Paprika (satoshi Kon ) note 8,5/10Il est toujours difficile de commenter, critiquer une oeuvre Satoshi Kon. Pour preuve, je prendrais la critique de "Paprika" dans l’animeland. Cet article évoquait une soit disante "homophobie" perceptible dans son oeuvre. Malgré toute mon attention, il ne me semble pas avoir vu d’homophobie, si ce n’est qu’effectivement, le "grand méchant" serait homosexuel. Et alors ? il aurait pu à mon sens parfaitement être hétérosexuel. Satoshi Kon a choisi que l’un de ses personnages soit homosexuel, mais bon, un des deux "méchants" est bien hétérosexuels. Bref, tout ça pour dire que toute interprétation est souvent dangereuse. Malgré cette difficulté, je vais me mouiller pour donner mon interprétation "personnelle" de l’oeuvre de Satoshi Kon avec toute la modestie possible.

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Une histoire

Pour rappeler brièvement l’histoire, un groupe invente le Dc mini, un appareil permettant à son utilisateur de pénétrer dans les rêves d’autrui. Cet appareil devait révolutionner le monde de la psychanalise et permettre de soigner plus facilement les patients par l’intermédiaire de leur rêve. Le docteur Atsuko Chiba, co inventeur du projet est l’utilisatrice principale du DC -mini. Lorsqu’elle intervient dans le rêve de ses patients, elle devient Paprika, une jeune fille assez éloignée d’elle, plutôt joviale et pleine de compassion.

Malheureusement, le DC mini va être volé. Toute l’histoire tournera autour de l’enquête sur le vol du DC-mini.

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des symboles

Et oui ! j’avais promis de ne pas me livrer à de funestes interprétations mais chaque oeuvre de Satoshi Kon est trop tentante (je ne suivrais donc pas le conseil de l’auteur "Ne cherchez pas à comprendre mon film. Installez-vous confortablement et laissez-vous emporter par le tourbillon d’images de mon film").

Tout d’abord, un point m’a beaucoup impressionnée. Le rêve et la réalité s’imbriquent complètement dans ce film, et cette imbrication donnent un résultat apparemment extrêmement confus (en effet, si je devais prendre le film séquence par séquence, ce perpétuel mélange de rêve et de réalité me semblerait sans doute confus). Or, le film m’a paru d’une grande limpidité et j’ai l’impression de plutôt avoir bien ressenti les messages que souhaitait faire passer l’auteur. Peut être ais je un peu mûri depuis "Perfect blues", mais en tout cas, si je prends d’autres oeuvres tentant d’aborder le rêve (à la manière d’un ghost in the shell innocence), elles me paraissaient beaucoup moins clair. D’ailleurs en parlant de ghost in the shell innocence, j’ai retrouver certaines similitudes avec Paprika. En effet, la plongée de Paprika dans le rêve de ses patients m’a rappelé le major plongeant dans le ghost des personnes. On retrouve aussi certains aspects de la parade, entre fiction, rêve et réalité, mais aussi la perpétuelle image d’une poupée ou d’un robot, réceptacle de consciences humaines dans le domaine du rêve.

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Pour plus de précisions dans cette vraisemblance, reprenons les termes mêmes de Mamoru Oshii : "Récession économique, licenciements massifs, criminalité... Nous vivons dans un monde effrayant et cruel. Je travaille depuis longtemps dans l’animation - un univers particulièrement dur - et, pour dire la vérité, je suis las des gens en générale. Parfois, je me demande si je ne devrais pas couper tout contact avec les êtres humains et passer le restant de mes jours chez moi, à Atami, à me détendre dans les sources thermales. Je me sens vieux. Tous les jours, je dois me forcer pour aller travailler. C’est cette culture de la peur et de l’inquiétude dont je veux rendre compte de manière visuelle. Ce film parle de l’avenir de l’humanité, un sujet qui me passionne.

Il n’y a pas d’êtres humains dans Ghost in the Shell 2 : Innocence. Les personnages sont tous des poupées à forme humaine, des robots. Les hommes ont toujours créé des robots à leur image. Je me demande bien pourquoi. Il me semble en effet que le corps humain n’est pas la forme la plus adaptée pour les robots industriels, par exemple. Pourquoi les gens font-ils des choses aussi illogiques ?".

Certes, Ghost in the shell utilise poupée et robots de façon différente que Paprika, mais on retrouve à mon sens plutôt bien ces thèmes des peurs et inquiétudes de l’être humain moderne. Ghost in the shell innocence aborde peut être ces questions avec plus de poésie et de façon moins directe (j’entends par direct que dans Ghost in the shell innocence, il faut aller chercher les indices alors que dans Paprika, ce sont les indices qui viennent à nous).

