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Studio Ghibli - le dossier

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lundi 2 juin 2008, par Astron


Ghibli

Astron, un rédacteur freelance nous a proposé un dossier qu’il a publié sur le site lost-eden (que j’apprécie beaucoup au passage). Etant donné la complétude de l’information, c’est avec grand plaisir que nous accueillons sur notre espace ce dossier. Pour vous présenter un peu Astron, rien de tel que de laisser l’auteur du dossier se présenter :

Hormis le fit que je sois , dans la vie réelle, un étudiant physicien qui adore son domaine d’étude, j’ai surtout une passion pour l’animation, le manga et les jeux video, et plus particulièrement les rpg. La raison en est simple : j’aime les media qui me font rêver et j’ai trouvé dans ceux-là une proportion intéressante d’oeuvres magnifiques, enivrantes ou/et intelligentes. ( je ne vais pas sortir tous les superlatifs, vous avez compris) C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité écrire quelques page sur les oeuvres et personnes qui méritent qu’on s’y attarde, qu’on en parle avec sérieux et qu’on aille au fond des choses, Ghibli en tête. Ce que je vous dis n’a rien d’original, tout ce que je cherche c’est transmettre mes sentiments et mes pensées comme n’importe quel passioné désireux d’écrire un papier sur l’objet de sa passion. J’espère que vous prendrez palisir à lire ma prose, qu’elle vous apprendra des choses ou qu’elle vous apportera un regard nouveau sur les films estampillés Ghibli.

Voici ci-après le dossier de Astron, j’espère que vous en apprécierez la lecture :

Introduction

La production d’animation mondiale est assez impressionnante. La production japonaise à elle-même suffit à impressionner. Parmi toutes les firmes d’animation, il en est quelque unes qui sortent de la masse et arrivent toujours à proposer un produit hors du commun. Ghibli en fait bien évidemment partie. Sous le label Ghibli se cachent deux noms : Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Ces deux hommes ont fondé le studio il y a quelques années, seul le premier le supporte encore de ses vieilles épaules aujourd’hui ; des épaules fortes et synonymes d’un énorme talent. L’un d’entre eux a réussi presque à lui seul à donner la renommée mondiale que nous connaissons du studio, Miyazaki. Une renommée telle que chaque nouveau film est aujourd’hui attendu avec impatience par des millions de fans de par le monde. Pourquoi ont-ils acquis une réputation aussi grande et élogieuse ? Qu’est-ce qui a fait ce que nous voyons du studio aujourd’hui ? Qui sont ces deux légendes vivantes ? Ce dossier est écrit dans le but de répondre à ces questions et à d’autres, écrit pour les fans qui veulent en savoir plus sur le colosse de l’animation japonaise : Ghibli.

Historique

Pendant plusieurs décennies le rêve était vendu par une petite souris en culotte courte, représentante de Disney. Un rêve bien réel : une marque déposée, une qualité inégalée, une production massive et un trésorier comblé. Mais un beau jour, Disney s’est vu obligé de rétrécir les frontières de son royaume car un petit studio japonais réinventait l’art de l’enchantement : Ghibli. Formule magique grâce à laquelle les princesses, les petites sorcières et les cochons se sont mis à voler.

La renaissance

Au commencement était 2 hommes, vous l’aurez devinez : Miyazaki et Takahata. A l’époque simples employés de la Toei Animation, géant de l’animation nipponne de l’époque, ou plutôt sous-employés, les deux hommes consacraient leur temps à des postes moyens dans des séries de la firme et aux grèves syndicales. Ils rêvaient tous deux de créer des longs métrages d’animation. 1982 est une année faste. Miyazaki renoue avec ses premières amours, le manga, et entame l’écriture de sa série phare, Nausicaä de la vallée du vent.

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L’œuvre est pré-publiée dans Animage, revue appartenant à l’un des plus grands groupes de presse au Japon, la Tokuma Shoten. L’accueil est enthousiaste, un film sera mis en chantier dès l’année suivante avec pour producteur Iasao Takahata lui même. Le succès est encourageant et les deux comparses profitent de la faillite de Topcraft, liée à la Tokuma, pour fonder une société : Nabiriki qui produira une petite œuvre peu connue, apparemment tirée d’un bouquin nommé Les amants de Louis Malle. Succès à nouveau suffisant pour qu’ils gardent espoir et de là ils enfanteront le saint studio Ghibli. Ce nom n’a bien sûr pas été choisi au hasard : l’expression, empruntée aux pilotes italiens, signifie "vent chaud soufflant sur le désert du Sahara" ; les ghibli désignaient leurs avions de reconnaissance pendant la Deuxième Guerre mondiale. C’est aussi le nom d’une célèbre marque de moteurs. La métaphore est évidente : les deux complices ambitionnent ni plus ni moins de révolutionner le paysage de l’animation japonaise, encore très pauvre à l’époque.

