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Love fragments shangai (chaiko / Xiao pan) note 7/10 (8/10 graphiquement et 6/10 pour le récit/narration)

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dimanche 16 mars 2008, par rambijey

JPG - 20.3 ko

Dans une interview de Ji-di lors de la précédente Japan expo, celle-ci m’expliquait que le marché chinois de la bande dessinée n’étant pas arrivé à maturité, la bande dessinée chinoise s’incarnait dans la diversité.


C’est un peu le ressenti que j’ai avec le recul sur mes différentes lectures de Manhua (Benjamin, Jidi, Deo R etc..). Love framents Shangai en est encore une fois la preuve.

Ce manhua nous offre un salmigondis d’aventures amoureuses. D’un coté, nous découvrons Wen, une mannequin éprise d’un photographe, rêvant d’une vie meilleure dans les bras d’un homme riche et fiancé.

De l’autre, Lily, une jolie jeune femme tentant de noyer la perte d’un être cher dans un flot de travail tout en repoussant les avances des hommes qu’elle rencontre. Les destins se croisent, se séparent et se retrouvent.

L’histoire est centrée sur ces deux jeunes femmes, même si nous suivons aussi les traces de Jian, le photographe éperdument amoureux de Wen, ou de Monsieur Long, un jeune homme riche, avide de jolies femmes et réduit à épouser une femme choisie par son père.

Dans l’interview de Ji-di, celle-ci indiquait également qu’au delà de la diversité, du traitement de la couleur, le particularisme chinoise résidait dans l’utilisation du texte. En effet, le texte est utilisé comme accompagnement (on le retrouve par exemple dans les titres de Benjamin ou Ji di) et c’est ici le cas.

L’histoire est présentée par une succession d’illustration agrémentée de textes sur fond noir. Comme l’explique l’auteur lui même dans une interview donnée lors du festival d’angoulême,, "j’ai toujours envisagé ce projet comme un script, un storyboard pour l’adapter ensuite en animation. Je suis tout simplement passionné de cinéma et c’est vrai que j’aime bien créer des cases ressemblant à des plans caméra. J’avais envie que le lecteur se sente comme dans un film."

Le lecteur est donc invité, par une succession de plan à traverser des scènes de la vie de nos héroïnes. Cette présentation , originale, revêt tout de même un caractère un peu trop statique et contemplatif. Néanmoins, le fait que chaque plan soit accompagné de son texte permet d’aborder l’oeuvre d’une façon différentes et agréable .

Ainsi, nous sommes plongés dans l’esprit, l’intimité des personnages et c’est sans doute ce que recherche l’auteur : nous plonger dans l’intimité de la vie de ces jeunes femmes. Certains décrieront peut être le manque d’originalité du récit et sa platitude. Il est vrai qu’une maturité plus importante de l’oeuvre aurait peut être permis d’approfondir les personnages. Chiako aurait sans doute pu (même du) plus explorer les protagonistes en travaillant plus sur le texte (mais l’auteur a certainement préféré se concentré sur le visuel).

Graphiquement, le parti pris de l’auteur fait qu’assez peu d’énergie ressort de l’oeuvre. Il s’agit plutôt d’une succession d’illustration, sans mouvement, à la manière d’un roman photo (définition du roman photo : histoire racontée au moyen d’une succession de photographies accompagnées d’un texte qui peut être attribué aux personnages).

Le dessin se veut réaliste, sensuel et travaillé avec perfectionnisme et minutie. Comme ses compatriotes chinois, Chaiko a fait le choix de la couleur. Et la , encore comme ses compatriotes, le travail sur la couleur est considérable. Si Ji-di utilise les jeux de lumière à travers le prisme de sa sensibilité et si Benjamin utilise les couleurs pour faire ressortir l’expression, la vivacité, et le désespoir ; je dirais que Chaiko utilise les couleurs pour créer un univers, l’atmosphère d’une pièce que le lecteur est amené à traverser.

Ainsi, dans la première scène du bar, nos demoiselles sont enveloppées d’un halo de bleu. Dans le chapitre 3, Lily est entourée de blanc et les plans sont centrés sur les objets qui l’entoure (mettant ainsi en exergue une sensation du vide, celle-ci n’ayant alors autour d’elle que sa cigarette, ses lunettes, son téléphone, son ordinateur et son bureau, au fond tout ce qui symbolise son travail). De même, dans la scène où Lily se retrouve avec Monsieur Long, nous sommes happé dans une ambiance dans une tonalité de rouge recouvrant les personnages, recréant l’intimité et la chaleur de la scène. Enfin, un chapitre sur la séparation entre Wen et Jian est quant à lui guidé par une nuance de gris. A mon sens, rien n’est laissé au hasard du coté de la couleur, et c’est ce que j’apprécie beaucoup chez cette nouvelle vague d’auteur chinois. Ceux-ci parviennent tous, grâce à la couleur, à nous transmettre leur propre sensibilité et influence.

A la fin de l’ouvrage, nous avons le droit à quelques illustrations de grande qualité, semblable à des "peintures/photos" de mode (désolé, je n’ai pas trouvé de terme plus approprié).

Pour conclure, je dirais que le travail de Chiako est extremement bien fait du point de vue de la couleur et artistiquement original. Néanmoins, j’aurais préféré plus de profondeur et d’application sur les personnages. Ce titre, destiné à un public adulte (certaines scènes à caractère érotiques sont destinées à un public adulte) mérite d’être lu !



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