoko Ariyoshi n’aura d’intérêt que pour les ballerines et s’affirmera véritablement dans cette thématique.

Comme je n’en reparlerai peut être pas plus tard, Masahito Soda reprendra cette thématique, 20 ans plus tard, avec Subaru, Danse vers les étoiles , un très bon titre sur le sujet .

Mais Masahito traitera du théme de la danse bien différemment de sa prédecesseur, jouant plus dans le registre dramatique, de l’émancipation personnelle à travers la danse, que dans la course à la réussite et à la compétition, comme nous le voyons souvent dans les mangas sportifs (shonen ou shojo d’ailleurs).

A ce sujet, il est intéressant d’observer les différences d’approches sur un même sujet entre shojo et shonen.

Mitsuru Adachi dont je parlerai plus un peu plus tard est sans doute l’auteur le plus à la confluence des deux.

L’explosion du shonen

- c’est à la fin des annes 70 qu’un auteur ayant débuté par du shojo sort deux grands titres majeurs : Galaxy Express 999 (1977-1981) et Captain Harlock (1977-1979) plus connu en France sous le nom d’albator.

Son premier manga de science fiction, Sexaroid a été un succès.

Ses héroïnes, longilignes, gracieuses et ses héros charismatiques dans un monde de science fiction donneront à ses titres une renommée internationale.

Cette période verra également apparaître des auteurs particulièrement reconnus en France comme Masami Kurumada ou Rumiko Takahashi.

- La carrière de Rumiko Takahashi débute en 1978 et explose avec Urusei Yatsura et Maison ikkoku en 1980 .

Elle propose ainsi des oeuvres offrant action, histoire d’amour et science fiction. Son style inspirera tout un pan des mangas contemporains comme Love Hina, Chobits etc... Rumiko Takahashi est toujours d’actualité puisqu’elle poursuit toujours sa série à succès, Inu Yasha (a débuté en 1996 et viens de finir) [précisons juste que Maison Ikkoku a été publié dans Big Comic Spirits, un magazine seinen]

- Masami Kurumada explose également à la fin des années 70. Après avoir publié en 1974 Sukeban Arashi, il publie son titre à succès Ring ni Kakero.

En 1986, l’incommensurable Saint seiya (les chevaliers du zodiaque) débute. Son oeuvre se poursuit encore aujourd’hui à travers de multiples prolongement comme "Saint seiya Next Generation" (2006), "Saint seiya G" (2002) ou " Saint seiya lost canvas" (2006). Malgré leur style graphique traditionnel, les oeuvres de Kurumada inspirent le monde du shonen dans son ensemble, et ont également permis l’introduction du manga en France par le biais du Club Dorothée.

Pour rappel, Saint seiya evoque une lutte entre différents dieux pour la domination du monde, les héros étant des chevaliers de bronze, protecteur de la déesse Athéna, représentant la justice et la paix (je ne m’étendrais pas plus sur le sujet, Saint seiya étant l’un des titres les plus connus en France en matière de manga).

Kurumada insufflera au shonen son concept de chevalier revetant une armure, créera des combats épiques d’anthologie, et surtout la réutilisation à bon escient de mythes et légendes en tout genre, allant de l’enfer de Dante en passant par toute la mythologie grecque jusqu’au bouddhisme .

- Mitsuru Adachi, comme Leiji Matsumoto a débuté par du shojô dans les années 70 avec Kieta Bakuon et Rainbowman en 1972-1973. D’ailleurs, Adachi, comme Rumiko Takahashi est un peu à la frontière entre shojô et shonen, mêlant intrigues amoureuses et activité sportive.

Ses oeuvres majeures, à savoir "Nine" (1978), "Touch" (1981) puis H2 (1992) ont pour thématique du baseball. Les oeuvres de Adachi sont emprunts d’une certaine sensibilité, traitant avec finesse la psychologie des personnages.

- Osamu Akimoto est assez inconnu en France. Pourtant, il est l’auteur du manga le plus long de l’histoire, "Kochira Katsushika-ku Kameari Kōen-mae Hashutsujo", aussi appelé "Kochikame", ayant débuté en 1976 et comptant désormais pas moins de 160 volumes.

Depuis trente ans, l’auteur nous conte les aventures d’un policier de quartier à Tokyo aux méthodes peu orthodoxes. Le ton est essentiellement humoristique. Kochikame est un peu le prolongement de la tradition populaire humoristique d’Edo.

- les années 80 et le début des années 90 : la commercialisation à son paroxysme

Les années 80 et le début des années 90 marquent l’apogée de la surconsommation du manga Cette surconsommation s’est illustrée à deux niveaux :

-  le marchandising à outrance des mangas

Dans le prolongement continue du marchandising initié dans les années 20/30 avec Nonki na tôsan et Norakuro, le marchandising n’a cessé de s’accroitre.

Les mangas les plus populaires sont déclinés en anime, OAV (animation vidéo original), figurines, jeux vidéos, goodies etc...

Un manga populaire est un peu l’équivalent d’une marque connue le temps de sa popularité. Ce merchandising assure les revenus de certains mangaka comme Rumiko Takahashi et Takehiko Inoue et leur a permis de devenir millionnaires.

L’exemple le plus frappant de cette surconsommation du manga est Dragon ball, avec ses OAV à rallonge et ses nombreuses digressions n’apportant fondamentalement plus rien à l’histoire.

C’est ainsi qu’entre le début des années 1980 et les années 1990, de nombreux périodiques ont doublé leurs ventes. En 1994, le Weekly Shônen Jump, à l’instar de ses concurrents compte environ 6,5 millions d’exemplaires imprimés chaque semaine.

Une série d’auteurs a constitué un vivier à cette surconsommation. Le shonen et le shojo ont sans doute été les catégories de manga les plus touchées par le phénomène jusqu’à ce que les ventes chutent à partir de 1996. Les années 80-90 correspondent également à l’atomisation des genres.

Comme nous le verrons, le shôjo prendra son envol pour traiter de nouveaux sujets, et d’autres genres comme le Yaoi ou le Lolicon se développeront. De même, au sein de chaque catégorie connue, le champ des thématiques abordées ne cessera de s’étendre.

-  les mangas, eux-mêmes produits dérivés d’autres produits

Si le manga a contribué au développement des produits dérivés, le manga peut être lui-même un produit dérivé (le livre de Azuma sur la culture Otaku que je mentionnerai ci-dessous illustre très bien cette disparition progressive de frontière entre orignal/copie).

Ainsi, le drama Densha Otoko a connu quelques 4 adaptations en manga (seinen, shojo et shonen), et les mangas peuvent être des dérivés d’autres mangas comme la kyrielle d’adaptations de Saint seiya ou de Black Jack.

De même, un manga peut être une adpatation d’un jeu vidéo (par exemple, toute la panoplie d’adaptations en tout genre de Dragon quest, ou l’adaptation par Aki Shimizu de Suikoden).

Ces deux paragraphes tendent à montrer que jusqu’à aujourd’hui, le manga est un maillon essentiel du soft power Japonais et de l’industrialisation de sa pop culture.

Citons également l’évolution technique à cette époque, toujours dans une optique d’accéleration du processus de publication et de conception du manga.

L’utilisation des « screen tone »/ trame se fait sans cesse plus présente, permettant de remplacer allégrement les décors, tout en permettant de rendre l’atmosphère d’une scène.

De même, l’utilisation de l’ordinateur permet d’améliorer aisément les détails, les effets, et la photocopieuse permet aussi de gagner du temps de production.

C’est en fait un peu le début de constitution d’une base de données (de trames d’ailleurs), permettant de disposer à sa guise de décors, de personnages etc…

afin de pouvoir les adapter, moduler facilement et de gagner du temps (au détriment, par définition, de l’originalité).

Le Shonen et Shojo dans les années 80, le début des années 90 (jusqu’en 1996) ou le mythe d’Icare

Concernant le Shonen :

Les années 80 sont absolument essentielles au manga shonen, notamment grâce à ses auteurs.

Grâce aux vagues d’auteurs les ayant précédés, le manga dispose d’un réseau de distribution performant et d’un schéma de publication (avec les magazines de prépublications) qui permettront au manga d’être un miroir indirect quasi instantané de la société (et donc répondant extremement bien aux attentes du public).

Ainsi, les auteurs ont été avant tous des lecteurs, et ceux-ci utiliseront ce qu’ils ont lu et appris (lorsqu’ils ont été assistants auprès de la génération précédente) pour mettre en manga leur passion. Cela pourra être le baseball, le football, le rock, leur amour des super héros, etc…

Très souvent, le titre majeur de la carrière d’un mangaka sera le titre à l’image de ce qui le passionne, parvenant à transmettre au lecteur son amour pour un sujet/objet.

Les années 80 sont pour le shonen l’émergence du manga/passion par opposition à leur maître qui proposait plutôt des histoires reposant sur leur lecture, expérience cinématographique ou la tradition historique du japon.

Cette seconde catégorie de manga ne disparaît pas, mais les années 80 symbolisent un nouveau cycle proposant un certain renouvellement au shonen dans la continuité de la fin des années 70.

- Akira Toriyama nous propose ainsi son univers burlesque à travers les aventures de Arale, une petite fille robot déjantée dans l’excellent Dr Slump en 1980 (voir mon article sur "TORIYAMA Akira, entre burlesque et duels anthologiques").

Quatre ans plus, tard, Dragon ball débute. Reprenant le mythe asiatique du roi singe à la manière d’un shonen.

Sangoku, un jeune enfant venu d’une planète inconnue est élevé par un expert en arts martiaux, et évolue en luttant constamment contre des adversaires plus puissants à l’aide de ses amis.

Si Akira Toriyama reprend au début l’univers burlesque de Dr Slump, la série prend rapidement une autre dimension et mène à différentes luttes anthologiques assez similaires à celles de Saint seiya. Paradoxalement, Dragon ball fera la fortune de Akira Toriyama mais constituera également son tombeau.

Fatigué en fin de série, Akira Toriyama ne fera au fond plus grand chose après Dragon ball. Si pour Dr slump et les débuts de Dragon ball, ses traits sont assez ronds et les dessins caricaturaux, la série devenant plus sérieuse, les traits deviennent plus droits et plus réalistes.

Son style, sa gestion de l’action et de la narration sera, comme les oeuvres de Tezuka ou de Kurumada une grande source d’inspiration pour ses contemporains.

- 1980, c’est aussi les débuts de Captain Tsubasa (Olive et tom) de Yōichi Takahashi. Cette série met en scène une jeune prodige du football japonais et son ascension jusqu’au football international professionnel.

Les matches de football épiques marqueront toute une génération et créeront un grand nombre de vocation. Graphiquement, Takahashi possède un style assez spécifique, et celui-ci n’hésite pas à rendre les attaques des ses héros complètement surréalistes (pirouettes, tirs du milieu du terrain, utilisation des arts martiaux etc…).

Son oeuvre inspirera sans doute d’autres auteurs comme Takeshi Konomi pour Prince du tennis (Tenisu no ojisama).

- Dernière grande publication en 1980 : Buso Poker ne vous dit rien ? Sans doute… mais son auteur Hirohiko Araki débutera sept ans plus tard Jojo’s Bizarre adventure.

Jojo retrace la lutte millénaire de deux familles, l’une issue de la noblesse, des élites, et l’autre de voleurs.

S’en suivra un conflit inter générationnel, où nous suivrons les luttes des membres originels de chaque famille (Jojo ayant repris les pouvoirs des manieurs d’onde, et Dio ceux des démons) jusqu’à leurs enfants (une lutte entre manieur de stand, un stand étant la représentation psychologique de son manieur, et permettant d’utiliser un grand nombre de pouvoir).

Influencé par Toriyama, Kamui Den ou Ashita no joe, Hirohiko offre une nouvelle forme de combattant à travers les stands, propose un scénario se renouvelant sans cesse (prouesse absolument remarquable) et surtout une approche graphique révolutionnaire, tant du point de vue de la perspective que du chara design des personnages (à la musculature imposante) ou des stands .

Hirohiko marquera sans doute une génération d’auteurs (le Louvre lui a d’ailleurs dédié une partie d’exposition en 2008).

- 1981 : la première oeuvre d’un auteur d’exception est née : Cat’s eye de Tsukasa Hojô. Son oeuvre phare, City hunter, débutera en 1983 avec un pilote pour une publication officielle en 1985.

Cat’s eye nous contera les aventures de trois séduisantes voleuses, et City hunter, celle d’une gâchette hors norme, Ryo saeba accompagné pas son assistante dans diverses missions (souvent de garde du corps).

Comme de nombreux auteurs, son style a grandement évolué au fur et à mesure de ses oeuvres, les proportions étant de mieux en mieux respectées ainsi que le réalisme.

Ces histoires mélangent des scènes réalistes, noires et des passages humoristiques voir grotesques.

Des années après City hunter, Tsukasa reprendra l’univers de City hunter avec Angel Heart, pour le plus grand plaisir des fans.

Citons également une oeuvre un peu différente mais tout aussi excellente, Family compo, traitant de sexualité et de travestis.

Hojô fait parti, comme bon nombre d’auteurs cité dans cet article, d’auteurs de référence en matière de manga.

- Masakazu Katsura s’est également fait connaître dans les années 80 avec Wingman en 1983 (il remporte le prix Tezuka en 1980 et 1981).

Il créera Video Girl Aï en 1989, un autre grand succès traitant de la vie sentimentale d’un jeune garçon aidée par une jeune fille (video girl).

Ses oeuvres allient romance, humour, planche sexy (surtout dans M, titre assez torride) et action (l’influence de l’amour de Katsura pour les super héros comme Batman se ressent dans Dna²).

-  1983 marque la première publication de Bari Bari Densetsu de Shuichi Shigeno, prélude d’un titre majeur de l’auteur, Initial D, en 1995.

Comme souvent, le nombre de volumes est à l’image de son succès, et Bari Bari Densetsu, sur le thème des courses de moto compte 38 volumes. Si l’on cite généralement le manga « Say hello to black jack » comme étant à l’origine d’une certaine reforme des hôpitaux, Bari Bart Densetsu l’est beaucoup moins.

Car, si le manga est effet à l’origine de certaines évolutions positives, il est tout de même également à l’origine de certaines difficultés de société. Ainsi, Bari Bari est notamment à la source du phénomène « Hashiriya », c’est-à-dire celui des road racers .

Initial D aura, et a toujours énormément de succès. Initial D traite aussi des Road Racers, le héros de l’histoire (Takumi), conducteur de génie affrontant successivement des road racers toujours plus performant à l’aide d’une voiture techniquement dépassée, la Toyota Sprinter Trueno.

Signalons pour l’anecdote que Shuichi Shigeno possède deux voitures : la trueno (voiture de Takumi) et la Steel Blue Mica-colored 1999 WRX Type STi Version 5 (voiture du père de Takumi, premier formateur de Takumi à l’art de la conduite).

-  Izumi Matsumoto fait ses débuts en 1982 avec Heart of Saturday Night . Ce mangaka connaitra son plus grand succès Kimagure orange road (max et compagnie) en 1984.

Ses assistants auront pour certain un intéressant parcours, comme l’auteur de Bastar, celui des petites fraises.

Izumi proposera des histoires melant tranche de vie, pouvoirs surnaturels, mais aussi charmantes demoiselles aux formes généreuses (à l’époque, ce n’etait pas nécessairement un point que l’on retrouvait dans tous les titres comme aujourd’hui).

Cet auteur a succès, victime d’une maladie grave, a du stopper sa production. Kimagure orange road demeure un classique aujourd’hui.

-  1983 est également l’année de publication d’un duo qui marquera les esprits : Tetsuo Hara (dessin) et Buronson (scénario) pour Hokuto no ken (Ken le survivant).

Ce duo nous propose l’évolution d’un expert en arts martiaux aux allures de Mad max, Ken, dans un univers sombre et post apocalyptique.

Avec un style réaliste rappelant le Gekiga, Hokuto no Ken ne lésine pas sur la violence et le sang, ce qui lui vaudra quelques difficultés d’importation en France par la suite.

Buronson, toujours dans un style morbide et réaliste publiera par la suite Sanctuary, un titre plus politique traitant des Yakuza, thème que l’on retrouvera dans Heat.

-  Harold Sakuishi débute en 1985 avec le titre Gorrillaman. Il enchaîne 10 ans plus tard avec Bakaichi et sort en 2000, Beck. Beck utilise la thématique du rock alternatif .

Vous suivrez les traces d’un jeune garçon un peu perdu et naïf, découvrant le monde du rock , participant à la création d’un groupe de musique, aux débuts de ce groupe et à sa lutte contre les grands majors de la musique. Avec un graphisme clair, Harold Sakuishi propose un scénario complet et extrêmement riche.

-  Kosuke Fujishima est principalement connu pour Ah my godess (1988) et You re under arrest (1986). Bien que le rythme de parution et l’histoire ne s’enlise, Ah my godess reste à l’époque un titre important, puisque la trame sera réutilisée à de nombreuses reprises : une jeune garçon se retrouvant avec une déesse magnifique sortie de nulle part et éprise du héros (même si les histoires sont différentes, les « variantes » sont nombreuses comme Tenchi muyo, Chobits etc…). A l’heure actuelle, un titre dépassé, mais replacé dans son contexte, relativement important.

-  1987 : Gosho Aoyama fait ses armes avec Chotto Mattete . Mais son véritable succès sera tout d’abord Yaiba (1988).

Ce shonen d’aventure et humoristique sera une réussite mais son succès n’est en rien comparable avec son autre succès, Detective conan en 1994. Detective conan met en scène Shinichi Kudô, un jeune garçon célèbre pour son esprit de déduction et sa capacité à résoudre des enquêtes.

Mais après avoir avalé du poison, Shinichi se retrouve dans le corps d’un petit garçon. Il devra faire preuve d’intelligence et utiliser bon nombre de subterfuges pour retrouver ceux qui l’ont transformé et résoudre toutes les enquêtes qui lui sont soumises.

Une référence comptant à l’heure actuelle plus de 60 volumes. La narration des enquêtes est minutieuse et malgré quelques incohérences, elles sont généralement passionnantes. Avec Kindaichi, l’un des meilleurs policier/shonen à l’heure actuelle !

-  1988 : Concernant Takashi Hashiguchi, j’avoue avoir énormément hésité à le classer à cet endroit. En effet, son premier titre, Combat teacher sort en 1988 mais il n’explosera véritablement que vingt ans après, en 2002 avec Yakitate japan.

Ce manga avant tout humoristique nous propose un sujet original : un jeune garçon prénommé Kazuma rêve de créer un pain japonais.

Sur la thématique de la boulangerie, chaque dégustation est l’occasion d’un monde extraordinaire, fantastique parfois complètement déjanté. Dans ce créneau comédie loufoque/shonen, Yakitate Japan est un must !

-  Yoshihiro Togashi fait quant à lui ses armes à la fin des années 80 avec Tonda Birthday. Yuyu Hakusho, dont la série débute en 1990 sera un énorme succès. Y

u Yu Hakusho met en scène la vie d’un jeune loubard mort par erreur suite à une bonne action. Suite à cette bonne action inattendue même pour dieu , ce jeune garçon deviendra detective pour le monde céleste.

Il devra combattre de nombreux démons, alliés à des humains et des démons. Yuyu Hakusho propose à la fois de l’aventure, des combats acharnés, mais également un univers fantastique et spécifique.

La création d’univers, de monde et l’aventure sont sans doute les points forts des oeuvres de Togashi.

Ce talent s’exprime particulièrement dans la première partie de Hunter X Hunter où l’on suit les aventures du jeune Gon, un hunter (aventurier disposant de facultés hors du commun et devant passer le concours le plus difficile de la planète pour obtenir sa licence ) à la recherche de son père (le père a une importance particulière chez Togashi).

Dans la catégorie aventure/richesse d’univers, avec One piece, Hunter x hunter a sans doute la palme tant son univers dispose d’un potentiel sans limite (dommage qu’à mon sens, l’auteur se soit un peu éloigné de ses objectifs et qu’il se soit perdu dans des méandres dont on ne voit pas le bout) et tant les personnages sont éminemment charismatiques.

-  1989 : Fujisawa tôru fait ses début avec love you. Dix ans plus tard, Fujisawa proposera un titre déluré, dont l’influence sera assez importante, à savoir Great Teacher Onizuka (GTO).

Son histoire tourne autour d’un jeune homme (Onizuka), ancien chef de gang, à la recherche d’un travail qui finira par devenir professeur. Onizuka se verra attribuer la pire classe de l’école et imposera rapidement ses méthodes musclées à ses élèves.

Mais au-delà de ses méthodes, Onizuka s’impliquera également énormément dans la vie de ses élèves, et permettra ainsi de découvrir le quotidien de tous ces jeunes, pour la plupart un peu perdu, sans but , sans cadre, voir sans valeur.

De même, Fujisawa nous procure un bon laboratoire de la société japonaise, illustrant à merveille de nombreux non-dits. Au-delà de ces réflexions un peu sérieuses, GTO est un titre hilarant, déluré, qu’on lit et relit sans se lasser.

-  Fujita Kazuhiro propose en 1990 Ushio and Tora et en 1997, sa plus longue série Karakuri Circus (karakuri sakasu- 43 volumes). A travers Karakuri circus, Fujita Kazuhiro demontre un talent de narrateur, avec un univers alliant humour, cirque, alchimie, et bien sur combat !

Relativement atypique par rapport à ses compatriotes, notamment du fait de son scénario plus riche que la plupart des shonens ; karakuri circus est un shonen qui méritait de faire partie de cet article tant il propose une histoire intéressante et un univers qui lui est propre

-  Il n’est sans doute pas possible de parler du début des années 90 sans citer Takehiko Inoue. Takehiko Inoue publie ainsi en 1990 Slam Dunk, une série sur le basket Ball.

Son style graphique ne parviendra à sa quintessence qu’avec Vagabond, en 1998, titre reprenant l’histoire de Miyamoto Musashi, illustre samurai de l’histoire du Japon et héros des livres mythiques que sont la Pierre et le sabre et la Parfaite lumière d’Eiji Yoshikawa. Si Slam dunk est un mélange d’humour et d’action (sportive), Vagabond est plutôt réaliste.

Inoue abordera à nouveau le basket avec Real, manga sur des basketteurs handicapés. Takehiko Inoue est sans doute l’un des auteurs les plus doués de sa génération, s’adaptant à tous les styles, à tout type d’histoires et toujours avec un grande justesse.

-  Hajime No Ippo est l’œuvre la plus connue de George Morikawa et débute en 1990. Sur la thématique de la boxe, comme l’un des premiers shonens à succès, Ashita no joe, l’auteur parvient à nous transmettre toute sa passion pour la boxe à travers son œuvre (d’ailleurs, on peut lire ici et là que l’auteur gère des boxeurs).

Malgré un graphisme assez old school ; notamment concernant le character design des personnages, Hajime no ippo parvient à séduire grâce à son réalisme et à un héros accrocheur

-  Kia Asamiya est connu du grand public, à la fin des années 80, début des années 90 pour ses oeuvres de science fiction comme Silent Möbius, Nadesiko.

La particularité de Kia Asamiya est de travailler également sur du comics, comme Hell boy ou Batman : Child of Dreams. Kia Asamiya fait d’ailleurs parti des quelques auteurs à avoir largement contribué à l’inflitration du manga aux Etats-Unis.

Les mangas de Kia Asamiya ont un peu veillis, notamment d’un point de vue graphique mais ses œuvres restent intéressantes en tant que bonnes références d’une époque…

-  1992 : Norihiro Yagi débute en 1992 avec Angel Densetsu un shonen plutôt humoristique sur quinze volumes. Pour faire simple, Angel Densetsu joue sur la bicéphalité du héros, disposant d’un physique repoussant, digne du pire des Yakuza, mais d’un cœur d’or. Dix ans plus tard, Norihiro Yagi s’impose avec Claymore.

Certains reproches à cette œuvre sa trop grande ressemblance avec Berserk, mais en évoluant, Claymore impose doucement son propre style. Le lecteur y suit les traces de Claire dans un monde héroic fantasy.

Claire fait partie d’une organisation utilisant des femmes aux pouvoirs surhumains dont les origines restent incertaines, les Claymore, dont le rôle est détruire des démons.

Derrière ce scénario simpliste se développera progressivement tout un background autour des Claymores, l’origine des démons etc… [Claymore est classé comme Shonen en raison de son support de publication, Jump square]

-  1994 est marqué par les débuts d’un manga contant les aventures d’un assassin samurai repenti prénommé Kenshin, parcourant le Japon pour aider son prochain à l’aide de son sabre à lame inversé. Kenshin combattra sans cesse pour défendre ses idéaux, et formera sa relève.

Nobuhiro Watsuki, auteur de ce manga, utilisera ainsi son amour pour le kendo qu’il pratiquera pendant son enfance ainsi que des personnages historiques pour proposer un shonen à succès dans l’univers du sabre.

Kenshin propose un peu d’humour, des combats d’anthologie (notamment le duel Shishio/Kenshin), une histoire d’amour (mieux exploitée dans les OAV) ainsi qu’un graphisme de qualité. Ses séries suivantes ne seront pas à la hauteur du succès de cette première œuvre.

Notons que Nobuhiro Watsuki « formera » une partie de la génération suivante d’auteurs, à savoir Eiichiro Oda (One piece) ou Hiroyuki Takei (Shaman king).

Nobuhiro Watsuki est l’un des ces auteurs japonais dont l’inspiration provient également des comics japonais, comme Spawn, cela se ressentant par exemple assez dans le character design du maître de Kenshin.

-  C’est en 1994 , avec A.I Love you que Ken Akamatsu commence véritablement sa carrière professionnel pour ensuite exploser avec Love hina en 1998 puis Negima 2003.

Si A.I love et Love Hina s’orientent sur des histoires d’amours, le personnage principal se retrouvant toujours dans des situations assez caustiques auprès de jeunes demoiselles, Negima se démarque quelque peu pour son coté plus shonen (bien qu’il comporte également sa dose de fan service).

A la manière d’un Kimagure Orange Road, l’auteur parvient, en sus de ses talents artistiques, à provoquer de nombreuses situations amusantes, maltraitant son héros à souhait au milieu de jolies filles. Love hina connaît de nombreux fans et a fait des émules !

-  Un autre évenement essentiel de cette année 1994 : la sortie de Noen Genesis Evangelion de Yoshiyuki Sadamoto, l’un des fondateurs de l’excellentissime studio Gainax.

A travers des mechas (robots) ainsi qu’une bande de lycéen, Yoshiyuki Sadamoto a traité avec acuité de la psychologie humaine, proposant un titre qui marquera une génération, au point qu’un philosophe comme Azuma, ait pu s’y intéresser de près.

Un manga culte, avec un character design recherchés , des mechas travaillés, et une histoire et des personnages complexes et profonds.

-  Nobuyuki Anzai débarque sur la planète shonen en 1995 avec Flame of Recca. Il revient quelques années après cette série avec un autre titre qui connaîtra un certains succès Mär et sa suite Mär Oméga.

Si Fairy Tail de Mashima est décrié comme n’était qu’une certaine reprise de One piece, Flame Recca ressemble sous beaucoup d’aspect à Yu yu hakusho de Togashi, tant au niveau des personnages que de l’histoire (surtout le passage du tournoi dans Yu yu hakusho).

Dans Flame of recca, Anzai nous plonge dans un shonen traitant de ninjas (mais assez éloignés de Naruto) pour faire combattre ses personnages.

