Après avoir présenté à Nico-wong ce que nous faisions sur Shinmanga celui-ci a accepté que son article soit repris. Voici la source de cet article :http://nico-wong.over-blog.net/5-categorie-737547.html. Un peu à la manière de mon étude sur le manga (je suis en train de corriger les fautes, erreurs, coquilles etc..), Nicolas Wong nous offre une présentation historique du manhua ; passionnant !
Table des matières
* Introduction
* Les origines
* Les lianhuanhua (1) - l’apparition de la BD dans la presse écrite
* Les lianhuanhua (2) - le développement de l’avant-guerre à la
libération
* La BD selon le maoïsme (1) - la BD au service de la Révolution
* La BD selon le maoïsme (2) - lianhuanhua et Révolution culturelle
* La BD selon le maoïsme (3) - ouverture et renouveau
* Le manhua (1) - à Hong-Kong
* Le manhua (2) - à Taiwan
* Le manhua (3) - en RP Chine
Bibliographie
* Boissier, J.-L., Destenay, P., Piques, M.-C. (coll.), Bandes dessinées chinoises, co-édition Université Paris VIII et Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou, Paris, 1982.
* Li Xu (李旭), Manyou Dahua Ji, Huayu Dongman Shengdian (漫友大画集, 华语动漫盛典), Heilongjiang Meishu Chubanshe (黑龙江美术出版社), Harbin, 2005.
* Marmmonier, C., « Les bandes dessinées chinoises » in Arts Graphiques Magazine, nº17, 1991, p.15 - p.17.
* Wong, W., Hong Kong Comics : A History of Manhua, Princeton Architectural Press, 2001, New York.
Ressources Internet
* Glop ou pas glop - Interview de Patrick Abry
* Hong Delin (洪德麟) - L’histoire du manhua (漫画历史)
* Mayku World - Interview de Benjamin
* UniversBD.com - Interview de Huang Jiawei
* Xichu Info - Lianhuanhua consultables en ligne
Blogs à consulter
* Bédés d’Asie
* Blog de Shidaifeng
* Hemisphair
* Manhua.romandie.com
* Xiaopan
- histoire de la bande dessinée chinoise, introduction -
Je vais tenter, au cours de ce dossier, de vous faire une petite présentation générale de la BD chinoise.
En effet, celle-ci ne se résume pas uniquement aux œuvres récentes qui nous sont disponibles en France et son histoire, d’une certaine manière, se situe à cheval entre celle de la littérature et celle de la peinture.
Des fresques de Dunhuang aux réalisations contemporaines, en passant par les romans illustrés, les bandes dessinées chinoises peuvent se présenter sous des formes aussi diverses que variées.
Et c’est précisemment ce que laisse penser l’auteur américain Scott McCloud, qui définit cet art comme étant la « juxtaposition volontaire d’images picturales et autres en séquences destinées à transmettre des informations et/ou à provoquer une réaction esthétique chez le lecteur. »
En Chine, on parle de lianhuanhua (连环画), de xiaorenshu (小人书), de gongzaishu (公仔书) ou, plus récemment, de manhua (漫画). Ce sont certes des œuvres graphiques mais, loin d’être coupées de l’écriture, elles y renvoient puisque les idéogrammes chinois sont des signes qui rendent visuellement l’idée des mots.
Entre cette suite d’images significatives qu’est l’écriture et les « images enchaînées » que sont les bandes dessinées, il y a donc une certaine continuité qui se caractérise par un même trait d’encre et un même déplacement linéaire du regard au fil du récit.
Ce dossier va se structurer en quatre parties qui, bien que ce soit un cheminement un peu linéaire, vont essayer de correspondre aux grandes évolutions historiques de la BD chinoise.
Donc pour commencer, nous verrons quels sont les antécédents les plus anciens des lianhuanhua à travers les fresques murales de Dunhuang (敦煌) ou encore les peintures sur rouleaux horizontaux de la dynastie des Jin de l’Est.
Nous nous pencherons ensuite sur l’apparition des romans graphiques et des bandes dessinées dans la presse écrite qui donneront naissance aux lianhuanhua proprement dits.
Il s’agit alors de petits livres ne contenant qu’une seule image par page, sous laquelle figure un court texte narratif.
Puis nous verrons comment le régime communiste reprendra cette forme de littérature dont l’évolution, lors de cette période, est étroitement liée aux mouvements politiques qui jalonnent la seconde partie du XXe siècle.
Enfin, je tenterai de présenter les caractéristiques du manhua à la chinoise, qui épouse une conception de la bande dessinée qui correspond davantage à celle que nous avons en Occident, à travers les tendances que l’on a pu observer à Hong-Kong, à Taiwan et, plus récemment, en Chine populaire.
- histoire de la bande dessinée chinoise, les origines -
Les premiers précurseurs des lianhuanhua remontent au moins au début de la dynastie des Han de l’ouest (206 av. J.C. - 24 ap. J.C.). Le sarcophage de Mawangdui (马王堆) découvert en 1972 près de Changsha (Hunan) a révélé, sur deux des six coffres encastrés les uns dans les autres qu’il contenait, des peintures aux couleurs éclatantes sur fond de laque noire ou rouge vif.
Certaines d’entre elles représentent des histoires telles que Tubo mange le serpent (土伯吃蛇). Ce récit met en scène un oiseau aquatique, qui voyant un serpent au sol, l’attrape dans son bec et s’en va le déposer dans la gueule grande ouverte d’un animal mythique qui se tient debout, à la manière d’un homme. Celui-ci est une divinité dont le rôle était de protéger les défunts contre les attaques des animaux nuisibles pour permettre à leurs âmes de gagner le monde de l’au-delà.
Les fresques des grottes de Dunhuang (Gansu), vestiges de la dynastie des Wei du Nord (386 - 535), se caractérisent également par un enchaînement narratif. Le Jakata du cerf aux neuf couleurs (九色鹿本生) raconte comment la reine ayant souhaité se parer de la peau d’un cerf aux sept couleurs qu’elle avait vu en rêve, un homme se propose de conduire le roi jusqu’au territoire de l’animal.
La scène représentée illustre l’épisode où le cerf se dresse devant le roi et lui raconte comment jadis il avait sauvé de la noyade l’homme qui aujourd’hui le livre. Le bouddhisme connaît à cette époque un grand essor en Chine et pour mieux s’imposer, il fait appel à l’image. Cela explique donc l’éclosion d’une iconographie riche et abondante, objet de culte mais aussi d’enseignement, s’inspirant souvent des divers épisodes de la vie de Bouddha.
Outre les progrès de la continuité narrative, l’usage de la couleur ou encore la surface plane des images sont autant d’éléments qui nous permettent déjà d’entrevoir l’ombre des bandes dessinées modernes.
En effet, les peintures de cette époque comportent déjà certaines spécificités de la bande dessinée. Ainsi, la répétition de personnages dans des scènes juxtaposées au caractère narratif est typique des rouleaux horizontaux de Gu Kaizhi (顾恺之, 354 - 405). On retrouve ces caractéristiques dans des œuvres de cet illustre peintre du royaume des Jin tels La nymphe de la rivière Luo (洛神賦) et Admonitions aux femmes du gynécée impérial (女史箴).