Un seul but : l’excellence

Parlons en de cette époque ; la Toei animation régnait pratiquement en maître sur le territoire du film d’animation japonais. La raison ? Une production annuelle relativement grande : ce ne sont pas moins de 3 films en moyenne qui sortent de ses studios par an. Ce modèle de productivité rapide est lié à la révolution apportée par le mythique Ozamu Tezuka. Sa méthode consistait en une limite maximum d’environ 5 images par seconde d’animation, ce qui permet de réduire considérablement les coûts de production et de récupérer un gain de temps énorme. Le reste du budget était consacré à la production télévisuelle… beaucoup plus rentable. Dans ce méli-mélo de films survient un problème général qui sauta aux yeux des deux personnages que vous connaissez bien, la quantité allait au détriment de la qualité. En effet les films étaient souvent bâclés et manquaient sérieusement d’ambition. Mauvais suiveurs, Miyazaki et Takahata inversent, eux, la donne. En s’emparant d’un média mal exploité (le cinéma d’animation) et en s’octroyant de plus longs délais de tournage, ils tentent même d’imposer une nouvelle norme : la qualité, plutôt que la quantité. Croyance qui s’est pourtant soldée par un cuisant échec commercial en 1968, avec Horus, prince du soleil.

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Sans garantie de viabilité, le studio Ghibli avance à petits pas et n’embauche donc aucun personnel à plein temps. Chaque équipe est éphémère et, si les finances le permettent, de nouvelles embauches ont lieu. A ses débuts, le studio Ghibli ne compte pas plus de quatre-vingt personnes. Les locaux se réduisent à un étage loué dans un immeuble de la banlieue de Tokyo.

Des débuts mitigés… et pourtant

Enfin la première véritable production maison sort dans les salles obscures japonaises : Laputa, le château dans le ciel.

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Le succès est moindre comparé à celui de Naussicaä ; mais il fut suffisant pour justifier les énormes dépenses qu’engendra ce film. Ghibli misait son avenir dans ce film, les moyens étaient colossaux, le résultat… époustouflant et les recettes amenées ont permis au studio de juste survivre. Aussi, son successeur tarde à voir le jour. Miyazaki désirait réaliser un court métrage sur Tokorozawa, sa ville d’adoption. En vain. Le projet, jugé peu vendeur, fut gelé, mais… provisoirement. Suzuki et Kameyama, deux membres actifs de la Tokuma, ont alors l’idée de contacter la prestigieuse maison d’édition Shinchôsha pour financer l’adaptation animée d’un roman d’Akiyuki Nosaka, Le Tombeau des lucioles. Takahata se voit confier la réalisation du film tandis que la participation de Shinchôsha encourage Tokuma à « aider » Miyazaki et son nouveau, faisant passer celui-ci du stade de court-métrage à celui de long ; le nom est évocateur : Mon voisin Totoro. Malheureusement, le regain d’espoir est vite ramené à bas niveau. Réalisés en même temps, les deux films épuisent complètement les ressources du studio. Les difficultés techniques et le manque d’effectif plombent l’harmonie. A cela s’ajoute un nouvel obstacle financier : les deux sujets intéressent peu les distributeurs. Le retard s’accumulant, les deux films ratent la promotion estivale. A leur sortie, Mon Voisin Totoro et Le Tombeau des lucioles n’obtiennent pas le succès public attendu, mais leur qualité exceptionnelle sera couronnée par de multiples récompenses.

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Le tombeau des lucioles

Succès critique qui ouvre bientôt la voie à un succès marketing… la vente des peluches Totoro. Un fabriquant de jouet convainc le studio de lui céder les droits de reproduction. Les peluches sont mises en vente deux ans après la sortie du film et obtiennent un tel succès que le studio parvient à combler son déficit budgétaire. L’énorme et bienveillant Totoro devient ainsi l’emblème de Ghibli.