Un shonen assez prévisibles mais bien conçu avec son lot de personnages qui, bien que resemblant à Yu yu hakusho, parviennent à séduire.

Mär est relativement éloigné de ce premier titre, plus orienté sur l’aventure. Mär dispose de son lot de fans, mais m’a personnellement assez peu convaincu…

- Concernant le Shojo

L’explosion du genre se poursuit dans les années 80. Les histoires d’amours de jeune fille s’ouvrent alors à des sujets plus tabou comme les relations homosexuelles ou la science fiction , le fantastique et le style « boy’s love » .

Les auteurs de la révolution du Shojo poursuivent ainsi leurs œuvres et sont accompagnés par une nouvelle série d’auteurs.

Cette nouvelle série d’auteurs est notamment constituée par le « groupe postérieur à l’an 24 » (Posuto Nijûyon-nen Gumi- dans le prolongement du groupe de l’an 24) comprenant Wakako Mizuki (finaliste contre Kentaro Miura pour Berserk, Hideki Arai pour the world is mine et Eiichiro Oda pour One Piece lors du Prix Tezuka en 2000 avec son titre Itihaasa – Itihaasa nous présente la vie de dieux et d’hommes vivant dans le japon antique, , elle ne travaille actuellement plus sur des mangas mais sur des romans ), Michi Tarasawa, Aiko Itō, Yasuko Sakata (débute en 1975 avec « Sakon Kyousou Kyoku » et remarqué avec « Jikan wo warerani », « Basil shi no Yuuga na Seikatsu » et « Yamiyo no hon » ; Yasuko traite autant de monde imaginaire que réaliste jouant avec mystères et sentiments) Shio Satô (débute en 1977 avec Koi wa Ajinomono !, Sato Shio est souvent répertorié comme une mangaka peu prolifique au style intellectuel et spirituel ; l’auteur traite avec subtilité de la communication entre l’homme et la nature ou les machines avec un univers qui lui est propre, citons également Kinseiju (Venus Tree, 1978), Ahosen (1980) et Seireioh (King of the spirits, 1988)), et Yukiko Kai (son œuvre Fenera est la plus connue, Yukiko étant morte relativement jeune).

Au-delà de ce groupe, un certains nombres d’auteurs méritent de figurer dans cet historique :

-  Akuma kun ni Onegai paraît en 1983 et s’inscrit dans le prolongement du premier succès de son auteur, Saki Hiwatari avec Mahou Tsukai wa Shiteiru (1982). Son grand titre, Please save my earth sortira 5 ans plus tard, en 1987.

Saki Hiwatari propose des titres fantastiques, traitant de sujet comme la réincarnation ou l’écologie. Please save my earth propose un scénario extrêmement original, mêlant science fiction, fantastique et histoire d’amour.

Cette œuvre inspirera (comme toute celles cités dans le présent article) certains auteurs, comme Naoko Takeuchi, l’auteur de Sailor Moon. Stylistiquement parlant, son style est relativement classique et épuré.

-  Yoshida Akimi marque également les esprits en 1985 avec la publication de Banana fish. Yoshida Akimi a débuté en 1977 en publiant Chotto Fushigi na Geshukunin.

Son style est immédiatement identifiable en raison des petits yeux de ses personnages (chose assez rare dans le shojo). Ce souci de réalisme transparaît également dans la psychologie des personnages associé à de grands rebondissements et de l’action.

-  Un autre auteur de talent réalise ses débuts dans les années 80 : Okano Reiko. Elle débute ainsi en 1982 avec Esther, please puis Fancy Dance en 1984, titre, dans lequel elle narre l’histoire d’un moine bouddhiste succedant au maître d’un temple.

Son œuvre majeure, Onmyoji est publié en 1993 (Onmyoji remporte le grand prix Tezuka en 2001). Son style est pur, poétique et rappel quelque peu les estampes.

Onmyoji nous plonge dans l’an 1000 japonais, sur les traces de Abe-no-Seimei, un homme ayant historiquement véritablement existé et réputé pour sa maîtrise du ying et du yang. Okano Reiko est mariée à Makoto Tezuka, le fils de Osamu Tezuka.

-  Wataru Yoshizumi commence sa carrière deux ans après Okano Reiko, en 1984 avec Radical Romance. Son plus grand triomphe sera sans conteste Marmelade boy, une œuvre certes aucunement originale, mais proposant de suivre une histoire d’amour parsemée d’embûche entre Yuu et Miki.

Comme souvent, triangle amoureux, humour (la trame de base, à savoir deux couples de parents qui décident d’échanger leur partenaire respectif est assez amusante) mais aussi des sujets plus difficiles comme l’inceste sont présents, la dernière partie de la série traitant pour le coup d’un sujet assez peu connu dans le shojo, à savoir, la relation à distance (Yuu étant aux Etats Unis et Miki au Japon). Les graphismes sont assez conventionnels et édulcorés.

-  Citons Izumi Aso pour Hikari no Densetsu (l’anime en français s’intitulait Cynthia ou le rythme de la vie) en 1986. Hikari no Densetsu nous propose de suivre les pas de la jeune Hikari.

Hikari souhaite devenir une grande gymnaste. Problèmes de santés, rencontres amoureuses, tant d’obstacles qu’Hikari devra surmonter pour devenir une championne lors des jeux olympiques.

Action, humour, et précision dans le dessin des prouesses des gymnastes sont présents dans son œuvre.

-  1986 est pour moi une année essentielle pour le shojo moderne puisque cette année marque la première publication de Ai Yasawa avec 15-nen me.

Elle continuera avec Love letter en 1987 et prendra toute son ampleur dans les années 90 en enchaînant les titres à succès comme Je ne suis pas un ange (1992), Gokinjo, vie de quartier (1995), Paradise Kiss (2000) et Nana (2000). C’est l’une des rares auteurs à avoir accumuler autant de succès.

Les œuvres de Ai Yazawa propose des personnages au style prononcé, mêlant mode, rock, lolita (Ai Yazawa a fait une école de styliste pendant 1 an, cette expérience sera transposée dans Paradise kiss).

Ai Yazawa n’hésite pas à malmener le cœur de ses personnages et aborde des sujets assez inhabituelles comme la drogue, la prostitution de jeune garçon etc… Elle propose des personnages aux vêtements inspirés par la mode, assez longilignes, fins avec des grands yeux.

- Avec un titre passé relativement inaperçu par rapport à ses titres futurs, Kaori Yuki débute professionnellement en 1987. 10 ans plus tard, en 1995, elle marquera les esprits avec Angel Sanctuary.

Le style de Kaori Yuki est aisément reconnaissable grâce au très grand détail de ses œuvres, ses influences parfois occidentales, ses univers fantastiques, noirs tendant sur le gothique et touchant des thématiques comme l’inceste.

L’aspect chargé de certaines planches dénote du style traditionnellement épuré du Shojo. Sa saga Comte Cain (1992) trouvera également son public, proposant toujours un monde fantastique.

Le tempérament de l’auteur, à savoir sans concession se ressent dans ses univers à l’imagination débordante où le lecteur peut parfois se perdre…

-  Miwa Ueda fait ses débuts relativement tôt, à savoir en 1985 avec Momoiro biyaku. Près de 15 ans plus tard, elle obtient le prix du meilleur manga shojo (Kodansha) avec Peach Girl.

Miwa utilise quelques thématiques proches des jeunes japonaises (Kogaru, l’enjokasai (que j’essairai d’effleurer plus loin)) ainsi qu’un personnage majeure pour son titre, Sae, l’ami/ennemi de l’héroïne, toujours prête à faire un sale coup.

Le prix de meilleur shojo peut surprendre, mais Peach girl demeure un titre divertissant

- C’est également en 1986 que débute Chibi Maruko-chan de momoko Sakura. Cette longue série, qui durera plus de 10 ans, met en scène la vie d’une petite fille de 8 ans et nous présente son quotidien.

Cette série a connu un franc succès au Japon et devait par la même être mentionnée, même s’il ne s’agit pas pour moi de l’un des piliers du manga.

Il fait parti de ces titres, comme « Kochira Katsushika-ku Kameari Kōen-mae Hashutsujo", qui ne pourront aucunement connaître un grand succès en France, mais qui sont intéressants en ce qu’il présente un quotidien, et une belle illustration de la société japonaise.

- 1987 : c’est également les débuts de Naoko Takeuchi avec Chocolate Christmas (certains indiquent qu’elle a débuté en 1986 avec Love Call). Sa première œuvre n’annonce en rien ses succès futurs (Chocolate Christmas narrant comment une jeune fille tombe amoureuse d’un DJ à Noël).

Sailor V commence en 1991 pour ensuite devenir Sailor Moon, un shojo à succès et l’un des plus grands symboles du style « Magical girl » (fille dotée de pouvoirs magiques).

Les costumes de nos chères justicières lunaires aux pouvoirs magiques resteront dans les annales et marqueront une génération (citons comme exemple d’œuvre qui suivront le même modèle que Sailor Moon, Tokyo Mew Mew).

Le fait qu’elle ait fait partie du club d’astronomie au lycée explique peut être son oeuvre. Je ne résiste également pas à mentionner qu’elle est la femme de Yoshihiro Togashi, auteur de Hunter x Hunter également cité dans le présent article.

-  Composé d’un quator de choc composé de Igarashi Satsuki, Ohkawa Ageha, Nekoi Tsubaki et Mokona, toutes nées à quelques années d’intervalle, CLAMP est l’un des phénomènes majeurs du Shojo ces dernières années.

Après des publications de type Dojinshi, CLAMP fait ses débuts avec un premier titre de renom : RG veda en 1989. Le talent de ce « studio » est de parvenir à toucher un large public (tant des garçons que des jeunes filles) grâce à des histoires fantastiques.

Le monde éditorial ne compte plus les succès de CLAMP, comme l’exceptionnel X en 1992 (fait anodin, on le surnomme généralement X de Clamp), Magic Knigth Rayearth en 1993, Card captor Sakura (1996), Chobits (2000), le recent titre dans les meilleurs ventes du Japon, Tsubasa Reservoir Chronicle (2003) ou XXX holic (2003).

Clamp se caractérise par des personnages forts, extrêmement charismatiques, avec des hommes souvent efféminés et de grands yeux.

Les personnages de CLAMP se retrouvent souvent dans plusieurs des titres du studio (technique du cross over ; surtout dans Tsubasa Reservoir Chronicle).

On parle d’ailleurs généralement d’un « univers Clamp », Clamp maîtrisant tous les codes du shonen, shojo, la gestion du multi canal (anime, manga, produits dérivés etc..) et une compréhension quasi parfaite des lecteurs.

Si les messages des œuvres de CLAMP sont souvent l’amour, la justice, certaines œuvres moins connus comme Clover font preuves d’une certaines poésies, à l’aide de personnages toujours aussi charismatiques et d’un style épuré.

-  Yoko Kamio, connu et reconnu pour son oeuvre dont la ferveur provoque toujours des émules, avec Ano Hi ni Aitai et Sayonara o Arigato en 1989. 1992 est l’année de son sacre avec le début de la longue épopée de Hana yori Dango.

Œuvre déclinée en anime, drama, elle provoquera de vives réactions tant elle dépeint à merveille la confrontation entre les élites et le reste de la population, ainsi que la violence à l’école dont peut être victime les plus faibles.

Hana yori Dango nous propose l’histoire de Makino, une jeune fille envoyée dans une école de riche par ses parents d’origine modeste. Makino s’élèvera contre l’injustice régnant dans son lycée, un groupe de quatre garçons (les F4) dirigeant littéralement l’organisation du lycée et même les professeurs.

Bien sur, il s’en suivra une histoire d’amour entre Makino et le leader du groupe Domyôji, tout aussi impulsif que charmant.

Confrontation, amour, phénomène Ijime, lutte de familles, amitié, tout un conglomérat d’évenements qui séduira de nombreux lecteurs (et qui séduit toujours) se reconnaissant parfaitement dans la peau de certains personnages.

Le trait de Yoko Kamio, relativement maladroit à ses débuts, s’améliore au fil du temps, tant au niveau des personnages que des décors. Pour découvrir tout l’intérêt que l’on peut porter à la série, j’invite les lecteur du présent article à se rendre sur le manga network –, proposant une analyse fine de l’œuvre permettant d’enrichir ses connaissances mais aussi de bien comprendre toute l’ampleur du phénomène Hana yori Dango.

-  1989 est décidemment un bon cru, puisque que Yuu Watase entre dans le monde professionnel avec Pajama de Ojama en 1989, puis Gomen Asobase, Otenami haiken et Fushigi Yuugi en 1992.

Ce titre sera son plus grand succès avec Ayashi no Ceres et Alice 19th.

Les histoires de Yuu Watase mêlent histoire d’amour, fantastiques, utilisant un style classique au shojo avec des garçons au physique d’esthète.

Si Fushigi Yuugi s’adresse clairement à un public plutôt jeune (l’héroïne Miaka étant plongé au cœur d’un livre en pleine chine ancienne, devenant une prêtresse devant protéger son royaume et lutter contre sa meilleure amie, Yui, prêtresse du royaume ennemi, toute deux étant amoureuse du même homme, Tamahome), Ayasho no Ceres est un titre sans doute un peu plus adulte où l’ambiance y est un peu plus noire.

-  Deux ans plus tard, en 1991, une jeune fille de 18 ans, Natsuki Takaya, propose un titre dénommé Sickly Boy wa Hi ni Yowai. Elle était sans doute loin de se douter que 7 ans plus tard, elle deviendrait l’une des auteurs les plus vendus au monde avec son titre phare, Fruit Basket.

Ce manga nous propose de suivre les aventures de Tohru, une jeune orpheline peu gâtée par la vie mais toujours pleine d’énergie. Tohru fera la rencontre de Yuki et Shigure, deux garçons populaires appartenant à une étrange famille du nom de Sohma.

Chaque membre de cette famille porte la marque d’un signe du zodiac, malédiction transformant chacun d’entre eux en l’animal dont il porte le signe. S’en suivra bon nombre d’aventures, de l’humour, beaucoup de sentiments, et bien sur la découverte de l’énigme sa cachant derrière cette obscure famille.

Si le dessin n’a rien d’exceptionnel (il faut savoir que Natsuki Takaya s’est fait opéré au tome 6 du bras gauche, celle-ci étant gauchère), voir en dessous du niveau d’une Ai Yazawa, Clamp ou Kaori Yuki ; Natsuki Takaya convainc par l’immense intensité du titre, la pluralité des personnages et son scénario.

-  Ima Ichiko publie son premier titre professionnel, « my beautiful Green Palace », en 1993 (elle travaille avant comme assistante pour des auteurs tels que Kumi Morikawa ou Ryoko Yamagishi).

2 ans plus tard, elle débutera le titre qui la fera connaitre du grand public, Le cortège des cents démons, mettra en scène l’histoire d’un garçon de fort belle allure capable de voir des esprits.

Son œuvre est généralement remarquée pour sa finesse, son pouvoir de captation de lecteur et pour une certaine forme de sérénité se dégageant du dessin.

Ima Ichiko se démarque ainsi grâce à son univers fantastique et ses yokais

-  Enfin, c’est en 1994 que débute You Higuri, avec Seimaden et Sento no Hishin. Heritière de Tezuka et du groupe de l’an 24, elle a travaillé sur bon nombre d’œuvre dont Ludwig II.

Ses œuvres mélangent historique et romance ainsi que les relations frères/sœur.

Seinen et manga alternatif.

Le début des années 80 n’est pas non plus en reste concernant le Seinen et le manga alternatif.

Je dirais même que pour moi, c’est à cette période qu’émerge de véritables monstres du manga (l’avantage lorsque l’on écrit sur un site internet qui est le sien, et que l’on a pas besoin d’obtenir de l’argent en fonction de ses écrits, c’est que l’on peut dire ce que l’on pense- Autant vous dire que concernant cette section, je ne suis pas véritablement objectif, les auteurs de la présente section étant ceux pour lesquelles j’ai le plus d’affection- certes j’aime beaucoup le shojo et le shonen, mais le seinen emporte une véritable dimension- lorsque l’on perçoit la grandeur d’esprit d’un Otomo (dont l’œuvre explose au début des années 80), la finesse d’esprit d’un Kawaguchi, ou la gestion narrative d’un Urasawa

-  Si Kaiji Kawaguchi débute en 1968, alors qu’il n’est qu’étudiant avec Yo ga aketara, c’est dans les années 80 qu’il débute véritablement avec hard and loose en 1984, actor en 1985, Eagle en 1998, Zipang en 2001 et spirit of the sun en 2003.

Ses œuvres que l’on classe dans la catégorie Seinen ont souvent une connotation politique forte. Eagle met ainsi en scène la campagne présidentielle aux Etats-Unis d’un sénateur américo-nippon, et Zipang, le retour dans le temps d’un navire moderne, disposant ainsi du pouvoir de changer le cours de l’histoire.

Le style graphique de l’auteur reste assez austère, mature, mais permet de présenter efficacement le style narratif hors du commun de l’auteur, et ses histoires extrêmement documentées et justes.

Son travail a été récompensé à de nombreuses reprises par le Kodansha Manga award (pour Actor) ou le Shogakukan Manga Award (pour Spirit of the sun).

Il s’agit sans doute de l’un des auteurs les plus pertinents à lire d’un point de vu politique (voir l’article « Popular Culture and Foreign Policy : a study of four manga bestsellers of the 1990’s de Jean Marie Bouissou).

-  Sugiura Hinako a fait ses débuts dans le magazine de prépublication précité, Garo avec Tsugen Muro no Ume (certaines de ses œuvres comme oreiller de laque ont été publiées en France par les éditions Picquier (voir une interview du traducteur sur le site)). Si j’ai pris la peine de citer cet auteur, c’est qu’il s’agit sans doute de l’un des auteurs qui s’inscrit le mieux dans la perspective historique du présent article.

En effet, la mangaka adopte un style rappelant fortement l’ukyo e. Elle est d’ailleurs une spécialiste de la période d’Edo, le manga l’ayant aidé à présenter les coutumes et la vie quotidienne de l’époque.

A des années lumières de l’idée que l’on peut se faire du manga, ses titres offres de très intéressantes perspectives pour un public plus adeptes de lectures de Kafu que de Naruto.

- En rédigeant cet article, c’est tout un passé de lecture qui défile au fur et à mesure devant moi. Je me rends compte à quel point, les œuvres importantes dans le manga sont nombreuses (à parfois me décourager de poursuivre la rédaction de cet article, mais ganbatte Kudasai).

Celui que je vais vous présenter n’est pas des moindre puisqu’il s’agit de Masamune Shirow, auteur des deux œuvres les plus percutantes dans l’univers du manga de science fiction – cyberpunk (bien sur, il y a également Akira, Gunm etc …) : Apple seed en 1985 et Ghost in the shell en 1991.

Ses œuvres traitent avec brio de science fiction, de psychologie humaine (touchant également à la philosophie, comme la distinction entre copie et original, dans un monde où la différence entre robot et humain est sans cesse plus ténue) et robotique, avec de bonnes doses d’action.

Comme la plupart des mangaka appartenant à cette section seinen, son trait se veut réaliste, adoptant un trait manga tout en apportant beaucoup d’importance aux décors et à la précision.

Le lecteur ne devra ainsi pas s’attacher au caractère quelque peu « bimbo » de ses héroïnes , mais se concentrer sur le fond de l’histoire, et sur ce que ce qui se cache derrière ces bimbos (dans ses œuvres, il existe une certaine vision purement matérialiste du physique, dans un monde où il est possible de s’acheter des poupées mécaniques pour assouvir tous ses désirs, l’auteur prenant un malin plaisir à jouer sur la distinction entre réalité/apparence, un peu à la manière de Matrix).

Pour présenter rapidement les œuvres de l’auteur, celle-ci se déroulent dans un univers futuriste, une section est chargé par le gouvernement (ES.W.A.T pour Apple seed et la section 9 pour Ghost in the shell) de lutter contre des trafiquants, et des complots en tout genre.

Les enquêtes sont l’occasion de se poser des questions sur l’évolution des technologies et l’étude ontologique de l’être humain dans un cadre cyberpunk.

-  Makoto Kobayashi fait son entrée dans les années 80 avec Grapple Three Brothers. Ses œuvres sont avant tout humoristiques et parodiques.

Ainsi, sa série What’s michael propose de suivre l’histoire d’un chat parodiant le monde des humains, ou de découvrir comment une vierge pratiquante ayant consacré sa vie aux autres, se retrouve propulsé dans l’au-delà afin qu’elle découvre les joies de la vie (Stairway to Heaven) …Un humour décalé qui peut surprendre !

-  Yuzo Takada a fait ses débuts avec du Hentai pour proposer Shuushoku Beginner (1983) puis à la fin des années 80 son titre majeur, un seinen riche en aventure dans un monde supernaturel , 3x3 eyes (1987), puis blue seed en 1992.

Si d’autres titres peinent à maintenir l’attention du lecteur sur la longueur, l’auteur parvient à capter le lecteur, grâce à ses personnages et à son histoire. Un excellent titre à son époque qui conserve une certaine vitalité.

- Naoki Urasawa commence sa carrière en 1983 et connait son premier grand succès avec Master Keaton 1988.

Il enchainera les récompenses, grand prix en atteignant le sommet de la hiérarchie des auteurs de seinen avec ses deux titres majeurs, à savoir Monster en 1995 et 20th century boy en 2000.

Naoki Urasawa utilise un style aisément reconnaissable, relativement éloigné du style emprunt de rondeur et de grands yeux du shonen. Ses œuvres abordent des thèmes adultes (comme la psychologie humaine, la démocratie moderne, les dangers des nouvelles technologies) en s’appuyant sur une base scénaristique solide et une style narratif digne des plus grands polars.

Si Tezuka était surnommé le dieu du manga, le surnommerai personnellement Naoki Urasawa le dieu du Seinen. Chacun de ses titres peut être relus plusieurs fois tant l’histoire et l’univers sont riches en détails, et Naoki est sans doute l’auteur le plus accessible pour les adeptes de bande dessinées européennes qui souhaitent découvrir tout le potentiel du manga (peut être avec Tanizaki). Un auteur à retenir !

- 1984 marque les débuts de l’un des auteurs les plus marquants, avec Masamune Shirow dans le monde du manga cyber punk : Yukito Kishiro avec Kikai. Son œuvre la plus fondamentale, dont l’on ne compte plus les fans est Gunm (1991).

James Cameron, fan de l’œuvre préparerait d’ailleurs l’adaptation de Gunm au cinéma. Dans un univers futuriste, Yukito Kishiro nous dévoile un monde d’une incroyable violence, où trafic d’organes, lutte entre cyborgs font partie du lot quotidien des habitant.

Ce peuple d’en bas, vivant dans une décharge d’un peuple dit « supérieur » souhaite un jour obtenir le droit de « devenir un humain ». Cet univers sans merci est observé sous les yeux de Gally, une jeune cyborg surpuissante au passé mystérieux.

-  Deux ans plus tard, en 1986, un auteur du nom de Taiyō Matsumoto propose sa première série, Straight, sur le thème du Baseball. Auteur de Ping pong et d’amer Beton, Taiyō Matsumoto fait partie de mes auteurs préférés.

Dans mon top 5 des meilleurs mangas, la concurrence est dur et cette concurrence entraine nécessairement l’apparition d’un critère fondamental (et qui, vu la production sera toujours plus fondamental), l’originalité.

Grâce à son style mêlant bande dessinée européenne, manga, Matsumoto parvient à proposer des histoires puissantes et prenantes. Son style graphique spécifique propose des perspectives folles, souples mais pleines de forces et de dynamisme. Ses œuvres sont un peu des ovnis, mais excellentes, et démontrent à elles seules toute la richesse du seinen.

-  Inspiré par Go Nagai, Kazushi Hagiwara, ancien assistant de Izumi Matsumoto (Kimagure Orange road) débute véritablement Bastard en 1988.

Malgré le caractère assez hors du commun de ses dessins, souvent encensés (sur les derniers tomes) par la critique, son œuvre, de style heroic fantasy est souvent décrié pour le manque de cohérence du récit. Toutefois, son œuvre connait de nombreux adeptes, et Bastard est souvent érigé au rang d’œuvre culte (malgré le rythme extrêmement lent des publications). Une œuvre controversée…

-  Pendant la même période, Tetsuya Saruwatari connaît également ses premiers succès avec Dog soldier. Tetsuya Saruwatari axe principalement ses œuvres sur des combats épiques, d’une grande précision et des personnages aux muscles protubérants.

Tough, sans doute sont plus grand succès, propose de suivre les pas d’un jeune combattant, Kibo, expert en arts martiaux souhaitant devenir le digne héritier d’une famille d’assassin.

Le lecteur est invité à suivre l’évolution de Kibo ,ses combats, toujours plus complexes, violents et sanglants. Loin des kamehameha et des supers pouvoirs, l’auteur préfère mettre l’accent sur la robustesse, la flexibilité des muscles des combattants et un certain réalisme.

L’auteur apprécie également présenter chaque école d’art martial, le monde du catch etc… Les amateurs d’arts martiaux apprécieront !

- Hideo Yamamoto fait son apparition dans le monde du manga professionnel en 1989 avec Sheep.

Hideo travaillera sur Ichi the killer et déploie toute sa magnificence avec Homunculus (2003). Son œuvre traite à merveille de la psychologie humaine, de notre inconscience, avec un graphisme précis, aéré, adulte, rappelant parfois quelque peu le style de Takeshi Inoue (sur son travail sur Vagabond) ou comme Ryoichi Ikegami. La meilleure faculté de Hideo est pour moi sa capacité à représenter graphiquement l’inconscience d’un individu.

-  1989 est également une année essentielle pour le seinen de type heroic fantasy, puisque c’est en 1989 que Keitaro Miura débute Berserk.

Véritable fresque historique toujours en cours de publication, Berserk demeure, malgré les critiques sur les derniers tomes de certains fans (avec l’apparition des sorcières etc…), une œuvre à mettre au premier plan tant son univers est fouillé, le dessin tout aussi noir que travaillé, et l’histoire savamment menée.

Le titre propose également bon nombre de personnages aussi énigmatiques que charismatiques, et le lecteur se passionne littéralement pour la vie de Guts, un homme maudit, n’ayant connu que la dureté des champs de bataille, le désespoir et la désillusion….

-  Comparé au shonen ou au shojo où les codes sont définis avec précision, le seinen est une catégorie où les styles divergent. L’oeuvre de Naoki Yamamoto, Asatte dance (1989), démontre une fois encore toute la diversité du manga. Relativement subtile, humoristique, Naoki Yamamoto, propose à travers Asatte dance un délicieux manga de style tranche de vie.

-  Le début des années 90 voit naitre un manga dés plus étrange, à savoir Crayon shin chan de Yoshito Usui. Son graphisme simplisme, et le fait que le héros ne soit qu’un petit garçon cache un humour pour adulte. La série a connu un vif succès au Japon, et s’est vu exporter dans le monde entier.

-  Hiroya Oku apparaît au début des années 90 (avec Hen) avant publier Zero one puis son grand titre, Gantz (2000). L’auteur cite comme première influence Tezuka avec Vampire.

Oku est l’un des auteurs à travailler le plus avec un ordinateur. Gantz est un peu un ovni dans le monde du manga pour plusieurs raisons. Tout d’abord, un peu à la manière de Takeshi Kitano, Hiroya Oku semble obsédé par la mort, et par la question « est ce que la vie vaut la peine d’être vécue ».