Le premier est l’interprétation illustrée d’une rhapsodie de Cao Zhi (曹植, 192 - 232) et reprend un thème littéraire cher à l’ère Han, celui de la rencontre avec une divinité féminine fluviale. Dans sa peinture figurative, Gu Kaizi articule sa composition autour d’éléments paysagers et la narrativité d’une histoire était traduite par une succession de scènes distinctes.
Ces rouleaux, d’une longueur de plus de cinq mètres sur une hauteur d’à peine trente centimètres, se lisent de droite à gauche et sont déroulés comme un film devant l’observateur. La main gauche déroule à mesure que la main droite enroule. Le regard des personnages guide le lecteur à travers la peinture, l’orientant vers les éléments de transition entre les différents plans tels que les oiseaux, qui semblent voler d’une scène à l’autre, mais l’ensemble de la scène est aussi structuré par d’autres éléments, comme des montagnes abruptes et des forêts denses.
Le rouleau des Admonitions, quant à lui, éclaire pour sa part un texte didactique : il se présente sous la forme d’une série de commentaires explicatifs rédigés par Zhuang Hua (张华, 232 - 300), illustrés chacun par une scène figurative. Les textes, qui décrivent la conduite à tenir pour des dames du gynécée impérial, contribuent ici à structurer les scènes successives par un effet d’optique.
L’invention de l’impression xylographique au VIIIe siècle, ainsi que l’apparition d’une société urbaine et marchande sous les Song (960 - 1279) favorisent la multiplication des reproductions, le développement de la littérature en langue vernaculaire et l’apparition de l’image dans les romans.
De nombreuses éditions de contes, romans et autres pièces de théâtre voient ainsi le jour. Il s’agit en général des œuvres d’inspiration historiques, mais largement romancées, telles que les Trois Royaumes (三国演义). Ces ouvrages sont souvent accompagnés d’illustrations qui respectent le principe de l’image en haut et du texte en bas (shangtu xiawen, 上图下文).
Chacun de ces dessins, que l’on appelle huihuitu (回回图), comporte parfois en son sein une dynamique qui lui permet de décrire plusieurs scènes du livre à la fois. La circulation des ouvrages illustrés s’accroît progressivement pour devenir abondante à partir du XVIe siècle, où des raffinements techniques comme l’impression en couleurs sont introduits. Parallèlement, une forme de bande dessinée continue à se profiler.
L’exemplaire imprimé en 1064 de Biographies de femmes célèbres (列女传) illustre un texte de Liu Xiang (刘向, 77 av JC. - 6 av JC.) et peut être considéré comme étant un ouvrage qui présente déjà toutes les spécificités d’un lianhuanhua avant l’heure. Quelques siècles plus tard, les Traces sacrées de Confucius (孔子圣迹图), imprimées sous les Ming en 1593, racontent en images la vie de Confucius et contient plus d’une centaine de dessins réalisés dans la technique baimiao (白描), avec un trait de contour fin donnant un style très réaliste. Biographies de femmes célèbres Extrait des Biographies de femmes célèbres
Plus tard, les images du Nouvel An (年画) représentent aussi une forme de littérature graphique qui pourrait s’assimiler aux lianhuanhua. Très nombreuses sous les Qing (1644 - 1911), ces estampes en couleurs ont une fonction religieuse et décorative. Dès le XVIIIe siècle, certaines de ces images présentent les caractéristiques de véritables bandes dessinées : enchaînement de tableaux, variation de leur format elle-même créatrice d’un certain rythme, concision des textes d’accompagnement librement inscrits à l’intérieur des vignettes et ballons s’échappant parfois de la bouche des personnages pour noter leurs paroles ou leurs idées.
Ce n’est toutefois qu’à la fin de la dynastie des Qing que vont naître les lianhuanhua, ces petits livres au petit format ne contenant qu’une seule image par page avec, sous celle-ci, un texte narratif et dans laquelle figure parfois des phylactères.
- histoire de la bande dessinée chinoise, les lianhuanhua (1) -
À la fin des Qing, dans le dernier quart du XIXe siècle, les techniques d’impression lithographique sont introduites en Chine, via Shanghai, par les occidentaux et leur utilisation connaît un développement rapide dans les grands centres urbains. Elles servent alors principalement à produire des gravures illustrant les romans populaires, ou sont utilisées par la presse, à qui elles offrent de nouvelles possibilités.
Dans cette perspective, le quotidien Shenbao (申报) publie dès 1884 un supplément intitulé Magazine du Studio de la pierre gravée (点石斋画报) contenant des séries d’images narratives, exécutées dans la technique baimiao.
Cela permet ainsi au journal d’augmenter sa lisibilité en illustrant l’actualité, intérieure comme extérieure, ou en dépeignant la vie quotidienne, les mœurs et les coutumes en Chine à une époque où les photographies sont encore rares.
Ce supplément fut d’ailleurs très critiqué, accusé par certains de ne s’intéresser qu’au sort « des mendiants et des prostituées », car le tableau de société qu’il dresse porte essentiellement sur la vie des couches les plus démunies de celle-ci.
Mais on trouve également dans ces pages des séries de gravure traitant d’évènements récents, comme c’est le cas de celle décrivant la formation et l’évolution de la secte Tonghak en Corée, secte qui prône au XIXe siècle un retour à la « religion nationale » en réaction à l’influence grandissante des intérêts étrangers, autant religieux qu’économiques. L’analogie flagrante avec la situation dans laquelle se trouvait la Chine d’alors ne pouvait ainsi laisser les lecteurs insensibles.
Cette publication, qui connaît une popularité croissante, notamment grâce au prolifique illustrateur Wu Youru (吴友如), dont les œuvres auront une influence déterminante sur les futurs dessinateurs de lianhuanhua, sera par la suite vendue séparément.
Sa publication cesse en 1898, après avoir contribué à diffuser plus de 40 000 illustrations. Celles-ci se distinguent d’ailleurs encore assez nettement des lianhuanhua par leurs dessins trop figés et les textes d’accompagnement en chinois classique, qui, bien qu’inclus dans l’image, ne figurent pas dans des bulles.
Quelques années plus tard, à la veille de la révolution de 1911, les gravures satiriques du Cri du peuple (民呼日报 ), journal shanghaien révolutionnaire publié quelques mois durant l’année 1909, qui critique vivement l’administration et la police contrôlées par les Mandchous, constituent une étape supplémentaire vers le lianhuanhua.
Il s’agit alors d’images plus libres et spontanées avec des textes, des dialogues cernés de « bulles » et parfois une division de l’image en plusieurs vignettes, éléments jusque là caractéristiques des BD européennes et des premiers comics américains.
Ce sont également des titres de la presse quotidienne shanghaienne qui publient les premières illustrations de Liu Boliang (刘伯良) et de Li Shuqi (李树丞), deux hommes qui, nous allons le voir, dessineront par la suite les premiers récits complets en bande dessinée.
Par ailleurs, l’aspect critique et satirique de certaines gravures publiées dans la presse, dénonçant la mainmise étrangère et des vices de société comme l’opiomanie ou le jeu, annonce déjà l’apparition du genre lianhuan manhua (bande dessinée humoristique, avec ou sans dimension politique).
On peut citer par exemple les Cent apparences du vieux singe (老猿百态), publiés en 1913 dans le Journal de la République (民国日报). Cette série tournait en dérision la personne de Yuan Shikai, premier président (despote) de l’Histoire de la Chine, en s’appuyant sur un jeu de mots que permet l’homophonie (yuan) des caractères 袁, le patronyme du dirigeant, et 猿 qui signifie "singe".
