Récemment sorti aux éditions de la Martinière, j’avoue m’être précipité sur ce titre préfacé par le grand frederick L. Schodt que je respecte beaucoup. Sa réception et sa lecture ne m’ont en rien déçu malgré le prix relativement important de l’ouvrage (28 euros).
Tout d’abord qu’est ce que le manga Kamishibai ?
Si vous avez lu mon étude sur le manga (http://www.shinmanga.com/le-manga-selon-shinmanga.html), ou d’autres ouvrages sur le manga, vous savez sans doute que les Kamishibai sont de « petits théâtres de papier ambulants où les images défilent pendant qu’un conteur narre une histoire ». Malheureusement, malgré mes recherches sur le sujet, je n’étais jamais parvenu à trouver un ouvrage satisfaisant . Le mal est aujourd’hui réparé grâce au journaliste Eric P. Nash.
J’ai tout simplement dévorer l’ouvrage, même si certains passages m’ont forcément paru déjà connu, notamment lorsqu’il est fait référence à des racines communes aux mangas comme les Akabons, les kibyôshi et lorsque l’on remonte plus loin, au Chôjûgiga .
L’auteur est parvenu à mettre en exergue toute la richesse visuelle, pédagogique de ce théâtre de papier en commençant par sa naissance, dans les années 30, à Tokyo « comme le vent au coin d’une rue » jusqu’à sa mort, avec l’apparition de la télévision. La fin tragique de ce monde imaginaire sur lequel a travaillé de nombreux auteurs remarquables comme Shigeru Mizuki (spécialiste du fantastique), Sanpei Shirato (Kamui Den), Kazeo Koike (Lone Wolf), également reconnus comme d’éminents auteurs de mangas, et d’autres, moins connus comme Koji Kata ou Takeo Nagamatsu pose nécessairement la question de l’avenir du manga dont les chiffres semblent chuter au Japon d’une manière irrépressible …
A la lecture de cet ouvrage, le lecteur découvre à quel point le travail du Kamishibai a pu être d’une grande beauté, finesse, richesse, jonglant entre les palettes de couleurs, les effets de lumières, d’ombre ainsi que d’astuce sur le cadrage (zoom, mise en abyme etc...) ou le rythme.
Certaines planches dont l’ouvrage regorge (l’auteur propose de découvrir un grand nombre de planches, ce qui rend le titre plus agréable à lire qu’un long article où il y aurait des pages d’explications complexes), sont tout simplement sublimes.
Initialement, le Kamishibai semble plutôt destiné aux enfants. Né en période de crise, les auteurs de kamishibai, souvent travailleurs à temps partiels, se déployaient dans les rues des villes, se postant aux abords des lieux fréquentés pour narrer différentes histoires aux enfants et leur vendre des confiseries. Rapidement, le phénomène a explosé et les frontières du Kamishibai se sont élargies. C’est ainsi que certaines histoires ont été proposées pour un public plus adultes, et l’on retrouve d’ailleurs apparemment la division traditionnelle que l’on connaît en manga (pour jeune garçon, jeune fille et puis pour public plus adultes).

Eric P. Nash nous présente d’ailleurs certains héros emblématique de ce Kamishibai comme Godlen Bat, Tiger boy, Golden mask, le prince Gamma qui sont un peu les vestiges des héros, super héros que l’on connaît aujourd’hui. Il nous présente également les univers abordés par le kamishibai comme le fantastique (robots, créatures surnaturelles etc..) ou l’historique (les traditionnelles histoires de samurai, ninja etc…).
L’évolution, le succès du Kamishibai a conduit, comme toujours, à des remontrances de la part du politique et de certaines personnes décriant la mauvaise influence de ce Kamishibai sur la jeunesse tout et tentant de le réguler (comme cela avait été fait des années auparavant avec le théâtre de rue)…
Comme ce sujet (qui je dois avouer, a toujours tendance à m’énerver un peu) revient de manière « redondante », et est également au cœur du débat depuis quelques années sur le manga (même si cela s’est un peu apaisé), comme pour les Kamishibai, je vous propose de lire ces trois citations (issu de l’ouvrage, « la politique en citation » de Sylvère Christophe) :
« Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture » (Babylone – 3000 av. J.C)
« Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être très loin » (Prêtre égyptien, 2000 av.J.C)
« Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible » (Hésiode, 720 av J.C)
Ces citations parlent d’elles même, et démontre assez bien, comme lorsque l’on regarde l’histoire du théatre de rue, du Kamishibai, du manga ou même du comics que depuis 6000 ans, l’homme ne le lasse pas de ce débat...

Bref, pour revenir au Kamishibai, avec l’arrivée de la guerre, et le contrôle de contrées étrangères par le Japon, le Kamishibai devient un véritable instrument, comme a pu l’être le manga, de propagande. Le gouvernement japonais impose d’ailleurs, selon les dires de l’auteur, le Kamishibai à taïwan pour qu’il remplace le théâtre de rue (chinois) et permettre de « convaincre » les populations locales à l’aide d’un mode de communication « pédagogique » facilitant les échanges . A cette époque où la télévision et la radio n’existent pas, le Kamishibai permet aux populations plus pauvres de se tenir au courant des informations.
Comme vous le savez peut être, le gouvernement de l’occupation (post deuxième guerre mondiale après la défaite du japon) a interdit toute référence à la tradition guerrière du Japon. Les thématiques du Kamishibai ont été nécessairement impactés, et évoquent à la suite de la guerre de nouveaux thèmes comme le traumatisme de la bombe atomique. Le kamishibai servira également à transmettre de nouvelles valeurs (comme la démocratie) à la jeunesse japonaise et sera étroitement contrôlé par les autorités. Vous connaissez la suite … l’arrivée de la télévision qui sonnera le glas du Kamishibai dans les années 50.
Au fond, il ne manque qu’une chose à ce livre : la possibilité de voir une démonstration de kamishibai. C’est un peu la frustration de la lecture ! Il n’en reste pas moins que si vous vous intéressez à l’histoire du manga et à cette culture, cette ouvrage est absolument à acheter !
voir également cette vidéo d’un kamishibai dans les années 50 (non intégrable) : http://www.youtube.com/watch ?v=8MahEbmc4CE
Retrouvez l’adaptation anime de Golden Bat, issu du Kamishibai
Pour plus d’informations sur les personnalités de cette discipline relativement méconnu, je vous invite à consulter cette page (http://www.mc-delmas.com/dossier.php ?id=21&PHPSESSID=f7bba2cf30a2785c73e539f73adcb326)
voir également cet article en anglais : http://cippodromon.blogspot.com/2009/11/manga-kamishibai.html et cet article sur actua bd (http://www.actuabd.com/Kamishibai-les-mangas-sont-dans-la)




Commentaires
1. vendredi 19 février 2010 attime 23:11, par bibli
2. mercredi 10 novembre 2010 attime 19:36, par Edith MONTELLE
3. jeudi 11 novembre 2010 attime 10:38, par Shinmanga
ajouter commentaire