Ainsi l’auteur n’hésite pas à se débarrasser sans vergogne des personnages auxquels le lecteur pourrait s’attacher, et propose une histoire souvent difficile à suivre tant il est difficile de savoir où l’auteur veut nous amener.

L’histoire est relativement simple : une fois mort, un individu se retrouve dans une pièce avec d’autres individus également morts.

Armés et équipés, ils doivent remplir des missions, éliminer des aliens, et récupérer ainsi un certain nombre de point (à la manière d’un rpg). Gantz est violent, parfois dérangeant voir choquant, mais ma foi assez intéressant car atypique.

En matière de manga, rare sont les auteurs qui parviennent à mener leur barque sans que l’on en voit les ficèles. Juste un mot sur la prestation graphique de Hiroya Oku, toujours expressive, dynamique offrant bon nombre d’effets assez inattendus. Les dessins parviennent à être aussi détaillés que clairs.

-  Il n’était sans doute pas possible de rédiger le présent article sans parler de Junji Ito. On ne peut parler des « maîtres du manga » sans parler du maître du manga d’horreur, Junji Ito, dans la droite lignée de Kazuo Umezu. Junji Ito propose lui aussi un manga alternatif, au graphisme particulier, jouant sur la tension et l’horreur.

-  si Jirô Taniguchi a peut être moins de succès au Japon qu’en France, les années 80 sont l’occasion pour Jirô Taniguchi de réaliser un grand nombre d’œuvre dont K (1986) ou Botchan no jidai (au temps de Botchan – 1987- prix d’excellence de l’association des mangaka japonais en 1993).

Sans doute plus influencé par les auteurs occidentaux que japonais son œuvre est empreinte de lyrisme et de sensibilité. Sans doute le meilleur exemple d’un mélange d’influence artistique japonaise et européenne

-  Fuyumi Soryo commence sa carrière de mangaka avant tout d’un point de vue pratique (car il lui fallait bien faire quelque chose de sa vie), et non par passion comme bon nombres d’auteurs. Fuyumi Soryo est une auteur tant de shojo que de seinen.

Ses deux œuvres les plus connus sont peut être Mars et ES. Mars est un excellent shojo, agrémenté de touche d’humour et d’une histoire d’amour bien construite, complexe, illustrée avec finesse et de manière très juste.

ES n’est pas en reste, offrant un très bon thriller, avec un homme disposant du pouvoir de manipuler l’esprit des hommes. L’article de Wikipedia fait un rapprochement avec Monster, j’en ferais également un avec MDP psycho. Un autre bon titre pour un auteur proposant des œuvres de qualité !

-  Minetarô Mochizuki proposeau début des années 90 « la dame de la chambre rose », avant de débuter sa série à succès, Dragon Head.

Auteur boudé en France, il est considéré par Otomo comme l’un des auteurs les plus doué de sa génération (et ce n’est pas rien tout de même).

Dans Dragon head, le mangaka propose un univers confiné, en circuit clos, où après un accident de train, un groupe d’élève se retrouve à devoir survivre seul sous les décombres. Les protagonistes sombrent peu à peu dans la peur et la folie, en l’absence de secours…

Le graphisme assez sombre et chargé, illustrant l’ambiance étouffante de sa série n’a sans doute pas plu aux lecteurs français.

Pourtant, cette œuvre est un véritable monstre du manga, d’une grande richesse et extrêmement solide (mais apparemment, les auteurs jouant sur le sordide/horreur ne marchent de toute façon pas très bien en France). Le point ayant sans doute desservi le plus mal l’œuvre pour le public français : son chara design.

- Tatsuya Egawa (Golden Boy, Tokyo University Story), est un auteur que je souhaitais mentionner dans le cadre de cet article en raison de l’originalité de ses titres notamment le sublime Golden Boy (1992).

Si le manga a vu sa publication stopper en France du fait de son caractère choquant (scène scatologique etc…) et son érotisme déluré, Golden Boy offre, outre la poitrine et le look bimbo de la plupart de ses personnages féminins, une vision tout à fait pertinente de la société Japonaise, et de cette opposition entre le tatemae et l’honne (nous verrons ces notions dans la partie « approche philosophique ») au Japon, plus prosaïquement, l’opposition entre face visible et face caché.

Ainsi, même si Golden Boy n’est certainement pas à mettre entre toutes les mains, il offre également une vision de cette approche si particulière de la sexualité au Japon.

-  Erica Sakurazawa débute également au début des années 90 avec “Making Happy ».

Elle concevra de nombreux titres, dont Angel (1993), Angel Nest, des titres de types josei (pour femme mature, il me paraissant intéressant d’indiquer un josei), proposant de petites histoires, « tranches vies » (je n’aime pas trop l’expression « tranche de vie » qui ne signifie pas grand-chose).

Son style est assez longiligne, très clair et aéré et ses histoires sont d’une grande legereté.

Sakurazawa fait partie de tous ces auteurs, traitant un peu le manga comme un haïku, c’est-à-dire se concentrant sur l’instant présent, tentant de retranscrire l’ambiance d’un moment de la manière la plus parfaite possible en ne s’éternisant pas (une approche assez difficile à appréhender pour les européens)

-  Hiroaki Samura marque les esprits grâce à sa série, l’habitant de l’infini en 1994.

Fervent admirateur de Otomo, Hiroaki Samurai déploie tout son style (formation plutôt classique, ce qui est au final plutôt rare) pour proposer une œuvre détaillé, sanglante, mettant en scène un samurai immortel tentant de se repentir, mais aussi la quête de vengeance d’une jeune fille ayant perdu sa famille à cause d’une école de sabre.

Comme je l’indiquais à propos de mon article sur mugen no juunin (l’habitant de l’infini en japonais), « travaillant uniquement à la main à l’encre de chine et disposant d’un style un peu rough, Hiroaki Samura a toujours proposé un travail d’une qualité exceptionnelle »…

-  Usamaru Furuya, comme certains auteurs cités dans cet article, est sans doute un bon exemple de la diversité du manga.

C’est ainsi en 1994 qu’il débute en manga (après avoir touché à d’autres disciplines artistiques), dans le magazine Garo avec Palepoli.

Auteur de Short Cuts, du cercle du suicide, Usamaru Furuya propose des œuvres décalés, experimentales, innovantes, d’ailleurs extremement difficiles à classer tant les approches graphiques sont nombreuses ainsi que les thèmes traités. Comme l’ensemble des auteurs alternatifs, il reste relativement méconnu en France.

-  Mizuno Junko commence sa carrière en 1995 avec Cinderalla. Ses dessins relativement kawaii, riches en couleur cachent des histoires assez sombres.

Loin des cadences exigées par le mainstream, et des circuits classiques, Mizuno Junko avance à son rythme et a su trouver son public.

Elle offre ainsi des mangas décalés, reprenant des contes (cendrillon, Hansel et Gretel, La petite sirène) d’un point de vue mature et sombre.

Vous l’aurez compris à travers cette présentation non exhaustive de titres majeurs, des années 80 jusqu’au milieu des années 90, le manga connait une explosion sans précédent, tant au niveau de l’industrie que des genres, des thèmes que des magazines etc..

Le manga parait être un media, un divertissement indestructible, capable d’aborder tous les sujets et dont le nombre d’exemplaire ne cesse de croitre jusqu’à des chiffres vertigineux (des millions d’exemplaires pour les shonen jump).

Le marché de niche se développe également de plus en plus, en sus du main stream composé du shonen et du shojo. Tel Icare, le manga en a peu être trop voulu, et a ensuite connu une décroissance sans précédent à partir de 1996.

1996 : La chute et renouveau ?

Comme l’indique Herbv dans sa brève histoire du manga (du9) et d’ailleurs la quasi-totalité des personnes ayant rédigé un papier sur le sujet, depuis 1996, la tendance s’inverse, de nombreux magazines disparaissent et les tirages diminuent. Malgré ce tassement, certains jeunes auteurs, surtout en matière de shonen ont tout de même réussi de grands succès. Je présenterai ainsi quelques auteurs appartenant à cette derniere periode contemporaine :

Quelques auteurs shojo :

-  Matsuri Hino débute en 1995 (mais je prefère la classer sur cette période) avec Kono yume ga sametara. Souvent associée à l’étoile montante du shojo, son dernier titre, vampire knight, shojo traite de vampires et d’histoires d’amour entre adolescents et se révèle êtreun énorme succès.

Avec Ai Yazawa (Nana, Paradise kiss etc.) et Natsuki Takaya (fruit basket) Matsuri Hino est sans doute l’auteur moderne de shojo disposant du plus grand succès.

Celle-ci est parvenue habilement à mêler fantastique, lutte entre vampire et humain et les canons du shojo (« inceste », triangle amoureux, lutte fratricide, etc.)

-  Hisaya Nakajo : hana kimi paraît en 1996 et servira sans doute d’inspiration à quelques shojo utilisant le travestissement comme « mint na bokura ». la trame est relativement simple : une jeune fille américaine qui tombe amoureuse d’un athlète japonais.

Celle-ci traverse la planète et s’inscrit dans l’établissement du jeune garçon. Ce plan aurait pu se réveler parfait si l’établissement en question n’était pas un établissement pour … garçon. Ce shojo, relativement peu original a connu un certain succès.

Un bon exemple de la thématique du travestissement, permettant de créer des situations amusantes, des quiprocos (ce que le shojo adore).

-  Yayoi Ogawa , d’abord journaliste puis mangaka débute en 1998 avec Baby pop puis avec Kimi wa pet (en 2000).

Usant d’un graphisme assez épuré, assez peu caracatural et relativement mature, Yayoi Ogawa joue sur la psychologie des personnages, l’absurdité de certaines situations, et sur l’ambiguité des relations (beau père/ fille ou encore un homme transformé en animal domestique par une jeune fille et la jeune fille en question).

Traitant ainsi de relations assez peu exploitées dans le monde du shojo/josei, Yayoi Ogawa offre à mon sens des titres assez originaux .

-  Bisco Hatori commence sa carrière professionnelle en 2001 avec sennen no Yuki. Cette œuvre lui servira de « prélude » à son œuvre majeure, Ouran school en 2003.

Bisco Hatori propose des shojos aux personnages délirants, humoristiques et attachants. Son style parfois brouillon reste dans les canons du shojos et colle assez bien avec ses comédies déjantées.

Bisco a su développer un univers dont on ne compte plus les fans, et Ouran est un titre très prisé par les Fanzine

-  Peach-Pit composé de Bari sendo, Shibuko Ebara est un duo féminin, auteur de manga Bishojo à succès comme Dears (2002), Rozen Maiden (2003), Zombie Loan en 2003 et Shugo Chara ! en 2006. Comme de nombreux mangaka, le duo a du stopper sa production à un moment pour des raisons de santé (bien que cela semble s’être résolu).

Le passé d’auteur de Dojinshi se reconnaît assez bien dans le style de ce duo, très au fait de la mode (gothic lolita, vetement fashion etc.) du style qui marche (bishojo, fan service) tout en multipliant les thématiques (science fiction, fantastique etc..).

Peach pit (leur nom fait référence au fameux peach pit de bervely Hills) semble avoir la même capacité que Clamp à s’adapter à son public et toujours trouver des histoires, des personnages calés sur le goût du jour.

Quelques auteurs shonen :

-  Kazuki Takahashi est un exemple qu’il faut nécessairement citer lorsque l’on adopte une démarche comme celle du présent article. La raison est très simple.

Il démontre à lui seul les viscissitudes du système commercial du manga. Kazuki Takahashi se fait connaître du grand public en 1990 avec Tokio no Tsuma mais ne marchera véritablement qu’avec Yu-Gi-Oh !, l’une des meilleurs ventes de manga en France.

Si aujourd’hui, Yu-Gi-Oh ! est assimilé à un manga sur un système de cartes magiques pour un public assez jeunes, le manga ne s’annonçait pas du tout de cette façon à ses débuts.

Ainsi, la trame était à la base plutôt intéressante et originale : un jeune garçon trouve un puzzle millénaire et se découvre une personnalité cachée en le complétant. Dorénavant, le jeune garçon timide se transformera en un redoutable duelliste, proposant des duels incensés (des petits challenges improvisés où l’adversaire du jeune Yugi et lui-même risquent toujours « gros »).

Le lecteur s’interroge alors sur l’origine du puzzle et sur l’évolution du héros. C’est alors qu’arrive le drame : un duel autours d’un jeu de carte qui ne devait durer que…. Deux chapitres.

Malheureusement face au succès de ces deux chapitres, l’éditeur invite Kazuki Takahashi a poursuivre sur cette thématique. Disons qu’il n’en sortira jamais et que son œuvre, bien qu’étant un succès commercial objet d’une multitude de franchises s’en trouvera complètement dénaturée….

-  Tite kubo débute en 1996 et propose en 1999, Zombie Powder, un titre qui ne rencontrera pas le succès (apparemement l’auteur était plutôt dépressif à cette époque).

Mais en 2001, Tite kubo revient en force avec Bleach. « Ichigo, jeune garçon quelque peu rebelle, dispose de la faculté de voir des êtres de l’au de là (un peu comme Watanuki dans XXX holic).

Alors qu’un hollow (en quelques sortes des âmes qui se sont égarées du droit chemin) fait son apparition, une shinigami dénommée Rukia intervient. Les Shinigamis appartiennent à une autre dimension du nom de Soul Society et s’assurent du bon équilibre des choses, combattant les hollow et sauvant les âmes égarées. Rukia confère à Ichigo une partie de ses pouvoirs et Ichigo se retrouve Shinigami à son tour combattant tous les hollow sur son passage ».

Comme je l’indiquais dans un autre article, « Bleach reprend bon nombre de références, comme les douze chevaliers d’ors pour les capitaines de division et la lutte des héros contre chaque capitaine (la trahison d’Aizen, trahison du chevalier des gémeaux), Yuyu hakusho pour les Bounts et les détectives célestes etc » Tite Kubo lui-même affirmera avoir été influencé par Saint Seiya (pour les amres et armures), mais aussi Shigeru Mizuki pour ses monstres.

Comme Tite Kubo l’affirme et cela se ressent surtout sur la dernière partie de la série, il attache beaucoup plus d’importances aux personnnages qu’à l’histoire, ce qui se révèle sans doute être un point fort sur la première saison (où tout le monde avait accroché avec les chefs de division) mais un point faible sur le passage actuel avec les arrancar (qui accrochent beaucoup moins).

Le graphisme, surtout le character design est assez excellent et les combats percutants. Personnellement, je n’accorderais pas à Bleach toute l’attention qu’on veut bien lui donner, surtout sur la partie actuelle, mais tout de même, la première partie est toujours assez bonne à lire !

-  Comment ne pas parler de l’homme qui représente à lui seul une bonne partie des ventes de manga en France : Masashi Kishimoto (1 millions de Yen d’impôt).

Débutant en 1996 avec un titre assez prometteur, Masashi Kishimoto revient 3 années plus tard, en 1999 avec Naruto.

Traitant de Ninja, de luttes de clans, le tout savamment orchestré autour d’une multitude de personnages et d’une lutte fratricide entre Naruto, un jeune garçon mis à l’écart, naif, idéaliste, revetu d’une tunique orange dénuée de toute classe, et Sasuke, heritier d’un clan assassiné par son propre frère.

Sasuke est tout l’opposé de Naruto : brillant, taciturne, distant et en quête de vengeance. Tout au long de la série, nous verrons ces deux protagonistes monter en puissance, gagner en maturité, s’aimant et se détestant dans ce cadre de guerre entre clan et cette éternelle quête de pouvoir. Armé d’une forte capacité à créer des univers (comme Togashi), puisant largement dans la mythologie japonaise et doté d’un trait efficace, Naruto continue à passionner ses lecteurs (alors que ses concurrents peinent un peu (comme Hunter x hunter, Bleach)).

Si j’ai pu dire que l’originalité devenait un critère primordial, le fait de tenir en haleine le lecteur devient aussi primorial, et Naruto y parvient !

-  Hiroyuki Takei est comme Oda, l’un des assistants de Nobuhiro Watsuki sur Kenshin.

Et tout comme Oda, son ami, cela se ressentira sur son travail. Après des débuts en fanzine, il publie sa première œuvre en 1997, Butsu Zone, un shonen autour de la renaissance de la déesse Miroku dans un univers de bouddha, et de combats entre ces bouddha, le héros détenant le pouvoir de Kannon et étant entouré d’autres bouddha comme Jizo (protecteur des voyageurs et des enfants, cf .dessous).

Si l’on analyse ce savant mélange de religion, shonen tout en sachant que l’auteur est un ancien élève de Watsuki et qu’il indique avoir été inspiré par Jojo’s bizzare adventure (cf. ci-dessus), il n’est pas surprenant de voir que Takei est arrivé un an plus tard (1998) avec son plus grand succès, Shaman king. Puisant dans la mythologie de chaque continent (indien, pays nordique, religion catholique, bouddhiste, légendes chinoises etc…), Takei met en scène l’histoire d’un jeune shaman (élargissement du thème traité dans Butsu zone) dans sa quête pour devenir le roi des shamans, notamment en évinçant tous les autres shamans lors d’un grand tournoi.

Les shamans utilisent ainsi des fantômes/esprits et des objets pour matérialiser leurs pouvoirs (un peu à la manière des stands de jojo’s, mais quoi qu’on en dise, Jojo a été source d’inspiration pour de nombreux auteurs). Bien sur, d’autres éléments viendront renforcer le scénario, comme le mystère entourant les origines de la famille du héros, les dessous du « shaman fight » (grand tournoi) etc…

Un manga qui s’essoufle un peu en cours d’aventure (comme de nombreux shonen) mais qui reste un bon shonen, ne serait ce que pour son style graphique et pour son héros.

-  1997 est à marquer d’une pierre blanche. C’est cette année qu’Eiichiro Oda débute un shonen révolutionnaire, toujours en tête des ventes, 10 ans plus tard : One piece.

Inspiré par Akira Toriyama, adoptant un style très « rough », Oda propose un monde riche en pirates, en folles contrées éloignées, avec une multitude de personnages tous plus loufoques les uns que les autres dans un univers complètement délirant.

Ainsi, le jeune Luffy ayant avalé dans son enfance un fruit du démon (les fruits du démon procurent à celui qui les mange de grands pouvoirs) rêve de devenir le roi des pirates. Pour ce faire, il constituera un équipage et devra lutter contre les plus grands pirates de la planète et faire face à la marine nationale.

Si l’article n’a pas vocation à décrire les œuvres mais plutôt à les resituer dans un contexte, on peut dire que One Piece inspirera une génération d’auteurs, tant japonais (Hiro Mashima avec Fairy tail, également sur les pirates, avec un graphisme assez proche) que français (Reno avec Dream Land).

One piece (et c’est une chose très rare dans les shonens) a apporté un nouveau souffle à la discipline, ravissant les lecteurs par sa fraicheur, son humour décalé, ses personnages, son univers fouillé, et son rythme effréné.

-  Yasuhiro Nightow ; auteur de trigun (1998) et de Gungrave (en anime), a su proposer un shonen comme Trigun, plutôt sombre et pour les adultes au fur et à mesure du développement de l’intrigue.

Les héros de Yasuhiro cachent un lourd passif, expliquant le désespoir que l’on peut lire dans leur regard.

Ceux si sont sombres (malgré les apparences pour Vash the stampede dans Trigun), taciturnes et ressemblent quelque peu aux héros de western de notre enfance (les lonely cowboy cherchant à lutter contrer leur passé).

D’ailleurs, que ce soit Vash the stampede dans Trigun, ou Brandon Heat dans Gun grave, leur look, de même que l’univers n’est pas sans rappeler quelques westerns.

Yasuhiro Nightow offre des personnages plus complexes qu’ils n’y paraissent et un univers intéressant, même si l’adaptation anime de Trigun rend mieux que le manga, où les graphismes restent trop souvent brouillons et les décors inexistants.

-  Oh great est un mangaka au parcours relativement atypique. Criblé de dette, il aurait participé à un concours manga pour pouvoir les rembourser et serait ensuite devenu mangaka professionnel, débutant comme beaucoup de ses confrères comme dessinateur de ecchi.

Il sera notamment reconnu pour enfer et paradis en 1998 puis Air Gear en 2006. Le monde un peu « undeground » dans lequel il a sans doute vecu se ressent assez dans ses œuvres, tout comme son background de dessinateur ecchi (les jeunes filles bien en forme sont souvent au rendez vous ).

Le point fort de ses séries est avant tout le graphisme, l’energie qui s’en dégage, leur caractère percutant, plein de vitalité, s’appretant extremement bien au combat. Du shonen 100% pur jus !

-  Hiro Mashima connait son premier succès en 1998 avec Groove Adventure Rave. Son autre titre à succès Fairy tail, sera souvent critiqué comme n’était qu’un mélange de Rave et de One piece.

Hiro Mashima fait parti des auteurs peu originaux mais maitrisant à merveille toutes les cartes du shonen. Comme je l’indiquais lors de ma chronique de Fairy tail, « Pour moi, les auteurs de shonen se divisaient en trois catégories :

-  les compositeurs (comme Togashi avec Hunter x hunter ou Oda avec One piece, apportant leur pierre à l’édifice de la créativité)

-  les compilateurs (comme Mashima et Tite Kubo )

-  les compilateurs/ compositeurs (il s’agit d’auteurs comme Kishimoto, capables d’utiliser des références mais de les développer et de proposer un scénario construit). »

En écrivant cet article, j’atténue un peu cette classification car tous les auteurs sont un peu des compilateurs/ compositeurs, mais je maintiens qu’il subsiste tout de même des degrés.

Pour revenir à Oshima, celui-ci reprend beaucoup de Dragon quest dans Rave, et reprend beaucoup de Rave et de One piece dans Fairy Tail.

Malgré ce panorama quelque peu négatif, les titres de Oshima restent assez sympathiques à lire et accrocheur, le trait étant parfaitement maitrisé ainsi que l’histoire.

-  1999 : Akimine Kamijyo débute Samurai deeper kyo. Lors de ses premières publications , beaucoup de lecteurs n’ont vu en samurai deeper kyo qu’une reprise de Kenshin, manga de samurai précité ayant connu un vif succès, d’autant que les deux mangas se déroulent à des périodes similaires.

Toutefois, Samurai deeper Kyo s’éloigne rapidement de son homologue pour se concentrer sur la double personnalité du héros et son histoire.

De même, le lecteur rencontrera rapidement de nombreux personnages (comme toujours dans les shonens modernes, sans doute en raison du développement du merchandising et de la volonté des lecteurs de voir combattre une pluralité de personnages, tous plus charismatiques et puissants les uns que les autres), assistera à différentes luttes de clans pour la conquête du pouvoir, et surtout, l’origine de la confrontation entre le légendaire Kyoshiro et Kyo, notre héros prenant les traits d’un gentil pharmacien.

-  1999 correspond aux débuts de Hiromu Arakawa avec stray dog puis l’un des meilleurs shonens de l’histoire, Full metal alchemist en 2001.

Outre le fait qu’elle soit une femme (elles sont assez peu, comme Katsura Hoshino pour D.gray-man ou Rumiko Takahashi à faire du Shonen), Hiromu fait partie des rares auteurs à avoir donné un nouveau souffle au mainstream (je mets à part le manga alternatif, beaucoup de perles apparaissant dans cette catégorie ).

Hiromu Arakawa propose aux lecteurs de suivre les aventures des frères Elric, deux alchimistes en quête de la pièrre philosophale. FMA dispose d’un scénario extremement solide, de personnages complexes et un univers tout aussi fouillé que developpé.

Hiromu a ainsi insufflé à son œuvre bon nombre d’éléments comme son enfance à la campagne (dans une famille nombreuse dans une ferme à Hokkaido), ses influences manga (Norakuro, un titre précité dans lequel un chien sert l’armée), ses recherches sur l’alchimie (le principe de l’équivalence, cher à son titre, étant pour elle également applicable au monde de l’agriculture) mais aussi ses recherches historiques sur la periode relative à la révolution industrielle en Angleterre ainsi que sur diverses cultures, pays etc…

L’humour, autre trait cher à l’auteur est également présent. FMA est un titre à retenir aujourd’hui, et sans doute pour longtemps !

-  Atsushi Okubo a travaillé comme assistant sur Get Backers (1999), avant de proposer son titre à succès, Soul eater en 2003.

Atsushi Okubo apporte véritablement quelque chose au monde du shonen, insufflant la vie à tous les êtres inanimés de sa série (le soleil, les bâtiments etc..), apportant une forte dose de folie à chacun de ses héros ainsi que de nouvelles perspective graphique en jouant beaucoup sur le noir, les ombres, un style parfois rough à outrance, minimaliste et assez novateur .

Son style me fait personnellement quelque peu penser au concept Wabi Sabi (goût pour le vieux, l’imparfait), retranscrit par l’ouvrage « l’éloge de l’ombre » de Tanizaki ayant vocation à redonner tout son rôle à l’ombre, mais aussi à tout l’univers de Tim Burton et du fantastique (comme le personnage de Stein). Sans doute l’un de mes shonens préférés en ce moment !

-  Après Yamato gensoki, Kentaro Yabuki sort Black cat en 2000. Cet auteur n’est autre que l’un des protégés de Obata. Black cat est doté d’un bon graphisme et de personnages au look attrayant, narrant la vie d’une jeune assassin repenti aujourd’hui chasseur de prime. Mais son passé ne tardera pas à le retrouver….

Un shonen assez peu original, assez classique mais qui a connu un certain succès (pourquoi le présenter ? surtout pour le lien de filiation entre Kentaro Yabuki et Obata dans la constellation des auteurs)

-  Akira Amano démontre comme Katsura Hoshino (sur les auteurs de manga, même leur sexe n’est parfois pas vraiment connu et n’est en fait qu’un nom de plume) que la nouvelle génération d’auteurs de shonen laisse sa place au mangaka feminin.

Akira commence à percer dans les années 2000 avant de proposer son titre à succès, d’abord seinen puis shonen Reborn ! en 2004 (j’avoue ne pas avoir lu le « pilote » seinen). Avant de lire Reborn !, je me suis souvent étonné de ne pas voir les mafias autres que japonaises traitées en manga.

Avec Reborn ! c’est le cas, avec un angle d’attaque tout à fait loufoque et délirant au départ .Comme toujours le héros, Tsuna, est au départ un bon à rien mais cette fois ci le successeur de l’un des parrains de la mafia. Tsuna se voit alors envoyé comme tuteur un tueur à gage prenant la forme étrange d’un « bébé ».

Tsuna devra trouver ses « collaborateurs » et s’imposer pour être le digne successeur de la famille Vongola ! Au départ, Reborn ! apparait comme un titre loufoque. Avant tout humoristique, tout est basé sur les entrainements de Tsuna pour en faire un homme, et bon nombre de scènes sont assez amusantes.

Mais rapidement, le « coté shonen » (et c’est à ce moment que les ventes ont augmenté jusqu’à ce que Reborn ! figure parmi les meilleurs ventes shonen) a repris le dessus, le manga devenant plus violent, les personnages plus sombres, reorientant le manga avant tout sur le combat et les techniques meurtrières des protagonistes.

Le character design est on ne peut plus original, ainsi que les techniques (sur ce point, on retrouve un peu (beaucoup ?) de One piece), le tout sur un bon rythme. Un titre qui a du mal à trouver sa place en France !