Ces critiques illustrées de l’impérialisme et des seigneurs de la guerre, accompagné d’explications sur le sens de la révolution, se feront encore plus vives lorsque le front uni entre le Guomindang et le Parti communiste intègre ce style de bandes dessinées dans l’appareil de propagande. Il regroupe alors journalistes et artistes engagés qu’il entraîne dans son sillage au cours de l’Expédition du Nord en 1926, inaugurant ainsi un nouvel emploi de ces supports en les distribuant à la population.
Parallèlement, l’image, déjà sporadiquement présente dans les œuvres littéraires, voit, au cours des toutes premières années du XXe siècle, sa place devenir prépondérante dans les adaptations en albums des grands romans populaires chinois ou, dans des fascicules de plus petit format, de pièces de théâtre pékinois.
Cette tendance est accentuée par la diffusion progressive des techniques de photogravure et la multiplication des presses rotatives au sein des grandes villes. Ainsi, en 1908, est publiée une adaptation du Roman des Trois Royaumes tirée d’une version illustrée par Zhu Zhixuan (朱芝轩) datant de 1898 et regroupant plus de deux cent planches d’illustrations.
De la même manière, les illustrations lithographiques d’autres romans ou contes, tels qu’Au bord de l’eau (水浒传), Le Rêve du pavillon rouge (红楼梦) ou encore Les Contes extraordinaires du pavillon des loisirs (聊斋志异), sont regroupées dans des fascicules de dix planches. Mais celles-ci ne font pas encore preuve d’une continuité narrative suffisante, contrairement à celles qui composent l’adaptation de récits comme Zhu Geliang prend l’épouse de son choix (诸葛亮招亲) ou Menghuo sept fois capturé (七擒孟获), inspirés des Trois Royaumes, publiés peu après 1911 et illustrés par des dessins de Liu Boliang, Li Shuqi et Zhu Zhixuan.
Durant les années 20, dans un contexte de développement de la littérature en langue vernaculaire (le baihua - 白话) qui stimule la création et l’édition de récits complets d’illustrations, ces trois dessinateurs travailleront pour les Éditions du monde qui, entre 1921 - date de leur fondation à Shanghai - et 1929, publient cinq séries de fascicules tirées des plus célèbres romans populaires.
L’éditeur leur donne alors le nom de lianhuan tuhua (连环图画), "images qui s’enchaînent les unes aux autres", alors que jusqu’ici l’appellation des BD variait selon les régions : xiaorenshu (小人书) dans le Nord ou encore gongzaishu (公仔书) dans le Sud. Toutes ces adaptations connaissent dès leur publication un très grand succès et l’intérêt porté à cette « littérature d’images » est grand, en particulier chez les classes populaires.
- histoire de la bande dessinée chinoise, les lianhuanhua (2) - Le développement du lianhuanhua avant-guerre
Juste avant 1930, paraissent des lianhuanhua qui confirment l’évolution progressive de ces derniers vers un genre autonome. En effet, ils ne sont pas prisonniers de références à l’univers théâtral ou à une œuvre littéraire et sont les premières bandes dessinées de grande consommation.
On peut notamment citer Monsieur Wang (王先生), bande dessinée créée par Ye Qianyu (叶浅予) qui, à travers son héros éponyme et son acolyte Xiao Chen (小陈), se moque férocement des défauts de la classe moyenne de Shanghai tout en décrivant la vie des petites gens.
Elle est publiée à partir de 1929 dans le magazine Shanghai Manhua (上海漫画), le premier périodique chinois spécialisé dans le domaine qui se présente alors sous la forme d’un journal de huit pages (dont quatre pages de BD) au format tabloïd, imprimé en lithographie bicolore.
Une autre série, Sanmao (三毛) de Zhang Leping (张乐平), publiée dès 1935, relate les aventures d’un enfant rieur et espiègle qui doit son nom aux trois mèches de cheveux qui ornent son crâne. Cette BD se distingue elle aussi par son originalité et son caractère comique.
À côté de ces nouvelles séries, les adaptations de romans en bande dessinée se poursuivent, et face à l’engouement du public et à une demande croissante en la matière, les éditeurs élargissent le répertoire des adaptations en BD aux romans fantastiques et chevaleresques (wuxia xiaoshuo, 武侠小说), qui sont souvent adaptés au cinéma avant de l’être en BD et se voient même dans l’obligation d’inventer des suites aux récits connus.
C’est ainsi qu’est publié par exemple Le petit Roman au bord de l’eau, contant les exploits des fils de chacun des cent huit héros d’Au bord de l’eau. L’écrivain Mao Dun (矛盾) décrit le spectacle des bouquinistes dans un article en 1932 et démontre que les lianhuanhua ont à cette époque quasiment supplanté toute autre forme de littérature sur les étals de ceux-ci.
D’autres écrivains et artistes, surtout ceux de gauche, prennent aussi conscience de la nécessité de développer de véritables formes d’art populaire, appropriés à une production de masse. C’est le cas de Lu Xun (鲁迅), qui contribue à faire connaître en Chine les histoires en images de graveurs sur bois européens, et de Qu Qiubai (瞿秋白), secrétaire général du PCC de 1927 à 1928, qui défend ardemment cette nouvelle forme d’expression artistique.
Au cours des années 30, alors qu’on commence à trouver à Shanghai des bandes dessinées étrangères comme Flash Gordon ou Mickey, le genre se développe et s’enrichit, mais la mise en place d’une censure par le Guomindang réduit ce genre de BD à caractère politique à néant. Il faudra attendre l’entrée en guerre de la Chine contre le Japon en 1937, pour que celles-ci réapparaissent.
Dans le Shanghai occupé par les japonais et délaissé de ses meilleurs illustrateurs, dont beaucoup fuient à Canton ou à Hong-Kong, les bandes dessinées commerciales médiocres dominent le marché. Seuls quelques artistes comme Feng Zikai (丰子恺) se détachent de cette platitude. En 1939, celui-ci adapte La véritable histoire de Ah Q (阿Q正传 - voir illustration), une nouvelle de Lu Xun. Zhao Hongben (赵宏本), pour sa part, illustre les biographies de Shi Kefa (史可法) et de Zheng Chenggong (郑成功), des héros nationaux ayant lutté contre l’envahisseur mandchou au XVIIe siècle.
Ces œuvres sont bien entendu lourdes de sens dans le contexte politique de l’époque. D’autres enfin, comme Ye Qianyu et Zhang Leping, fondent une équipe de propagande par la caricature et la BD, et suivent le repli des troupes gouvernementales vers Chongqing. Cela leur donne l’occasion d’organiser des expositions itinérantes qui, par le biais d’affiches, de caricatures et de bandes dessinées, décrivent par exemple les atrocités commises par les troupes japonaises, les moyens de se protéger des bombardements aériens et la nécessité d’un soutien accru à la lutte de libération nationale.
Mais le Guomindang, qui se méfie des sympathies procommunistes de cette équipe, cesse de lui apporter son soutien en 1940. Cela entraîne certes sa disparition, mais les artistes qui la composaient restent néanmoins très actifs. La bande dessinée militante, anti-japonaise, éventuellement critique vis-à-vis du gouvernement quand elle parvient à déjouer la censure, demeure un des modes d’expression privilégiés de tous ces artistes.
