Depuis quelque temps, le Yaoi a trouvé une véritable impulsion en France sous l’égide de deux acteurs, à savoir Asuka et une toute jeune maison d’édition, les éditions H.

Les éditions H (http://www.editions-h.fr/) avait ainsi écrit un premier magazine de réflexion sur le sujet , Homosexualité et manga : le yaoi - manga 10 000 images, et a récemment sorti le manga Sugarmilk (sur lequel il me faudrait écrire un article à l’occasion).

Les éditions Asuka, quant à elle, on lancé BExBOY, un magazine dédié au sujet ainsi qu’un site internet dédié (http://www.asuka.fr/minisites/boyslove/). De plus, Asuka publie également des titres Yaoi comme "Le jeu du chat et de la souris" dont je vais vous livrer mes impressions (le manga est sorti en coffret collector chez Asuka le 26 novembre dernier).

Autant vous le dire, ce que j’ai pu lire du Yaoi ne m’a jusqu’à présent peu convaincu, utilisant l’homosexualité comme un "prétexte" pour mettre en scène de jeunes éphèbes androgynes se livrant à des jeux interdits. Dans l’affaire qui nous amène ici, les choses sont bien différentes et l’auteur de l’infirmerie après les cours nous livre un titre d’un haut niveau.

Avant toute chose, il est pour moi important de préciser que ce titre est réservé à un public adulte. Non pas comme j’ai pu le lire ici ou là parce qu’il s’agit d’un manga mettant en scène des homosexuels, mais plutôt parce que certaines images sont crues, explicites, sans détours ni censure. De même, parallèlement à ces images, les dialogues peuvent être également dépourvues de toute artifice et extremement direct.

Mais ne nous y trompons pas ! L’utilisation de ces scènes à l’apparence choquante n’est nullement facile, sans objet. Ces scènes ont le mérite de dévoiler toute la passion entre deux hommes au centre de toute notre attention pendant deux tomes d’une grande intensité.

Le jeu du chat et de la souris (Setona (...)

"Le jeu du chat et de la souris" narre l’histoire de Kyoïchi, un homme marié passif se laissant allé au gré des adultères, ne parvenant à se refuser à toutes jeunes femmes mignonnes tentant de le courtiser.

A sa grande surprise, il apprendra que sa femme a fait appel à un détective privé afin de mettre en évidence ses petites escapades. Sa surprise n’en sera que plus importante lorsqu’il découvrira que le détective en question est un ancien copain de l’université dénommé Imagasé. Imagasé lui proposera alors d’échanger son silence contre... son corps.

Kyoïchi, jusqu’alors attiré par les femmes se laissera alors doucement entrainé dans une spirale du désir et de passion largement maîtrisée par Imagasé, dont l’amour pour Kyoïchi n’a jamais cessé de croître depuis leur première rencontre à l’université...

Au delà de son questionnement sur ses penchants physiques, Imagasé se questionnera également énormément sur lui même, sur sa vie à l’aube de ses trente ans. Qu’a t il fait de sa vie depuis toutes ses années ? pour qu’elle raison n’est il jamais parvenu à dire non à une femme ? Cette vie confortable, sans souci avec Imagasé pourra t elle continuer éternellement ? S’est il engagé sur la voie de l’homosexualité par facilité ou par véritable désir ?

A la manière d’un shojo (Setona Mizushiro est également auteure de shojo), le lecteur détient essentiellement les clés de l’esprit de Kyoïchi . Il perçoit ainsi sa peur d’entrée dans un monde qu’il ne connaît pas, ses hésitations mais également son évolution, passant d’un personnage passif, gentil avec tout le monde à un personnage plus sur de lui.

En revanche, la vision d’Imagasé n’est quasiment perceptible qu’à travers le regard de Kyoïchi. Cela est d’autant plus frustrant que le personnage d’Imagasé est à l’opposé de Kyoïchi. Il est calculateur, manipulateur, fougueux et seul son amour maladif pour Kyoïchi semble guider ses pas. Il est imprévisible et totalement dévoré par une contradiction : laisser Kyoïchi à l’état d’idéal inatteignable tout en continuant sa vie relativement libre et détachée, ou tenter de se livrer dans une véritable vie de couple avec Kyoïchi, quitte à se retrouver dévasté par la suite. Finalement, Imagasé a aussi peur de Kyoïchi que Kyoïchi a peur d’Imagasé . Certes pour des raisons différentes, mais le résultat est que nous assistons à un jeu d’aimants qui s’attirent et se repoussent.

Setona Mizushiro parvient à rendre cette histoire d’amour réaliste et passionnante malgré le petit nombre de volumes (2). A cet égard, les personnages disposent d’une psychologie développée, approfondie et à mon sens loin d’être caricatural.

Si l’on écarte l’aspect féminin de l’oeuvre (les rencontres féminines que fait Kyoïchi et qui le poussent constamment à douter), cette oeuvre m’a fait pensé à Happy together de Wong kar-wai.

Depuis ce film (dont je vous propose de regarder le trailer en fin d’article), je n’avais pas eu l’occasion de voir (j’écarte la littérature) une oeuvre aussi intimiste, et démonstrative de la passion pouvant exister entre deux hommes.

trailer de happy together, l’un des plus grands films que j’ai pu voir sur cette thématique

Sans doute le point faible du titre, son dessin. Celui-ci se révèle sans fioriture et assez réaliste. Toutefois, les décors sont souvent vides et certains traits peuvent paraître imprécis. Malgré ces points noirs, le graphisme reste malgré tout efficace.

Que faut il conclure du titre du "jeu du chat et de la souris" ? Je conclurai personnellement qu’il s’agit d’un excellent titre, même si du fait de son interdiction au moins de 18 ans et de son histoire, il risque de n’être réservé qu’à une certain catégorie de lecteur (même s’il a reçu plusieurs prix en 2008 à la Japan expo ou auprès de lecteurs d’animeland). Mais de ce fait, c’est sans doute le genre de titre sur lequel il est le plus intéressant d’écrire. J’y retrouve d’ailleurs un peu d’inspiration. J’espère que cet article poussera un certain nombre d’entre vous à se le procurer, car il s’agit vraiment d’un titre qui mérite que l’on y passe quelques heures !

Pour plus d’informations, je vous invite à lire l’interview de Mizushiro Setona sur manga news : http://www.manga-news.com/index.php/auteur/Mizushiro-Setona

et pour les japonophone, le site de l’auteur : http://www.page.sannet.ne.jp/setona/