-  Assistante de Adachi, Tanabe Yellow commence en 2002 avec une histoire courte, Lost Princess.

Son plus grand succès sera Kekkaishi. Rappelant Inu Yasha, Tanabe Yellow fait d’ailleurs parti de ces quelques auteurs féminins à proposer des shonens de qualité.

Usant graphiquement des règles de bases du shonen (traits assez ronds, grands yeux), Tanabe propose un titre rafraichissant sur la thématique des esprits. Si le trio de tête des shonens depuis quelques années est solidement ancré, Kekkaishi a su trouver son public

-  Autre apprenti de Obatata, Yusuke Murata, illustrateur travaillant avec Riichiro Inagaki nous offre Eyeshield en 2002. Manga sportif sur un sujet relativement méconnu, à savoir le football américain, Eyeshield est un titre assez marrant, déjanté, souvent caricaturale mais très divertissant.

-  Tsugumi Ohba (Oba) est un auteur énigmatique puisque l’on ne sait a priori rien sur sa personne. Dans tous les cas, accompagné par Obata (Obata est mentionné à plusieurs reprise dans l’article) au dessin, leur titre phare, Death note (2003) continue à faire parler de lui et dans une moindre mesure, Bakuman (2008).

Ces deux titres n’ont à peu prêt rien à voir, Death note étant plutôt un « polar fantastique » et Bakuman un shonen dans lequel deux jeunes garçons rêvent de devenir mangaka professionnel.

Pour présenter rapidement Death Note, un jeune garçon surdoué (Light) mais ennuyé par la vie découvre un cahier noir. Il se rend compte qu’en écrivant le nom d’une personne sur le cahier, celle-ci décède. Il décide alors de purifier le monde de ses malfaiteurs mais se verra rapidement confronter à un autre jeune garçon, L, réputé pour son esprit d’analyse hors du commun, représentant une autre justice.

Au-delà de l’époustouflante prestation graphique de Obata (sans doute l’un des tous meilleurs à l’heure actuelle, que ce soit sur Hikaru no Go, Death note, ou Baku man), Tsugumi Oba est parvenu à développer un titre tout à fait particulier avec une histoire pleine de rebondissement, forte en tension, mettant une scène lutte idéologique, psychologique entre différents protagonistes tout aussi charismatiques qu’attachants.

Selon la rumeur, Tsugumi ohba (oba) serait en fait Hiroshi Gamô (GAMOU) et l’auteur aurait laissé des traces dans ses œuvres de cette théorie. Ainsi, le premier fait a été l’établissement de liens entre le titre de Hisoshi GAMOU, tottemo Lucky man et Death Note (je n’ai personnellement pas pu vérifier).

Certains font également référence au lieu d’étude de Light, du nom de GAMOU (d’autant que le nom de Hiroshi, GAMOU est lui-même la dénomination possible d’un lieu). La ressemblance à un anagrame entre Hiroshi Gamou et Tsugumi Ohba est également source de rapprochement.

La rumeur s’est insentifiée avec la publication de Baku man pour plusieurs raisons : des déclarations qui se sont avérées exacts (sur des projets publications dont Bakuman, par le fils d’Hiroshi Gamou révélant également qu’il serait un homme et non une femme), et le contenu de Baku man : un jeune garçon rêvant de devenir mangaka, dont l’oncle était lui-même auteur de mangas humoristiques (comme tottemo Lucky man). Accompagné par son scénariste, ce jeune garçon mettra un certain temps à savoir ce qu’il souhaite vraiment dessiner (tentant du seinen, puis du pur battleshonen etc… suivant plus ou moins les recommandations de son éditeur).

Cette longue a parte me permet ainsi de mettre en exergue deux points :

le premier étant que comme je le disais, un grand mystère entoure les auteurs de manga, et que ceux-ci ne s’épanchent d’ailleurs généralement pas sur leur vie lors de leur interview.

De même, et c’est aussi un point important, le rôle de la critique diffère au Japon de ce que l’on peut voir en France, n’en témoigne cette communication lors du dernier festival de la bande dessinée à Angoulême au titre évocateur « la critique est elle nulle » (en schématisant, la communication attire l’attention sur le niveau relativement faible de la critique, le peu d’échange/retour existant sur les articles écrits, mais aussi une certaine incompréhension rencontrée auprès des japonais sur l’intérêt de réaliser de grandes analyses fouillées sur le manga).

-  Dans la dernière vague d’auteurs, Akihisa Ikeda a fait son apparition en 2004 avec rosario + vampire.

Loin de marquer une génération d’auteurs comme certains auteurs cités dans cet article, Rosario + vampire est une parfaite illustration des déclinaisons possibles d’un thème.

Ainsi, si Vampire knight aborde les vampires d’un point de vue « shojo », blood, d’un point de vue plus seinen (même si cela dépend des adaptations), Hellsing, d’un point de vue relativement « gloomy » (disons sombre), Rosario + vampire utilise une approche shonen, avec sa dose de romance et un bestiaire de monstre conséquent. Son ton léger, ses scènes clichés mais amusantes en font un titre divertissant.

-  2004 est également l’année de Katsura Hoshino avec D.gray man. Contrairement à ses opposants dans lesquels le coté humoristique ressort parfois beaucoup et malgré quelques gags, D.gray man s’inscrit dans un monde sombre, gothique rejoingnant beaucoup plus un full metal alchemist (même si cela reste très différent) qu’un One piece.

Katsura utilise la thématique religieuse (un peu comme Takei) en évoquant la guerre entre les exorcistes (humain détenant des pouvoirs grâce à une énergie appelée « innocence ») et le conte millénaire (et sa famille, les Noa) lui aussi à la recherche de l’innocence pour ses desseins maléfiques.

La particularité de D.gray man est sans doute le désavantage avec lequel part les héros exorcistes. En effet, le conte semble invincible, comme sa famille d’un niveau bien supérieur et bien plus puissant que n’importe lequel des exorcistes.

Les héros parviennent ainsi généralement et toujours à s’en sortir, mais devront attendre un certain temps pour arriver à la hauteur de leurs adversaires.

Ainsi, l’auteur joue sur le désespoir qui touche l’âme humaine lorsqu’ être humain perd un être cher, sur ce qu’il est prêt à perdre pour le faire revivre, et l’instrumentalisation par des entités maléfiques de cette faiblesse.

Le héros, un peu comme les frères Elric, le produit de cette lutte désespérée contre la mort et de cette acceptation nécessaire de la perte d’un être cher, sous peine qu’elle ne puisse reposer en paix.

Le graphisme de Katsura est agréable, de qualité et l’histoire proposée est, à mon sens, assez original et les personnages sont également attrayants.

Personnellement, le plus gros reproche avec le recul est sans doute le rythme, certains passages de l’histoire trainant en longueur, portant ainsi préjudice à l’intensité du récit. Clairement, à n’en pas douter, certains lecteurs décrocheront un moment…

Quelques auteurs seinen/josei :

-  Moyoco Anno commence à se faire connaître au début des années 90 et demeure l’une des auteurs les plus populaires pour le public féminin japonais.

A ce sujet, le fait qu’elle écrive pour des rubriques féminines n’y est sans doute pas pour rien. Si Moyoco Anno a majoritairement publié des titres pour jeune femme (josei) comme Happy mania (1996) ou Hataraki Man, son manga Chocola et Vanilla est destiné à un public plus jeune.

Happy mania est souvent comparé à « bridget Jones » en manga, son heroïne recherchant à tout prix un petit ami idéal, alors que Hataraki Man nous présente l’histoire d’une journaliste faisant passer au premier plan sa vie professionnelle (ce qui est chose rare au Japon). Si son trait s’avère plutôt grossier, ce qui est plutôt surprenant pour du Jôsei (misant plutôt sur du réaliste), il s’avère assez expressif et énergique. A n’en pas douter l’une des auteurs les plus influentes à l’heure actuelle dans la catégorie Josei.

-  Old boy de Garon Tsuchiya et de Nobuaki Minegishi (1996) est un titre que je tenais à mentionner en raison de son excellente interprétation cinématographique, chose rare.

Ce seinen complexe nous pousse à suivre la quête identitaire d’un homme enfermé pendant de nombreuses années pour une raison qu’il ignore.

Garon Tsuchiya est sans doute l’un des auteurs de Seinen les plus compétents à l’heure d’aujourd’hui (comme Kaiji Kawaguchi et Naoki Urasawa). Pour preuve, une adaptation américaine serait prévue avec des personnalités importantes comme Steven Spielberg et Will Smith.

-  1996 correspond à l’année de publication de Psychometer eiji de Yûma Andô et Masashi Asaki.

Yûma Andô est un auteur assez difficile à cerner tant ses noms de plumes sont nombreux : Yūma Andō, Yūya Aoki, Seimaru Amagi, Jōji Arimari, Hiroaki Igano, S.K ou Kibayashi et bien sur Tadashi Agi.

Ce diplomé en economie et politique de l’uiversité de Waseda, nous a également offert Get Backers, les lois de Kunimitsu (avec Masashi Asaki) et récemment l’excellent « les gouttes de dieu ».

Autant vous dire que l’auteur jongle avec les styles, oscillant entre shonen/seinen mélant paranormal et policier (psychometer eiji), shonen pur avec de puissants pouvoirs, et sa panoplie de personnages assez captivant (get backers) et enfin un manga sur la thématique du vin, l’un de mes préférés en ce moment, où le lecteur poursuit en même temps que le héros sa quêtes de vins mythiques.

Yûma Andô est un auteur que j’apprécie beaucoup, tant d’un point de vue graphique, que scénaristique, tant il parvient à manier facilement différents univers, styles avec beaucoup d’intensité et d’énergie (personnellement, par ordre décroissant, je préfère, les gouttes de dieu à Get Backers, à psychometer Eiji)

-  Kohta Hirano commence par faire dans l’érotique (comme beaucoup d’auteurs d’ailleurs) avant de proposer en 1997 Hellsing. Son univers, glauquissime, parfois similaire à celui de Yasuhiro Nightow traite comme de nombreux autres titres de vampires (cela pourrait ressembler de loin à Trinity blood… mais non et un dessin assez brouillon tout à fait adapté à une atmosphère qui met parfois le lecteur mal à l’aise. Si l’anime se veut plus édulcoré, le manga Hellsing ne plaira pas à tout le monde, mais il offre néanmoins des perspectives intéressantes sur les vampires en manga (il y a le choix me direz vous)

-  C’est en 1997 qu’Eiji Otsuka est connu par le grand public avec MDP psycho (dessiné par Sho-u Tajima). Il connaitra un certain succès avec d’autres titres comme Leviathan ou plus récemment Kurosagi (livraison de cadavre).

Pour moi, MDP psycho est de loin sa meilleure œuvre, digne d’un « usual suspect » ou "fight club".

Dans un univers moderne assez noir, Otsuka nous invite à suivre l’histoire d’un homme ayant fait face à un dédoublement de personnalité, et en quête de vérité sur ce qui lui est arrivé. Véritable thriller psychologie, riche en suspense, en intensité et superbement illustré, MDP psycho est à n’en pas douter un bon titre accrocheur

-  Mitsukazu Mihara est un auteur que je tenais à citer, puisqu’elle est l’une des investigatrices du style « ghotic lolita » (qu’on voit désormais à chaque convention, et que l’on voit au Japon), avec son manga DOLL en 1998. Comparé à d’autres auteurs, son œuvre n’est pas transcendante, mais auprès d’une communauté, son rôle a été non négligeable.

-  Izo Hashimoto est l’un des dignes héritiers du style gekiga. Avec un scénario noir, réaliste, Hashimoto livre en 1998 shamo (Coq de combat), aidé par le trait assez sublime de Akio Tanaka (CF Gekiga sonjuku, auteur des excellents dessins de Glaucos)., une œuvre sans concession et extremement dure.

Izo Hashimoto a commencé à la fin des années 80 avec Sukeban deka II (1985) lucky sky diamond et a notamment participé au film d’animation Akira (1988). Shamo, prix cartoonist du meilleur manga en 2003, est tout simplement l’un des meilleurs seinen que j’ai pu lire.

Certes, extremement violent dans la droite tradition du Gekiga, Shamo propose tout simplement autre chose : une critique de la société japonaise comme pourrait le faire Takeshi Kitano ou Ryu Murakami. Violent, noir, sanglant, dévoilant le pire de l’être humain, un titre à ne pas manquer pour les adeptes de seinen.

-  Tsutomu Nihei se fait connaître avec Blame en 1998. Tsutomu, inspiré par des auteurs européen propose un univers silencieux, obscur, utilisant un dessin très fin et détaillé.

La formation de Nihei (architecte même s’il n’a pu obtenir le diplôme), se ressent lorsque l’on regarde de travail opéré sur les villes.

Au-delà de son style graphique si particulier, Nihei propose un univers complexe, doté de monstres fantastiques, au sein d’une ambliance glauque et un monde de science fiction. Un style que j’apprécie beaucoup.

-  Shuho Sato est un auteur que je voulais absolument mentionner. Auteur de Umizaru, l’ange de mer (1999), et de Say hello to black jack (2002), Shuho Sato est l’un de ceux qui a permis une remise en cause du système hospitalier japonais (ce n’est pas rien tout de même).

En effet, Shuho Sato se concentre à developper des histoires autour de jeunes « héros ordinaires », se lançant dans des metiers où ils doivent sauver des vies (dans le premier titre, il s’agit d’un garde côte, lorsque l’on sait que le Japon est souvent victime de Tsunami, Raz de marée ; et dans le second, le héros est un interne en médecine).

Mais le héros de Say hello to black jack se rendra rapidement compte des viscissitudes du metier de médecin, du poids de l’administration, de la deshumanisation totale et progressive de la profession. Une œuvre brillante, touchante,et d’une grande justesse.

-  Makoto Yukimura est connu en 2000 pour planetes, parfois encensé comme l’un des tous meilleurs seinen de l’histoire.

Venu au manga par l’une de ses premières lectures, Hokuto no Ken (Ken le survivant), Makoto Yukimura se concentre essentiellement sur ses personnages en se servant d’un contexte intersidérale (Planètes) ou historique (Vinland saga). Makoto se concentre sur le plus important : une histoire et des personnages.

A mon sens, cet aspect, est parfois trop souvent éludé au profit du character design des personnages (comme Bleach), ou écarté pour des raisons commercials (par exemple, bon nombre d’auteurs comme celui de Yugioh se sont retrouver à développer du « mauvais » pour s’adapter aux demandes de leurs éditeurs et pour répondre à un public qu’il ne visait pas nécessairement au départ)

-  Tetsuya Tsutsui est un autre auteur appartenant à ce courant alternatif. Rare son les auteurs à publier directement leurs œuvres sur internet gratuitement (http://www.pn221.com/ ).

Avec sa première publication à succès, Duds Hunt en 2002 ; Tsutsui s’inscrit complètement dans la vague d’artistes contemporain, proposant univers morbide, glauque, utilisant les nouvelles techonogies , les phobies de notre époque pour faire ressortir tout le desespoir d’une certaine partie de la population complètement désorientée.

Ses autres œuvres, Manhole et Reset, s’inscriront dans le même schéma. Doté d’un trait réaliste, fin et précis, Tsutui offre des œuvres sans concessions, dans la droite lignée d’un gekiga moderne qui semble s’emparer de toute une jeune génération d’auteur depuis le début des années 90.

-  Shirow Miwa débute professionnellement au debut des années 2000 avec Dogs. Proposant un monde cyberpunk futuriste, un graphisme clair et épuré, Shirow Miwa offre un titre rappelant quelque peu le comics (d’ailleurs il me semble que cet auteur connaît un certain succès aux Etats-Unis).

Assez peu connu chez nous, Shirow Miwa va à n’en pas douter trouver un bon public au fur et à mesure des années

Comment expliquer cette perte de vitesse ?

Le manga doit faire face à une triple tendance : la diminution de la lecture chez les jeunes et la baisse de la natalité, le vieillissement de la population et une certain incapacité à se renouveller.

Si l’on explique généralement la diminution de l’engouement des jeunes pour la lecture par l’existence des jeux vidéos, personnellement, j’évoquerai plus le développement des nouvelles technologies portatives.

Ainsi, l’apparition du téléphone portable doublé par le développement d’internet fait que les jeunes passent plus de temps dans les transports sur leur portable qu’à lire.

Enfin, sur ce point, je serais également plus mitigé que ce que j’ai pu lire sur le sujet : est ce que les jeunes ne lisent plus ou est ce qu’ils lisent autre chose ? En fait, au Japon, le développement du téléphone portable a développé pléthore d’applications permettant bien de lire « autre chose ». Un exemple ? les « cell phone novel ».

Ce phénomène a débuté en 2003 au Japon et consiste à recevoir de courte nouvelles, souvent écrites par de jeunes auteurs (pour moi, cela s’inscrit tout à fait dans l’esprit de la pop culture). L’ampleur du succès ? en 2007, 5 des dix meilleurs ventes de romans avaient pour origine ces « cell phone novel » (au passage, si je ne suis pas persuadé de voir les drama envahir à grande échelle l’hexagone, il y a fort à parier que d’ici 2 à 5 ans, les cell novell envahisse nos portables, assez peu exploités pour le moment). Cette illustration permet de relativiser un peu certaines interprétations trop simplistes

Certes, le manga se « dématérialise » progressivement, mais il est difficilement contestable que le téléphone portable, et l’utilisation d’internet sur celui-ci, à largement contribué à réduire la lecture de manga pendant les brefs moments de détente qu’offre un emploi du temps japonais (n’oublions pas que le manga était traditionnellement lu rapidement, entre deux rendez vous, réunions, dans les transports etc..

le manga est certes vendu partout, mais maintenant, tout à chacun dispose avant tout de son téléphone portable avec des capacités de stockage toujours plus impressionnantes et un portentiel toujours plus important).

Le vieillissement de la population apporte également une réponse plausible à la diminution du succès du manga.

Certes, le manga propose du contenu pour toutes les tranches de la population et pour tous les goûts. Mais, malgré la « flexibilité » de l’industrie du manga au japon, il est un âge où la lecture se fait plus difficile, ne serait ce que pour des raisons « physiques ».

Enfin, et je le mentionnerai à plusieurs reprises, le manga peine souvent à se renouveler et à offrir quelque chose de nouveau. La construction d’un système basé sur de la reprise de l’existant commence doucement à en effriter le fondement.

Ainsi, Sharon Kinsella, que je mentionnerai à nouveau plus tard, cite les éditeurs japonais qui ont relevé à la fois une absence de titres majeurs couronnés de succès dans tout le pays et la fréquence de succès mineurs, les jeunes étant trop individualistes et subjectif pour créer des histoires universelles (dans les années 90).

Ce constat rejoint un peu certains passages de l’ouvrage de Azuma (que nous aurons également l’occasion de citer), qui (reprenant quelque peu les travaux du philosophe Baudrillard) présente le phénomène de recopiage successif de l’existant, atténuant progressivement la distinction entre original et copie, et conçoit ce qu’il appelle la « culture otaku » comme une immense base de donnée dans laquelle tous les auteurs vont au fond se servir.

Au-delà de la critique que l’on pourrait apporter à ces réflexions, il apparaît comme certain que le manga peine à trouver un nouveau souffle.

A ce sujet, j’ouvre une parenthèse sur la curiosité du phénomène. Comme j’ai pu l’indiquer, l’un des dangers est sans doute que le manga ne parvienne pas à se renouveler et ne parvienne à proposer autre chose.

Mais cette logique est en même temps essentielle pour plaire au plus grand nombre, par le biais d’un style accessible à tous et des valeurs universelles. Parallèlement à cela, le manga alternatif a connu un progressif déclin peut être parce qu’il n’est pas parvenu à se connecter au plus grand monde.

Cet état démontre toute la complexité du problème : il est nécessaire de parvenir à trouve un dénominateur commun (en terme de valeur, accessibilité graphique) à un maximum d’individu, tout en ne franchissant pas le seuil qui fera que les lecteurs ne se sentent pas toucher, lier.

Pour dire simplement les choses, l’évolution se dirige sans doute vers une multitude de marché de niche, sachant que la taille de la niche ne doit jamais dépasser le dénominateur commun liant l’ensemble du public rattachable à la niche…

Le manga est il pour autant perdu ?

Pour répondre à cette question, il faut s’interroger sur, qu’est ce que le manga aujourd’hui. Comme l’explique très bien Hiroki Azuma, le manga s’intègre aujourd’hui dans la pop culture (qu’il appelle la culture Otaku), un véritable courant d’influence.

C’est ainsi qu’au délà de l’import de titres japonais en occident (que ce soit la France, un terreau particulièrement fertile pour le manga, ou les Etats-Unis), il n’y a qu’à voir la séquence d’animation dans Kill Bill, la dernière adaptation de Batman ou Afro samurai pour comprendre que le manga renait sous de nouvelles formes.

Le mouvement superflat est également un excellent exemple de la transcendance du manga. Certes, nous ne rentrons pas dans la définition du manga que j’ai défini voila cinquante pages mais tout de même , cela mérite d’être mentionné.

« Rappelons nous que le style superflat tend à démontrer grâce à une représentation en 2 dimensions où il n’existe pas véritablement de structure entre les différents objets, êtres le paradoxe entre l’importance que le monde d’aujourd’hui attache à la consommation et sa superficialité (le fameux Vuitton de Murakami est sans doute l’oeuvre la plus frappante de ce point de vue, puisque ce symbole est porté par des millions de femmes, sans même qu’elles sachent ce qu’elles portent... un symbole de surconsommation et de superficialité). »

Ce mouvement, initié dans les années 2000 par Murakami, compte bon nombre d’auteurs comme Chiho Aoshima, Mahomi Kunikata, Yoshitomo Nara, Aya Takano.

Certains auteurs comme Koji Morimoto sont souvent rattachés à ce mouvement (je rattacherais également Masaaki Yuasa (voir mon article sur Kaiba)).

Le manga est également une bonne illustration de « convérgence numérique ». Pour la définition, je reprendrais la définition de wikipedia « La convergence numérique est un phénomène ancien, mais en accélération ces dernières années, de fusion de trois éléments : une information, son support, son transport.

• L’information est l’ensemble des objets physiques d’autrefois (photos, disques, documents imprimés sur papier, cassettes vidéo), que la numérisation « dématérialise », transforme en simple « information », c’est-à-dire en série d’octets.

• Le support est la combinaison de la mémoire, de masse ou volatile, disque dur ou mémoire flash, autrement dit de tout ce qui contient un nombre de plus en plus important d’octets, et du protocole nécessaire à l’interprétation du sens de cette série d’octets (un programme).

• Le transport est le passage de cette information d’un point à un autre dans le but d’être « consommée » : lue, écoutée, visualisée, copiée, par n’importe quel réseau, local ou étendu, privé ou public, sur un support physique ou via une forme d’émission radio.

La convergence numérique se traduit concrètement par la fusion d’appareils jusque là très différents comme le téléphone avec la télévision ou l’ordinateur avec la chaîne HI-FI. Cela grâce à la numérisation des contenus et des communications. »

Nous pouvons ainsi citer l’exemple de Hack sign où jeux vidéos, manga, anime se côtoient, s’entremelent pour offrir des scénarios parfois orientés shonen ou seinen .

Le multi canal s’accompagne de l’apparition de nouveaux formats comme le phénomène Di Gi Charat (produit purement commercial, le phénomène a connu une adaptation anime avec de petits épisodes très courts de 3 minutes).

De même, si le monde de l’animation tente de se servir de you tube, daily motion pour diffuser leur œuvre (alors qu’elles combattaient ces plate formes à la base ; mais j’ai décidé de ne pas parler d’animation dans le présent article, juste quelques mots pour dire que le rachat de licence est également de plus en plus touché par le double aspect manga/anime), le fameux Jump a développé il y a peu sa plateforme de diffusion de manga prépublié, comme baku man (http://www.jumpland.com/mangaonline/) et en Français.

Les éditeurs le savent, les négociations de licence sont toujours plus dures, et la concurrence est rude. Les japonais commencent sérieusement à prendre en compte le potentiel de l’étranger (et il n y a qu’à voir sur le sujet le changement de position vis-à-vis de l’exportation de la pop culture ses dernières années) et le fait que la plateforme jumpland soit disponible en français, allemand, anglais et japonais est assez évocateur.

Les nouvelles technologies ont certes conduit au déclin du manga, mais elles pourront peut être le sauver (on peut imaginer, un peu comme les jeux « hentai » présenté par Azuma, que se développe des mangas interactifs etc..).

Le tout, mais cette remarque vaut pour l’ensemble de la production culturelle, est d’utiliser à bon escient les nouvelles technologies et non de ne voir en elles que des freins. A cet égard, une dernière remarque concernant l’évolution vers le « papier électronique » (écran complètement flexible d’une taille d’une feuille de papier). Cette évolution posera sans doute deux problématiques :

-  étant donné que le prix du papier ne sera plus un « sujet », de même que l’impression couleur, la question : le manga doit il rester en noir et blanc se posera nécessairement

-  autre question : le schéma de production et d’édition. Sans doute le schéma actuel tendra vers un raccourcissement de la chaine, avec un lien quasi direct entre auteur et lecteur (les luttes, lobbyes seront nombreux, mais rien n’y fera, le schéma tendra nécessairement vers ce raccourcissement, le seul intermédiaire entre auteur et lecteur étant sans doute à terme… une plateforme d’échange , le lien entre le 9ème art (la bande dessinée) et le 10ème art (la création numérique) se réduira sans doute de la même manière)

V- Pluralisme de types et de thématiques

a) Les mangas par cible :

Comme durant la période edo , les éditeurs sont à l’origine de la classification moderne des mangas. Cette classification est simplement organique et non matérielle (cf paragraphe 3).

Dans le cadre de cet article, je reprendrais la typologie de l’ouvrage « manga for dummies » (manga pour les nuls, publié uniquement en anglais)

Typologie reconnue ( cf. « manga for dummies »)

Kodomo : enfant

Shonen : adolescent

Shojo : adolescente

Seinen : jeune adulte homme

Redisu : jeune adulte femme [personnellement je mettrais plutôt Josei)

Shojo ai : romance femme pour adolescente

Shojo ai Yuri : romance relation femme femme

Shonen yaoi : romance garçon garçon

Seijin : adulte homme

Redikomi : Ecrit par des femmes pour femme adulte, plus réaliste

Dojinshi manga amateur

Gekiga : sujet sérieux, réaliste

Ecchi : érotique

Hentai : porno

Cette classification n’en reste pas moins absolument pas satisfaisante tant la frontière entre différentes catégories est mince, et tant il est possible de contester la présence d’un titre donné dans une catégorie plutôt qu’une autre (de longues discussions débutent couramment entre les chroniqueurs pour savoir si un titre comme Death Note est un véritable shonen, de même pour Claymore ou FMA pour ne citer qu’eux).

De ce que j’ai pu lire, les japonais ont un goût particulier pour la classification, l’organisation (j’ai pu trouver une référence à "Mark Schilling », un observateur et chroniqueur pour le Japan times), n’en témoigne l’analyse de Hiroki Azuma, expliquant comment nous sommes selon lui passé de l’époque des grands récits, à celle des petits récits et d’une décomposition du monde par des bases de données.