Au cours de la guerre, ils sont rejoints par de nombreux autres artistes dans les zones libérées contrôlées par le Parti communiste chinois, où, tout en formant de jeunes graphistes, ils participent à l’éducation politique des populations de ces régions encore essentiellement rurales.
En 1942, Mao Zedong insiste dans ses Interventions aux causeries sur l’art et la littérature à Yan’an sur l’importance de servir les masses en popularisant l’art.
Dès lors, la publication des lianhuanhua dans ces zones s’intensifie encore, d’autant plus qu’elle est activement soutenue dans les unités militaires, et que leur diffusion est assurée par la mise en place des librairies .
La même année paraît une œuvre collective, Le temple du Bouddha de fer (铁佛寺), qui prend pour trame l’assassinat d’un cadre du parti organisé par un notable local jouant double jeu. Réalisée en pleine situation de guérilla, cette BD prend valeur d’exemple du rôle formateur que doivent désormais jouer les lianhuanhua auprès de l’armée et de la population.
Après la capitulation du Japon en 1945, à ces thèmes, chers à la propagande communiste qui met en relief le développement d’une conscience de classe chez les combattants et la nécessité de rééduquer les prisonniers, sont rajoutés celle de la dénonciation du gouvernement du Guomindang. De nouveaux héros, ouvriers, paysans et soldats remplacent alors ceux des séries traditionnelles.
Les illustrateurs qui avaient fui Shanghai retournent dans leur ville d’origine et se remettent rapidement à produire et à publier leurs œuvres. Le vagabondage de Sanmao (三毛流浪记), une nouvelle série avec le personnage de Zhang Leping, est publié à partir de 1947 dans le Dagongbao (大公报). Mais le ton de cette bande dessinée a changé : l’auteur, en présentant son personnage comme la victime d’une société matérialiste, souhaite dorénavant attirer l’opinion publique sur le sort des orphelins, livrés à eux-mêmes en période de troubles.
D’autres artistes shanghaïens, comme Zhao Hongben, participent à la fondation de maisons d’édition de taille modeste, qui soutiennent les créations d’artistes progressistes dont le style se rapproche beaucoup de celui des lianhuanhua des zones libérées.
Puis, après 1949, ces nouvelles bandes dessinées vont se généraliser quand le nouveau régime utilisera les bandes dessinées à des fins de propagande politique.
- histoire de la bande dessinée chinoise, la BD selon le maoïsme (1) -
À la veille de la fondation de la République populaire de Chine, la Conférence politique consultative populaire adopte en septembre 1949 un programme commun qui définit l’action et l’organisation du nouveau gouvernement.
Le chapitre V de ce document, consacré à la politique culturelle et éducative, préconise de promouvoir l’art et la littérature pour qu’ils soient au service du peuple, qu’ils éveillent la conscience politique de chacun et stimulent l’enthousiasme au travail.
Il indique plus loin que les intellectuels, jeunes et vieux, recevront une éducation politique révolutionnaire et qu’il importe de prêter attention à la publication de livres et de journaux qui soient à la portée de tous et bénéfiques au peuple.
Le lianhuanhua répond bien aux objectifs ainsi définis et, à la libération, la production de bandes dessinées en tant que moyen de communication est donc encouragée. Dans les années 50, le pouvoir accorde aux Éditions des Beaux-arts du peuple de Pékin et de Shanghai le soin de diffuser les lianhuanhua, et en 1951, est créée la revue Journal des bandes dessinées (连环画报).
Les municipalités accordent une aide financière aux bouquinistes qui sont prêts à acquérir de nouvelles bandes dessinées, et mettent en place des salles de lecture de quartier (les wenhuazhan, 文化站) qui donnent priorité à ce type de lecture.
Bien que les mythes, contes populaires et autres classiques de la littérature chinoise restent une source d’inspiration pour les artistes, la plupart des publications de cette époque abordent des thèmes politiques.
Elles sont, dans tous les cas, au service de la révolution. À ce titre, ils se font les propagandistes zélés des grandes campagnes politiques en cours. Ils exaltent le patriotisme, l’accomplissement des tâches de production, et participent à l’effort de vulgarisation des connaissances scientifiques et techniques.
Dans cette période, de nombreuses bandes dessinées content les exploits des héros de guerres anti-japonaises et de libération, on y décrit les bienfaits de la réforme agraire ou encore de la nouvelle loi sur le mariage.
Dans les adaptations de grandes œuvres du patrimoine littéraire comme les Trois Royaumes ou Au Bord de l’eau, ce sont les aspects éducatifs, patriotisme, tactique et stratégie militaire qui sont privilégiés.
Dans les campagnes, des BD spécialement préparées par les éditions régionales sont distribuées pour lutter contre l’analphabétisme et faire connaître certaines données d’hygiène élémentaires.
Pour les autorités culturelles, il faut que l’engagement de ces nouvelles bandes dessinées au service du politique s’accompagne d’une bonne technique d’exécution.
Le premier critère est celui du réalisme, il implique alors des recherches approfondies qui sont menées sur le terrain chaque fois que le sujet s’y prête.
Dès 1950, auteurs et illustrateurs de lianhuanhua effectuent des séjours d’études dans les régions et parmi les groupes sociaux qui sont évoqués dans leurs œuvres.
Ensuite, les exigences se portent au niveau de la technique de l’illustration, la concision du texte d’accompagnement que les masses doivent pouvoir comprendre facilement et la continuité narrative du récit.
Les résultats sont variables et, à coté de bon nombre de réalisations grossières et peu intéressantes dans les premières années, certaines bandes dessinées sont d’incontestables réussites.
Dans Peau peinte (画皮 - voir images à droite) d’après un des Contes extraordinaires du pavillon du loisir, Cheng Shifa (程十发) montre avec un art consommé comment les techniques de la peinture traditionnelle au lavis peuvent s’appliquer à l’illustration des lianhuanhua.
La perfection des dessins réalisés dans le style baimiao, à l’encre avec des contours très fins comme c’est le cas dans Les Guerilleros du rail (铁道游击队) de Ding Binzeng (丁斌曾), contribue à faire de cette technique le mode d’expression graphique de base dans la bande dessinée d’alors.
Le Singe corrige trois fois le démon aux os blancs Parmi les artistes, des anciens comme Zhao Hongben et Zhang Leping restent très actifs.
Le premier collabore au Singe corrige trois fois le démon aux os blancs (孙悟空三打白骨精 - voir image à gauche).
Les déplacements glissés du singe dans les airs, le décor traditionnel, l’adéquation du texte à l’image, font de ce récit un chef d’œuvre du genre. Sanmao, le héros de Zhang Leping, change de personnalité avec l’entrée des troupes communistes dans Shanghai en mai 1949 et se fait le chantre de la nouvelle société.
Certains illustrateurs ont une formation de peintres traditionnels et découvrent, après la libération, les possibilités qu’offrent les bandes dessinées.
C’est le cas de Cheng Shifa, mais aussi de Liu Jiyou (刘继卣), qui apporte un nouveau souffle à la bande dessinée chinoise à travers ses adaptations de Wusong bat le tigre (武松打虎) et Le roi-singe sème le trouble au palais céleste (大闹天宫).
