Lorsque j’ai appris qu’avec Pluto, Urasawa avait repris Astroboy de Tezuka, je me suis dit que le résultat pourrait être intéressant. Je garde en mémoire le travail réalisé avec say hello to black jack alors même que j’étais à l’époque plutôt réticent à lire une « adaptation » d’un manga que j’avais énormément apprécié.
Avec Pluto, Urasawa tente certainement de rendre hommage à l’œuvre dont la lecture l’a amené à devenir mangaka, à savoir Astro boy. Rien que le fait qu’Urasawa reprenne Tezuka est en soit surprenant. L’univers d’Urasawa est quelque peu différent de celui de Tezuka, surtout lorsque l’on connaît le rapport entre Tezuka et le Gekiga, véritable père du seinen moderne (Yoshihiro Tatsumi (investigateur de la notion de Gekiga) "En fait, Tezuka n’aimait pas trop le style gekiga. Quand le marché des librairies de prêts a eu moins de succès, j’ai déménagé à Tokyo où j’ai rencontré à nouveau monsieur Tezuka. Mais il a dénigré ce que je faisais, il désapprouvait ma démarche (source, interview sur Arte)) [on est d’accord, Tezuka a un peu fait du gekiga malgré tout]. Je pense que s’ils avaient été strictement contemporains, les deux auteurs n’auraient sans doute pas été sur la même longueur d’onde, du moins en concurrence.
Quoi qu’il en soit, Urasawa a remporté le prix Tezuka en 2005 avec Pluto, laissant présupposer un certain niveau de reconnaissance.

Qu’ai-je pensé de Pluto ?
En fait, après la lecture de quelques tomes, mon sentiment est un peu partagé. Je ressens à la fois de la satisfaction et une certaine déception.
Satisfaction car l’auteur m’a livré ce que j’attendais. Une reprise de Astro boy en y apportant son phénoménal savoir faire narratif. Le lecteur est ainsi plongé dans un mélange complet d’univers et vie ce thriller avec intensité. Mais (car il y a un mai, ce blog devrais d’ailleurs s’intituler, Mais !) les connaisseurs de Urasawa ne peuvent qu’être déçu. Urasawa a livré un tel chef d’œuvre dans la thématique thriller/science fiction avec twenty century boy que la barre à atteindre est quasi impossible à atteindre. La seule solution pour l’auteur serait presque de changer de registre. C’est un peu comme Raphaël Nadal sur terre battue. S’il gagne à nouveau roland Garros en jouant son meilleur tennis, on sera satisfait mais on le serait autrement s’il remportait l’US open (bon, la comparaison est maladroite, mais l’idée est là). Après tout, les grands maîtres ont souvent du trouver de nouvelles sources d’inspiration, créer de nouveaux courants artistiques pour se dépasser.
Certains diront peut être que je fais la fine bouche et quelque part, ils auront raison. Comparé à d’autres mangas de pacotilles, Pluto est vraiment bon. Mais on en attend toujours plus des meilleurs dirons nous.

Revenons un peu sur Pluto et définissons au moins des contours de cette œuvre. L’histoire se situe dans un univers futuriste relativement proche du notre . Le monde entier a livré une guerre importante contre l’empire Darius qu’il a fini par remporter à l’aide de robots « supérieurs ». Des années après cet événement, chacun de ces robots supérieurs est mystérieusement assassiné. L’un de ces robots, l’inspecteur Gesicht mène l’enquête. A travers son enquête, il sera amené à se plonger dans son passé et nous plongera dans une guerre violente entre robot. Chaque tome sera également l’occasion de découvrir, de comprendre ces robots modernes aussi proches qu’éloignés des êtres humains.
Bon, le parallèle avec Blade Runner (adaptation du livre Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de l’excellentissime Philip. K.Dick), le cycle des Robots « azimovien » ou le film « Watch men » est aisé. Finalement, un beau mélange de ces différents films, ouvrages associés à l’univers de Tezuka et à la patte de Urasawa donne Pluto. Alléchant tout de même, non ?
Sur le scénario, que dire si ce n’est que comme à son habitude, Urasawa parviendra à vous donner envie de lire la page suivante et vous accrochera tout au long de votre lecture. Une excellente maîtrise du sujet mené par son sens inné de l’intrigue. Chaque personnage dispose de son lot de mystère et a véritablement « une histoire », même si le tout ce concentre essentiellement sur des robots. Comme toujours, l’auteur ne se privera pas de profiter de son oeuvre pour traiter certaines "thématiques" de manière assez réfléchi comme la mémoire, la guerre, ou le questionnement de soit.
Graphiquement, vous reconnaitrez très rapidement les traits de l’auteur de Master Keaton et de Monster. Précis, fouillé, clair, alliant chara design réaliste mais percutant et décor travaillés. Bref, chaque planche est un plaisir à lire et le découpage, associé au talent narratif de l’auteur, est efficace. Urusawa parvient également avec son trait plus au moins appuyé à dramatiser certains passages de la meilleure manière.
Pluto est ainsi clairement un bon achat sur lequel tout lecteur pourra se diriger les yeux fermés. Malgré tout, j’espère qu’Urasawa pourra (voudra ?) développer un site radicalement différent d’ici la fin de sa carrière !




Commentaires
1. jeudi 12 mai 2011 attime 12:06, par Passant
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