L’Uchi-soto est sans doute la meilleure illustration de cette volonté de structurer la société si chère à la société japonaise

Toutefois, comme souvent, le Japon est le pays du paradoxe. Ainsi, les entreprises japonaises ont pu mettre sur pied, une théorie reposant sur la possibilité de créer une nouvelle impulsion en introduisant dans l’organisation, une dose de chaos, pour favoriser la créativité, « l’ambigüité stratégique ».

Citons dont cet extrait du livre théorie de la création de connaissance organisationnelle :

"Les entreprises japonaises ont souvent recours à l’ambigüité et au "chaos créatif"’. La direction générale utilise souvent les visions ambigues (ce que l’on appelle l’ambigüité stratégique) et crée intentionnellement une fluctuation dans l’organisation.

Le directeur général de Nissan, Yutaka Kume, par exemple, utilisa l’expression "changeons de flux" pour essayer de promouvoir la créativité par une recherche active d’alternatives aux procédures établies ; concrètement les exemples les plus frappant sont les découvertes scientifiques nées d’une fausse manipulation ou d’erreurs de manipulation comme la découverte radioactivité"

Tout ça pour dire qu’il ne faut pas s’accrocher à cette classification, au fond assez artificiel basé sur un lectorat cible.

b) Les mangas par thème et style :

Il serait vain, comme l’article tend à le démontrer, de lister toutes les thématiques, styles abordés par le manga.

Le manga est un support pour tout type de thématique, allant des ancêtres d’urgence (Nagai Akira (team medical dragon)) à la cuisine (Hanasaki Akira Oishinbo (gourmet étant l’un des premiers sur ce thème), en passant par le fantastique, tout type de sport, la politique, le dessin, les jeux vidéos, les jeux de sociétés, policier, aventure, l’heroic fantasy, la vie quotidienne, les histoires d’amour, faits de société, la mafia, mythologie etc…

Listé les thèmes en manga est donc un peu abbérant. Dans tous les cas, ce paraphraphe a simplement pour objet de conforter l’ensemble des éléments précités sur la diversité thématique offerte par le manga.

VI Question autour du manga, approche philosophique et personnelle

Voici ma partie préférée de l’article, celle que j’ai élaboré après le plus de réflexion, le plus de lecture (j’en profite d’ailleurs pour remercier de les éditions Picquier pour leur travail depuis des années, d’une grande qualité, tant d’un point de vue qualitatif que quantitatif)

Concernant le fait de savoir si le manga moderne peut être vu comme le prolongement de la période d’édo, deux thèses s’affrontent :

-  la première présente le manga moderne comme le pur prolongement de la période d’edo, et de l’ensemble de la tradition picturale japonaise.

Les porteurs de cette théorie ont une approche historique et reprennent généralement le plan que j’ai adopté en première partie, faisant débuter l’histoire du manga aux premiers rouleaux dit "des animaux et des oiseaux" (Chôjûgiga).

-  Pour la seconde théorie, le manga moderne est certes picturalement de tradition plus ancienne (cela dépend des auteurs, certains auteurs semblant dire que le manga moderne est avant tout issu de l’influence occidentale d’après guerre).

Hiroki Azuma, éminent philosophe japonais spécialiste du manga et des anime, dans son article "Superflat Japanese Postmodernity", énonce ainsi que le manga moderne est beaucoup plus une domestication de la pop culture américaine qu’un successeur de la période d’edo "The otaku culture (l’auteur englobe dans la "culture otaku" le manga et les anime) should not be seen as a direct successor of Japanese premodernity, but as a result of the recent "domestication" of post-war American culture, which was developing just at the same time with Japanese rapid economical growth and the recovery of national self-confidence in 1950s and 1960s. In this sense, otaku culture is essentially "nationalistic" though its characteristic and expression are far from those of traditional ordinary nationalism".

La culture otaku serait pour l’auteur une japonisation de la pop culture américaine. Le philosophe critique ainsi la position de la quasi totalité des auteurs japonais (et à ma connaissance européen), comme Toshio Okada ou Eiji Otsuka. Approche intéressante en ce que le manga s’inscrit dans une un courant plus généraliste que serait la culture Otaku.

Le manga moderne est le fruit d’une longue tradition picturale, de toute une pluralité d’influences notamment issues de l’occident, mais avant tout et surtout, d’un conglomérat culturel japonais, le manga étant le miroir de la société japonaise dans son ensemble.

-  le manga : miroir de la société japonaise

Certain verront dans ce qui suit du Baudrillard, mais je préfère de loin un texte que j’ai lu, à propos de la symbolique du miroir et la légende d’Ameratsu, une divinité emblématique de la mythologie japonaise. En voici l’extrait qui introduire mon propos à merveille : La légende d’ameratsu (ref http://www.pouvoir.ch/pouvoir/main/m_1005pou.htm)

(extrait du site pouvoir.ch) : “la légende d’Amaterasu nous dit qu’il existe un pouvoir supérieur à celui de la richesse. Les merveilleux bijoux offerts à la déesse n’ont pas permis de la convaincre.

L’objet décisif qui fait sortir Amaterasu de sa caverne, celui qui symbolise la source de pouvoir la plus puissante de toutes (puisqu’elle permet d’influencer un dieu), se trouve être un simple miroir.

Les légendes révèlent leurs messages à travers des images, quelle fabuleuse source de pouvoir l’histoire d’Amaterasu dévoile-t-elle en nous présentant le symbole du miroir ? Pour le découvrir, il suffit de s’interroger sur la fonction de cet objet.

L’être humain est bâti de telle façon qu’il lui est impossible de voir son propre visage. Pour savoir à quoi il ressemble, il n’a que deux possibilités : demander à quelqu’un d’autre ou utiliser un miroir. Le miroir est le moyen le plus sûr d’obtenir une image objective.

Il nous montre tels que nous sommes et pas tels que nous voudrions être ou tels que les autres nous voient. En nous renvoyant notre reflet, il nous apprend à nous connaître et la légende affirme que cette connaissance de soi constitue un pouvoir colossal. Quand Amaterasu s’est enfermée dans sa caverne, les habitants du monde ont trouvé la seule façon de l’amener à sortir.

Au lieu d’exercer un pouvoir sur elle par l’épée ou par les richesses, ils lui ont donné du pouvoir. Grâce au miroir placé devant ses yeux, la déesse a pu savoir qui elle était vraiment, elle a compris qu’il n’y avait pas de dieu plus noble qu’elle et que son rôle n’était pas de bouder au fond d’une caverne, mais d’éclairer le monde.

Plus loin dans la légende, Amaterasu confie le miroir à son petit-fils qui va gouverner le monde des hommes, et elle lui dit : ” Considère cet objet comme mon âme et vénère le comme tu me vénères “.

Ces paroles montrent bien qu’elle a su utiliser le miroir pour regarder tout au fond d’elle-même, il lui a permis de prendre conscience de la part la plus intime de sa personnalité, jusqu’à devenir une image de son âme. Le miroir d’Amaterasu est l’outil qui permet à chacun de partir à la découverte de son âme pour savoir qui il est réellement.”

Pour moi, le manga est avant tout l’un des miroirs (une société dispose de multiples miroirs) de la société japonaise.

En adoptant cette approche, je me positionne ainsi d’une manière plus proche de Math Thorn ou de Hiroki Azuma que de l’ensemble de l’exposé historique et linéaire que je viens de vous exposer.

Certes, le manga s’inscrit dans une certaine tradition picturale, et peut être peut on dire que le manga moderne est ainsi d’une certaine manière le prolongement de la période d’Edo (et d’avant).

Mais il va sans dire qu’une estampe d’Utamaroro, empreinte de ce que l’on pourrait appeler l’Iki japonais (équivalent d’une certaine manière à la noblesse d’âme) est relativement éloignée du manga moderne.

Car si souvent, les commentateurs analysent le manga moderne, en cherchant des points de rapprochement avec la tradition picturale japonaise (le plus souvent, les auteurs tentent de démontrer que le manga n’est que l’héritier directe d’une tradition), on ne lit que très rarement en quoi le manga moderne n’est absolument pas lié à la tradition.

C’est sans doute pour cette raison que Azuma tente d’extirper le manga de cette tradition et d’en faire l’une des composantes de la culture Otaku. Mais à mon sens, il rentre lui aussi dans une tendance, celle du courant philosophique du post modernisme, séparant notre période moderne de tout le reste.

D’ailleurs, si nous opposons classiquement notre histoire (contemporaine) au moyen âge, les japonais opposent quant à eux la période sans influence étrangère et la période marquée par l’ouverture aux étrangers (en gros, l’avant ouverture, et l’après ouverture).

En réalité, je n’aime pas ces schémas verticaux (partant de la base de la tradition picturale pour en arriver au manga), et je préfère adopter une vision circulaire, dans laquelle nous pourrions voir trois cercles :

Bien entendu, la tradition picturale a un effet sur le manga moderne, mais uniquement de manière indirecte. La société japonaise, composée d’auteurs du manga moderne, est ainsi influencée par la tradition picturale japonaise, mais également par une multiplicité de facteurs.

La société joue ainsi un rôle « d’éponge », rendant en soit impossible toute tentative de créer une relation absolue entre le manga et la tradition picturale japonaise.

A travers ce schéma, la tradition picturale continue à influencer la société japonaise, et la société japonaise poursuit sont rôle de maintient en vie de la tradition picturale par cette seule interaction.

D’autres influences (la multiplicité de facteur dont je parlais il y a quelques lignes) comme les autres arts, la politique, l’économie etc. ont influencé tant la tradition picturale que la société japonaise et sont elles mêmes l’objet d’interactions.

Le manga moderne peut à mon sens être présenté de telle façon :

Il s’en suit qu’il est possible de présenter les choses sous forme de niveau :

NIVEAU 1 : Monde réel japonais = réalité opaque - Tatemae*

* réalité opaque car le monde tel qu’il parait être n’est pas ce qu’il réellement. Concept de Tatemae, souvent opposé à l’Honne, deux concepts rattachés à la culture japonaise opposant ce qui apparait en façade et le réel (si le Tatemae et l’Honne est rattaché à la culture japonaise, en réalité, cela s’applique à l’être humain en général, n’en témoigne les théories de Descartes ou de Kant en philosophie ou la physique quantique)

Par exemple : l’auteur du manga Life a vécu « l’ijime ». Cela fait partie de son vécu en tant qu’être humain. Il est intéressant de voir que l’auteur a choisi cet évènement pour faire une histoire.

La manière dont elle traite le phénomène est une représentation de la réalité sociétale.

De même, dans son ouvrage Homojaponicus que nous aurons l’occasion de citer à nouveau, l’auteur dédie toute une partie aux marginaux au Japon, notamment les SDF.

Parmi les SDF, un auteur de manga est parvenu à dépeindre leurs difficultés quotidiennes : « Il nous arrive de flipper par moments. Personnellement, j’ai la chance d’avoir les mangas pour me défouler.

Cela me permet d’exprimer à travers le personnage de Kamayan les problèmes que nous côtoyons au quotidien. J essaie aussi de faire passer un message car je suis aux premières loges pour observer et recueillir une foule de renseignements.

Nous en voyons défiler tellement. Ils se retrouvent d’ailleurs dans ce personnage puisqu’ils me disent souvent : « Ariyan, c’est pour quand le prochain numéro ? » C’est vraiment ce qui me tient la tête hors de l’eau. Ce n’est pas toujours facile et je suis sur qu’il y a des collègues qui ont du mal à tenir le coup. »

Enfin, Okada Toshio, l’un des fondateurs du studio Gainax et intervenant à l’université de Tokyo pour son cours « Discours sur la culture Otaku » évoquait (pour reprendre les mots de l’ouvrage d’Etienne Barral, « Otaku, Une génération virtuelle ») qu’en regardant un dessin animé, il ne suffisait pas de se livrer à une lecture passive mais de chercher à déchiffre derrière l’image la véritable signification de l’œuvre.

« Il faut avoir non seulement les yeux du spectateur, mais se mettre dans la peau du réalisateur, du critique, et même du producteur, qui analyse les retombées économiques du dessin animé, sans négliger bien entendu les rumeurs, qui donnent le sentiment de proximité.

Ce n’est qu’en envisageant l’œuvre sous tous ces aspects que le otaku pourra affirmer avec assurance son admiration. Considéré sous un seul angle, un dessin animé peut révéler des faiblesses impardonnables, quelle que que soit sa supériorité dans un seul angle envisagé.

Mais le otaku ne doit pas se laisser abuser par cette vision superficielle de l’œuvre ».

Si je ne me revendique pas en tant qu’otaku, telle a été la voie que le présente étude a tenté de suivre.

Pour la présente étude, j’appliquerais le miroir que j’ai pu évoquer à deux niveaux :

-  la réalité opaque, c’est-à-dire les références au manga tels que j’ai pu les trouver visuellement où les ressentir lors de mon voyage au japon (I)

-  la réalité opaque à laquelle on a retiré (II)

I) Traitement de la realité opaque, mon voyage au Japon et observation du lien entre ce que j’ai pu voir et le manga, Premier miroir : TATEMAE [extrait de mon article sur mon voyage au Japon]

Le but de cette partie d’article, sur mon voyage au Japon, était de tenter de faire un lien entre tout ce que j’ai pu voir dans mon voyage et les mangas/animes que j’ai pu lire.

Ainsi, la reprise de cet article permette bien de faire un lien entre « tatemae » et manga/anime.

a)Bouddhisme, Shintoisme et spiritualité

- bouddhisme

A travers les différentes villes visitées, l’influence du bouddhisme, importée d’Inde en passant par la Chine est sans conteste importante. Notre visite du Mont koya, l’un des réceptacles de la branche Shingon du bouddhisme est sans doute la plus emblématique visite à cet égard (nous avons même pu assister à une cérémonie, à 6h du matin).

Puis il faut évidemment citer les bouddhas de Kamakura et de Nara, grandes représentations japonaises du Bouddha (le premier étant peut être plus beau que le second, mais le second plus impressionnant).

Les écrits sur le bouddhisme et ses déclinaisons au Japon étant importante (voir par exemple l’article sur wikipedia), je ne m’étendrais pas trop sur le sujet. Pour savoir de quoi l’on parle, je reprendrais tout de même ici l’essentiel :

"Le bouddhisme est, selon les points de vue, une philosophie, une spiritualité ou une religion apparue en Inde au Ve siècle av. J.-C. Elle compterait aujourd’hui entre 230 et 500 millions d’adeptes[1].

Le bouddhisme présente un ensemble ramifié de pratiques méditatives, de pratiques éthiques, de théories psychologiques, philosophiques, et même cosmologiques, abordées dans la perspective de la libération de l’insatisfaction ; du plein épanouissement du potentiel humain ; et ce en relation personnelle avec une intangible et ultime réalité spirituelle." [...]

"Les quatre nobles vérités indiquent ce qu’il est essentiel de savoir pour un bouddhiste. Elles énoncent le problème de l’existence, son diagnostic et le traitement jugé adéquat :

1. La vérité de la souffrance : toute vie implique la souffrance, l’insatisfaction ; 2. la vérité de l’origine de la souffrance : elle repose dans le désir, les attachements ; 3. la vérité de la cessation de la souffrance : la fin de la souffrance est possible ; 4. la vérité du chemin : le chemin menant à la fin de la souffrance est la voie médiane, qui suit le noble sentier octuple."

Au Japon, le bouddhisme compte douze école que l’on classe chronologiquement (voir le lien précédent sur le bouddhisme au Japon).

Pour une approche du Bouddhisme à "la sauce shonen", vous pouvez lire Butsu Zone de l’auteur de shaman king.

Ce manga relativement court propose une approche assez originale et divertissante de la légende de Miroku (la déesse apportant la paix sur terre), protégé par Kanon (le dieu de la bienveillance et de la miséricorde souvent représenter par une déesse dotées de milles bras) ainsi que toute une myriade de dieu ou de déesse que vous rencontrerez lors de votre périple au Japon.

Il s’agit d’une vision certes parcellaire mais assez ludique des icônes bouddhistes japonaise.

Le manga "Bouddha" de Tezuka retrace également la vie de bouddha avec le talent que l’on connait de l’auteur. Aujourd’hui un grand classique !

De même, d’autres mangas prennent pour héros des moines bouddhistes japonais ainsi que certains rituels (comme le personnage de Miroku dans Inu Yasha, Sayuki etc...).

En y réfléchissant, au delà des titres précités, un nombre impressionnant de mangas sont clairement influencés par le bouddhisme japonais.

Pour ne citer qu’eux, Hokuto no Ken, où des expressions rappellent les gardiens Fujin, Raijin (voir ci-dessous le point concernant des personnages spécifiques) , ainsi que les bodhisattva chargés de faire respecter les enseignements du bouddhisme (ceux généralement armés d’une épée) ; ou encore Gantz (et oui ! lorsque l’on voit un moine se retrouver dans le jeu et prier, mais aussi lorsque notre héros combattent des Fujin et Raijin vivants à travers une bataille épique) ainsi que le personnage de Shaka dans Saint Seiya.

Au delà des icônes, représentations visuelles du bouddhisme, les principes du bouddhisme se retrouvent également dans de nombreux titres, ceux-ci ayant véritablement imprégné la culture japonaise (je ne peux pas tous les lister mais voir par exemple mon article sur space EE ou Le champ de l’arc en ciel - Nijigahara Holograph).

- Shintoïsme

La religion "concurrente" du bouddhisme, le shintoïsme (une véritable lutte de pouvoir s’est engagée entre ces deux religions au Japon pendant de nombreuses années) est elle aussi omniprésente sur les sites que nous avons pu voir.

Encore une fois, présenter cette religion serait un travail beaucoup trop long, et je me contenterais de renvoyer vers notre cher wikipedia reprenant ainsi l’essentiel :

"Le shintoïsme est essentiellement polythéiste. Le concept majeur du shintoïsme est le caractère sacré de la nature. Le profond respect en découlant définit la place de l’homme dans l’univers : être un élément du grand tout.

Ainsi, un cours d’eau, un astre, un personnage charismatique, une simple pierre ou même des notions abstraites comme la fertilité peuvent être considérés comme des divinités.

Comme dans beaucoup de systèmes religieux, le shintoïsme développe l’idée d’une réalité supérieure, ou « divine ». Cette réalité est peuplée d’une multitude d’êtres appelés kami ( kami).

Par certains aspects, le panthéon shintoïste ressemble à ceux d’autres religions anciennes. Toutefois, par d’autres traits, les dieux et les déesses vénérés rappellent ce que d’autres systèmes religieux qualifieraient de figures héroïques plutôt que divines.

En effet grand nombre de kami sont beaucoup plus humains que les dieux et déesses d’autres religions, et dans certains cas, ils prennent une forme humaine. "

lors de notre voyage, nous avons pu voir de nombreux temples shintoïstes, ainsi que bien sur, le fameux Tori de Moyajima (ainsi que des allées de Tori), symbolisant l’entrée à un espace sacré.

De même, nous avons vu de nombreuses prêtresses shintoïsmes aux abords de ces temples. Comme le bouddhisme, les influences sont nombreuses.

Il faut savoir qu’aujourd’hui les japonais coordonnent complètement le shintoisme au bouddhisme, le premier étant lié à la vie sur terre, rite et coutume pendant la vie et le second régissant plutôt la vie après la mort et l’au delà.

Il n’est pas rare de voir chez un japonais un petit temple shinto, et un autre bouddhiste. L’approche de la religion au Japon, n’a à proprement parlé aucun rapport avec l’approche que l’on peut avoir en occident.

D’ailleurs, certains mangas n’hésitent pas à mêler des influences des deux religions comme l’exemple de Inu Yasha cité précédemment.

L’influence de cette religion ancestrale se retrouve également dans de nombreux mangas comme XXX holic (tant au niveau de ambiance que des esprits), ou dans des mangas/animes ayant pour thématiques les esprits (Inu yasha reprend également la tradition shintoïste avec des personnages comme Kikyô, prêtresse shinto).

Bien sur, il faut également citer les oeuvres de miyazaki, notamment Princesse Mononoke, un titre incontestablement largement inspiré par le shintoïsme.

C’est ainsi que les kamis, la nature, ou les tataris occupent une place prépondérante dans ses oeuvres. Le voyage de Chihiro et plus récemment Ponyo Ponyo illustrent également cette influence (sur le sujet, le site référence Buta connection explique tout cela assez clairement sur Princesse Mononoke).

L’excellent Onmyoji traite avec brio du shintoisme en tant que tel voir mon article sur ce titre) .

Vous retrouverez dans ce manga l’ambiance de ces temples shintoïsmes, les costumes ou encore les préceptes de cette religion.

Mais comme le bouddhisme, la liste des titres inspirés par le shintoïsme serait beaucoup trop longue et mériterait de faire l’objet d’un article, voir d’un dossier particulier (car la culture japonaise est tellement imprégné par ces deux religions, que l’on retrouve dans presque tous les titres ces influences, dans des proportions plus ou moins grandes).

b) spiritualité et personnages particuliers

- Jizo, figure emblématique de la religion japonaise

Ce dieu des voyageurs, mais aussi des enfants, souvent présenté par un petit moine joviale et mignon se trouve à peu près partout au Japon aux abords des routes.

De plus, il existe de nombreux sanctuaires dédiés à Jizo, que vous pourrez trouver tout au long de votre voyage.

Il est souvent recouverts de petits vêtements rendant le tout assez « kawaii » pour les japonaises.

Pour avoir un petit aperçu de Jizo à travers les mangas, vous pouvez lire Bustu zone précité. En faisant attention, vous pourrez aussi trouver des références à Jizo dans certains titres de Miyazaki comme Mon voisin Totoro (sur les routes, nous pouvons parfois voir de petits Jizo, et il existe aussi un temple de Jizo)

- les Tengus (voir également yokai ci-dessous, les tengus faisant partis des yokai)

Les Tengus appartiennent au folkore japonais et l’on trouve des statues de Tengu dans certains temples.

Pour son titre Tengu, les éditions Akata/Delcourt proposent une rapide présentation des Tengus :

"Littéralement, chien céleste, cette créature est en fait directement issue du folklore japonais, sorte de démon habitant dans la montage. Il peut prendre de nombreuses apparences, mais quand il cherche à se transformer en humain, il ne peut faire disparaître son énorme nez à connotation phallique.

On raconte que les tengu seraient les réincarnations de nobles et de samouraïs qui auraient été arrogants et prétentieux dans leur vie. Toutefois, en réalisant de bonnes actions au cours de son existence, un tengu peut espérer renaître en tant qu´humain."

Le site Wikipedia propose également un article sur les tengus très intéressants ainsi que japonline :

"tengu sont des dieux (kami) mineurs du folklore japonais. Ils font partie des traditions de la plupart des religions japonaises, le shintoisme et le bouddhisme, où ils sont classés comme marakayika.

Zoomorphes comme la plupart des kami, ils sont représentés sous forme de corbeaux. Ils sont parfois associés aux dieux Saruta-hiko, Susano-o, et Karura, divinité bouddhique ailée. Parce qu’ils vivent dans les montagnes (surtout les yamabushi tengu) il arrive qu’on les confonde avec les yama no kami, représentés comme de grands arbres, qui sont les protecteurs des montagnes. Les tengu sont un sujet populaire de l’art, du théâtre, et de la littérature japonaise"

Ainsi, à Kamakura, au temple Kencho-ji, le visiteur fait face à une cohorte de Tengu, le tout étant assez impressionnant. De même, vous trouverez des statues un peu partout en y faisant attention comme la photo ci-après, à Miyajima.

Le corbeau, souvent lié au Tengu est un animal dont vous croiserez souvent la route, que ce soit dans les villes ou à la campagne.

En manga, vous pourrez trouver des références au Tengu dans le titre de MORI Hideki /OSARAGI Jirô, portant d’ailleurs le nom de Tengu chez Delcourt.

"Karasu Tengu Kabuto" par Terasawa Buichi rappelle également les tengus. Dans naruto, de nombreuses références aux Tengus sont présentes, notamment avec les personnages de Itachi, Sasuke, étroitement liés au corbeaux/tengus.

- le Roi Enma (Yama)

Le roi Enma est lui aussi une personnalité que j’ai pu voir sur mon parcours. Vous pourrez ainsi découvrir au temple Enno-ji à Kamakura une statue de Enma. De même , à Kytoto , le temple Hoshaku-ji offre un bel ensemble de statue de Enma.

Aussi appelé Yanluowang (le roi Yanluo), Enma est un dieu chinois d’origine bouddhiste, gardien et juge de l’enfer.

Très présent dans l’imaginaire grâce à l’iconographie et aux contes populaires, il ne possède aucun temple en propre, comme toutes les déités d’aspect trop féroce. Tout au plus trouve-t-on quelques rares sanctuaires où il est honoré en même temps que neuf autres collègues (ex : temple des Dix rois des enfers de Yaumatei à Hong Kong).

A Taïwan, une place est parfois faite aux Dix rois des enfers dans le temple du Dieu de la muraille et des douves. Yanluowang lui est en effet est associé dans le bouddhisme populaire et la religion traditionnelle, tout comme il l’est au bodhisattva Dizangwang.

Ces trois divinités sont liées au monde infernal. (source Wikipedia)

Dans le monde du manga, les références à Enma sont nombreuses. En tant que tel, on peut trouve le roi Enma dans Dragon ball, que Sangoku rencontre à sa mort. De même dans Yu yu Hakusho, Enma jr, le fils du dieu des enfers est l’un des héros de l’histoire.

Ensuite, sans faire apparaître en tant que tel Enma, certaines séries font de petits "clins d’oeil" comme "la fille des enfers" où l’héroine se prénomme Ai Enma, ou encore Naruto avec la 3 ème invocation de Sarutobi, le 3ème Hokage, le roi des singes.

- Fujin et Raijin (les dieux du vent et du tonnerre)

Autres figures emblématiques de la mythologie japonaise, Fujin et Raijin sont présents par centaines au Japon. Ces deux statues ; souvent imposantes, se trouvent à l’entrée des temples bouddhistes. Dans la mythologie, ces deux dieux étaient rivaux, et se sont affrontés à maintes reprises. Ils finirent tout deux par s’entretuer.

Dans le monde du manga, on peut retrouver ces deux personnages dans les mangas précités comme Gantz. Encore une fois dans Naruto, Fūjin et Raijin apparaissent (épisodes 142 à 147), et l’on compare souvent Naruto à Fujin et Sasuke à Raijin.

- les Yokais (esprit, représentations mythologiques)

Je termine ce point avec les yokais, que l’on peut définir comme des « être vivant, forme d’existence ou phénomène auxquels on peut appliquer les qualificatifs extraordinaire, mystérieux, bizarre, étrange et sinistre » (Yokaï, Bestiaire du fantastique japonais, Maison de la Culture du Japon, Paris).

Si vous faites attention, certaines estampes de yokai apparaissent lors de visites de sites (surtout des onis, démons japonais bleus ou rouges avec des cornes). De même des statues de Yokai parsèmeront votre chemin, comme Kitsune (un renard, créature mythologique au même titres que les tengus), les kappas (esprit de l’eau avec une carapace, des pieds et mains palmés et de longs cheveux), les Tanukis (semblables à des ratons laveurs capables de se transformer en êtres humains pour leur faire des farces), les tengus précités etc..

Les mangas traitent souvent des yokais, le meilleur exemple étant sans doute le voyage de Chihiro de Miyasaki, et Nonnonba de Shigeru Mizuki.

Récemment sorti chez Glénat, Neuro traite également de ce sujet, mais il faut savoir que les yokais apparaissent dans un grand nombre de titre.

