La Nuit du Fantôme, une enquête du Docteur Li (Qian Yu / Xiao Pan) ma note 6/10
- noter cet article
lundi 17 mars 2008, par rambijey
Pour vous présenter ce Manhua, commençons par resituer l’oeuvre.
Connaissez vous Robert Van Gulik ? Robert Van Gulik a écrit la série du Juge ti et nous a offert une peinture détaillée et intéressante de la chine ancienne. Le juge ti nous propose de suivre les traces de ce juge, un columbo des temps anciens. Pour ce faire, Robert Van Gulik se base sur de véritables recueils de jurisprudence (décisions de justice, il existe d’ailleurs un recueil d’affaire de police du XIII composé par Shi Po, traduit par Robert Van Gulik, “affaires résolues à l’ombre du poirier” aux éditions Albin michel).
Mais ses livres, parviennent à transcender le caractère un peu neutre de ces histoires (je ne vous cache pas que la lecture des “affaires résolues à l’ombre du poirier” est un peu fastidieuse), pour les retranscrire avec beaucoup de talent dans les affaires du Juge Ti. Rappelons que ce fameux Juge Ti aurait véritablement existé et serait resté dans les mémoires en raison de son extraordinaire capacité de raisonnement. Nombreux sont les légendes autour de ses enquêtes.
Au de là d’une enquête policière, Robert Van Gulik nous décrit avec précision une époque, et nous apporte beaucoup d’anecdotes. Le juge Ti dénoue avec une certaine finesse tous les “évènements surnaturels” et affaires qui se déroulent sous ses yeux. Mais le juge Ti, c’est aussi, comme beaucoup de romans chinois de cape et d’épée (les quatre brigands de Huabei, par exemple), une multitude de personnages.
Les enquêtes du Docteur Li reprennent en fait le même mode de fonctionnement, et le même univers avec quelques petits changements puisque le héros est un médecin et non un magistrat (selon Xiao pan, il s’agit d’une adaptation d’un roman de Ye Pingping, mais je n’ai trouvé aucune information sur Ye pingping). Le docteur Li est un médecin à l’obscure réputation. Il aurait le pouvoir de ressusciter les morts. En réalité, le véritable pouvoir du docteur Li est avant tout son incroyable sens de la déduction et son extrême compétence en matière médicale.

Dans notre première enquête, le docteur Li est amené à enquêter sur le cadavre d’une jeune fille, prétendument assassinée par un fantôme. Le docteur, inspectant le corps, et démêlant progressivement le complot autour de ce meurtre. Il devra notamment dérouler le fil des relations complexes entre les personnages, des tromperies et des luttes intestines au sein d’une noble et riche famille de la ville.
Au niveau du scénario, il faut un peu s’accrocher pour suivre le raisonnement du docteur li. L’ensemble est bien construit à la manière des enquêtes du juge ti. Néanmoins, certains passages peuvent paraitre confus , et comme dans les romans chinois, la multitude de personnage à le bon coté de donner une grande richesse à l’univers mais rend la lecture difficile "mais qui est déja Mingzhu ?" (dans 2046 de Wong kar wai, le réalisateur faisait un léger clin d’oeil à ces romans, le héros rajoutant des personnages au fur et à mesure de son roman et indiquant " de toute manière, les lecteurs ne se souviendront même plus que ce personnage est déjà mort", et l’épreuve s’est révélée pour moi réelle à la lecture du roman "au bord de l’eau" de Shui-hu-zhuan où j’avoue avoir eu beaucoup de mal avec les 108 héros...). Trêve de plaisanterie, l’enquête est bien menée. De plus, la culture chinoise de l’époque, et l’art martial, le Qi gong est bien utilisé.
Concernant le dessin, dans la lignée des auteurs chinois que je commence à connaître, Qian Yu est une excellente illustratrice . Encore une fois, l’oeuvre est en couleur. Le style de Qian Yu rappelle un peu Luis Royo mais en version chinoise (nous avons d’ailleurs de jolies planches à la fin de l’oeuvre, dont les tons rappellent le manga Aria ou Aqua). Les couleurs sont douces, plutôt pales et les traits des personnages sont très fins (des visages oblongs et des corps assez minces et élancés). Les décors sont quant à eux assez soignés. Toutefois, si dans love fragments, le manque d’expression et de dynamisme des personnages étaient compensés par l’objectif d’instantanéité d’un roman photo, cette fois-ci, c’est un point négatif. Le tout est trop statique et relève trop de l’illustration. Nous avons plus l’impression d’un roman agrémenté d’image (remarque, le style chinois semble être justement de trouver un rapport différent entre l’image et le texte que ce dont nous avons l’habitude en matière de manga, mais j’avoue ressentir un certain manque d’expressivité). L’ensemble est assez moyen même s’il est agréable de lire un polar et le premier du genre que j’ai pu lire dans la catégorie manhua (coté manga, il y a bien sur detective conan ou Kindaichi).






