Zipang (note 7/10)
La chronique
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lundi 2 avril 2007, par Castex
N’importe qui regardant des animés japonnais depuis un certain temps ne peut pas ne pas remarquer que beaucoup d’éléments sont réccurents à ce domaine. Ainsi, d’une série à l’autre, on a le droit à notre lot de mechas, de pouvoirs magiques tous plus insensés les uns que les autres, de filles aux formes généreuses, de flingues plus ou moins gros etc... On est donc en droit de réclamer un peu de neuf, un peu d’originalité de temps à autre. « Mais quel difficile celui là ! Même pas un peu de SF ? - Bon OK à la rigueur... - Ah bon ben j’ai quelque chose pour toi : voilà, pas de mecha, pas de fille, pas de flingue, pas de pouvoir et une petite dose de SF - Attend t’es pas en train de me reffiler un docu-fiction de France 2 là ? - Non. Mon truc, ça s’appele Zipang. - Ok je prends ! »

Titre original : Zipang
Année de production : 2004
Studio : Studio DEEN
Genres : Aventure ; Science Fiction ; Historique
Auteur : KAWAGUCHI Kaiji
Volume et durée : 26 Episodes de 25 mins
Zipang, c’est l’histoire de 3 amis qui se retrouvent embarqués à bord du même navire, le Mirai, afin de participer à des manoeuvres avec l’US Navy dans le Pacifique. Le Mirai est ce que produit de mieux le Japon en termes de navires de combat, équipé des dernières technologies et disposant d’un arsenal complet. Mais une fois en mer, le Mirai est confronté à une tempête que la météo n’avait pas prévue. Curieuse météo qui détraque touts les instruments, rendant ainsi le navire « aveugle ». Le contact est perdu avec les bateaux qui l’accompagnaient. La tempête passe et tout semble redevenir normal. Soudain, le radar se met à afficher une multitude de signaux : une impressionante flotte sortie de nul part fonce droit sur eux. Sur le pont, les marins n’en croient pas leurs yeux : le bateau qui leur fait face n’est autre que le Yamato, un super-cuirassé datant de la seconde guerre mondiale. L’un des officier, adepte d’histoire militaire, reconnaît la formation adoptée par cette flotte : c’est celle de la veille de la bataille de Midway, le 4 juin 1942. Le Mirai et son équipage ont donc remonté le temps. Evidemment, la situation, déjà délicate c’est le moins qu’on puisse dire, va empirée avec : premièrement le sauvetage d’un officier japonnais dont l’hydravion s’est écrasé ; deuxièmement lorsque un sous-marin américain les repère et les prend en chasse.

- Les 3 héros - de gauche à droite : Kouhei, Yosuke et Kikuchi

- Le commandant du Mirai.
Le scénario peut donc sembler à première vue être assez basique, il ressemble d’ailleur fortement au film « Nimitz, retour vers l’enfer » à la différence que, cette fois ci, l’action se déroule du côté des vaincus. C’est justement cette différence de point de vue qui change tout et donne au scénario de très bons éléments à exploiter. Un petit coup d’oeil rapide dans les livres d’histoitre nous apprend que cette fameuse bataille de Midway constitua le tournant de la guerre dans le Pacifique, faisant perdre l’initiative aux japonnais ; initiative qu’il ne reprendront jamais ce qui conduira à leur défaite finale en 1945. La problématique apparaît donc très vite : comment réagirons des marins japonnais venant du futur face à ces évènements ? Faut-il rester neutre et laisser l’histoire s’écrire telle que nous la connaissons ou faut-il intervenir afin de sauver des vies mais au risque de renverser le cours de l’histoire ? Questions que l’équipage se posera très vite, surtout après avoir assisté avec amertume au désastre de Midway et sachant qu’une autre bataille cruciale se prépare : la bataille de Guadalcanal, une autre défaite japonnaise qui scellera leur sort dans le Pacifique sud.

- Le cuirassé Yamato - navire amiral de la flotte japonnaise - le plus gros et le plus puissant de l’époque.