Ainsi le film d’animation de Takahata met en scène des Tanuki, et l’on peut par exemple trouver des kappa ou des onis dans les mangas/anime (pour voir des exemples de kappa, Berserk tome 25, et Oni (yuyu hakusho, Saint seiya etc.))

En 2006, la Maison de la culture du Japon avait consacré une exposition aux yokai (malheureusement, l’ouvrage consacré est épuisé).

Shigeru Mizuki propose également (chez Pika) un dictionnaire consacré aux Yokai, que je recommande pour ceux qui souhaiterait disposer de plus amples informations sur les Yokai.

c) Lutte de clan, Samurais, Geishas et châteaux

- Himeji-jo, Nijo-jo et Matsuyama-jo

Au cours de notre voyage, nécessairement dirais-je, nous avons traversé quelques châteaux, comme le château d’Himeji (également appelé le château du héron blanc en raison de sa couleur blanche), le Nijo-jo à Kyoto ou encore le Château Matsuyama-Jo.

- Ces châteaux offrent chacun un attrait particulier, mais Himeji,tel un héron prenant son envol, est sans doute le plus beau (construit vers 1400) . Celui-ci est d’ailleurs extremement bien conservé. Ce château a traversé les luttes de clans et les guerres.

D’ailleurs, le château est parsemé de symboles des différents clans, ceux-ci ayant sans doute servi d’inspiration au symbole de Konoha ou au Sharingan dans Naruto.

L’esprit des bannière de clans se retrouvent d’ailleurs assez bien dans Naruto (symbole représentant un éventail, une feuille, une fleur, une plume etc.)

- le château Nijo-jo, au coeur de Tokyo, est plutôt le témoin de l’époque du Bakufu, symbole du pouvoir des Tokugawa, vers 1600. Ça structure paraît d’ailleurs plus moderne, et son intérieur est plus aéré, espacé.

Il est plus proche d’un château que l’on pourrait voir dans Kenshin que celui d’Himeji. Vous pourrez d’ailleurs découvrir le célèbre "parquet du rossignol", chantant lorsque un intrus s’infiltre dans l’enceinte. Petit clin d’oeil, Lian Hearn a d’ailleurs utilisé ce "parquet du Rossignol" dans son excellente œuvre de fiction ayant pour socle le Japon, le clan des Otori ( si Le dit du genji apporte un témoignage historique, bien que romancé, Le clan des Otori peut vous apporter une autre ambiance intéressante sur le sujet).

- Enfin Matsuyama-jo, le moins intéressant des trois, mais assez impressionnant par le nombre de portes qu’il est nécessaire de franchir pour atteindre l’intérieur (ainsi que le panorama). Nous retrouvons les symboles des clans précités.

Bien que construit en 1600, il est plus proche du Himeji-jo que du Ni Nijo-jo.

Au delà du manga, l’ensemble de ces châteaux rappelle la cinématographie de Kurosawa comme Ran ainsi que tout un pan de la littérature japonaise, en particulier "La pierre et le sabre", "la parfaite lumière", "le château de Yodo" (la visite d’une aile du château d’Himeji rappelle grandement l’histoire de l’héroïne de ce livre) ou "le dit du genji" (l’une des oeuvres majeures de la littérature japonaise, peignant un tableau complet de la cour impérial de l’époque).

Comme indiqué ci-dessous, vous retrouverez dans ces châteaux l’esprit de la lutte des clans de Naruto et bien sur tous "les mangas de samurais", comme Kenshin, Vagabond, Basilisk, Samurai Deeper Kyo etc.

- Nobunaga, Les toyotomis et les Tokugawa

Souvent appelés les unificateurs sur Japon, vous trouverez forcément au moins l’un de ces trois noms sur votre parcours au Japon.

Pour ne citer qu’un exemple, lorsque vous vous rendrez à Nikko vous retrouverez le mausolée de Tokugawa Ieyasu. De même, si vous décidez de vous rendre au Mont Koya, vous pourrez apercevoir la tombe de Oda Nobunaga (et de nombreuses célébrité, ce cimetière est vraiment impressionnant et son ambiance est très particulière !).

Pour les adeptes des mangas de samurais, ces noms vous sont certainement familiers puisque l’on fait souvent référence à ces noms dans certains titres précités comme Kenshin, Samurai deeper Kyo, Basilisk, Flame of Recca et j’en passe.

Ces trois personnalités ont véritablement influencé l’histoire japonaise (un peu comme Napoleon chez nous), et leur image se décline dans les livres, animes, mangas, films.. etc.

Il est donc intéressant de les connaitre un minimum lorsque vous vous attaquez à un manga de samurai, où même lorsque vous partez au Japon (les parallèles peuvent être intéressants et vous pourrez ainsi, lors de votre séjour, visualiser pas mal de chose tout en vous situant historiquement ; attention tout de même à l’aspect fiction des mangas même si il existe souvent une part de réalité).

d) Paysage champêtre et culture urbaine

Faire le tour du Japon permet de s’approprier les décors des mangas ou des animes. Ainsi, en visitant quelques grandes villes comme Tokyo ou Osaka, vous pourrez facilement retrouver des décors du manga dans ce que vous verrez et inversement.

Concernant les paysages urbains moderne , visiter Tokyo est un véritable plongeon dans des titres comme City hunter.

L’auteur d’un blog a ressenti la même chose que moi (ou plutôt j’ai ressenti la même chose que lui) et je me permet donc de vous conduire sur son blog qui offre une comparaison pertinente entre des photos et le manga City Hunter(http://www.leblogdugeek.com/geek/city-hunter-est-il-realiste-visite-virtuelle-au-japon-1907) .

Bien sur nous pourrions citer bien d’autres manga que City Hunter. Récemment, Antique Bakery a pu m’offrir une vision de Shinjuku, et pour ne citer que lui, le lieu de rendez vous Hachiko à Shibuya apparait dans certains titres.

L’aspect divertissement des villes (chaque grande ville dispose de son quartier des divertissements, avec des bars à hôtesses, des pachinko, et des game center), est souvent bien représenté dans le manga.

Les premiers exemples qui me viennent à l’esprit sont sans doute, le Maître de Chiaki dans Nodame Cantabile, Maestro Franz von Stresemann , toujours fourré dans des bars à hôtesses ; Skin que j’ai recemment lu où Takumi côtoie quotidiennement ces bars.

"L’esprit de certains bars" se retrouvent assez bien dans Bar tender, ou les gouttes de dieu. De façon plus générale, Nana de Ai Yazawa offre aussi de belles images de Tokyo. En fait, tous ces décors sont extremement présents dans les mangas/anime.

Si les paysages de campagnes, sont également présents dans le manga, il faut tout de même dire qu’en général, le manga est plus attaché à la culture urbaine.

Le plus grand représentant de la "nature japonaise" est sans doute Miyazaki. Mon voisin totoro apporte un très bel exemple de ce que peut être la campagne japonaise, offrant des paysages verdoyants, des montagnes, des sanctuaires etc..

Dans mes lectures récentes, Monju offre en partie un exemple de ce que peut être une petite ville de campagne par rapport à un monstre comme Tokyo.

Au fond, dans le même style que Monju, le manga Dr Koto propose lui aussi de découvrir la campagne japonaise (dans Monju, un robot policier est muté dans une ville de campagne, et dans Dr Koto, un médecin se retrouve médecin de campagne).

Enfin, il est impossible de passer à coté des quartiers d’époque, comme Gion à Kyoto, ou le quartier des samurais et des geishas à Kanazawa. Extrêmement bien conservé, vous aurez littéralement l’impression d’être transporté dans un livre de Kafu (le bambou nain etc.), Mémoire d’une geisha ou dans un manga comme le loup d’Hinata, Peace maker Kurogane ou encore le précité Kenshin.

Ces allées de petites maisons en bois sont vraiment splendides et j’aurais pu personnellement y rester des heures. Prenez le temps de déguster un thé vert (je vous l’accorde, c’est plus cher qu’ailleurs) dans le quartier des geishas de Kanazawa.

Il est tout à fait agréable de prendre le thé dans un intérieur avec un ambiance tout à fait particulière (le jazz semble avoir remplacé le koto de l’époque), à la fois zen, et réchauffante.

Le vieux Kyoto est lui aussi à voir pour son artisanat et ses paysages urbain d’époque. Bref, dans ces quartiers, vous pourrez tout à fait revivre les grands moments des oeuvres précités et vous imaginer ces personnages de fiction dans ces rues.

e) Hiroshima, traumatisme et renouveau

Nombreux sont les guides qui conseillent de ne pas s’arrêter à Hiroshima. Personnellement, pour les adeptes de mangas comme moi, Hiroshima est un passage obligatoire ! Pour quelles raisons ?

Tout simplement en raison du très fort impact que la bombe atomique d’Hiroshima a eu sur les auteurs de manga.

C’est ainsi que ce que l’on appelle parfois "le grand traumatisme" a conduit de nombreux auteurs à traiter d’Hiroshima, et également de ses impacts avec des univers post apocalyptique (que l’on ne s’y trompe pas, certains univers apocalyptique sont originaires de bien d’autres inspirations qu’Hiroshima, comme Mad max, ou de la littérature de science fiction mais le choix n’est tout de même pas anodin).

Sur la liste des plus grandes oeuvres sur cette thématique figure bien sur Gen d’Hiroshima, Le Pays des cerisiers de Fumiyo Kouno ou L’enferde Yoshihiro Tatsumi (recemment sorti chez Cornelius).

Pour rappel, Le pays des cerisiers traite des "hikabusha ", surnoms attribués aux survivants de la bombe atomique. Gen d’Hiroshima, de Keiji Nakazawa traite quant à lui de la vie d’une famille lors du bombardement d’Hiroshima.

D’autres titres de grandes ampleurs comme "Le tombeau des lucioles" de Takahata traite avec poésie, lyrisme et tragédie de cette période difficile. Au de la du bombardement en lui même, les conséquences d’Hiroshima, ont largement influencé des auteurs comme Otomo dans Akira.

De même, il est possible de dire qu’Hiroshima a vraiment été (de même que la guerre) un tournant dans le manga.

Ce point mériterait un développement particulier ainsi qu’une meilleure documentation de ma part le sujet.

Le fait de visiter le musée de la paix et de voir le dome A permettra une fois de mieux comprendre les choses. La encore, une image, surtout lorsqu’elle est vécu, ne vaut elle pas mieux que milles mots ?

Un petit point pour parler de l’Akatsuki. En effet, dans le musée de la paix, vous pourrez voir de nombreuses référence à l’Akatsuki, le plus puissant des destroyer de la marine nationale japonaise.

Son symbole était une soleil rouge, avec des rayons de soleil rouges sur un fond blanc. Vous connaissez sans doute une autre référence à l’Akatsuki, celle du groupe de ninja de l’ombre dans Naruto.

f) Thé et gastronomie japonaise

- Un peu de gastronomie

Tout au long du voyage, il vous faudra bien vous restaurer. Vous retrouverez alors les plats de nos chers héros, à savoir des ramens, des sobas, des brochettes en tout genre et des sushis devant quelques sushi master.

Dans bon nombre de manga, nous retrouvons des échoppes à ramen (je ne vais pas citer de titres tant il y en a dans presque chaque manga), et des cafés (de nombreuses scènes se situent également dans les cafés).

De même, comme j’ai pu l’indiquer, on retrouve un peu partout des boulangeries/pâtisseries, rappelant l’engouement de yakitate Japan, ou Hachiko (Nana) devant une tarte au fruit

- et le thé alors ?

Dans chaque endroit où vous vous arrêterez, on vous proposera bien sur du thé vert (et sans sucre). Comme vous le savez sans doute, le thé occupe une place particulièrement importante au Japon.

Ainsi, dans Hana yori dango, l’un des membres du F4 appartient à l’une des familles les plus importantes en matière de cérémonie du thé.

De même, un passage de Ranma 1/2 traite avec humour de cette cérémonie. Ici japon propose quelques explications sur cette cérémonie ancestrale. Pour résumer (bien que je ne sois absolument pas un spécialiste), il s’agit de tout un rituel autour de la dégustation du thé, chaque geste, position, choix de vaisselle, du thé etc.. ayant son importance.

Personnellement, j’avoue ne pas être un grand fan de thé, mais je me suis assez bien habitué à ce thé vert, et j’ai même finis par l’apprécier accompagné de quelques friandises (la friandise japonaise est assez différente de ce que l’on imagine en France, celle-ci n’étant pasv véritablement sucré et à base de riz ou de haricot rouge)

g) L’omniprésence des chats !

Vu le nombre de boutiques dédiées au Chat, je me sentais relativement obligé de dédier un paragraphe à ce petit animal adulé (en littérature, il n’y a qu’à voir l’importance des chats dans Kafka sur le rivage de Haruki Murakami).

Ces boutiques vendent véritablement tout type d’accessoires liés au chat : calendrier, statues, tirelire, montre, même la musique du magasin est uniquement en bruit de chat.

De plus, toutes les boutiques de souvenir vendent le fameux Maneki Neko, petite statuette d’un chat ayant une patte en l’air.

Dans le manga, on retrouve souvent les chats sous deux formes : soit en compagnon des personnages, soit en transformant les personnages en être mi humain, mi chats.

Pour les compagnons, en réfléchissant rapidement, on peut citer Prince of tennis, avec le chat de Ryoma, Karupin, mais aussi le chat de Orange Road. Hello kitty est aussi une belle alliance de Kawaii et de chat.

Pour le deuxième cas, il existe là encore de nombreux exemples, comme Escaflowne (Merle), ou Meena dans Brave story.

Dans le manga Nekoten , les chats jouent un rôle prépondérant (ces chats peuvent, à l’aide de leur maître se transformer et lutter contre des démons).

II- Notions fondamentales – application du miroir d’ameratsu à un second niveau : l’Honne

Pour cette partie Honne, je vais traiter de différentes notions qu’il peut être intéressant de connaitre pour adopter un deuxième niveau de lecture :

a) L’honne et le tatemae

Si le Tatemae correspond à la société japonaise en apparence, l’Honne correspond à ce qu’une personne pense réellement dans son for intérieur.

L’exercice consistant à savoir ce qu’une personne pense réellement est bien entendu extremement difficile. Une bonne partie des éléments qui vont suivre sont ainsi tirés d’ouvrage qui n’ont pas nécessairement un rapport direct avec le manga.

L’exercice constiste à faire un lien entre le manga et des ouvrages ayant une approche sociologique comme l’homo japonicus, les différents recueils des actes du colloque de la société française des études japonaise (il y a plusieurs recueil), des ouvrages comme « Etudes de droit japonais », certains de mes articles, les ecrits de spécialistes en manga dont la quasi-totalité sont membres du manga network ainsi que des spécialistes sur la culture otaku (vision un peu plus global de la pop culture), comme Etienne Barral (Génération Otaku, les enfants de la post modernité) ou Hiroki Azuma (ouvrage précité).

Les réflexions qui vont suivre susciteront peut être la critique (car une approche historique ou contemplative est plus aisée qu’une approche analytique mais j’aimerais au moins lancer quelques pistes de réflexion.

Précisons également que je me concentrerai essentiellement sur le shonen et le shojo, le seinen étant difficile à appréhender tant l’absence de « règles préétablies » subsiste.

Pour revenir sur le Tatemae et l’Honne, retrouve t on ce concept japonais dans le manga ? Il est difficile de faire des généralités simplistes pour répondre à cette question.

Toutefois, la réponse pourrait être que le Tatemae et l’Honne sont traités de façon différente selon que l’on étudie le shonen ou le shojo. Cet état découle « par nature » de ce que j’ai exposé.

Ainsi, le shojo traite du monde psychologique et de la relation avec autrui et entraine parfois une relation forte entre l’Honne et le Tatemae. Il en est ainsi par rapport à la bulle ou l’onomatope (par exemple un bruit de cœur qui bat) permettant de comprendre ce que pense l’héroïne (alors même que le dessin n’exprime pas forcément la même chose).

En revanche, les personnages masculins sont souvent beaucoup plus difficiles à cerner (ou plus simple ?), que ce soit d’ailleurs en matière de shojo ou en matière de shonen.

Ainsi, dans un titre comme « Marmelade Boy », le lecteur sait absolument tout des pensées de Miki, mais au fond assez peu ce que pense véritablement Yuu. Étant dans la peau de l’héroïne, il devine ce que pense Yuu, le déduit de ses gestes mais ne le sait pas véritablement. Les personnages masculins « principaux » de shojo sont souvent distants, d’apparence froide, et laissent rarement échapper ce qu’ils pensent.

Doit on y voir une reproduction de l’image du père pour les auteurs féminines : un vague personnage lointain, idolâtré mais impénétrable, souvent froid et distant dans le seul et unique but de protéger celle qu’il aime ?

En matière de shonen, la donne est complètement différente. Clairement, les héros, souvent naifs, fonceurs, sont à l’opposé de l’honne, dévoilant « apparemment tout leur ressenti ».

Apparemment, car lorsque l’on prend le personnage de Naruto, son aspect jovial cache en réalité une profonde solitude. Les pensées secretes des protagonistes masculins sont assez peu exploitées et nous sommes bien plus dans l’action.

Deux techniques sont souvent utilisés pour retranscrire l’univers du héros : les flash backs , et les réprésentations virtuelles de son for intérieur.

Ainsi, le lecteur est invité à plonger dans le passé des personnages (leur enfance, jeunesse, souvent lié à un évenement particulier qu’il s’agisse d’ailleurs de personnages féminins ou masculins) lorsqu’ils combattent (femme ou homme) ou à suivre le héros dans un monde parallèle représentant son « for intérieur » (souvent pour faire face à son coté maléfique).

Par exempe, Bleach propose un monde recouvert d’immeuble (et vide) où Ichigo se retrouve à lutter contre lui-même, dans Naruto lorsque Naruto se retrouve en discussion avec le démon qui l’habite.

Au delà de ces deux cas, les pensées des personages masculins sont traitées succinctement et ceux-ci sont avant tout dans l’action.

Après, suite à quelque interview avec des auteurs japonais, il est à peu près certain (mais cette remarque s’applique à tout ce que j’écris dans cette partie) que les auteurs n’ont pas forcément conscience de tout cela.

Ma récente interview de l’auteur de Soul eater (Atsushi Ohkubo) est assez évocatrice. Ainsi, l’auteur indique qu’il avait des difficultés scolaires importantes mais qu’ils faisaient toujours de son mieux.

Son personnage secondaire, Black star, est un jeune garçon fonceur, toujours au maximum, même si ses notes sont déplorables. Mais même s’il est extremement mauvais en classe (comme l’auteur), il cache néanmoins un fort potentiel, sans doute la propre vision de l’auteur vis-à-vis de ses capacités en matière de dessin.

L’auteur indique également se sentir proche de Patty, un personnage également un peu à coté de la plaque, rêveuse, n’ayant pas peur de grand-chose. Malheureusement, comme j’ai pu l’expliquer, les auteurs sont souvent beaucoup trop mystérieux pour que l’on puisse tenter de déceler le lien entre les héros et leurs créateurs…

Enfin, pour conclure sur cette notion d’honne, je voulais citer ce que Muriel Jolivet appelle dans son ouvrage (l’homo japonicus), le kurai ko (les enfants sombre) et les enfants « akarui » (enfants clairs).

Elle indique ainsi que la société japonaise attend des enfants qu’ils soient équilibrés, sportifs, appréciés, serviables, dynamiques et surtout qu’ils paraîssent toujours heureux, avec un sourire béât, malgré toutes les souffrances qu’ils peuvent endurer.

Ces enfants « Akarui » s’opposent aux enfants sombres (kuro ko), souvent tourné en dérision, et la risée des autres enfants (mais aussi des parents et des professeurs, cela rejoint indirectement la notion d’ijime que je traiterai plus loin).

Retrouve t on cet aspect dans le manga ? Bien sur. Si d’autres notions sont difficiles à « déchiffrer », celle-ci est omniprésente dans le manga. Ainsi Naruto fait pendant toute son enfance « semblant » d’être heureux, tout comme l’héroïne du manga « Life » (mais je pourrais citer énormément d’autres titres).

L’œuvre la plus emblématique à cet égard est sans doute kenshin avec le personnage de Sojiro.

Ce jeune garçon, surdoué au sabre a tellement souffert qu’il ne parvient plus à exprimer ses sentiments autrement qu’en affichant un sourire sur son visage. Ainsi, quelle que soit la situation, le jeune Sojiro affichera toujours un sourire radieux, même au tréfond de sa détresse.

Pourquoi ? car le fait de sourire lui a toujours permis de calmer ses « parents »(ceux-ci le frappant mais finissant par abandonner devant son sourire).

Pour citer un titre shojo, Kare Kano (elle et lui), me paraît intéressant. Le personnage de Yukino joue un véritable « rôle » lorsqu’elle est à l’école, se montrant comme une jeune fille « parfaite » (au sens japonais du terme) alors qu’elle se revèle plutôt obsédée, gatée, et bornée. L’opposé de ce qu’elle « montre », mais largement appréciée par toute l’école.

Pour aller un peu plus loin, je reprendrais le premier paragraphe de l’ouvrage Rire au Japon de Dominique Rivolier :

« Rire n’est pas toujours drôle. Surtout si c’est triste. Quand, au XVIe siècle, les premiers étrangers mirent le pied sur l’île du Soleil Levant, grande fur leur surprise en découvrant le sourire aimable des Japonais quelles que soient les circonstances.

Comment comprende qu’il ne s’agissait pas de moquerie, mais de politesse. C’est certainement, encore aujourd’hui, le comportement le plus déroutant pour un Occidental peu familier des mœurs nippones. Rire de chagrin.

Rire de colère. Rire Jaune. […]

l’auteur reprend ensuite les paroles d’un missionnaire Jésuite, Luis Frois en 1585 qui écrivit : Chez nous, il est d’usage de s’embrasser lors des adieux ou quand quelqu’un arrive de loin ; les Japonais ne connaissent pas cette coutume et rient quand ils nous voient faire ainsi.

Chez nous un rire feint est tenu pour hypocrite ; au Japon, c’est une marque d’élégance et de bonne disposition.

En europe, nous aimons la clarté des propos et fuyons les équivoques ; au Japon, ces dernières appartiennent à la meilleurs langue et son très estimées.

Chez nous , les politesses se font d’un air serein et grave ; les Japonais les font infailliblement avec toutes sortes de petits sourires simulés. »

L’ouvrage, excellent par ailleurs, indique également un aspect tout à fait intéressant et évocateur des exemples précités, à savoir l’importance du masque dans toute l’histoire des arts japonais (No, Bugaku etc…).

Dans la partie historique, j’ai pu évoquer les liens entre les arts populaires en matière de théâtre et l’estampe, le manga applique également sur certains personnages cette idée de masque pour certains personnages, Goro Fujita sous son « faux visage » cachant le terrible Saito hajime, Kyo cachant Kyoshiro etc…

Nous le verrons, la notion de mal et de bien est assez différente au Japon qu’en Europe, mais l’aspect bicéphale de certains personnages peut aussi être abordé sous cet angle.

Pour finir sur ce point, je citerais un extrait d’un texte de André Bellessort écrit en 1898 (Voyage au japon) : « Le bouddhisme ignore l’effusion, cette ivresse impétueuse et charmante du cœur qui s’ouvre un passage et se précipite en d’autres cœurs.

Son évangile prêche le silence. Au Japon, la douleur ne crie pas, l’amour ne s’épanche pas, le deuil sourit, l’abnégation se tait.

L’isolement apparent des âmes qui m’a tant frappé sur la terre japonaise, je l’ai compris du moment où ces âmes ne formaient qu’une seule âme.

Autant les Japonais aiment les longs bavardages et les compliments interminables, autant ils demeurent réservés sur tout ce qui touche au tréfonds de l’être.

Ils excellent à parler pour ne rien dire, mais sitôt qu’ils auraient à dire, ils refoulent les inutiles aveux et s’en remettent au mystère qui les identifie du soin de se faire entendre ».

Un extrait d’une grande réalité pour quiconque a déjà interviewé un mangaka japonais (il existe toujours des exceptions, mais dans l’ensemble, cela demeure assez vrai)…

J’évoquerais rapidement les kuroko, car il est certain que nous les retrouvons beaucoup moins en manga que les akaruko (si je peux citer un nombre extremement important d’exemple de personnages akaruko, il m’est beaucoup plus difficile de citer des kuroko).

Certains personnages sont parfois au début kuroko mais deviennent plus clairs.

Le seul exemple qui me vient à l’esprit pour le moment est le personnage chrona dans Soul eater, extremement renfermé et ne parvenant pour le coup à sourire.

Un passage évoque d’ailleurs une présentation de son « intérieur », où celle-ci se voit sur une île déserte, enfermée dans un cercle. Cette représentation illustre assez bien la vision d’exclusion du kuroko par rapport à la société.

b) La logique du Tournoi, faire face à toujours plus fort et le shonen

En matière de shonen, le passage du tournoi revient de manière quasi permanente : Naruto, Yu yu hakusho, Flame of Recca, Dragon Ball, Reborn, la quasi-totalité des shonens de sports, Yakitate Japan ; dans une moindre mesure Hunter x Hunter etc…

Au Japon, le lien entre public et œuvre étant direct, il n’est pas surprenant que le manga soit le miroir de ses lecteurs .

Cette analyse est rendue d’autant possible que la société japonaise est en proie à une certaine impersonnalité , globalité de la vision.

Cette absence d’individualité permet à mon sens d’analyser plus facilement le phénomène mais fermons la parenthèse.

Le Japon étant un pays extremement hiérarchisé, les enfants sont poussés à multiplier les heures de travail, cours de rattrapage, prépa afin d’obtenir le sésame universitaire, pour ensuite avoir accès aux meilleurs entreprises (celles-ci sélectionnant en fonction de l’université, même si cela tend apparemment à changer si j’ai bien compris ce que m’a indiqué un ami japonais, avec la suppression du nom de l’université sur le CV) .

Ainsi, à partir de l’enfance, les enfants sont poussés à la course aux bons résultats. Cette logique de tournoi revient à pousser les héros, et donc les lecteurs à se surpasser, à ne jamais s’avouer vaincu face aux épreuves.

Cela rejoint mes deux thèmes suivants qui ne recoupent en réalité qu’un seul sujet :

- le manga, l’opium de la jeunesse japonaise et des japonais « adultes adolescents »

- Dichotomie Shonen et shojo, deux manuels de comportement tant pour les adultes que les enfants dans un monde désenchanté.

En effet, quelque part, le shonen revient souvent à dire aux lecteurs, serre les dents, au bout de la souffrance et du courage, tu trouveras la reconnaissance.

Les lecteurs, réprimandés par leur supérieur cinq minutes avant d’avoir ouvert leur shonen jump, ou lorsqu’il s’agit d’enfants, fatigués par un rythme de cours effréné, doivent ressentir une certaine satisfaction à se dire, que leur héros, souvent (voir quasiment toujours) assez faible au départ, parvient à terrasser le plus puissant des monstres de la terre à force d’effort, d’entrainement, de persévérance sans jamais rien lâcher. Le tournoi permet ainsi de magnifier cette lutte, ces efforts récurrents.

