Je n’ai pas pour habitude d’être tendre dans ma manière de critiquer certains articles, ouvrages, ce qui m’a recemment valu les foudres de certains lecteurs.

Et pour cause, en passant d’un webzine generaliste à un blog, le « on », le « nous » a laissé la place au « je » reflétant mon opinion. Et cela change tout . L’exercice est certes plus présomptueux mais certainement plus intéressant. L’ouvrage dont je vais vous parler traite de l’incroyable épopée japonaise durant le siècle dernier.

Incroyable ? Certainement. Le Japon est passé d’un état isolé, forcé à l’ouverture par les puissances occidentales a un pays militaire puissant au début du siècle (suite à sa victoire sur la russie en 1905). Le pays a connu une aventure « glorieuse » (bien que teinté de sang et d’horreurs) avec une expansion territoriale sans précédent (sur la Corée, La Chine) dans son histoire puis fait face à l’apocalypse (les bombes nucléaires) pour repartir de plus belle, épaulé le pays qui l’a en partie détruit (les Etats unis) qui l’a en partie détruit.

Le Japon est aujourd’hui l’ une des premières puissances économiques et financière du monde (je mets volontairement de coté l’aspect diplomatique). A y réfléchir, le Japon est certainement parvenu à devenir, grâce à son économie et aux technologies l’un des leader sur le monde qu’il rêvait d’être.

C’est peut être d’ailleurs l’une des raisons de sa récente déchéance. Que faire lorsque l’on a finalement atteint l’objectif que l’on s’était toujours donné. Comment rebondir ?

Le livre « le Japon au XX ème siècle ne vous parlera pas d’avenir mais bien du passé. En l’occurrence du siècle passé. Mais quel siècle.

L’auteur, Jacques Gravereau parvient véritablement a extirper tout le jus de ce fruit protéiforme, difficilement perceptible, mais ô combien intéressant. Économie, politique, culture, droit, l’auteur retient une approche transcersale pour nous expliquer toutes les facettes de cette periode finalement relativement courte mais riche en évenement.

Jacques Gravereau n’a certainement rien sorti de son chapeau. La bibliographie est riche, le recit argumenté et les hypothèses chiffrés. Cela n’altère en rien la cohésion de la lecture et sa compréhension. Agréable à lire, même si vous êtes intéressé par le sujet, vous apprendrez nécessairement quelque chose. Pour ne citer qu’un exemple, la reforme engagé par le Général Mac Arthur sur le droit de vote des femmes.

Contexte : Fin de la guerre, un Général est dépéché pour mettre en oeuvre le protectorat américain et « remettre sur pied le Japon ». Dans le cadre des grandes reformes mises en place sous l’impulsion américaine, les femmes ont pu voter dés 1945 mais croyait devoir voter pour des femmes .

Résultat : une prostituée gagne un siège avec 256 000 voix, le général Mac Arthur retorquant face aux craintes de l’époque « c’est une femme qui doit travailler dur ».

Au delà des anecdotes et des quelques grands axes que chaque spectateur du « miracle japonais » connait nécessairement, l’ouvrage sera certainement l’occasion de comprendre la vie politique japonaise. Elle est assez passionnante.

Une lutte sans fin de pouvoir, de contre pouvoir, avant tout d’hommes avant d’être une lutte d’idées ou de partie.

Yoshida, Hatoyama (pas le dernier), Takeda, chacun a apporté sa petite pierre à l’édifice plus par obsession de marquer l’histoire du Japon que par autre chose. Rentrer à l’ONU, jongler habilement avec la politique russe dans le contexte difficile de l’époque. L’auteur traite à travers tout son ouvrage de la politique japonaise et j’ai rarement lu un écrit aussi clair et instructif sur le sujet.

Mais ai je vu des défauts à ce livre ? Oui nécessairement (si vous me connaissez).

Le premier, la gestion temporelle. Sans doute l’un des exercices dés plus difficile pour ce type d’ouvrage vis à vis du lecteur. En tant que lecteur, j’ai parfois été un peu perdu sur la chronologie des faits même si l’ensemble reste tout à fait cohérent. Cela rend la lecture parfois pénible et nécessite de revenir sur certaines pages. Mais bon, pour un ouvrage aussi précis et complet , on le pardonnera aisément.

Deuxième chose, beaucoup plus subjective. Le traitement dur réservé au manga page 520 : "les employés de la grande ville sont devenus si fatigués ou si analphabètes qu’ils ne lisent plus autre chose, au cours de leurs longs trajet de métro, que des manga, ces bandes dessinées grossières, où n’apparaît même plus aucune légende écrite". Cela démontre selon moi (petit lecteur sans grand intérêt) un certaine méconnaissance de ce sujet spécifique. D’ailleurs, on ne lit pas un mot sur le "soft power japonais". Après, il est clair que cette notion n’a peut être pas trop sa place, l’ouvrage étant concentré sur le XXème siècle.

Quoi qu’il en soit, je sais avouer, même lorsque je n’apprécie pas tout, quand je trouve un trouve un bon ouvrage. Le Japon au XXème siècle m’est apparu comme un excellent livre. J’ai vraiment appris beaucoup de choses et c’est après tout l’essentiel pour ce type d’ouvrage. Merci donc à Monsieur Jacques Gravereau (notamment fondateur de HEC Eurasia)