Voici un article que je vais sans doute publier pour le quotidien suisse Daily movies "spécial asie".

Osamu Tezuka, souvent surnommé le « dieu du manga » indiquait à propos de son œuvre « je ne les considère pas [mes dessins] comme des images – je pense à eux comme à des hiéroglyphes… En réalité, je ne dessine pas. J’écris une histoire avec un type unique de symbole ». Par cette phrase, Tezuka évoque simplement le lien fondamental entre le 7ème art (le cinéma) et le 9ème art (la bande dessinée, manga signifiant « bande dessinée japonaise »), dont les sources remontent aux e-makimono, rouleaux peints invitant le lecteur à suivre une histoire au fur et à mesure que le rouleau se déroule. Isao Takahata (studio Ghibli) indiquera d’ailleurs qu’il retrouve des éléments du cinéma et des animes dans ces emakimono. Depuis, cinéma et manga se sont développés tout en restant intimement liés.

Manga et Cinéma : deux univers en interaction

Le manga : des techniques empruntées au cinéma

L’invention du manga moderne est souvent attribuée à Osamu Tezuka. Né en 1928, l’auteur est rapidement initié au manga par sa mère, tandis que son père lui ouvre les portes de la cinématographie et permet à Tezuka de s’initier à la caméra. Ce mélange d’inspiration influera à jamais le jeune Tezuka. Tout aussi inspiré par le cinéma, Walt Disney que les mangas, Tezuka développe son propre style après la deuxième guerre mondiale, utilisant un découpage des cases proche du cinéma. Dans ses mangas, Tezuka propose ainsi de voir une scène sous plusieurs angles, avec différents cadrages, rappelant ainsi les mouvements d’une caméra.

Chaque action fait l’objet d’une décomposition, à la manière d’un « story board », permettant de renforcer le dynamisme des scènes. Tezuka utilisera aussi ces effets pour renforcer l’aspect dramatique d’une scène ou l’expressivité des personnages. En réalité, les prémices de cette technique étaient déjà utilisées avant la guerre chez d’autres auteurs comme Noboru Ohshiro. De plus, avant la guerre, s’est développé au Japon le « Kamishibai », un petit théâtre de papier ambulant où les images défilent pendant qu’un conteur narre une histoire. De nombreux mangaka ont commencé par le« Kamishibai » (comme Shigeru Mizuki) qui peut être considéré comme un « ancêtre » du cinéma.

Dans tous les cas, ce style emprunté au cinéma sera développé par de nombreux auteurs, utilisant des trames (correspond au fond de l’image et remplace souvent les décors). Par exemple, la multiplication des traits en décor permet de rendre une impression de vitesse, et de petites fleurs peuvent permettre de donner un coté « glamour » à la scène (cela remplace un peu la musique ou les jeux de lumières).

Les adaptations de manga au cinéma

En raison du succès croissant du manga, il n’est pas surprenant que les titres les plus importants aient été adaptés au cinéma. Autrement appelés « Live action », ces adaptations sont aujourd’hui monnaie courante, n’en témoigne l’adaptation des mangas « Nana », « Death note », « 20th century boy » etc.. Malheureusement, les films ne sont que trop souvent de fades reprises, mettant en scène des acteurs peu crédibles avec un scénario et un univers souvent loin de la richesse de l’œuvre originale. La nouvelle adaptation de « Dragon Ball » semble être l’apogée de cette triste réalité. Néanmoins, tapis dans l’ombre se cache un grand nombre de projet colossaux. Si le scénariste est toujours inconnu, les studios Fox préparent en ce moment l’adaptation de Cowboy bebop avec Keanu Reves dans le rôle de Spike Spiegel. James Cameron travaillerait également depuis des années sur l’adaptation de Gunm. En attendant, vous pourrez toujours vous régaler avec l’excellente adaptation du manga Old boy par Park Chan-wook, tandis que Steven Spielberg se penche sur un remake américain ! Comme quoi, tout n’est pas perdu !