Vagabond s’inspire des romans de Eiji Yoshikawa, "la pierre et le sabre" et "la parfaite lumière", chefs d’oeuvre du genre, contant la vie de manière romancée de l’un des plus grands samourai de l’histoire du Japon, Miyamoto Musashi.

Dans mes souvenirs, le fait de savoir que ces livres s’étaient vu transposer en manga par Takeshi Inoue m’avait franchement fait assez peur, ces romans étant véritablement des chefs d’oeuvre.

Mais la lecture de Vagabond m’a rapidement rassuré tant le travail graphique est fouillé, précis, et l’histoire sublime.

Nous voila donc dans la période post guerre Sekigahara (vers 1600 après J.C), autour du personnage de Takezo Shinmen, fils d’un guerrier anciennement reconnu pour sa force. Takezo est réputé dans son village pour être plus proche d’un animal que d’un être humain tant l’usage de la force physique semble être sa seule règle de vie. Seule la jeune Otsu , déstinée à épouser un ami de Takezo, Matahachi, et Matahachi lui-même paraîssent ne pas avoir peur de celui-ci.

Bien décidé à devenir des "hommes importants", Takezo et Matahachi s’engage dans la spirale infernale de la guerre. Mais limité au simple rang de fantassins, Takezo et Matacho déchantent rapidement. Desertant et recueillis à la suite d’une bataille par une jeune fille et sa mère, Takezo et Matahachi vont rencontrer leur première épreuve : un combat contre une bande de voleurs. Nos deux personnages vont alors se découvrir, Takezo goûtant aux délices du combat et Matahachi révélant sa personnalité de couard.

Le chemin de nos deux amis se séparera alors, Takezo décidant de rentrer au village malgré sa désertion, et Matahachi restant avec la jeune fille et sa mère malgré la promesse de son mariage à Otsu.

Ayant le statut de déserteur et surtout revenant sans Matahachi dont la mère est l’une des personnes influantes du villages, Takezo est pourchassé et traqué comme une bête sauvage. Seul Takuan, un moine bien étrange et beaucoup plus influent qu’il ne paraît, aidé par la jolie Otsu parvient à arrêter Takezo.

Takuan pendra Takezo pendant de nombreuses semaines afin que Takezo évolue et comprenne que sa seule recherche de la force physique ne lui permettra pas de s’eveiller et de mûrir.

Selon lui, Takezo doit comprendre l’importance de la vie et ne pas rechercher inconsciemment à se détruire. Ainsi, Takuan donne "une mort spirituelle" au personnage de Takezo pour lui permettre de commencer une nouvelle vie sous le nom de Miyamoto Musashi.

Alors que le personnage de Matahachi tombera de plus en plus en déchéance (allant jusqu’à voler le nom d’un samurai), Musashi apprendra tout d’abord à developper sa force physique en défiant de nombreux dojos (comme l’éminent dojo des Yoshioka), mais aussi à élever sa philosophie de la vie en rencontrant des bretteurs de renoms et de grands maîtres (comme le maître du spécialiste de la lance Inshun ou le maître de l’école Yagyu).

Par exemple, pour faire face à la lance d’Inshun, Musashi devra comprendre qu’au fond, il existe quelque chose de plus important que la force physique et que la chose la plus difficile n’est pas de battre son adversaire... mais soit même et ses démons.

De plus, Vagabond se concentre aussi assez largement sur un autre personnage, à savoir le plus grand adversaire de Musashi, Sasaki Kojiro, un sourd et muet dont l’enfance s’est vue bercée par l’art du sabre.

En effet, pour les fans de l’oeuvre,la manière dont Inoue se démarque de Yoshikawa concernant les personnages peut apparaître comme étrange.Le personnage de Inshun prend ainsi une importance capitale dans le parcours initiatique de Musashi, Kojiro se révèle très différent du Kojiro de l’oeuvre et il en va de même pour beaucoup de personnages.

Si l’oeuvre se concentrait essentiellement sur Musashi et à la limite, Otsu et Kojiro, Inoue a choisi de travailler de façon approfondie les personnages (leur psychologie, passé) , sans doute pour que les duels soient d’autant plus mythique et passionnant. Cette démarcation ne m’a personnellement pas choqué et même plutôt plu, à partir du moment où cette approche permet une découverte d’une autre facette du personnage Musashi et de l’univers des personnages gravitant autour de lui (mais cela n’engage que moi, et il est vrai que pour certain, il s’agira sans doute d’une prise de liberté trop importante par rapport à l’oeuvre originale servant principalement le coté théâtral des combats)

Quoi qu’il en soit, Vagabond est un titre somptueux, dont la richesse, la profondeur ne pourra laisser indifférent personne. Un superbe titre !