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L’Age d’or

Enfin le réconfort est au rendez-vous. En 1989, à la sortie de Kiki’s delivery service, pour la première fois Ghibli rentabilise entièrement une production. D’autant plus que celle-ci fut mouvementée : soudain changement de réalisateur (Miyazaki ne s’en chargeait pas à la base) et de producteur. Le box-office s’ouvre à Ghibli grâce aux 2 millions d’entrées au Japon. 1990 reste une année vide mais c’est pour mieux préparer la prochaine réalisation de Takahata, Omohide Poroporo, qui lui aussi connaît les joies de la gloire au sens du cinéma. Maintenant que Ghibli a réalisé des chiffres plus que satisfaisants, il est temps de restructurer l’entreprise. La réorganisation proposée par Miyazaki tient sur l’idée logique d’engager du personnel à plein temps et d’introduire une formation continue. En doublant les salaires, le studio entraîne, sans surprise, une augmentation des coûts de production. Une seule solution : la promotion publicitaire. Japan Airlines leur passe commande d’un moyen métrage destiné à divertir sa clientèle. L’envergure du projet grandit de jour en jour, jusqu’à devenir un film d’1h30. La réalisation de Porco Rosso chevauche alors celle de Omohide Poroporo (Souvenirs goutte à goutte) et le studio craint à nouveau de ne pouvoir en venir à bout. Pour remonter le moral général du studio, Miazaki entreprend en même temps que la réalisation de Porco Rosso en 1992, la construction de nouveaux locaux. Locaux qui furent emménagés immédiatement après la réussite commerciale du dernier de leur film. Et comme leurs fonds le permettent, ils s’offrent quelques caméras informatisées et entament un nouveau projet pour 1993, un téléfilm nommé Umi ga Kikoeru ( « j’entends la mer »). Le rythme n’est pas brisé et l’année qui suit, c’est au tour de Takahata de prendre les rennes par le billet de Pompoko. Ce film est la première tentative du studio vis-à-vis de l’imagerie numérique et encore une fois le box office est occupé par Ghibli. Plus tard, avec Mimi wo sumaseba (1995), du regretté Yoshifumi Kondo, ainsi que Princesse Mononoke ( 1997) Ghibli s’ouvre pleinement à l’ère du numérique. Avant d’assurer la production de Mimi, Miyazaki en profite pour réaliser un clip musical animé pour le groupe de pop Chage and Asuka : le renversant On your mark.

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Alliance avec Disney

En 1996, La Tokuma Shoten possède les droits de distributions des films Ghibli. Voyant une porte s’ouvrir au monde, ils concluent un accord financier avec Buena Vista. Jusqu’à maintenant Ghibli avait refusé tout partenariat avec une quelconque entreprise étrangère. Le mauvais souvenir des odieuses coupes effectuées sur la copie étrangère de Nausicaa restait dans la mémoire de Miyazaki. L’offre de Disney tombe à pique. En achetant la concurrence, le groupe américain retrouve son statue de « premier de la classe » sur un marché où il est battu régulièrement. Même Le Roi Lion, dont l’esthétique n’est pas sans rappeler le célèbre manga de Tezuka (Le roi Léo en France), n’a pu surpasser les entrées de Pompoko au Japon. Pris dans une impasse financière en plein tournage de Princesse Mononoke, le studio Ghibli craint de ne pouvoir assumer de nouveaux dépassements budgétaires. Mais c’est à ce moment là que la participation de Disney est la bienvenue car Princesse Mononoke s’offre alors une renommée et une carrière mondiale. Plus tard 10% du budget de Mes voisins les Yamadas, réalisé en 1999 par Takahata proviennent même des fonds de Buena Vista. Mais les accords ne sont pas entièrement respectés.

Ghibli

A la base, Disney n’a nullement le droit de procéder à des coupes et des retouches sans l’accord du Studio Ghibli. Mais quelques temps avant la sortie étrangère de Kiki, Disney recompose entièrement les chansons des génériques de début et de fin. La version doublée et rechantée est néanmoins distribuée en même temps qu’une version originale sous-titrée. Mais Disney se retrouve submergé sous ses propres projets et les sorties prévues pour les films Ghibli accumulent les retards. Passant outre, John Lassether, réalisateur de Toy Story, fondateur de Pixar et ami de Miyazaki, a décidé de reprendre en main la distribution du film aux Etats-Unis. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Et le rêve continue...