A ce propos, un texte de « Le japon, paradis des enfants. La fête des poupées, ou hina matsuri et la fête des petits garçons » (1891) de Amédée Baillot de Guerville m’est apparu comme assez amusant tant il est loin de ce que je viens d’évoquer quant à la vie des enfants :

« Gras, ronds potelés, avec de grands yeux noirs étonnées et souriants, la tête rasée avec ici et là une petite mèche ornementatrice, ils sont charmants, délicieux, les petits bébés japonais. On dirait de ravissantes poupées, des poupées habillées pour un bal costumé. Ce sont les enfants les plus heureux du monde.

Nés dans un pays où la colère est pour ainsi dire inconnue, où la douceur, la politesse, les bonne manières sont , avec le courage, les qualités les plus admirées, ils ne sont jamais grondés, jamais bourrés, jamais battus et jamais, jamais leurs parents ne s’abaisseraient jusqu’à les injurier.

Eux-mêmes ont le caractère facile ; ils ne sont ni pleureurs, ni méchants, ni rageurs ; mordre, égratigner ou lancer de furieux coups de pieds ne leur viendrait jamais à l’idée - ils sont la patience, la tranquilité, la sagesse personnifiées »

De ce thème de tournoi, découle un autre principe (lui aussi lié à l’ijime) : les faibles on toujours tort.

Comme je l’expliquais dans ma chronique sur le manga Full set.

J’indiquais à l’époque « Dans Full set !, Iriya [le héros] n’a d’ailleurs pas l’air d’en vouloir à sa classe et à ses anciens professeurs.

Iriya s’écriera d’ailleurs en fin de flash back de son année de calvaire "tout est de ma faute, je suis responsable de ce qui m’arrive" et celui-ci tentera de se surpasser pour que les autres puissent l’accepter.

Il n’y a pas de remise en question. C’est à Iriya de se dépasser pour que les autres l’acceptent et non l’inverse. » .

Il y a donc d’un coté, un certaine dévalorisation du perdant (plus que le perdant, dévalorisation de celui qui ne fait pas d’effort pour tenter de lutter contre sa condition) et une gratification de l’héroisme (dans une définition proche d’un « homme d’un courage supérieur »).

Concernant la dévalorisation des « faibles », si le manga Full set ! Précité est assez évocateur, le passage sur les « exclus du système » de l’homo japonicus de Jolivet est également évocateur « Au Japon, il n ya pas de tradition d’aide sociale.

C’est la compagnie ou l’empereur, au sens très large, qui était chargé d’assumer ce rôle mais depuis l’incident de l’Escalator, les SDF ont compris qu’ils ne pouvaient compter sur personne, d’autant moins que le grand public a soutenu leur délocalisation, en les qualifiant de Kuzumono (rebuts de la société) et de jamakusai (géneurs).

Les japonais n ‘ont guère de pitié des SDF qu’ils ont tendance à considérer comme des fainéants, même si ces gens ne demandent qu’à travailler ».

Dans une moindre mesure, les mangakas n’hésitent pas à sanctionner ceux qui ne s’entrainent pas (comme la défait de l’équipe de Hyotei contre Fudomine dans Prince of tennis, la plupart des adversaires de Noritaka etc…), à faire systématiquement gagner ceux qui travaillent dur contre ceux qui se reposent sur leurs acquis (le talent permet toujours à un personnage de remporter la première manche avant de perdre comme dans la quasi-totalité des shonens).

Seul quelques exceptions comme Gantz, prend cette tendance à contre pieds, supprimant sans merci les protagonistes tentant tant bien que mal de lutter…

Cela me permet de faire la transition, sur la tendance à magnifier les héros. Si les américains ont interdit tout ce qui avait attrait aux arts martiaux après la guerre, ce n’est sans doute pas pour rien.

Pour illustrer mon propos, je reprendrais un extrait d’un texte initulé « l’armée nationale, la preuve par la victoire.

Vigueur de l’esprit militaire. Le culte des héros » (1881) de P. de Lapeyrière (certes, aujourd’hui, les choses ont bien changé depuis la seconde guerre mondial, mais cela donne un bon aperçu de cette tradition ; j’aime à lire de vieux textes qui demeurent intéressants) :

« L’histoire du Japon n’est qu’une longue suite de guerres, ou étrangères ou civiles. De là, une sorte d’entraînement continu qui fait du peuple japonais une nation entreprenante, batailleuse par excellence. Combattre est pour les Japonais plus qu’une habitude : c’est un besoin.

De tout temps, ils ont été rompus à tous les exercices du corps et ont mis leur fierté à prouver leur souplesse, leur adresse, leur vigueur corporelle et leur courage.

L’iconographie japonaise, les peintures, les dessins, témoignent de ces goûts, de cette prédilection pour tout ce qui a trait à la lutte et aux combats.

Tout le monde a vu de ces étonnants dessins, terribles et farouches, représentant des soldats japonais, armés jusqu’aux dents, ceints de plusieurs sabres, et portant, enfilées dans des piques une brochette de têtes d’ennemis vaincus.

Le théatre lui-même est, au Japon, presque exclusivement consacré à des representations militaires […] Les japonais y vont chercher, non point comme nous autres Européens dans nos théâtres, un délassement de l’esprit, ou des senssations émouvantes ou agréables ; ils y vont applaudir les grands actions de leurs héros, les légendes guerrières de leur histoire dramatisée.

Le théâtre contribue par conséquent à entretenir constamment en eux l’orgueil national, l’esprit guerrier, le désir de faire à leur tour ce qu’ont fait leur pères.

Sans doute ce théâtre purement patriotique n’empêche pas le Japon de posséder également un répertoire comique et des troupes de gueshas (danseuses).

Mais le vrai peuple japonais préfère de beaucoup les représentations dans lesquelles le cliquetis violent des armes entrechoquées se mêle aux rugissements des combattants.

C’est l’unique spectacle qui caresse ses instincs, qui flatte ses goûts. Le tempérament japonais, je le répète, est par excellence militaire, guerrier, héroïque. »

Pour information, je suis conscient que certains extraits que je cite sont parfois caricaturaux et inexacts du faire de leur date, mais le parallèle me parait intéressant à faire.

En l’occurrence, celui-ci est une belle description de ce que l’on peut voir dans la plupart des combats de héros de shonen (je ne vais pas tous les citer, toute personne ayant lu Dragon ball, Naruto, Saint seiya etc. sera à mon sens, assez réceptif au passage indiqué).

Il est d’ailleurs difficile de contester cette mise en valeur de héroisme et du courage des héros.

Un mémoire réalisé par Romain Chappuis (« l’identité nationale japonaise à travers l’adaptation de récits européens dans la culture japonaise », IEP, 2004-2005) évoque également les valeurs du shonen (effort, héroisme etc.) de manière intéressante :

«  l’égalité des chances aboutit à une survalorisation de l’effort consenti par rapport aux résultats obtenus : le degré d’engagement et d’implication d’un individu détermine sa valeur beaucoup plus que l’efficacité de son action.

La « noblesse de l’échec » est caractéristique d’une société dans laquelle le renoncement ou la résignation sont bannis, et où la détresse du perdant qui ne voit pas ses efforts récompensés n’est jamais considérée avec mépris.

Dans Les chevaliers du zodiaque, l’idéologie égalitaire est reproduite dans le scénario par l’intermédiaire du cosmos.

L’univers imaginé par Masami Kuromada est caractérisé par une forte hiérarchie, symbolisée par le matériau des armures de plus ou moins grande valeur, principalement d’or, d’argent ou de bronze.

Les chevaliers les plus puissants sont naturellement ceux dont les responsabilités sont les plus importantes.

Toutefois, la plupart des chevaliers d’or, restés au service du grand pope qui multiplie les injustices, sont dans l’erreur et exercent mal leur autorité. Au contraire, les chevaliers de bronze situés au bas de l’échelle, de simples adolescents, ont compris le trouble qui règne au sanctuaire et s’acharnent à protéger la déesse Athéna.

Les détenteurs de l’autorité légitime (des adultes) sont ainsi présentés dans l’erreur et des êtres plus jeunes et plus purs montrent la voie pour restaurer un ordre juste dans la communauté, ce qui rejoint le discrédit qui frappe les autorités politiques et militaires après la défaite.

L’élément qui va leur permettre de vaincre des chevaliers pourtant bien plus puissants et mieux placés dans la hiérarchie est le cosmos, l’élément que tous les chevaliers possèdent en commun. En l’élevant à son paroxysme au prix d’efforts colossaux, ils atteignent le niveau de leur adversaire.

Si ce dernier n’est pas terrassé, il est convaincu par l’abnégation que les chevaliers de bronze manifestent dans le but d’élever leur cosmos, et se range à leurs côtés.

Le parcours des chevaliers de bronze dans la série constitue ainsi une métaphore du passage au Japon de la société élitiste d’avant-guerre à une société imprégnée d’égalitarisme dans laquelle chacun peut réussir par ses efforts.

L’apologie de l’effort s’inscrit donc dans une logique de soumission affective de l’individu au groupe dans le cadre d’une relation asymétrique, qui voit le nouvel arrivant, le prétendant à l’entrée dans la société, manifester sa dévotion par une débauche d’efforts dans le but d’obtenir la sollicitude et la bienveillance de celui qui est en position de force.

L’échange ainsi établi marque la réussite du rite de passage à l’âge adulte et l’intégration de l’individu dans un réseau affectif, comme on peut le voir à travers l’exemple du don de nourriture

Les garçons sont en général impétueux, enthousiastes et pêchent parfois par l’absence de méfiance. Ils doivent apprendre la sagesse. Les filles sont plutôt peureuses mais aussi plus ouvertes et attentives aux autres. »

c) Quelques notions d’estethique : l’Iki et le Wabi Sabi

Profitons du présent article pour aborder quelques notions d’esthétique ;

« L’iki (いき, également écrit 粋) est une notion esthétique japonaise assez complexe définissant une « sophistication naturelle ».

Elle est née durant l’époque d’Edo parmi la classe chōnin (comportant les marchands).

Alors que d’autres notions esthétiques comme le wabi-sabi ont perdu presque toute influence dans le Japon moderne, le terme iki reste couramment employé dans les conversations ou les médias.

Dans cette acception contemporaine, iki est à rapprocher des notions occidentales de « cool » ou « classe », dont il se distingue toutefois » (wikipedia).

A son opposé, le wabi-sabi relie deux principes :

« - wabi : solitude, simplicité, mélancolie, nature, tristesse, dissymétrie...

- sabi : l’altération par le temps, la décrépitude des choses vieillissantes. Considéré comme un principe positif, le sabi est plutôt étranger à la pensée occidentale. Le goût pour les choses vieillies, pour la salissure...etc. »

Le Wabi-sabi a été développé par Tanizaki dans l’éloge de l’ombre (où il tend à démontrer la spécificité du peuple japonais : tendant à mettre plus en valeur l’ombre ; l’imparfait, le vieux que la lumière, le neuf, le parfait) alors que Murakami (Haruki) est souvent cité comme étant un exemple d’Iki.

En fait, il me paraît opportun de mentionner ces oppositions esthétiques car elles rejoignent un peu l’opposition esthétique entre shonen et shojo.

En effet, le shonen tend vers des dessins toujours plus rough, toujours plus simplifié, Soul eater étant sans doute la meilleure illustration récente de ce wabi sabi, le goût pour l’imperfection de l’être humain de l’auteur étant l’un des fondements de son œuvre (voir l’interview de l’auteur de Soul eater).

Au contraire, le shojo, notamment dans Clamp (surtout XXX holic) représente plutôt l’IKI.

Ai Yazawa (Nana , Paradise kiss) est pour moi la meilleure représentation de l’IKI (je me base pour ce qui va suivre sur l’ouvrage « la structure de l’Iki » de Kuki Shuzo ) :

des silouhettes minces et fines, un visage allongé, « cheveux en désordre » et « mèches folles après la nuit », des cheveux noirs.

Un esprit samurai « un cure dent dans la bouche mais le ventre creux » comme les débuts de BLAST une attirance fusionnelle entre deux sexes opposés, une résignation (renconcer à toute attache comme Nana).

De même, la passion dévastatrice entre Ren et Nana illustre également tout à fait cette symbolique (Kuki cite Baudelaire pour illustrer l’IKi avec des vers comme « le gout du néant », « l’amour n’a plus de gout »).

Shin, dandy désinvolte est également intéressant de ce point de vue.

En somme, Nana est sans doute le titre qui répond le mieux à la définition de Kuki « l’iki serait une forme de séduction (attirance : bitai), pleine d’urbanité (résignation : akirame) et de bravade (vaillance : ikiji).

En fait, l’Iki est souvent associé à la vie des Geisha d’Edo, et il est vrai que même si l’histoire de Nana est à des années lumières de la période d’Edo, les relations amoureuses de Nana ne sont pas rappeler les amours passionnels, passant de l’illusion à la désillusion, la résignation et la vaillance des Geishas d’antan….

d) Amae/Giri où la profondeur de l’amitié et la victoire du groupe

Pour illustrer ce thème, je n’ai rien trouvé de mieux qu’un texte de 1905 « faiblesse de l’imagination et du moi individuel : le Japonais est un exécutant » de Ludovic Naudeau :

« L esprit japonais du début du XXe siècle, c’est la négation même de l’arrivisme egoïstique ; c’est le triomphe des efforts solidaires et des volontés associées, qualités que la complication des organisations contemporaines semble devoir, désormais, rendre plus utiles que le génie d’un seul homme » .

Ce phénomène porte le nom d’amae, concept inventé par Takeo Doi, dans son ouvrage, The anatomy of dependence en 1973. Sa définition précise est la suivante : « se prévaloir de l’amour ou de l’amitié de quelqu’un ».

Ce concept se double avec un autre concept, celui du Giri (évoqué par Mori) qui conduit à toujours faire ce que l’on attend de nous, toujours la peur perpétuelle de rendre les autres mécontents (pour tous ces points, lire, wikipedia et pour plus de précision, « une esquisse psychanalytique de l’homme juridique au Japon » par Ichiro Kitamura dans l’ouvrage Etude de droit japonais tome I).

Comme le schéma circulaire que j’ai pu proposer, tous ces concepts s’imbriquent les uns aux autres, et sont interdépendants.

Tout cela conduit à la mise en place de schémas en matière de shonen ou shojo, relativement convenus, chaque personnage jouant un rôle bien défini, consistant pour le héros ou l’héroine à jouer le rôle qu’on attend qu’il joue (surtout en matière de shojo), se dépassant grâce aux autres et à une croyance en la force des efforts communs ( l’individu se dépassant, mais grâce aux autres).

Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des personnages se sacrifier pour les autres, plus précisément, pour une cause supérieure, s’apparentant souvent à la génération suivante ou future (Saint seiya, Hokuto no ken, Naruto, Kenshin etc…).

Cette protection des générations s’affilie au concept d’ie (notion liant la famille à un concept global et intemporel).

Cette cellule familiale inclut ainsi les générations passées, les générations présentes et les générations futures.

Cette cellule est plus importante que l’individu en tant que tel (voir l’article sur wikipedia concernant l "ie"), et cela justifie que les héros de manga combattent souvent pour protéger les générations futures, les générations futures combattant tant pour les suivantes que pour celles qui les ont précédé.

Seul quelques mangas, comme Death note dérogent à cet ensemble de règles, ce qui les rend d’autant plus appréciable. Cela ne rend les autres pas moins intéressant pour autant.

J’apprécie beaucoup d’observer les changements de code, même si le héros est nécessairement amené à toujours monter en puissance, rencontrant des adversaires/obstacles toujours plus importants, et en trouvant toujours le moyen de se dépasser toujours plus pour ses amis.

Cette combinaison d’éléments causera peut être la perte du shonen… Si tout à chacun évoque les nouvelles technologies comme j’ai pu l’évoquer, viendra peut être un jour le moment où l’on se posera la question : ces valeurs répondent elles vraiment aux attentes de la nouvelle jeunesse japonaise et le manga parviendra t il à s’adapter à ces nouvelles attentes (mais avec l’évolution du manga vis-à-vis des nouvelles technologies, cela constituera sans doute l’évolution la plus intéressante à étudier dans le futur).

e) L’Ijime : quand un clou dépasse, il faut l’enfoncer !

Pour résumer, l’ijime consiste à prendre pour tête de turc un élève dans une classe.

L’élève est ainsi progressivement exclu du groupe, sujet à des insultes, brimades, violences de la part des autres. Mécaniquement, les autres élèves ayant peur d’être rejeté par les autres se lient au reste de la classe.

Ce sujet est largement traité dans le manga et l’on cite souvent l’auteur de Vitamin ou Life, Suenobu Keiko (qui indiquera avoir été elle même victime du phénomène), dont les oeuvres peuvent choquer tant la cruauté des élèves peut y être dépeinte avec froideur (voir mon article sur Life).

D’autres mangas comme GTO ou Hanayori Dango (et bien d’autres) mentionnent ce problème de société.

Précisons que ce phénomène ne se limite pas au monde de l’adolescence et de l’enfance, mais touche également le monde des adultes, comme la montré "stupeur et tremblement" de Amélie Nothomb. En fait, le phénomène Ijime peut exister au Japon dés lors qu’il existe un groupe (voir également sur le sujet, "Mort du père et place de la femme au Japon" de Nilsy Desaint)

Etienne BARRAL, dans son ouvrage, otaku les enfants du virtuel (voir mon article sur Otaku, les enfants du virtuel et en complément, mon article Génération Otaku), reprend une enquête publiée par Recruit et réalisée auprès de 990 lycéens de terminale en mars 1995, selon laquelle 53 % des interrogés ont été victimes de l’ijime durant leur scolarité, 32 % avouent avoir eux-mêmes persécuté l’un des leurs et 77 % déclarent avoir personnellement assisté à une séance de ijime.

Il ne s’agit donc pas d’un phénomène à la marge. L’ouvrage de Barral indique d’ailleurs qu’il arrive que les professeurs s’associent au phénomène, et c’est d’ailleurs ce qu’indique Abi Umeda (dans Full set ! précité) lorsque le professeur crie "qu’est ce qu’il y a encore Iriya", ou lorsque les élèves volent les affaires de Ichiya et que le professeur lui dit " Tu as encore perdu tes affaires ? cela va durer longtemps" ou encore lorsque la mère d’Ichiya indique que les professeurs n’ont pas cru bon de le changer de classe, même après l’année terrible passée.

Comme l’explique l’article "Ijime à l’école" du site animeland cette forme de violence, assimilable à du bizutage consisterait à persécuter celui qui n’est pas comme les autres pour le bien de l’homogénéité de la classe.

Il est assez intéressant de comparer le comportement d’Iriya à la réponse d’Amélie Nothomb (Stupeur et tremblement) à la question d’un journaliste à propos de son livre « Il ne s’agit en aucun cas d’un pamphlet car cela supposerait que j’ai des comptes à régler avec le Japon. Je n’ai aucun désir de vengeance, ni aucune rancune vis à vis du Japon. Les japonais m’ont traité comme n’importe quelle japonaise alors pourquoi devrais-je leur en vouloir plus que n’importe quelle japonaise ? C’est même d’une certaine façon, un honneur que d’être traité comme une japonaise ! ».

f) Des Kogaru à l’Enjo Kasai : une approche particulière du corps ou le matérialisme à son paroxysme ?

Pour parler du phénomène Kogaru, ces jeunes filles décolorées à la peau bronzée, voir noircie, le texte " les sirènes de Tokyo" de Muriel Jolivet, docteur en études orientales, professeur à l’Université Sophia, à Tokyo, auteur de Homo Japonicus (Philippe Picquier, Arles, 2000) me paraît sans doute le plus pertinent que j’ai pu lire sur le sujet (disponible sur le site de l’UNESCO) :

"Tout a commencé en 1996 avec Amuro Namie, une superbe sirène de 17 ans, pur produit de l’Okinawa’s Actor’s School. Excellente danseuse, elle s’est produite sur scène en bustier, puis en costume pantalon avec de longues vestes.

Avec sa peau dorée, ses mèches nacrées et ses sourcils soigneusement épilés, son look a immédiatement fait fureur, lançant la mode « tropicale ».

C’est elle aussi qui a introduit la vogue des « bottes plates-formes », qu’elle portait même en plein été pour compenser sa taille modeste.

Ses clones se sont répandus en quantité impressionnante dans les quartiers branchés de Tokyo, comme Shibuya. Les hiyake salons, où l’on se fait bronzer aux UV, se sont multipliés un peu partout et les jeunes filles qui forçaient un peu la dose — ou s’endormaient sous les UV —, ont donné naissance aux ganguro, les « visages noirs », dont elles prenaient un malin plaisir à accentuer les contrastes en soulignant leurs yeux et leurs lèvres de blanc.

« J’ai eu ma période kogyaru (littéralement « petite jeune fille »1), m’explique Sanae, une étudiante de 21 ans, et ce sont mes profs qui m’y ont presque poussée.

Quand ils m’ont fait sentir qu’ils ne pouvaient plus me supporter, j’ai compris alors que ce n’était plus la peine de m’épuiser à essayer de leur faire plaisir. Pour virer ma crise d’adolescence, je me suis réfugiée auprès d’un groupe de filles, de 15 à 18 ans, aussi paumées que moi, dont certaines étaient des “occasionnelles” qui se prostituaient pour s’acheter des fringues ou des sacs de marque, sans le moindre remords. Elles se raccrochaient à l’illusion qu’elles étaient enviées..."

Cette lente disgression opérée, nous en arrivons à parler de "l’enjo-Kasai" : la prostitution des lycéennes pour pouvoir s’acheter des vêtements de marques et pouvoir être toujours le plus à la mode possible.

Si le phénomène est difficilement quantifiable, un certain nombre d’études oscillent pour démontrer l’importante plus ou moins grande du phénomène. Pour retrouver des chiffres, voir ce fil de discussion sur "le japon .org").

Je retiendrais tout de même deux articles (l’un étant plutôt alarmant et l’autre relativisant beaucoup le phénomène, ces deux traductions d’article figurent au lien précité) :

- La première : article de mai 1999 de Mainichi Shinbun "Une équipe de chercheurs dirigés par Yasuko Muramatsu, professeur en sociologie a l’Université de Tokyo Gakugei, a questionné 121 écolières a Shinjuku (centre de Tokyo) et Machia (banlieue) en octobre dernier.

Environ 85 pourcent des filles interrogées étaient des lycéennes.

Interrogées sur les sollicitations des hommes plus agés dans la rue, 75% d’entre elles soit 90, ont répondu "oui".

En sollicitant des relations sexuelles a ces 90 filles, près de 60% des hommes offraient de l’argent ou promettait d’acheter quelque chose.

L’étude a aussi révélé que, chose prévisible, les hommes en question ont un net intérêt pour l’uniforme scolaire. Les écolières ayant été abordées par des hommes plus vieux ou ojisan l’étaient deux fois plus souvent lorsqu’elles portaient l’uniforme.

Ojisan désigne généralement les hommes "d’âge mur", mais de nombreuses adolescentes qualifiaient d’Ojisan des hommes approchant la trentaine ou plus agés.

Questionnées sur leur première expérience de sollicitation par des hommes plus âgés, près de 70% des 90 filles ont affirmé que l’homme était repoussant. Environ 30% ont également dit avoir eu peur lors de cette approche.

Environ 10% ne se sentaient pas particulièrement mal a l’aise.

Cependant, après la première approche, le nombre de filles ne se sentant ni offensées ni menacées est double.

Muratsu explique que cela montre que les écolières obtiennent facilement de l’argent ou des biens en échange de relations sexuelles.

Le professeur souligne que les filles accoutumées a ce genre d’approche tendent a accepter d’être monnayées.

Le groupe de chercheurs explique qu’il s’agit là de la première étude sur les hommes recherchant l’enjo-kosai, une façon un peu vague pour parler de la prostitution adolescente. "

- La seconde : " traduction de l’article de Asahi News du 24 avril 1998 :

En dépit de l’attention extravagante des médias sur ce que beaucoup ont perçu comme un phénomène très largement répandu, seulement 5% des lycéennes ont admis avoir pris part dans ce que l’on appelle l’enjo-kosai (accepter de l’argent de la part d’hommes plus âgés) pour des rendez-vous qui pouvaient quelques fois amener à des relations sexuelles.

90% ont dit avoir mal vécu l’idée d’avoir une relation sexuelle contre de l’argent et 60% la simple idée d’avoir un rendez-vous.

Au cours de ces dernières années, l’enjo-kosai a été le centre d’attention des médias, amenant des critiques sur l’éthique de l’éducation des jeunes filles vendant leur corps pour pouvoir acheter des articles de luxes.

L’étude en question a été conduite par le professeur Mamoru Fukutomi, professeur de psychologie à l’université Tokyo Gakugei, et été publiée en avril 1998.

Elle portait sur un panel de 960 lycéennes prises au hazard, dont 60% ont répondu aux questions, soit 600 personnes. Parmi les filles qui ont eu l’expérience de l’enjo-kosai, 2,3 % ont admis avoir eu une relation sexuelle, 2,3 autres % une relation telle que flirt ou sex oral, et 4,8% de simples discussions en buvant un verre.

Le professeur en conclu que la part de filles impliquées dans ce genre de relations est bien moins important que ce qu’en disent les médias."

Kogaru et Enjo Kosai sont des concepts intimement liés. Et cela ne sera pas sans causer quelques difficultés à l’héroïne du manga Peach Girl.

Ce thème a été récemment traité par Murakami dans son ouvrage « Love & pop ». Les mangas traitent assez rarement de l’enjo kasai en tant que tel même si l’on peut le retrouver dans certains titres comme Initial D (la petite amie de Takumi se livrant à ces pratiques).

En revanche, et Azuma l’exprime assez bien dans son œuvre, le fan service, et la création des personnages, surtout féminins répond assez bien à cette objetisation du corps (de la femme mais aussi de l’homme) et de ses attraits corporels (taille fine, poitrine proéminente pour les femmes, caractère androgyne pour les hommes etc…).

Cela revient sur certains titres à proposer à un lecteur, pour une une modique somme d’argent, son lot de fan service, mettant sur papier quelques fantasmes inassouvie.

g) Hikikomori, l’ultime tendance de l’otakuisme

Le phénomène de l’Hikikomori touche 1% de la population japonaise. Ce terme désigne une « pathologie psychosociale et familiale touchant principalement des adolescents ou de jeunes adultes qui vivent cloîtrés chez leurs parents, le plus souvent dans leur chambre pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, en refusant toute communication, même avec leur famille, et ne sortant que pour satisfaire aux impératifs des besoins corporels ».

J’ai pris soin de mentionner ce phénomène après avoir parlé de phénomène comme l’Ijime ou la très forte pression imposée par le Giri, et l’Amae (voir notion ci-dessus), la pression sociale, scolaire et tout ce qui a été évoqué.

Tout ceci pousse certains à s’isoler de la société et à s’enfermer. Ce phénomène peut être trouvé dans Rozen Maiden ou NHK ni yōkoso ! (Bienvenue à la NHK !).

En effet, un certain parallèle est parfois fait entre Otaku et Hikikomori, les Hikikomori n’ayant souvent comme référence que leur ordinateur ou leur télévision.

A cet égard ; certains pourront être supris que je ne traite absolument pas de l’otakuisme.

La raison est assez simple : elle mériterait de plus amples développement (je m’y attelerai peut être un jour), puis, entre les ouvrages de Etienne Barral et Hiroki Azuma, il y a de quoi lire sur le sujet…

h) Freeter : une partie de la jeunesse décalée

Si je ne compte pas m’étendre sur le sujet, les mangas traitent également de toute une partie de la jeunesse, quelque peu laissée sur le bord de la route lorsqu’elle ne parvient à se fondre dans le moule. Ainsi, ces jeunes n’ont pas d’emplois « fixes », et exercent de petits boulots sous qualifiés.