D’autres, comme Ding Binzeng et Ben Qingyu (贲庆余), auteur de Je veux aller à l’école (我要读书), sont de jeunes diplômés des instituts d’art fondés dans les zones libérées ou peu après 1949. Quelques-uns, parmi lesquels He Youzhi (贺友直), se sont formés eux-mêmes.
Celui-ci publie, au début des années 60, Grands changements dans un village en montagne (山乡巨变) où sont exposés les mutations que connaissent les différentes régions de la Chine après leur libération.
Soutenues par le pouvoir, appréciées du public, la production de bandes dessinées augmente rapidement pendant les années qui suivent l’installation du nouveau régime. Elle atteint 21 millions de fascicules en 1952 et dépasse largement les 100 millions en 1957.
Les bouquinistes restent, jusqu’en 1955, les lieux de vente et de location favoris des lecteurs. Ce sont encore des petites entreprises privées, individuelles ou familiales, qui offrent des titres assez variés et qui ne traduisent pas toujours les volontés officielles.
Avec le mouvement d’étatisation du secteur commercial, ils disparaissent peu à peu pour laisser place aux salles de lecture (wenhuashi, 文化室) gérées par les comités de quartier et se conformant, par définition à la politique culturelle mise en place par le pouvoir.
Les sources chinoises évaluent le nombre de bandes dessinées publiées de 1949 à 1964 à 730 millions de fascicules pour 1400 titres, ce qui représente une moyenne d’un exemplaire possédé par personne et un impact énorme sur la population.
Il existe parmi ces œuvres des séries remarquables tant sur le plan du graphisme que sur celui du texte d’accompagnement et de la technique narrative. En décernant dix premiers prix, six pour l’illustration et quatre pour les scénarios, le premier grand prix national présidé par Ye Qianyu en 1963 a eu le mérite de choisir en fonction de critères qualitatifs et non pas seulement idéologiques.
Néanmoins, la Révolution culturelle qui éclate en 1966 va stopper net cette effervescence créative, avant de radicaliser l’orientation politique du contenu des bandes dessinées.
- histoire de la bande dessinée chinoise, la BD selon le maoïsme (2) - Lianhuanhua et Révolution culturelle
La période qui suit la libération est donc marquée par une véritable prolifération de lianhuanhua, cet art ayant reçu la bénédiction officielle du nouveau pouvoir, de nombreux artistes s’orientent désormais dans la BD.
Malgré tout, à la veille de la Révolution culturelle, il ne manque pas d’œuvres qui s’écartent à leur façon du mot d’ordre général de lutte révolutionnaire pour la construction du socialisme, censé présider à toute création artistique. C’est précisément ce laxisme, depuis le mouvement des Cent Fleurs, qui est attaqué dès 1966.
La condamnation s’étend à presque toutes les bandes dessinées publiées avant la Révolution culturelle et à leurs auteurs, la production connaît alors une chute vertigineuse.
Les plus célèbres d’entre eux, parmi lesquels He Youzhi, ne sont pas épargnés.
De 1967 à 1969, les rayonnages des librairies et des bibliothèques de quartier se vident de leurs petits livres. Seuls quelques vies de prolétariens et autres récits de la chasse aux agents secrets du Guomindang sont occasionnellement publiés.
Les bandes dessinées prennent alors une forme différente, elles fleurissent sur les affiches murales et dans les journaux de gardes rouges vendus à la criée. Il s’agit immanquablement de satires féroces des dirigeants, à tous les niveaux, accusés d’avoir suivi la ligne de Liu Shaoqi, le « Khrouchtchev chinois ».
Le IXe congrès du Parti communiste chinois, en 1969, confirme la prééminence du noyau dur de la Révolution culturelle.
Il introduit une période de relative stabilité au cours de laquelle des opéras modernes sont révisés par Jiang Qing, la femme de Mao Zedong, et baptisés « opéras révolutionnaires modèles » (geming yangbanxi, 革命样板戏).
Toute création littéraire est alors appelée à s’en inspirer. La prise de la montagne du tigre par ruse (智取威虎山), premier lianhuanhua révolutionnaire à paraître en 1970, est tiré de l’une de ces pièces.
Il en garde le titre et toutes les caractéristiques qui sont adaptées au genre spécifique que représentent les petits fascicules. On salue la naissance de son personnage principal, Yang Zirong, archétype du Héros révolutionnaire prolétarien.
Dans cette œuvre, scénaristes et illustrateurs ont obéi à la règle des trois contrastes (santuchu, 三突出) : parmi tous les rôles faire ressortir les personnages positifs, parmi les personnages positifs faire ressortir les héros, et parmi les héros faire ressortir le héros principal.
La publication de bandes dessinées reprend à partir de 1971, date à laquelle un document de Zhou Enlai encourage la production de « nourriture spirituelle » pour les prochaines générations. D’autres opéras révolutionnaires modèles sont adaptés en bandes dessinées.
Le détachement féminin rouge (红色娘子军), par exemple, raconte l’aventure d’une jeune paysanne qui quitte son village pour rejoindre la Longue Marche et qui découvre que l’armée est sa véritable famille.
À partir de 1972, le mouvement s’accélère, la production se diversifie et augmente de façon considérable.
En 1973, le Journal des bandes dessinées, dont la publication avait été interrompue en 1961, reparaît.
Les récits sont alors, dans leur grande majorité, dédiés à la Révolution bien que quelques histoires traditionnelles sont également disponibles en éditions révisées, dans la mesure où elles peuvent contribuer positivement à la formation idéologique des lecteurs.
Ainsi, des lianhuanhua tels que Maître Dongguo (东郭先生 - voir extrait à gauche) de Liu Jiyou sont présentés comme des exemples réussis de récits présentant l’irréductibilité de la lutte des classes.
Les dessins de quelques dessinateurs de renommée commencent à réapparaître dans des œuvres de commande au service des campagnes idéologiques qui jalonnent cette époque.
He Youzhi se livre, par exemple, à une critique virulente de Confucius dans Le cadet Kong, une vie de péchés (孔老二,罪恶的一生 -).
- histoire de la bande dessinée chinoise, la BD selon le maoïsme (3) - Ouverture et renouveau
Avec le grand changement d’orientation politique qui fait suite aux événements de l’année 1976 (mort de Zhou Enlai, de Mao Zedong et élimination de la Bande des quatre), on assiste dans le domaine culturel à un élargissement considérable et officiellement encouragé des sujets abordés.
Le concept de culture révolutionnaire prolétarienne est alors abandonné. À l’instar des autres genres littéraires et artistiques, les lianhuanhua s’ouvrent à la culture occidentale avec une vive curiosité.
Sans être remise en cause, la ligne générale définie par Mao à Yan’an, appliquée avec pragmatisme, permet certaines créations dont la nouveauté et l’audace tranchent par rapport à celles de la période précédente.
Ainsi, Les trois tribunaux (三个法庭) de Fei Shengfu (费生福), publié dans le Journal des bandes dessinées en 1979, est une œuvre de politique-fiction qui montre la capitale chinoise dominée par une tour haute de 550 mètres, abritant commerces, restaurants, stations météorologiques et de télévision, ainsi qu’une immense salle de bal.
C’est à la primauté de la "pratique révolutionnaire des masses" que la Chine de 1994 doit sa prospérité.