Après ce contrat et malgré les accros, Ghibli tire un bilan plus que positif. Et le studio n’a pas finie de faire rêver. Le voyage de Chihiro remporte un succès mondial retentissant et Ghibli continue son expansion. Ils s’offrent même un musée à leur compte dans le parc Inokashira de Tokyo. Inauguré en 2001, le Ghibli Museum retrace les différentes étapes de la conception d’un film et diffuse trois courts métrages inédits storyboardés par Miyazaki. Sollicité de toutes parts, ce dernier envisage pourtant de mettre un terme à sa carrière pour laisser place à la jeune génération. Mais c’est sans compter le malheureux drame survenu avec le décès prématuré de Yoshifumi Kondô, héritier le plus en vue, et celui de Yasuyoshi Tokuma, co-fondateur de Ghibli. Mais Miyazaki essaie pourtant de s’écarter au fur et à mesure. Pour cette raison, il n’aura été que producteur du prochain film, et nomma le jeune animateur Hiroyuki Morita réalisateur. Adapté d’un livre d’Aoi Hiiragi, Le royaume des chats ne rencontre pas le succès auquel Ghibli nous avait habitués. Perfectionniste dans l’âme, Miyazaki reprend du service et entame un autre projet d’adaptation et en assure la réalisation. Le Château ambulant, d’après le roman de Diana Wynne Jones (Le Château de Hurle), devait pourtant être réalisé par Mamoru Hosoda (Digimon). Un désistement de dernière minute qui remet en scelle le maître. Avec la renommée mondiale qu’il a acquise, ce ne fut pas étonnant que ce dernier film estampillé Ghibli soit un succès commercial. Et malgré des critiques moins enthousiastes que d’habitude, nous n’avons pas fini d’entendre parler du maître. 2005 est un année marquée par la sortie d’un nouveau film signé Miyazaki. Cependant, ce n’est plus Hayao mais son fils Goro Miyazaki qui se trouve être le réalisateur et scénariste de ce film nommé « Les contes de Terremer ». A nouveau, le studio Ghibli tente de renouveler son sang avec la nouvelle génération et force est de constater que le studio n’a pas de chance avec celle-ci. Suivant les traces du « Royaume des chats », ce nouveau film d’animation est un échec sur le plan qualitatif, un peu moins sur le plan économique sans pour autant faire des étincelles et ce malgré une production tout de même raisonnable. Les relations père-fils chez les Miyazaki semblent difficiles et Hayao , qui n’a jamais soutenu ce film, décide finalement sans surprise de reprendre le flambeau avec un nouveau film d’animation. Son nom : « Ponio sur une falaise », projet dont la trame scénaristique devrait être plus enfantine que jamais. Rendez-vous en 2008 pour de nouvelles aventures tout en espérant un retour prochain plus que probable d’Isao Takahata dans les couloirs du studio Ghibli.

Univers et thèmes

Ghibli

Totoro et Mei

Après autant de réalisations, impressionnantes pour la plupart, Ghibli et surtout Miyazaki s’est construit une véritable mythologie. Malgré les réticences du maître aux analyses poussées de son œuvre, on ne peut passer à côté de la récurrence des thèmes, révélateurs des passions des créateurs. Dans les films, rien n’est laissé au hasard, tout a une signification. Et par exemple l’on retrouve alors dans chaque Miyazaki, des héroïnes impressionnantes, aussi différentes soit-elles, encourageant le mimétisme et représentant chacune des valeurs bien précises. Les inspirations se chevauchent, se transcendent entre elles et forment un nuage incroyable et enivrant. Pour respecter les auteurs, considérons les points de réflexions qui suivent comme des pistes, des chemins pour nous guider dans les fabuleux voyages filmographiques dont il est question ici.

La femme enfant

S’il y a bien un élément essentiel dans l’imaginaire miyazakien, c’est la femme et l’enfant. Dans chaque œuvre, nous avons droit à une nouvelle représentation de la femme, un nouveau visage. Et pourtant, de la fillette à l’adolescente, de l’adulte à l’aïeule, il est évident qu’elles proviennent toutes d’un même archétype, décliné sur tous les âges de la vie. Chacune apprend quelque chose, chacune change tout au long de l’histoire et souvent la maturité est la finalité. Ainsi, le passage à l’âge adulte revient très souvent. Les plus braus exemples étant Kiki et Chihiro qui apprennent à vivre d’elles-mêmes dans un monde dur et étouffant.

