De nos jours, shônen rime avec Naruto, Bleach, One Piece. Ces dernières demeurent sympathiques sans toutefois rassembler le plus grand nombre de fans au Japon.

Soul Eater, lui, est une singulière série pratiquant le second degré à foison, née des mains du génialissime Ohkubo Atsushi. Vous vous laissez embarquer dans un univers fantastique avec une pointe d’humour délectable dès les premiers instants. Le manga produit par Square Enix compte actuellement 11 volumes au Japon et l’adaptation, pas moins de 51 épisodes (studio BONES) actuellement en cours de diffusion sur Tv Tokyo (de Avril 2008 jusqu’à 2009).

Le studio BONES confie à Takuya IGARASHI, la réalisation de la série Soul Eater, connu pour son travail minutieux et parfaitement maîtrisé qui travailla à ses débuts chez Toei Animation sur Sailor Moon. Ensuite, Takuya IGARASHI s’était préalablement chargé du magnifique shôjô Utena ainsi que du sublime seinen Mushishi.

Soul eater (Atsushi OHKUBO / studio BONES)

Soul Eater baigne, lui, dans un autre registre et reste, pour l’heure, la plus grosse vente Shônen au Japon de l’année 2008. L’engouement du public japonais pour le manga n’a pas laissé le studio BONES indifférent. Réputé par son remarquable travail d’adaptation de manga, à l’instar de Full Metal Alchimist (2004), de Jyu Oh Sei (2006) ou de The Skull Man (2007), BONES, en effet, n’a pas son pareil pour flairer les séries originales et captivantes.

Tout l’intérêt de Soul Eater réside dans la diversité des personnages aussi caricaturaux qu’originaux. L’ascension de trois élèves de l’académie de Shibusen est le fil conducteur de l’histoire. L’académie accueille les futurs Shinigami dirigée par La Mort elle-même, sous le nom, de Shinigami-sama. Chaque élève possède une arme qu’il doit progressivement forger pour en faire une Death Scythe afin d’obtenir le rang de Shinigami.

Toutefois, pour atteindre cet objectif, l’arme doit dévorer 99 âmes plus 1 âme de sorcière, être extrêmement rare. Un périple difficile et particulièrement décourageant attend Maka, Black Star et Death The Kid. Ce tortueux chemin mènera nos protagonistes face à des êtres malfaisants prenant un malin plaisir à faire souffrir les hommes, et n’hésitant pas à s’abreuver d’âmes humaines pour devenir des « Kishin » (être démoniaque nourri d’âmes humaines leur conférant d’immenses pouvoirs). C’est dans un tel contexte que des missions sont soumises aux élèves afin de rétablir un équilibre entre Lumière et Ténèbres.

Toutefois, l’innovation de la série repose sur le système comparable aux « Fantômes » et à « l’OverSoul » présents dans le cultissime manga, Shaman King. En effet, dans l’univers Soul Eater, le manieur symbolise le pacte entre la volonté et l’arme. Par ailleurs, l’équilibre entre le manieur et son arme est complémentaire ; l’un ne peut s’épanouir sans l’autre. Nous avons dans cette histoire aussi le symbole du Yin et du Yang. La femme symbolisant la Lune (Yin) et l’homme le Soleil (Yang). La volonté unit à la force, c’est sous cette alliance que le rôle du manieur prend son ampleur.

La synchronisation de l’âme du manieur et de l’arme doivent être en parfaite harmonie pour atteindre une symbiose. C’est à ce moment-là qu’intervient la résonnance de l’âme (Tamashi no Kyômei) permettant une attaque spéciale dévastatrice et surtout témoignant de l’harmonie entre les deux âmes, indispensable pour tout élève désirant devenir shinigami. Des scènes d’actions parsèment la série et il fallait que les combats reflètent une intensité spécifique pour que le spectateur puisse se laisser attirer par l’attraction de l’histoire. François de Salignac a dit un jour : « Avant que de se jeter dans le péril, il faut le prévoir et le craindre. Mais quand on y est, il ne reste plus qu’à le mépriser. ». Et à postériori, chaque affrontement est une réussite aussi bien technique qu’artistique où la détermination des personnages captive indubitablement !

soul eater

Ce qui surprend dans Soul Eater est avant tout son graphisme très coloré et de son style gribouillis laissant une impression de déjà-vu tout en restant unique. Ajouté à une histoire très rythmée par le subtil mélange entre aventure (partie scénaristique) et action (scènes de combats, situations explosives, etc.), puis d‘un humour décalé, le résultat est sans appel, une extase perceptible tout au long des épisodes. Soul Eater réussit sa mission : Divertir !

Il convient de noter que dans l’histoire, « Dieu » a établi l’âme dans la libre détermination d’elle-même, de sorte qu’il ne veut rien lui imposer au-dessus de sa libre volonté, ce qui est parfaitement retranscrit à travers la fouge et l’ardeur des personnages.

C’est ainsi que la série nous emmène au coeur de l’académie de Shibusen où Maka, fille de l’union d’une manieuse hors pair et de sa Death Scythe meurtrière, est affilié à Soul, un jeune garçon blasé, qui prend l’apparence d’une Faux. Derrière son air détaché, Soul souhaite devenir le plus puissant Death Scythe et entretient une relation ambigüe avec sa manieuse.

Maka est une étudiante réfléchie analysant toujours l’environnement qui l’entoure et son adversaire avant de se lancer dans un combat.

Contrairement à l’intrépide Black Star, le comique de service, descendant direct d’une célèbre famille d’assassin Ninja (Hoshizoku, la Famille de l’étoile) particulièrement sanglante, est affilié à Tsubaki, une jeune ninja calme et réfléchie prenant la forme d’arme blanche. Bien que Black Star soit un redoutable guerrier, son attitude déconcertante et son inlassable désir de devenir l’homme le plus célèbre au monde l’entraine souvent dans des situations loufoques. Sous l’apparence d’un écervelé, il se montre pourtant très perspicace lorsqu’une situation le touche personnellement.

soul eater

Enfin, le spectateur découvre le charismatique Death the Kid, fils de Shinigami-sama, associé aux sœurs Thompson (Liz et Patty) prenant l’apparence d’armes à feu. Son but ultime étant d’accroitre sa puissance, Death the Kid, shinigami de son état, décide de s’inscrire à l’école afin d’accéder à certaines missions réservées uniquement aux étudiants de Shibusen. Bien heureusement pour les spectateurs, Kid souffre d’un trouble obsessionnel compulsif de la symétrie. Cette obsession nuit gravement à ses missions, d’où le rôle primordial des sœurs Thompson (Liz et Patty) pour canaliser sa névrose qui prend des proportions énormes pour notre plus grand plaisir (par exemple, il peut partir au beau milieu d’un combat, pour vérifier si le tableau de sa chambre est parfaitement parallèle au sol, tout en laissant ses armes combattre seules).

Avec pas moins de 18 personnages récurrents, Soul Eater se veut avant tout convivial, avec une animation aboutie, un humour réussi et une histoire riche en rebondissement. La série possède d’innombrables atouts qui ne laissent pas indifférent. A ce rythme, Soul Eater à de beaux jours devant lui et nous ne pouvons que féliciter le studio BONES d’avoir adapté cette petite perle et l’éditeur KAZE qui a pris l’initiative de licencier ce bijou.