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Pour étayer mon propos, je reprendrais toute la symbolique que je crois avoir perçu dans Paprika (j’ai bien précisé, je crois, loin de moi l’idée d’avoir la science infuse).

Premièrement au niveau de l’opposition de vision de l’avenir entre les créateurs du DC mini, espérant écrire une nouvelle page dans l’histoire de la psychologie, et le directeur de la firme qui n’y voit lui qu’une nouvelle dérive de la technologie, portant atteinte au dernier rempart de liberté d’un individu, ses rêves. La symbolique de cette confrontation est assez bien représenté par le moment où Paprika se transforme en Sphynx. Si l’on reprend la lutte entre oedipe et le Spynx, il s’agit de la victoire de l’homme sur une créature tenant du mythe par la sagesse (mais les autres symboles sont nombreux, comme le roi-singe dans la paume de Bouddha etc.)

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Ensuite, au niveau de la symbolique à proprement parler, "Paprika" retranscrit à mon avis, toute la palette de vices et de désirs refoulés par les êtres humains. On retrouve assez bien le 7 péchés capitaux :

- La paresse (qui doit être compris selon son sens originel " consiste à ne pas avoir le courage de faire ce qu’il serait en principe nécessaire qu’on fît, pour soi ou pour les autres, afin en général de vivre mieux " [1]) est bien représentée par le coté enfantin Otaku du Dr. Tokita et de Himuro. Surtout par Himuro lorsque Tokita et Chiba visite son appartement, véritable décharge d’objet en tout genre et repère d’un être insociable obsédé par son sujet.

- L’orgueil, plutôt bien représenté par le directeur de la firme dont les démons l’entrainent à littéralement se prendre pour un dieux vivant.

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- la gourmandise, avec la scène où Tokita englouti littéralement une somme de plat incroyable, amenant le docteur Chiba et le rappeler à l’ordre sur son obésité, et rappelant aussi qu’il doit être une forme de mal être

- la luxure, avec la scène où paprika est à deux doigt de se faire violer par le docteur jaloux de Tokita

- L’avarice (j’avoue ne pas pas avoir trouvé de référence dans le film)

- la colère, représentée à la fois par le directeur de la firme et son sous fifre, traversant tout deux un moment de pure folie

- l’envie, la encore représentée par ces deux mêmes personnages, le directeur n’acceptant pas que "son homme" désir tant paprika, et cet homme n’acceptant pas que Paprika alias le docteur Chiba est choisi le Tokita.

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De plus, nous retrouvons, la mégalomanie, le désir de pouvoir et tout un tas de sentiments refoulés par les personnages, la dualité du personnage principal Chiba/Paprika le démontrant assez bien. Il faut y ajouter à cela, l’histoire du détective, qui traverse littéralement tout le film, et qui reprend la encore toutes les facettes du personnages.

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Vous l’aurez compris, l’univers de Paprika est immensément riche, peut être trop pour certain. Pour moi, Satoshi Kon a retenu une perception assez juste de l’être humain, à savoir, chaque être humain possède de multiples facettes, et au fond de lui, tous ses désirs refoulés. Et la somme de toutes ces facettes font de nous ce que nous sommes.

Une technique maîtrisée

Techniquement, Paprika est une excellente oeuvre. La Bande originale pris à part n’aurait pas grand intérêt mais trouve toute sa dimension avec ce film un peu déjanté. De même, c’est un festival de couleur, un véritable salmigondis d’univers suivant un rythme effréné. Une seule remarque peut être, certaines longueur au niveau de la répétition des scènes. Par exemple, le fait que la scène du rêve du détective soit répétée tant de fois n’était peut être pas nécessaires et ces répétitions entraine peut être quelques longueurs. Mais bon , ne faisons pas la fine bouche, pour moi, Paprika est une véritable réussite artistique. Certains critiqueront peut être son coté plus accessibles que d’autres de ces oeuvres.

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Pour conclure, je dirais que Paprika est une oeuvre unique, riche d’un point de vue scénaristique et psychologique, là où tant d’autres auteurs auraient pu lamentablement échouer (on le voit en film avec des reprises de livre de science fiction rarement à la hauteur). Un must à voir et à revoir pour en déceler toute la finesse, surtout qu’il s’agit de la dernière oeuvre de Satoshi Kon sur la thème du rêve !

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[1] source wikipedia->http://fr.wikipedia.org/wiki/Paresse