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Chihiro

A la fois douces et téméraires, impulsives et vulnérables, elles doivent venir à bout d’un parcours initiatique. Pour généraliser, on peut aussi voir un mimétisme de la mère. L’héroïne tente de vivre grâce au savoir légué par ses aînées, tout en les imitant en quelque sorte. Encore une fois Kiki hérite des pouvoirs de sorcière de par son sang, Sheeta de Laputa se rappelle des enseignements de sa grand-mère et Dora se revoit en elle avec nostalgie. Bref, l’enfance est primée et mise en avant mais on n’oublie pas les mères, dont l’absence pousse leur fille à passer dans le monde des adultes. Un peu comme la louve qui chasse ses petits pour leur apprendre l’indépendance. Le lien parental est d’autant plus important, San, la princesse Mononoke, défend la cause de sa mère adoptive au point de renier ses propres origines ; Satsuki s’occupe des travaux ménagers et materne sa petite sœur, pendant que leur mère séjourne à l’hôpital (Mon Voisin Totoro). Entre la mère et la fille, l’adulte et l’enfant, les rôles vont parfois jusqu’à s’inverser ; l’un finit par épouser les gestes de l’autre. La femme adulte n’est pas laissée au dépourvue pour autant ; ainsi avec Dame Eboshi de Mononoke, Miyazaki nous montre la féminité forte, celle qui défit toutes les autorités et même les dieux pour aller au bout de son but. Un symbole de force guidant un peuple et se dévouant à lui, quitte à utiliser des moyens cruels.

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Dame Eboshi

Dans Le château ambulant, la femme et l’enfant fusionnent : frappée d’un sortilège, Sophie se voit condamnée à vivre avec l’apparence d’une vieille dame, sa conscience allant parfois même jusqu’à s’adapter à cet âge. Ce sont ses sentiments profonds qui lui permettent de retrouver sa jeunesse. Pourtant c’est dans ce corps fatigué et ridé qu’elle vit les plus fabuleuses heures de sa vie. Le corps féminin change, l’esprit s’adapte inévitablement avec, mais sa nature profonde elle ne disparaît jamais. Le regard sur la vieillesse, apaisé et affectueux, n’inspire aucune complainte. Sophie vieillit trop vite, Hauru ne grandit jamais : l’hésitation est reine. La vision la plus grande de la femme de Miyazaki est probablement la première, le personnage de Nausicaa, figure maîtresse de sa filmographie. Rêvant de la liberté, de justice, d’un passé heureux, princesse aussi devant accomplir ses devoirs, la médiatrice luttant contre la folie guerrière… Nausicaa résume à elle seule toute la complexité de la féminité vue par Miyazaki.

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Eloge de la planète

Un décor de Princesse Mononoke

Une chose frappe encore avec les films de Miyazaki. Les images parlent d’elles-même. Il tient tout particulièrement à nous donner une représentation aussi magnifique que possible de la nature. La qualité graphique de certains plans (souvent panoramiques et peints) est hallucinante de beauté et de richesse. Les plus belles illustrations sont sans aucun doute Nausicaa, Laputa, Totoro et Princesse Mononoke. Ce dernier exploite brillamment les quatre éléments (l’air, l’eau, le feu, la terre) par une palette de couleurs et de contrastes saisissants. La forêt du dieu-cerf (le shishigami) est un modèle de perfection et un inépuisable sujet d’émerveillement. On peut l’affirmer et il le revendique, Miyzaki est un protecteur de la nature à sa manière, bien qu’il se garde de se dire écologiste véritable. Il dénonce autant que possible la pollution qui ravage notre planète, notre nature, l’un des derniers bastions du rêve. Les figures emblématiques telles que Totoro, le dieu cerf, les kodamas hantent son univers. Pourtant, cette nature n’est pas qu’une entité bienfaitrice et Miyazaki le sait bien, elle recèle aussi de grands dangers, il ne faut pas l’observer et l’admirer naïvement. Tantôt protectrice (Mon Voisin Totoro), tantôt toxique (Nausicaä), tantôt déchaînée (Princesse Mononoké), la nature est bien plus qu’un simple ornement thématique. Très tôt, Miyazaki en a fait un personnage à part entière, à la fois craint et respecté.