Leur nombre ne cesse d’augmenter d’années en années (500 000 personnes en 1982 pour à peu près 2 millions dans les années 2000). Si certains n’ont cette condition que par obligation, certains font le choix de vivre ainsi, comme l’exemple d’un otaku (dans l’ouvrage d’Etienne Barral) ne vivant que pour suivre son idole.

D’autres refusent également délibérément de rentrer dans le système et préfèrent vivre en marge de la société.

En terme de manga, il est possible de retrouver des freeters dans Ushijima, Golden Boy ou Sing yesterday for me. C’est ainsi que dans Golden Boy, notre héros parcourt le Japon à vélo, exécutant petits boulots après petits boulots, toujours au service de bimbos.

Derrières des scènes comiques, parfois gores (scato etc…), le choix de suivre un freeter, et les thématiques abordées (politique, monde de l’entreprise etc.) apportent une certraine vision de la société japonaise.

Car derrière les freeter, il y a avant tout cette liberté de choix au niveau individuel, souvent repoussée et abandonnée par la société… (voir freeter sur wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Freeter)

i) Une société du comment plus que du pourquoi

L’un des points les plus frappants lorsque l’on interview un auteur de manga, c’est le caractère extrêmement succinct de ses réponses, sa difficulté à s’ouvrir, et sa surprise face aux questions qui lui sont posées.

Comme un certain nombre de pays, le Japon est peut être plus un pays du comment que du pourquoi.

Ainsi, le Japan profiency test (test de langue japonaise) ainsi que la plupart des examens au Japon ne sont que des questions à choix multiples (comme dans de nombreux autres pays), à l’opposé de notre système français. Un mémoire sur le QCM évoque d’ailleurs son origine, et se montre révélateur :

http://www.paristech.org/pratiques_tice/IMG/pdf/memoire_mime_sb.pdf

« Il est difficile de situer l’origine du QCM qui semble avoir existé de tout temps. Cependant la tradition est américaine et remonte à la première guerre mondiale.

L’armée a en effet fait créer les célèbres « Army Tests » par des psychométriciens de l’époque, en vue de la sélection des futurs officiers et sous-officiers parmi les mobilisés. La victoire des alliés a, pour ainsi dire, donné son titre de noblesse au QCM. »

Le point le plus intéressant dans ce mémoire me paraît être les limites du QCM. Figurent parmi ces limites deux points qui nous intéressent :

- « Il est impossible d’évaluer, par exemple, la capacité de s’exprimer d’un apprenant ou sa créativité ou encore son habileté à élaborer une critique de recherche ou d’une oeuvre littéraire par de telles questions. Pour mesurer de tels objectifs il est préférable de faire appel à d’autres moyens d’évaluation.

- La contraction du champ cognitif. On pourrait craindre que les QCM contribuent à simplifier « la vision du monde » des apprenants, à la réduire à un schéma, et par conséquent, à uniformiser les individus »

Partant de cette analyse et sachant qu’un grand nombre de personne est evalué au Japon par le biais de QCM (pas seulement, mais tout de même), il n’est pas suprenant de lire le compte rendu de la conférence, « la critique manga est elle nulle » :

« Alors, la critique de manga est-elle nulle ? Dans tous cas, les intervenants étaient tous d’accord pour dire qu’ « on rame ». Mais ce n’est pas plus reluisant ailleurs : la critique en tant que telle n’existe pas au Japon, tous les magazines édités là-bas appartiennent aux grands groupes, il n’y a pas de critique libre.

Cela aboutit d’ailleurs à des situations parfois étonnantes : lorsqu’un mangaka arrive en France et qu’il voit les questions qu’on lui pose, il est épaté.

Nicolas Penedo a ainsi évoqué l’exemple de cette auteur de manhwa qui, au bout du compte, a retourné l’interview pour lui demander ce qu’il pensait qu’elle devait améliorer dans sa BD.

Animeland a par ailleurs déjà été confronté à cette question de la part d’un grand groupe japonais, qui ne comprenait pas pourquoi les rédacteurs se cassaient la tête à faire des articles de fond au lieu d’utiliser directement les textes fournis par l’éditeur (pratique interdite en France au demeurant). » (Source : http://www.anime-kun.net/webzine/article-la-critique-manga-est-elle-nulle-compte-rendu-du-debat-264.html).

L’objet n’est pas de comparer le système éducatif japonais et français, ni de le critiquer, mais simplement de dire que ce mode de réflexion, d’apprentissage, influence nécessairement la production du manga, et sa critique (et donc indirectement sur l’approche que l’on peut avoir).

En effet, très souvent, les auteurs ne paraissent pas du tout avoir réflechi sur le pourquoi de leur façon de traiter un sujet (pour reprendre l’exemple de l’interview de l’auteur de Soul Eater, il est incroyable qu’un auteur puisse répondre « Q : Certains personnages comme Stein sont des personnages un peu dérangés. La folie est elle un domaine qui vous attire ? R : Je ne suis pas particulièrement attiré par la folie. Mais quand je commence à dessiner, ça part toujours un peu dans ce sens. » Sans se demander pourquoi tous ces dessins partent dans ce sens).Mais comme le dit si bien Levi-Strauss "« On n’irait pas bien loin dans l’analyse des œuvres d’art si l’on s’en tenait à ce que leurs auteurs ont dit ou même cru avoir fait. »

L’illustration la plus importante est sans doute le héros type d’un grand nombre de shonen, à savoir un héros naïf, ne se posant jamais de question et n’ayant qu’un seul objectif en tête, en écartant tout le reste.

De même, comme je l’expliquais précédemment, il est rare de connaitre les pensées profondes d’un personnages (ses pensées se bornent souvent à une « pensée action »).

j) Le suicide et ses variantes : une approche si particulière de la mort

Seppuku, Tobiori jisatsu (suicide où l’on se jette d’une hauteur, d’un véhicule ou d’un train), tant de processus « ritualisés » de la mort qui peuvent laisser circonspect notre culture européenne.

En effet, cette « obsession » de la symbolique mortuaire peut surprendre. L’un des auteurs les plus emblématiques de cette obsession pourrait être Takeshi Kitano.

Celui-ci indique « ce qui m’intéresse bien plus que l’existence d’un Dieu, c’est de savoir pourquoi nous vivons et nous devons mourir. C’est essentiellement de savoir pourquoi l’homme doit vivre, mais ça, je n’en sais vraiment rien.

Car je m’intéresse plus au fait de mourir ou de ressentir l’antipathie pour la mort. Je ne pense qu’à cela ».

Dans son article « Les suicides : Paroxysme de la violence dans le cinéma de Kitano Takeshi (que vous pourrez trouver dans le Japon pluriel 7), Gérald Mialou indique comment l’occident s’est progressivement attaché à une interdiction divine de ne pas tuer autrui ou soi même alors que le Japon (il cite d’anciens textes comme le Man yôshû ou le Nihonshoki) a pu codifier et ritualiser l’acte de mort volontaire qu’est le suicide (en l’absence de contrainte religieuse sur le sujet).

Sans polémique, au Japon, toute personne semble detenir le droit de vie ou de mort sur sa propre vie.

Si Gérald Mialou traite de toutes les facettes de la mort dans les œuvres de Kitano (dueil, fuite, sacrifice), le manga traite également de la mort, comme Gantz ou GTO (voir ci-dessus pour une description de ces titres).

Le manga Go Go heaven traite également du suicide de manière tout à fait improbable : « Les quatre personnages principaux, quatre jeunes filles dénommées Julia, Himiko Aya, et Michaelle ont toutes un point commun : elles souhaitent se suicider.

Toutes au bord du gouffre, sous l’impulsion de Julia vont décider de monter un groupe de musique pour se suicider sur scène. Le succès auprès d’un public curieux et désireux de voir un suicide collectif sur scène va rapidement attiser l’appétit d’un manager sans scrupules.

Ce manager utilisera ce "filon" et commercialisera la détresse de ces jeunes filles. ». Au passage, ce manga montre à mon sens le riche parallèle entre certaines difficultés de la société japonaise (mais sur ce sujet, pas seulement) et le manga.

Les forums de rencontre/ blog entre suicidaire afin de ritualiser leur mort est effectivement un sujet difficile, surtout lorsqu’une certaine mercantilisation s’empart du phénomène pour améliorer son chiffre d’affaire…

k) Une conception particulière du bien et du mal

Le mémoire précité de Romain Chappuis (« l’identité nationale japonaise à travers l’adaptation de récits européens dans la culture japonaise », IEP, 2004-2005) traite extremement bien de l’approche si particulière du bien et du mal dans le manga.

En effet, il est surprenant de voir comme des « mechants » deviennent « gentils ». Il indique ainsi « L’absence de transcendance dans la conception ontologique de la réalité au Japon explique ce refus de considérer le mal incarné par certains personnages comme ontologique.

Le bien et le mal se définissent toujours en relation à une situation précise, au nom d’une morale contextuelle.

Les personnages négatifs d’un récit japonais sont donc dans l’erreur, victimes d’un jugement erroné du réel plus qu’animés par une volonté tenace de nuire.

Le contextualisme permet toujours une possibilité de rachat dans le futur.

Plus que dans des agissements précis, le mal réside dans une conception du monde qui nie la possibilité pour tous d’entrer dans un réseau d’interdépendance affective, qui entraine la destruction des solidarités traditionnelles et la formation d’une société dans laquelle les membres n’ont plus le souci les uns des autres, mais le désir de domination et de puissance.

Le mal, c’est donc la caricature de la conception occidentale du monde héritée du cartésianisme, c’est-à-dire l’altérité exclue, tout ce qui n’a pas été emprunté à l’Occident dans l’optique de la modernisation du pays, donc rejeté dans un souci de différenciation.

Il s’agit de la base de l’identité nationale du Japon, le repoussoir contre lequel s’est formé un système d’interprétation commun à tous les japonais.

Le refus d’ériger les personnages négatifs en incarnation du mal, l’explication des raisons de leurs agissements, sont des facteurs qui garantissent à chaque Japonais la possibilité d’une (ré)intégration dans la communauté.

Si cette intégration nécessite de remplir de nombreuses conditions et une mise à l’épreuve permanente, la possibilité de faire ses preuves n’est jamais refusée.

Les normes de la société se définissent donc moins en fonction du respect des règles du contrat et d’un certain légalisme que par l’adéquation aux principes censés découler de l’appartenance à la culture japonaise »

En fait, cette conception de la moralité est héritée de la philosophie bouddhiste.

Cet extrait de conférence sur la moralité bouddhiste me paraît extremement évocateur : «  Les religions posent généralement des critères moraux pour guider les croyants vers le bien et les éloigner du mal. C’est à dire que les gens croient que les actions peuvent être jugées comme bonnes ou mauvaises.

Et ils croient qu’il est possible de les délimiter clairement l’un de l’autre. Le Christianisme tient les Dix Commandements comme bases des bonnes et des mauvaises actions, mais dans la pratique, les sociétés chrétiennes ont développé des systèmes éthiques et des lignes de conduite pour enseigner aux gens ce qui est bien et ce qui est mal.

Il n’est pas exagéré de dire que l’un des objectifs du Christianisme est d’éliminer le mal de la surface du globe et de n’y laisser que le bien. Cependant, d’un point de vue bouddhique, ceci a l’air d’un exercice stérile.

Les bouddhistes croient que la réalité ou Dharma est au-delà des concepts de bien et de mal ; c’est-à-dire qu’elle contient autant l’un que l’autre sans séparation, dans un état pré-conceptuel. Tenter d’éliminer la moitié de la réalité paraît, par définition, irréalisable.

Bien plus encore, l’effort conscient d’éliminer la moitié de la réalité est aussi une sorte d’affirmation de l’existence de précisément cette partie qu’on voudrait enlever.

Le Bouddhisme ne dit pas qu’il n’y a pas de moralité ; il affirme l’importance centrale de la morale et de la conduite éthique dans tous les domaines de la vie.

Son approche de la conduite morale, cependant, est très différente des enseignements de la société chrétienne.

Quoique le Bouddhisme croie dans l’action juste, il insiste que l’action juste n’est pas la même chose que notre concept de l’action juste ; que l’action morale ne coïncide pas toujours avec nos notions préconçues de la moralité.

La raison en est que le Bouddhisme croit que seul cet endroit-ci et ce moment-ci sont réels et que tout le reste, passé et avenir, n’ont pas d’existence réelle. Il en découle donc que le seul endroit où la conduite peut être bonne ou mauvaise c’est ici et maintenant.

De la sorte, le Bouddhisme souligne que le bien et le mal sont concernés par le moment présent, ici et maintenant. Agir de façon morale signifie agir correctement à ce moment précis. Agir correctement en ce moment-même est la seule véritable moralité.

Évidemment, nous pouvons discuter du bien et du mal en tant que concepts abstraits, mais ces abstractions sont toujours séparées de la situation réelle à laquelle nous sommes confrontés ici et maintenant, et sont de la sorte partiales, et ne pourront jamais servir de guide complet pour notre action au présent. » (Extrait de la Conférence sur la moralité bouddhiste de Eido Michael Luetchford, novembre 1997).

Si l’exemple des chevaliers du zodiaque me parait bon, Soul Eater, que j’ai déjà pu citer à de nombreuses reprises est également tout à fait pertinent.

Aucun personnage n’est bon ou mauvais. Tout dépend effectivement des situations auxquelles les personnages doivent faire face.

De plus, tout comme l’explique l’extrait que je viens de rappeler, le mal est en fait représenté par un certain déséquilibre d’un personnage comme Stein.

Au-delà de Soul Eater, cette représentation du mal et du bien se retrouve dans quasiment tous les titres, et provoquent sans doute chez nous un attrait particulier (un parallèle intéressant pourrait être fait avec un série comme Dexter ou Dr House : ce qu’attend le public aujourdhui, c’est des personnages ambivalent, disposant d’un esprit fin mais déséquilibré, agissant pour le bien ( ?) mais par des chemins que l’on appellerait pas nécessairement bon).

Par exemple, le héros de docteur de Skin, Dragon Ball (avec Vegeta, Piccolo), Dragon Quest (Hyunkel), Black Jack etc…

l) Le manga retranscrit il le rôle du père et de la mère dans la société ?

La réponse est positive.

Sur quels éléments puis je m’appuyer pour avancer cette idée ?

Elles sont multiples. C’est ainsi que dans un shonen bien connu de tous, à savoir Dragon Ball Z, Sangoku joue un rôle essentiel dans la montée en puissance dans son fils (Sangohan) pour que celui-ci le dépasse.

La notion de dépassement de soi, si chère au shonen, est souvent rattachée aux amis, mais peut être rattachée à la paternité.

Je citais l’exemple de Dragon Ball, mais on peut également citer Tough, où le père de Kiichi est un véritable modèle de rigueur, de bonté mais aussi d’autorité.

Miyazawa Seiko transmettra ainsi à son fils la tradition du Nadashinkage, un art martial d’assassin.

Miyazawa Seiko guidera son fils, lui transmettra progressivement différentes techniques, à chaque moment difficile pour Kiichi.

Seiko est un fil conducteur pour Kiishii jusqu’à ce qu’il puisse s’affranchir et suivre sa propre voie (dans la dernière saison Free Fight).

Les pères sont souvent introvertis, des modèles puissants, peu démonstratifs de l’attention portée à leur fils mais toujours présents. Seiko, le père de Kiichi aidera ainsi souvent dans l’ombre son fils, et l’encouragera de manière permanente.

Les exemples sont en fait assez nombreux. Ainsi dans Prince du tennis, l’objectif du jeune Ryoma sera de battre son père, une légende du tennis.

La encore, le père de Ryoma, Nanjiro, s’occupera indirectement de l’entrainement de son fils et lui prodiguera des conseils.

De même, dans Initial D, Bunta, le père de Takumi, un demi dieu de la course de rue, jouera souvent le rôle de mur permettant à son fils de se dépasser, et de le dépasser.

Le père est à la fois un modèle, un obstacle ; mais souvent, il permet au héros de prendre une nouvelle ampleur, puisque le père est souvent vécu par les héros comme une cage dont ils ne peuvent sortir.

Une fois vaincu, les héros peuvent prendre leur envol et développer leur propre style.

Autre exemple, dans Yuyu Hakusho, Yusuke retrouve ainsi son "ancêtre" et père, le combat, et prend sa relève à sa mort.

Gon, dans Hunter x Hunter, aura aussi pour principale quête de retrouver son père, son père se livrant à un "duel avec son fils", le défiant de le retrouver (dans Hunter x Hunter, le père est loin d’être omniprésent, à l’heure actuelle, il a même un peu quitté la série, mais sans doute reviendra t il bientôt).

Enfin (car je pourrais encore en citer beaucoup), dans les "gouttes de dieu", un jeune garçon est "éduqué" à son insu pour devenir un grand oenologue par son père et reprendre son héritage (je ne peux résister à la tentation de citer, Yakitate Japan où Kazuma devra lui aussi poursuivre le rêve de son père et le combattre).

Le père symbolise donc à la fois le modèle, l’objectif ou la réussite. Les fils ne pourront s’affranchir que lorsqu’ils auront dépassé le père pour ensuite être dépassé par leurs enfants.

Même lorsque l’on ne s’attend pas forcément à voir surgir le père (comme dans Full metal achemist ou dans Bleach), il se révèle souvent le plus fort, celui à l’origine de l’histoire.

Le père peut également être un père "spirituel", lorsque les héros masculin sont orphelins comme Kaibara pour Ryo dans City Hunter ou dans une moindre mesure Jiraya pour Naruto (je n’en dirais pas plus, mais le père dans Naruto aura également son importance…).

Mais ce rôle est il le même pour des héros féminins ?

Pas le moins du monde. Cette relation est avant tout opérante pour une relation Père/garçon (dans les shonen) mais beaucoup moins pour une relation père/fille.

A mon esprit, les relations à l’égard du père sont souvent absentes (et lorsqu’elles existent, elles sont quasi nulles et plus dans l’opposition). Malgré tout, deux mangas me semblent en revanche intéressant à citer de ce point de vue : en shojo Baby pop et en shonen, Soul eater.

En effet, deux mangas jouent essentiellement sur la relation fille/beau père (entre Nagisa et Ryûnosuke) dans un cas et fille et son père (entre Maka et Death scythe, « spririt ») dans l’autre.

Ce qui est intéressant, et l’interview de l’auteur de Soul Eater l’a confirmé, c’est que la relation père fille est avant tout utilisée pour créer des scène amusantes, des situations de conflits liés à l’incompréhension mutuelle entre un père et une fille.

La relation mère/fils est elle aussi très différente. Les relations mères/fils sont assez satellites à l’histoire et les mères sont le plus souvent quasi absentes de l’histoire (Tough, Bleach, Naruto, Initial D etc.). Dans une logique maître/disciple, nous avons tout de même Tsunade/Sakura, ou Yuko/Watanuki.

Ces deux maîtres sont des femmes affirmée, pleines de connaissances et de forces. Pour retrouver quelques relations mères filles, il faut plutôt remonter aux premiers shojos qu’aux shojos modernes

Peut on expliquer de telles observations ?

La mère occupe une place omniprésente dans la famille japonaise, c’est le centre nerveux de la famille.

Elle s’occupe quasiment à elle seule de l’éducation des enfants, pour faire de ses fils des employés modèles, et de ses filles, de femmes modèles, à l’image de leur propre éducation, mais aussi en appliquant les préceptes du giri à leurs enfants (afin qu’ils deviennent ce que la société désire qu’ils deviennent).

Je reprendrais deux extraits de homo japonicus pour citation « tous les hommes de ma génération ont eu une mère, femme de kigyo senshi (les « soldats de l’entreprise » comme on les désigne) écrit Toyoda Masayoshi.

Le problème est qu’elles veulent plaquer sur leur fils l’idéal de la virilité de leur mari qui est aux antipodes du sien. Le prix à payer a beau être très élevé, cela ne les empêche pas d’essayer de le couler dans le même moule pour aboutir aux mêmes conséquences.

Même si le genre de virilité qu’elle leur propose est celui de leur mari, elles procèdent en général en faisant corps avec leur fils, pour essayer de le manipuler par derrière comme une marionnette. »

Ceci posé, il n’est pas surprenant que les mères occupent une place insignifiante dans le manga : elles sont trop présentes dans leur vie pour qu’elles puissent jouer un rôle dans leur manga.

De même, les auteurs estiment peut être que les lecteurs voient trop souvent leur mère pour trouver bon de les retrouver dans ce qu’ils lisent. Mais cette quasi absence n’en reste pas moins assez surprenante (et j’ai tout de m^me des difficultés à l’expliquer)

Le père, quant à lui, joue un rôle tout à fait curieux au Japon et relativement surprenant pour un occidental.

C’est ainsi qu’Etienne Barral a pu dire que le partage des rôles à l’intérieur de la société japonaise ne laissait pas de place à la fonction paternelle. « L’enfant grandit en ne voyant de son père que le dos » .

Cette expression populaire se retrouve extremement bien dans le manga, la dernière image du père n’étant représenté que de dos (par exemple, la vision de son maître par Sanosuke dans Kenshin, où la dernière image qu’aura Fly pour son père dans Dragon quest).

De même, la relation avec le père est souvent représentée par une absence de communication (pour illustration, les relations entre Shinji et son père dans Evangelion).

En revanche, au-delà de certains titres, le mépris des enfants pour leur père largement traité par Muriel Jolivet dans l’Homo Japonicus, n’est pas fondamentalement visible dans le manga.

Au contraire, le père fait souvent son apparition à des moments critiques, alors que l’on ne l’attend plus (sans spoiler, Naruto, Bleach, sans doute cela arrivera t il un moment dans Hunter x hunter etc…).

En matière de shojo, même après la plus intense des réflexions, le père est relativement peu traité. Doit on comprendre que la symbolique du rôle du père est comprise d’une manière différente selon qu’il s’agisse d’un shojo ou d’un shonen ? Sans doute…( j’aurais besoin d’interviewer des auteurs de shojo pour obtenir des réponses à mes interrogations…)

m) L’épineuse question de la relation entre le Manga et politique

Pour conclure sur cet article dont la teneur est progressivement devenue celle d’une étude, j’en arrive à l’une des questions les plus intéressantes autour du manga : dans quelle mesure le politique contrôle le manga ?

Pour aborder cette question, il me parait intéressant d’aborder les travaux de Sharon Kinsella, que j’aurais pu aborder précedemment, celle-ci s’inscrivant dans la lignée d’un Math Thorn ou Azuma, lorsqu’elle indique que le manga est un produit de l’après guerre (voir son article « les mangas apprivoisés : la culture japonaise de la fin du siècle »).

Elle introduit d’ailleurs un parallèle intéressant entre l’histoire du manga et de la pop music dans la culture anglo américaine (« Comme la pop music, les manga ont une partie de leurs racines esthétiques dans la culture populaire d’avant guerre, mais ils se sont développés sous l’action des pionniers qui ont mis au point la forme du story manga, « manga narratif » la forme actuelle du manga, dans les années 60 »).

Mais au-delà de cet aspect, Sharon Kinsella aborde surtout son point de vue sur la relation entre politique et manga :

« Dans les années 80, la relation difficile entre le manga et la société japonaise commença à changer.

Cet article étudie comment, après plusieurs décennies d’un parcours solitaire sur des terres non balisées, les manga sont devenus le serviteur fidèle et muselé favori des musées et des institutions ».

Elle évoque un mouvement d’assimilation culturelle et de censure, notamment par le biais d’une régulation importante dans les années 90 par le gouvernement (la traduction de son article, mentionne « reglementation », si le mot « regulation » peut être effectivement traduit par « reglementation », étant donné qu’elle ne cite pas de loi, texte règlementaire, il doit plutôt s’agir d’une régulation).

Cette régulation se serait accrue, le mouvement de censure étant proportionnel au statut de « bien culture exportable » progressivement donné au manga.

Ainsi, le gouvernement et les grandes entreprises auraient vu dans le manga un bon support de transmission pour leur message. De même, l’actuel premier ministre japonais, Taro Aso a su mettre en avant son goût prononcé pour le manga.

L’auteur note un déplacement du pouvoir créatif des dessinateurs, lecteurs, vers les éditeurs, et les « lobbyes » avec une tendance à l’intellectuallisation du manga.

A cette analyse, il est possible de rétorquer deux éléments. Tout d’abord, cet article semble s’adresser particulièrement au seinen et pas nécessairement à l’ensemble de la production manga.

Ensuite, il est difficile d’attribuer l’influence du politique à la periode après guerre lorsque l’on a évoqué tout un historique, notamment concernant la période post 1900 (la guerre Japonaise contre la chine, la corée, puis la Russie) jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

Mais la question de la censure n’est pas une question aisée à appréhender. La première raison est déjà que les réponses des auteurs divergent sur le sujet :

Interview du fondateur gekiga, Yoshihiro Tatsumi (2005)

Nicolas Trespallé : « Vous allez parfois très loin dans le sordide. Avez-vous connu des problèmes de censure » ?

Yoshihiro Tatsumi : « Non, je n’ai jamais été confronté à ce problème, je m’impose moi-même mes propres limites ».

Interview de l’auteur de soul eater, Atsushi ohkubo (2008) Ma question : « Dans l’anime, certaines scènes sont un peu moins osées que dans le manga, qu’en pensez vous ? »

« Il s’agit tout simplement de contraintes de la censure télévisuelle, des contraintes techniques auxquelles on ne peut pas déroger » (sachant que cette réponse s’applique aux animes et non aux mangas).

Ensuite, il est sur que depuis la fin des années 90, la « repression » de la liberté de la presse n’a cessé de croitre (indice à 7,5 en 2002, et 13,92 en 2008, sachant que le maximum est à 100).

Je tempère immédiatement cette statistique car cette répression augmente sans cesse dans la plupart des pays (En France, l’indice était à 3,25 en 2002 et 14,5 en 2008 - http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays ?codeTheme=9&codeStat=PF.LIB.PRESS.RSF.IN&codePays=FRA&codeTheme2=9&codeStat2=x&langue=fr)

Etienne Barral mentionne également censure en indiquant comme certains gros éditeurs limites d’eux même la provocation (alors que de petits éditeurs n’hésitent pas), sous la pression des associations et de certains politiques.

Il indique à cet égard « qu’à travers les pression exercées sur eux pour supprimer la violence et la pornographie de leur œuvre, les dessinateurs les plus en vue s’inquiètent de la dérive possible vers d’autres formes de censure » (il cite l’exemple de propos de Yamamoto Naoki). Nous sommes assez loin des propos de Yoshihiro Tatsumi.

Que doit on conclure ?

Il me paraît assez évident, qu’à l’instar de l’ensemble des médias de la planète, le manga soit sans cesse plus sujet à des pressions extérieures, que ce soit en terme politique, ou même commercial.

Il est également certain que les gros éditeurs, en proie à certaines difficultés économiques, ont tout à fait intérêt à ce que le politique utilise le manga comme moyen d’exporter des produits culturels japonais, et par la même influence leur contenu. Il s’agit d’un intérêt réciproque.

Après, il est difficile de connaître avec précision le degré de cette influence tant il est difficile de trouver des informations fiables et objectives à ce sujet.

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