Ce principe de gouvernement éclipse sans aucun mal ses deux concurrents : le pouvoir religieux qui domine l’Italie, et la celui de la raison qui gouverne la France. La fiction, domaine d’évasion proscrit pendant longtemps, gagne alors ses lettres de noblesse.
Le Journal des bandes dessinées commence à publier régulièrement des récits de politique ou de science-fiction, d’origine purement chinoise ou tirés d’œuvres étrangères. Un graphisme de plus en plus libre s’y déploie, clairement influencé par celui des BD occidentales dans la représentation des personnages, l’irrégularité ou l’absence d’encadrements et l’agencement volontairement désordonné des images.
L’ouverture aux cultures étrangères signifie également transposition en lianhuanhua d’œuvres littéraires ou traductions de bandes dessinées de tous pays et tous continents. De nombreuses œuvres japonaises sont alors adaptées, mais aussi beaucoup de romans et de films occidentaux.
Le tournant de 1976 remet également la culture traditionnelle au goût du jour. Des séries tirées des grands romans populaires et publiées avant 1966 sont rééditées après révision.
Des collections de BD historiques sont lancées en 1979 et l’association des artistes de Chine organise, la même année, un voyage d’étude qui conduit une dizaine de dessinateurs de renom sur les lieux les plus célèbres de l’art religieux en Chine.
Deux mois durant, ils étudient et dessinent d’après nature les sculptures et fresques bouddhiques des grottes de Dunhuang - qui, comme on l’a dit, comptent parmi les précurseurs des lianhuanhua -, de Majishan, Longmen, Yungang, ainsi que les peintures murales taoïstes du Palais de Yongle.
Ils en rapportent de nombreux croquis et de précieux renseignements sur le décor, le dessin et la couleur dans l’imagerie populaire ancienne, sources d’inspiration pour les œuvres à venir. Ces artistes appartiennent à la génération qui précède la Révolution culturelle, ils sont réhabilités et de nouveau actifs. En 1980, He Youzhi adapte ainsi Lumière blanche (白光 - ), une nouvelle de Luxun, avec de somptueux lavis sans doute inspirés des fresques de Dunhuang.
La réinterprétation de ce passé encore récent de la Chine est abordée dans de nombreux lianhuanhua où s’affirment de jeunes illustrateurs qui se sont formés sur le terrain, envoyés pour de longs séjours à la campagne au moment de la Révolution culturelle.
La réponse des bandes dessinées à la « littérature de cicatrice » qui s’insurge contre les errements d’avant 1976, c’est précisément l’adaptation de La Cicatrice (伤痕), une nouvelle de Lu Xinhua (卢新华) parue en 1978. On la doit à Liu Yulian (刘宇廉), Chen Yiming (陈宜民) et Li Bin (李斌), jeunes instruits de Shanghai qui ont passé près de dix ans dans les régions désolées du nord de la Mandchourie.
Les images légèrement voilées de cette œuvre, les contrastes de couleurs, l’utilisation de slogans de la Révolution culturelle en toile de fond, la féminité de l’héroïne, la sensibilité et la pudeur du ton annoncent Érables (枫 - voir affiche à gauche), réalisée par les mêmes artistes, où ces caractéristiques font l’objet de recherches plus systématiques.
La sortie de cette deuxième série dans le Journal des bandes dessinées entraîne la suspension temporaire de la revue et suscite un débat national dans les milieux artistiques. Les autorités reprochent à Érables quelques portraits souriants de Jiang Qing et de Lin Bao qu’il convenait au contraire de charger, de façon caricaturale au besoin, en les représentant comme les monstres qu’ils étaient. Le verdict officiel est cependant révisé à la suite du flot de protestations qui s’élève pour justifier ce récit.
Cette œuvre a depuis fait école avec ses recherches graphiques, l’atmosphère de violence, mais aussi la tendresse qui s’en dégage.
À partir de 1976 et pendant les années 80, les lianhuanhua connaissent donc un renouveau qui se caractérise par une ouverture, aussi bien à travers les thèmes abordés que par les influences étrangères.
Mais en raison d’une production trop abondante et de rééditions trop répétitives, ainsi que de l’accès progressif de la population aux nouveaux médias, les lianhuanhua sombrent peu à peu dans l’oubli.
Certaines d’entre elles prennent alors de la valeur sur le marché des collectionneurs, et ce n’est que dans la décennie qui suit que la bande dessinée revient dans les habitudes, dans une moindre mesure, quand apparaissent les manhua inspirés de la bande dessinée japonaise.
- histoire de la bande dessinée chinoise, le manhua (1) -
Avec l’ouverture de la Chine, la bande dessinée du pays commence rapidement à subir les influences de l’étranger, et plus particulièrement du Japon où les artistes de manga (la prononciation japonaise pour les sinogrammes 漫画) sont très prolifiques depuis l’après-guerre.
Le terme manhua est donc un emprunt au voisin nippon bien qu’il existait déjà auparavant pour désigner les dessins humoristiques et autres caricatures satiriques que l’on retrouve aujourd’hui dans la presse écrite et dont il ne sera pas question ici.
Le manhua, en tant que bande dessinée, qui se rapproche davantage de la BD franco-belge que nous connaissons, se distingue des lianhuanhua traditionnels par le fait que les textes sont désormais systématiquement intégrés à l’image grâce aux « bulles » et qu’on ne se limite plus à une seule illustration par page.
La juxtaposition des dessins y est inspirée par le cinéma et on utilise donc les différents plans de caméra habituellement utilisés dans le septième art. Dans le monde chinois, c’est à Hong-Kong et à Taiwan, plus perméables aux influences japonaises et où règne une plus grande liberté artistique, qu’apparaît d’abord le manhua.
Le manhua hongkongais
Ainsi, dans la colonie britannique, l’afflux d’immigrants venu du continent dans les années 50 et 60 permet au marché de la bande dessinée de prospérer, surtout quand on considère la masse de lecteurs que représente la génération du baby-boom.
Des titres locaux et étrangers (américains et japonais notamment) s’y côtoient et se font concurrence. L’œuvre hongkongaise la plus populaire à une époque où la télévision n’existait pas encore est incontestablement Uncle Choi (财淑 ) de Hui Guan-man (许冠文).
Celle-ci raconte, sur un ton tantôt comique tantôt grave, l’histoire d’un vieil homme qui devient un héros pendant la guerre contre les Japonais. En 1962 commence la parution du Old Master Q (老夫子 ) de Alphonso Wong (王家禧) qui met en scène ses personnages dans des situations comiques.
Vraisemblablement inspirée de M. Wang de Ye Qianyu, cette série ne manque pas de se faire l’écho des préoccupations la société hongkongaise et, dans certains numéros de la fin des années 80 par exemple, les protagonistes expriment leurs craintes vis-à-vis de la rétrocession de la future ex-colonie à la Chine.
L’avènement de la télévision dans les années 70 marque un tournant et la popularité d’un certain Bruce Lee est à l’origine une vague de manhua dédiée au kung-fu.
C’est à cette époque que débute la parution de la série Little Rascals (小流氓) de Wong Yuk-long (黄玉郎), et elle prendra plus tard le nom de Dragon Tiger Gate (龙虎门).
Les trois héros de cette BD évoluent dans l’univers des logements sociaux hongkongais (l’équivalent des "cités" françaises) dans lequel ils sont confrontés aux triades, les mafias chinoises. Les manhua de cette période sont extrêmement violents, les auteurs n’hésitent pas à illustrer des scènes de combat où apparaissent des os de membres coupés ou bien encore des boyaux.