Animalité

L’univers miyazakien est peuplé de créatures soit animales, soit spirituelles. Des créatures surgies de nulle part, si ce n’est de son imaginaire. Dieux animaux, kodamas (petits sylvains), un chat bus, Totoro, omus, un yak bouquetin, un ours chat, un renard écureuil ; tout ce beau monde forme un bestiaire particulier et charmant. Chacune d’entre elles possède une âme, une conscience presque humaine dirait-on.

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Le chat bus ^^

Ceci traduit une volonté de l’auteur de mettre l’homme à la place qui est la sienne, aux côtés des animaux. Le message ne s’arrête pas là, Miyzaki refuse que l’homme se voit supérieur aux animaux et c’est bien le plus important. Ainsi, dans Le voyage de Chihiro, il renverse la balance, l’homme n’est plus qu’un vulgaire esclave qui n’a pas droit à l’estime, au droit de cité, qui suinte… Quelques élus comprennent le langage des animaux, indiquant leur caractère bienveillant, leur profonde et pure nature intérieure. Les rapports humains/animaux sont tantôt conflictuels, tantôt paisibles, mais dans les deux cas, on s’éloigne de la vision mignonnette et enfantine de Disney, l’animal miyazakien possède son propre mode de vie, calqué sur celui des humains parfois, sa vie propre si je puis dire. La dualité entre les deux espèces va bien plus loin, au-delà des guerres entre espèces, des amitiés sincères, on assiste aussi à la fusion homme animal. Encore une fois la figure du dieu cerf revient : et pour cause, il possède un visage humain et un corps de cerf. Son pouvoir est encore plus symbolique : il peut donner la vie et la reprendre selon sa volonté, on voit la une représentation bien véridique. Les hommes s’entretuent et surtout tuent leur environnement, la nature donne la vie. Mais le schéma n’est pas aussi simple, les rôles peuvent s’inverser, la nature peut se déchaîner avec une violence incomparable et l’homme devenir une entité protectrice, bienveillante et donner la vie à son tour.

De son côté, Isao Takahata y a mis également du sien grâce à son Pompoko. Il existe au Japon certaines légendes tournant autour des tanuki ( des sortes de raton-laveurs) et d’autres bêtes telles les kitsune ( des renards). Takahata s’est servi de ces légendes pour construire une histoire drôle et pleine de perspicacité sur la destruction de l’environnement naturel japonais du à l’expansion progressive des villes et, derechef, au déboisement. L’une de ces légendes raconte que les Tanuki ne sont pas aussi sauvages qu’il y paraît et sont en réalité capables de prendre la forme de n’importe quel objet ou être vivant grâce à un pouvoir mystérieux. Doués d’une intelligence quasi « humaine », la destruction de leur habitat et la proximité de l’homme a tendance à les rendre stupide et sauvage, effaçant toute la malice dont ils peuvent preuve et toutes leurs capacités surnaturelles. Lassés de rester en perpétuelle fuite, les tanukis se devaient de réagir et leur riposte risque fort bien d’être marquante.

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Comme un cri de guerre passif contre les déboisements massifs et autres violences faites à notre planète mère, Pompoko se propose de moraliser le spectateur dans la joie et la bonne humeur d’une comédie légère qui ne manque pas de piquant et de « couille » et ce au travers du destin d’animaux forts sympathiques que les tanukis. Apocalypse et Technologie

Etrangement, les auteurs japonais sont profondément préoccupés par le sujet de la technologie et de la guerre, du danger qu’elles représentent, de la terreur qu’elles peuvent inspirer et produire. Ceci vient probablement de 2 grands moments de l’histoire : la seconde guerre mondiale et aussi le test de la bombe nucléaire sur Nagasaki et Hiroshima. Les fans pensent alors tout de suite à Le tombeau des lucioles de Takahata. Ce film qui prend aux tripes est un hommage aux victimes de la chute du Japon durant la deuxième guerre, un hommage en particulier à un auteur ayant écrit un livre semi autobiographique concernant cette période horrible (le film en est l’adaptation). Au-delà du choc physique que fut cette descente aux enfers pour l’armée japonaise, le film s’attarde essentiellement sur le choc psychologique et social immédiat de cet évènement au Japon. Preuve en est la première phrase ennoncée : « La nuit du 21 septembre 1945, je suis mort... », Phrase terrible mettant aussitôt à plat les intentions du films. Ainsi nous suivons le jeune Seita et de sa petite sœur Setsuko qui doivent tenter de trouver un moyen de survivre malgré la misère grandissante qui les frappe. Un regard profondément humain est porté sur le destin malheureux et douloureux de ces 2 orphelins, un regard qui n’exclue aucune facette de leur vie, aussi misérable soit-elle : le laisser-aller de Seita qui profite de la générosité de sa tante, le manque d’argent qui le force à voler la nourriture dans les champs et les maisons durant les alertes au bombardement, son impuissance face à la mort de sa sœur, dont il est inévitablement responsable. Voilà quel genre de tragédie une guerre est capable de produire et c’est le rôle de ce film de nous ouvrir les yeux sur cette vérité.