- Takumi - l’officier sauvé par Yosuke - un personnage difficile à cerner : à la foi honnête et calculateur.
Zipang démare donc assez vite et après un premier épisode qui nous présente les personnages, le deuxième plante le décors, le scénario et la problématique. Une entrée en matière simple et efficace et malgrés une apparente simplicité pour le scénario, celui ci s’avère en fait très évolutif. Plus que les questions somme toute basiques et logiques évoquées ci-dessus, les auteurs ont voulu nous montrer la rencontre de deux époques pas si éloignées que ça dans le temps mais dont les principes, eux, sont radicalement différents. Ces différences sont exprimées à travers les rencontres entre les différents hommes des deux époques qui, selon leur caractère, réagissent différement à la situation. La psychologie des personnages est donc un élément central de cette série et si on observe de temps à autre quelques « dérapages », l’ensemble reste cohérent. Zipang est donc avant tout une histoire de relations entre êtres humains. Pour bien comprendre les différences entre les hommes des deux époques, il faut comprendre la nature et l’évolution de la marine japonnaise : après la défaite de 1945, le Japon se vit interdire la possession d’une véritable armée ; fut donc crée la JSDF (Japan Self Defense Force), armée à vocation exclusivement défensive (elle ne peut quitter le territoire) et controlée par les américains - à titre d’information, ce n’est que le 16 décembre 2006 que le Japon se vit doté d’un véritable ministère de la défense ; entré en fonction le 7 janvier 2007. Ce changement doctrinal a donc eu un impact sur les mentalités des militaires japonnais, à l’opposé des mentalités belliqueuses des années 30, bien qu’ils parlent la même langue et exercent la même profession. On retiendra surtout une rencontre mémorable entre l’équipage du Mirai et celui d’un autre navire. Au passage, l’auteur en profite pour lancer une petite pince au sujet de l’intervantion japonnaise en Irak.

- L’infirmière du Mirai - seule femme de la série - bienvenue dans la marine !

- Rencontre entre 2 époques.
Les auteurs mettent également en scène d’éminentes figures de l’histoire japonnaise de cette époque. Un procédé assez critiquable et peu déontologique : faire parler de tels personnages est risqué, et même si les auteurs se sont documentés, cela amène forcemment à un moment ou à un autre de déformer l’histoire dans le sens où on l’a choisi. Un des objectif de la série apparaît donc clair : il s’agit ici de réabilité la mémoire de ces marins qui se sont battus pour la défense de leur nation. Ca, c’est le point de vue des auteurs et, évidemment, on pourait leur opposer un paragraphe entier (voir plus) pour les contredire. Mais avant de nous lancer dans ce genre de controverses souvent stériles, il faut noter que, malgré cela, les auteurs ne tombent jamais dans la caricature et finalement cet aspect du scénario reste très mesuré : essentiel si on veut faire adhérer le public. Je force un peu la note, mais sachez que Zipang n’est absolument pas une quelconque ouvre de propagande, les auteurs semblent avoir été attentifs et n’ont pas perdus de vue qu’on était là avant tout pour se divertir. Et c’est mission accomplie puisque Zipang s’avère être bien plus touffu que ne le laissait présager le scénario de base : sans être très compliqué, ce dernier parvient à garder le spectateur devant son écran en distillant efficacement les doses de suspence quand il le faut. Il y’a quelques longueurs et ralentissements ça et là mais rien de grave.

- L’amiral Yamamoto - une grande figure de la marine japonnaise - toujours très populaire.
De plus, Zipang bénéficie d’une très bonne réalisation technique. Les bateaux et les avions sont tous très détaillés et réalistes. Le réalisme semble d’ailleur avoir été un élément important du cahier des charges : outre le vocabulaire spécifique, le look de la série est assez sobre, le chara-design est soigné et plutôt singulier et l’ambiance que l’on retrouve à bord des navires de guerre semble aussi avoir été respectée. L’animation est fluide, les graphismes travaillés ; on retiendra surtout les effets de lumière et de fumée. Au point de vue de la mise en scène, pas grand chose à redire, mention spéciale aux scènes de combats, peu nombreuses mais très dynamiques et qui vous collerons à votre fauteuil à coup sûr. Même constat pour la bande son, elle aussi de bonne facture et collant bien à l’ensemble. On remarquera la qualité des bruitages comme par exemples les bruits des moteurs d’avions. J’aurai voulu m’attarder sur d’autres éléments de la mise en scène, mais comme il n’y pas de gros défauts, je vous laisse apprècier par vous même le contenu.

- Les batailles sont courtes mais intenses - elles vous colleront à votre chaise.

- Le Mirai - notez la qualité des graphismes et des effets de lumière.
On arrive déjà au terme de cette chronique et les lecteurs attentifs auront remarqué que je ne relève pratiquement aucun défauts. Et effectivement, Zipang n’a pas vraiment de gros défauts. A part sur la fin, baclée en trois coups de stylo à plume. Finalement, c’est surtout son ambiance et sa personnalité qui fait que l’on accrochera ou pas. Vous serez d’ailleur rapidement fixé pour savoir si la série correspond à ce que vous recherchés ou non. Pour ma part, j’ai trouvée cette série originale, proposant un scénario et une ambiance unique en son genre, bref qui sort des sentiers battus. Elle apporte son lot de sensations. Bon, au final, Zipang ne laissera sûrement pas une grande trace, cette série a tout de même un caractère assez « élitiste » dans le sens où elle s’adresse à un public précis. Néanmoins, elle reste une série à découvrir et très plaisante pour qui n’est pas allergique au domaine militaire. Il se peut même qu’elle ne fasse pas trop tâche dans votre « animethèque ».