On peut également citer des passages dans lesquels certains personnages sont forcés à boire de l’urine. Cela pousse le gouvernement hongkongais à promulguer, en 1975, une loi visant à censurer ces publications.
Dans les années 80, Ma Wing-shing (马荣成), inspiré par les romans de cape et d’épées, donne ses titres de noblesse au manhua hongkongais avec Chinese Hero (中华英雄) qui se caractérise par son style surréaliste et ses planches en couleur.
Cette série culte raconte les aventures de Wah Ying-hung, un jeune homme qui se met à étudier les arts martiaux afin de venger ses parents assassinés. Ce manhua rencontre un succès immédiat auprès du public, le premier numéro ayant été vendu à plus de 200 000 exemplaires. Le style de Ma Wing-shing est alors imité par de nombreux auteurs hongkongais.
La série Young and Dangerous (古惑仔) débute en 1992 et explore l’univers des triades. On assiste ensuite à une vague de manhua à connotation érotique qui va pousser une nouvelle fois le gouvernement à légiférer.
À partir de 1995, les BD aux contenus "inappropriés" sont désormais vendus dans un emballage plastique. Dans un tout autre style, Alice Mak (麥家碧) et Brian Tse (謝立文) rencontrent un grand succès, aussi bien auprès des grands que des petits, avec leurs séries McDull (麦兜) et McMug (麥嘜).
Celles-ci, dessinées dans un style très enfantin, mets en scène une famille de petits cochons et leurs amis et aborde des thèmes sociaux allant du chômage aux familles monoparentales.
- histoire de la bande dessinée chinoise, le manhua (2) -
Le manhua à Taiwan
Zhuge Silang À Taiwan, île cédée au Japon en 1895, le style noir et blanc du manga exerce très tôt son influence et laisse peu de place aux lianhuanhua traditionnels. Cette tendance se confirme à l’issue de la Seconde guerre mondiale.
En 1953 paraît le premier numéro de Camarade (学友), un magazine destiné aux enfants. Ce périodique publie des œuvres de Chen Dingguo (陈定国) et de Chen Guangzhao (陈光照), qui sont deux des pionniers en matière de manhua taiwanais.
Chen Guangzhao, qui a d’ailleurs fait ses études à Tokyo, est l’auteur de Petit Baye (小八爷), une bande dessinée qui se voulait avant tout éducative. Toutefois, la bande dessinée taiwanaise la plus marquante des années 50 est Zhuge Silang (诸葛四郎 - voir image) de Ye Hongjia (叶宏甲) qui dépeint ici, dans un style enfantin, une histoire de cape et d’épée qui a tenu en haleine toute une génération de Taiwanais.
Dans le même genre, mais réalisé dans un style plus réaliste et destiné à un public plus mature, Chen Haihong (陈海虹) crée la Tornade de petits héros (小侠龙卷风).
Cette période se caractérise donc par la prédominance de la BD de cape et d’épée (wuxia manhua, 武侠漫画), et les magazines spécialisés se multiplient pour constituer ce que l’on considère comme étant l’âge d’or du manhua taiwanais.
Cet engouement ne tarde pas à attirer l’attention des parents et des autorités qui publient, en 1962, une loi pour censurer les bandes dessinées.
Ce texte, peaufiné dans les années qui suivent, ne sera réellement appliqué que vers 1966, mais elle décime totalement l’industrie de la BD taiwanaise.
De nombreuses maisons d’éditions et autres magazines se voient ainsi obligés de mettre la clef sous la porte, et les bandes dessinées publiées antérieurement sont retirées des rayons. Beaucoup d’auteurs décident alors de changer de profession et la qualité des œuvres produites à cette époque est en général assez médiocre.
Les publications japonaises exercent alors un monopole sur le marché taiwanais.
La Maison Woolong Ce n’est que dans les années 80 que la situation s’améliore quand des quotidiens commencent à publier des manhua d’artistes locaux.
La maison Wuloong (乌龙院 - voir image), de Ao Youyang (敖幼样), fait son apparition dans le China Times en 1983. Il s’agit d’une parodie de films de kung-fu dont le succès va relancer l’intérêt du public pour la bande dessinée.
Cai Zhizhong (蔡志忠) fait partie de ces talents qui surfent sur cette nouvelle vague, il entame ainsi en 1985 sa série Zhouangzi a dit (庄子说), qui se fait l’écho de la pensée de ce philosophe de l’Antiquité par le biais de dessins aux traits simplistes. Zheng Wen (郑问), avec Biographies d’assassins (刺客列传), renoue avec la tradition du manhua de cape et d’épée en adaptant cette partie des Mémoires historiques de Sima Qian à l’aide d’illustrations réalisés à l’encre de chine et d’un réalisme à couper le souffle.
Son immense talent lui permet de poursuivre sa carrière au Japon et il est considéré aujourd’hui comme l’un des grands maîtres incontestés du manhua taiwanais.
Aujourd’hui, des auteurs comme Ping Fan (平凡) et Chen Shufang (陈淑芳), dont les illustrations se sont très vraisemblablement inspirées de la peinture traditionnelle chinoise, font partie de ceux qui représentent le mieux Taiwan dans le domaine du manhua.
- histoire de la bande dessinée chinoise, le manhua (3) -
Le manhua en République populaire
En Chine continentale, le manhua fait son entrée dans les rayons au début des années 90 et le succès est tel que de nombreuses maisons d’éditions se lancent dans la traduction de titres japonais.
Néanmoins, peu d’entre elles s’engagent dans cette industrie dans le respect des droits d’auteur et le gouvernement chinois se voit contraint de réagir.
C’est dans ce contexte que les premiers magazines consacrés au manhua doivent cesser leur parution. Dans le même temps, afin d’éviter que le marché de la bande dessinée ne soit monopolisé par les titres japonais, l’État crée en 1995 l’Industrie nationale des dessins animés pour enfants (dite Industrie 5155) qui publie aujourd’hui de nombreux magazines de bandes dessinés et subventionne des artistes locaux.
La création reste néanmoins entravée par une censure qui s’exerce à travers les maisons d’édition.
La production de bandes dessinées n’en reste pas moins abondante et les compétitions de l’Association des arts de la Chine viennent régulièrement stimuler la créativité des auteurs.
L’accent y est souvent mis sur le graphisme, la majorité des artistes ayant suivi un enseignement académique et rigoureux dans le dessin.
Mais, sans doute par manque d’expérience, ces artistes manquent généralement de maîtrise narrative et c’est pourquoi beaucoup d’ouvrages sont constitués de plusieurs histoires courtes.
Les influences sont diverses et vont des comics américains à la BD franco-belge. Beaucoup, toutefois, se contentent d’imiter le style du manga japonais même si certains le font avec talent.
C’est le cas de Yan Kai (颜开) qui, dans Xue Yue (雪椰), relate les aventures d’une jeune fille qui voyage dans le temps et revient en 1994 pour tenter de sauver la Terre d’un futur apocalyptique.
Plus récemment, des jeunes auteurs comme Benjamin, de son vrai nom Zhang Bin (张彬) , tentent de développer un style personnel.