A l’instar de Katsuhiro Otomo et son chef-d’œuvre Akira, Miyazaki répond à cette angoisse. Les messages sont nombreux et on pense notamment à Laputa et sa civilisation antique et suprême, détruite par sa propre technologie. On pourrait aussi citer Princesse Mononoke, où l’homme détruit la nature pour le profit, nature qui tente de reprendre ses droits : La rébellion des sangliers, le dieu cerf qui provoque la destruction de sa propre forêt et menace le monde entier.

Ghibli

Le Shishigami durant la nuit (Dieu-cerf) Nausicaa n’est pas à oublier car on y voit un monde post-apocalyptique : les « 7 jours de feu » ont anéantis la civilisation industrielle et donné naissance à des forêts toxiques. Bref, des éléments importants du message global de Miyazaki, que l’on pourrait placer en corollaire du paragraphe « Eloge de la planète ».

Aviation et Mémoire

Miyazaki recèle une autre passion : l’aviation. Et celle-ci remonte à l’âge de 11 ans, où il rêvait de posséder déjà son propre hydravion. A cette époque, avant d’apprendre à dessiner les humains, Hayao avait le loisir d’apprendre la mécanique et de s’intéresser aux machines. Le métier de son père lui permettait d’observer des hélices et des moteurs d’avions. Jules Vernes et Saint-Exupéry sont parmi ses auteurs favoris. Les machines volantes sont ainsi des éléments récurrents de son univers : l’hydravion de Marco, le planeur de Nausicaä, le dirigeable du Château dans le ciel. Le nom de Ghibli porte lui-même une connotation aérienne.

Ghibli L’hydravion de marco

Nausicaa sur son planeur

Et le générique du Château dans le ciel s’ouvre sur des croquis de maquette d’avions et montre des machines volantes gigantesques portant tout un peuple. Pour aller plus loin, on peut voir aussi cette passion dans sa narration. Ses héros finissent tous par partir pour accomplir leur devoir. Ils prennent un nouveau départ et sillonnent parfois le ciel et la Terre. Les films commencent souvent par un exil ou un déménagement. Dans Princesse Mononoké, Ashitaka quitte son village natal pour partir à la recherche du dieu-cerf. Pour accomplir ses devoirs de sorcière, Kiki doit vivre séparée de sa famille. Exilée de force, Nausicaä parcourt le monde pour prévenir une guerre imminente. Pour Miyazaki comme pour ses personnages, l’envol constitue un passage obligé et un moment clé de la narration. Et après tout, ne dit-on pas « s’envoler de ses propres ailes » ? Sa passion du vol se retrouve aussi dans son animation, Miyazaki part à la conquête du ciel en restituant à l’écran une véritable plénitude du mouvement. Ceci se couple à une nostalgie non dissimulée. Chaque envol est synonyme d’exaltation, de plaisir intense, d’une folie d’enfant. Tombo et sa bicyclette à hélice, Kiki et son balai de sorcière, Mei et Satsuki agrippées au ventre de l’énorme Totoro , Chihiro dormant sur les écailles d’un dragon volant…

De même, Mon voisin Totoro exprime également cettte volonté de faire ressurgir la mémoire. Mémoire d’un enfant dont la tête est pleine de rêves tous plus fous les uns que les autres. Sous une autre forme d’expression, le souvenir est également représenté dans ce film au travers des aventures de Mei et Satsuki avec cette grosse peluche grise qu’est Totoro. Un amis imaginaire (ou peut être pas… qui sait ?) que l’on retrouve à chaque fois avec un plaisir immense tant il incarne à la perfection l’imaginaire de n’importe quel enfant sommeillant encore en nous.

Fasciné également par cette relation entre la mémoire des gens et leur comportement, Isao Takahata pensa également à faire un film dédié à ce sujet. Si tu tends l’oreille (Omoide poro poro) met en scène la vie d’une jeune femme, Okajima Taeko décidant de partir se ressourcer à la campagne tout en participant aux lourdes taches d’une ferme. La question qui la tarraude tout au long de son séjour est la suivante « Que faire de ma vie ? ». Ce sera l’occasion pour elle de revenir sur différentes périodes de sa vie et en particulier son enfance pour finalement se rendre compte que sa vie n’a jamais été toute tracée. On retrouve ici également cette influence du passé sur le présent, influence d’autant plus importante dans ce film qu’elle détermine les réponses aux questions qui y sont posées.

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Sous une dernière forme, la mémoire tient également une place prépondérante dans les autres réalisations de Takahata que sont Le tombeau des lucioles et Pompoko. Mais cette fois-ci, il ne s’agit plus de sonder l’enfance mais l’histoire et la mémoire commune. Le premier cible la période de la Seconde Guerre mondiale en se concentrant sur les horreurs qu’elle a pu commettre. Tandis que le second vise les traditions japonaises qui avaient pour but de garder un certain contact avec la nature, dans un rapport de respect et de reconnaissance envers elle.

En se remémorant ces instants de bonheur et/ou de malheur intense, les souvenirs proches ou lointains ressurgissent pour faire s’entrelacer le passé et le présent et amener les grandes révélations. Toute la magie de Miyazaki et des films de Takahashi provient de ce mélange, de cette confusion entre le vécu et le présent. Astron


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4 Messages de forum

  • Petite confusion

    18 juin 18:25, par Sesshômaru

    Dossier très intéressant et bien construit. J’ai particulièrement aimé la partie sur les rôles féminins et leur symbolique chez Miyazaki. Merci ^^

    Seulement il y a une petite erreur vers la fin : "Omoide poro poro" se traduit par "Souvenir goutte à goutte" quelque chose comme ça il me semble. "Si tu tends l’oreille" (Mimi wo sumaseba) est aussi un film Ghibli mais totalement différent, basé/s’inspirant/faisant référence aux romans et manga mettant en scène Baron entre autre (la statuette de chat ayant une âme que l’on retrouve aussi dans "Le Royaume des chats").

    Répondre à ce message

    • Petite confusion 18 juin 21:09, par sh4ol4n
      MERCI pour ta remarque^^, mais apparament il y a plusieurs traductions possible de cette phrase qui est un petit jeu de mots. Mais je reconnais pour ma part que ta vision apporte une vision différente du sujet^^

      Répondre à ce message

      • Petite confusion 21 juin 09:32, par Sesshômaru

        Heu... non non ^^" "Omoide poro poro/Souvenirs goutte à gouttes" est bien un film différent de "Si tu tends l’oreille/Mimi wo sumaseba" (j’ai vu les deux, je pense savoir de quoi je parle n_n").

        Il a été réalisé par Isao Takahata et date de 91 il me semble. Personnellement je ne l’ai pas trop aimé, un peu trop lent et difficile à accrocher aux personnages.

        Quand à "Si tu tends l’oreille/Mimi wo sumaseba" il est de feu Yoshifumi Kondô (Miyazaki y a lui-même bossé en tant que directeur artistique ou pour l’animation je sais plus), et date de 95. Celui-là par contre je l’ai adoré, surtout pour le côté musical. Ça parle d’une lycéenne qui se découvre une réelle envie d’écrire et après être tombée chez un antiquaire sur la statuette de Baron, écrit une histoire où il aide une jeune fille... se qui rappelle donc automatiquement "Le Royaume des Chats". C’est vraiment un film à voir pour plusieurs raisons si on aime les films de Miyazaki je trouve ;)

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        • Petite confusion 21 juin 12:20, par sh4ol4n
          Ah oui, intéressant, en même temps les œuvres et tout ce qui gravite autour du studio Ghibli sont tellement énormes, tu pourrais m’envoyer un mail à l’adresse suivante, j’ai quelques questions à te poser : sh4ol4n@shinmanga.com ! merci^^ de tes éclaircissements.

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