Ce prodige de la BD chinoise a la particularité d’exécuter ses planches sur ordinateur à l’aide d’une palette graphique et d’un logiciel de retouches d’images, une technique jusqu’alors inédite. Cela lui permet de reproduire la touche de l’aquarelle et de développer un trait très réaliste tout en jouant avec des effets de flou autour d’un détail plus précis, donnant ainsi un côté onirique à ses illustrations.
Ses histoires traitent du mal-être de la jeunesse chinoise, de l’angoisse, ou encore de la solitude dans des scénarios qui sentent le vécu personnel. À titre d’exemple, la première des deux histoires que contient Remember (记得), publié en 2004, raconte les espoirs et les déboires de jeunes dessinateurs de BD qui, voulant percer dans le milieu, sont tiraillés entre leur désir de s’exprimer et l’obligation de se soumettre aux exigences des éditeurs.
Benjamin illustre ainsi un dilemme auquel sont sans doute confrontés bon nombre d’artistes chinois aujourd’hui : vivre de son talent sans pour autant trahir son art.
Rainbow Ruan Yunting (阮筠庭), alias Rain, avec ses couleurs pastel douces et délicates, fait aussi partie des auteurs contemporains qui se démarquent par l’originalité de leurs graphismes. Elle met en scène, dans Silent Rainbow (空色彩虹 - voir couverture), un véritable conte urbain constitué d’une constellation d’histoires courtes gravitant autour de douze personnages aux destins différents qui, au final, sont tous liés les uns aux autres.
Dans My Way (我的路), le style de Jidi (寂地) se fait remarquer à travers cette œuvre destinée à un public féminin qui traite des thèmes de l’amour et du bonheur.
Weng Ziyang (翁子杨), quant à lui, est le représentant chinois d’un surréalisme à la Louis Royo, il trouve son inspiration dans la littérature classique comme le prouve son album Les nouveaux héros des Trois Royaumes (新三国无双).
Le jeune Huang Jiawei (黄嘉伟) explore, pour sa part, l’univers de la science-fiction dans des ouvrages tels que Yasan (伢三) dans lequel il décrit, à l’aide de dessins sophistiqués réalisés au crayon à papier, un monde emprunt de noirceur où le héros éponyme mène l’enquête sur une mystérieuse maladie qui ravage son village.
Le fils du marchand Malgré le talent irréfutable de ces artistes qui constituent l’avant-garde de la bande dessinée chinoise, c’est souvent hors de leurs frontières qu’ils trouvent la reconnaissance qu’ils méritent.
En effet, le public occidental commence à s’intéresser au manhua « made in China » depuis le succès qu’ont rencontré les manga japonais et les manhwa coréens.
He Youzhi a été invité à exposer à Angoulême dès 1987 et a depuis publié trois albums en France. En 2005, la maison d’éditions Xiaopan, fondée par Patrick Abry, se spécialise dans la publication de titres chinois.
Cela permet par ailleurs à des auteurs de publier des BD qui, pour des raisons politiques ou commerciales, n’ont pas pu l’être en Chine. C’est le cas de Orange (橘子) de Benjamin, ouvrage jugé trop déprimant et pessimiste par les éditeurs chinois, ou encore du Fils du Marchand (贾儿 -voir couverture) de Nie Chongrui (聂崇瑞), une adaptation d’un conte surnaturel de Pu Songling qui met en scène la figure du renard dans une œuvre aux tendances bien trop érotiques pour les censeurs du Parti communiste.
Enfin, l’exportation de ces artistes leur permet aussi de s’améliorer, le contact avec des professionnels européens leur donne, par exemple, la possibilité d’apprendre à découper leurs scénarios et à travailler leurs histoires.
Ainsi, Huang Jiawei travaille actuellement avec le scénariste Jean-David Morvan sur un album intitulé Zaya, qui va être publié prochainement aux éditions Dargaud.
Les difficultés du manhua en Chine peuvent certes s’expliquer par l’image réductrice, celle d’une littérature pour analphabètes, dont il souffre, mais c’est surtout la structure anarchique du marché chinois qui permet d’éclaircir une telle situation.
Il n’existe aucune maison spécialisée dans la bande dessinée. Leur dynamique éditoriale en terme de manhua est donc inexistante, et c’est pourquoi très peu d’artistes peuvent vivre uniquement de la BD.
La plupart d’entre eux, en effet, tirent leur subsistance de leur travail dans l’animation ou les jeux vidéo. Une deuxième partie du problème se situe au niveau de la logistique.
Les chaînes de librairies se contentant de faire de la distribution et ne faisant pas d’études de marché, les bandes dessinées ont généralement du mal à atteindre son public.
Internet vient certes palier cette insuffisance, mais d’un point de vue commercial, le potentiel que représente le manhua reste, à ce jour, encore mal exploité.
- histoire de la bande dessinée chinoise, conclusion -
La bande dessinée chinoise trouve donc ses origines dans un passé lointain et cela prouve que, durant la très longue histoire de la civilisation chinoise, souvent présentée comme la civilisation de l’écrit par excellence, l’image avait elle aussi un rôle important, que ce soit dans la propagation de certaines idées ou comme un simple support narratif.
Vers la fin du XIXe siècle, les progrès techniques dans le domaine de l’impression permettent à l’image d’investir peu à peu, et avec succès, le monde journalistique.
C’est à partir de celui-ci que se développera la bande dessinée, par l’intermédiaire de nombreuses gravures satiriques qui laissent déjà entrevoir la redoutable efficacité de ces dessins dans la transmission de messages politiques, et par la parution des premières planches de dessin des futurs dessinateurs de ce qui deviendra, peu de temps après, les linhuanhua.
Ces derniers donnent naissance à une "littérature de l’image" en adaptant tout d’abord les plus grandes œuvres littéraires, elle devient dès lors un élément fondamental au sein des pratiques culturelles, en particulier chez les enfants et les classes défavorisées qui, étant donné le très fort taux d’analphabétisme à l’époque, n’y avaient pas accès directement.
Cependant, avec le tournant des années 30, les lianhuanhua (même si les références aux œuvres littéraires demeurent une constante de leur histoire) se constituent progressivement en genre autonome. Cet élan sera soutenu par les communistes, même s’il s’agit bien sûr d’en faire usage à des fins de propagande.
Toutefois, cela n’exclut pas, hormis durant la Révolution culturelle, la parution d’œuvres n’ayant qu’un rapport plus ou moins lointain avec les thèmes imposés par le parti.
Étant donné la popularité immense des formes "traditionnelles" de lianhuanhua, il est assez difficile de comprendre pourquoi (même si j’ai essayé d’y apporter quelques éléments de réponses) la bande dessinée chinoise sous ses formes les plus modernes est aujourd’hui aussi marginale en Chine alors qu’elle semble conquérir progressivement, par le biais de publications à l’étranger, la place que nous considérons lui revenir de droit sur le marché international de la BD.
Alors quand la Chine saura-t-elle reconnaître et apprécier le réel talent de cette nouvelle génération d’artistes, leur permettant ainsi d’acquérir une renommée méritée au sein de leur propre pays ?
Un grand merci à Nico pour cet excellent article (c’est pour des auteurs comme cela que j’ai créé ce site internet) N’hésitez pas à vous rendre sur sa page pour trouvez des images !!!



Commentaires
1. mardi 7 décembre 2010 attime 08:56, par Brigitte Duzan
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