Interview de Pilippe Cardona, auteur de sentai school
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vendredi 8 juin 2007, par rambijey
Lors du Grand prix organisé par le Polymanga, le titre Sentaï School a attiré notre attention. Entretenons-nous avec son dessinateur.
Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
je suis donc Philippe Cardona, bientôt 29 ans (chuis vieux ;3 ; ), dessinateur et co-scénariste avec Florence Torta des séries Serge le hamster de l’Enfer (éditions Carabas) et Sentaï School (ed. Kami). Je vis à Aix en Provence avec mon chat et je travaille trop :D
Comment as-tu eu l’idée de créer Sentai School ?
en fait, il faut savoir que Sentaï a été commencé en « pro » en 2002, mais la série avait été créée en 1998 pour le fanzine Dream On, dans lequel elle a été publiée jusqu’en avril 2000 sous le titre « l’école des héros ». pour faire court, "l’école des héros" est née du fruit d’une longue nuit blanche durant l’été 1998 où avec florence nous avons regardé trop de dessins animés frelatés du club dorothée ("coeur", "makko", etc..) et des cassettes de serie live ("giraya", "metalder", etc...). s’ajoutant à ça la fatigue et le fait qu’on écrivait une lettre sous forme de BD à un ami -qui du coup est devenu le parrain involontaire de la série-, et l’idée de base de la série était là ! des héros crétins qui vont dans une école pour devenir héros de série (en gros c’était la base). puis le lendemain j’ai fait les premiers croquis des persos avec flo ,en définissant leurs caractères, on a fouiné dans nos mémoires pour savoir qui serait bon en profs, et voila ! ensuite à la rentrée 1998 on a publié la série dans le fanzine "dream on" que flo et moi avions co-créé avec un 3eme ami en septembre 1997 et qui justement devait être remanié et accueillir de nouvelles séries. Avant d’enterrer Sentaï dans la catégorie « vieux cons nostalgiques », étiquette que porte la série plus ou moins malgré elle, il faut savoir que lorsque nous avons décidé de créer une parodie de mangas et d’animés, il y avait très très peu d’animés dispos en France en VHS (ne parlons pas des DVDs), hormis les rééditions des séries « blockbusters » de notre enfance (albator , les cités d’or, etc...) et... nos souvenirs... coup de bol, Flo et moi avions la même culture japanime qui nous avait bercés et influencés.

question : ton style de dessin fait assez « chibi » (terme désignant un dessin disproportionné des personnages, ceux-ci ayant petit corps et une grosse tête), est ce un choix ?une préférence ?
je ne sais pas trop .... Bêtement je dirais que c’est bien sur un choix, car on choisit son style, personne ne débarque chez vous en rappel avec un couteau dans le dents pour nous dire « ahah ! dessine de telle manière ! » (tant et si bien que l’on puisse comprendre ce que dit quelqu’un qui a un couteau entre les dents ... :p ) plus sérieusement, j’ai toujours essayé d’avoir une palette de style assez large, afin de pas être emprisonné dans un même genre. Je suis quelqu’un qui s’ennuie vite et ne peut pas faire la même chose trop longtemps (ce qui explique aussi que je fasse plusieurs séries en même temps)... donc j’essaie plusieurs choses, et j’aime bien m’adapter au style de l’histoire. Sentaï School n’aurait pas pu avoir un autre style de dessin que du SD (super deformed, petits corps et grandes têtes), et comme depuis mes 14 ans je m’amusais à faire des SDs de mes personnages de comics préférés durant mes cours de français....
question : les références dans Sentai school étant assez précises, il peut être difficile de rire des gags sans une solide culture anime/manga. Avec sentai school, quel public espères tu viser ?
ça aurait pu être vrai pour le tome 1, qui est une réminiscence et une réécriture des épisodes parus en fanzine, et qui donc sont moins « personnels » et plus basés sur des gags référentiels et se base en plus sur des séries plus vieilles. Depuis, Flo et moi avons évolué, et surtout avons voulu faire évoluer la série, non pas pour renier ce pourquoi nous l’avons créée (ce qui n’est pas le cas !) mais tout simplement car pour nous une bonne série est une série où les personnages et l’univers évoluent, mûrissent, et ne s’enferment pas dans une routine où les gags deviendraient prévisibles. Qui plus est, nous avions au fil des épisodes de plus en plus de personnages, avec leur propre caractère et personnalité, et avions de moins en moins besoin de « béquilles » référentielles. Bien sur les références sont toujours là, il y a toujours un gag ou deux par épisode qui est une pure référence ou une parodie, mais dans l’ensemble 80% des références sont des figurants, des personnages dans le fond, des costumes portés, etc.... pour le public que nous visons, nous espérons tout simplement toucher les gens qui aiment bien rire et aiment bien l’humour crétin et 36ème degré. Nous avons déjà eu de nombreux lecteurs, en dédicaces, qui ne lisaient aucun manga, n’avaient pas la culture « adaptée » censément, mais qui disaient rire comme des baleines tout comme lorsque le tome 1 est sorti, certaines personnes dans le milieu nous ont dit qu’on ne toucheraient que les « trentenaires nostalgiques » mais pourtant en dédicaces nous avons souvent des ados de 15/16 ans ! :p
question : les références dans Sentai shcool sont multiples, séries TV, comics, manga, as-tu une façon de mélanger tout ces différents styles ?
c’est un joyeux bazar ! Flo et moi sommes de purs produits de la sous culture des années 80, 90 et 2000 ! donc toutes les références venaient aisément. Maintenant, au niveau de l’écriture nous en plaçons moins, comme je le disais plus haut. C’est moi qui m’amuse quand je dessine à en caler partout partout ! tout simplement parce que j’aime m’amuser quand je dessine, qu’il y ait un petit truc « en plus » dans les pages. Donc je cale beaucoup de choses que j’aime, et comme elles viennent.
question : Sentai shcool est basé sur l’humour et la parodie, le comique est il ton type d’histoire préféré ?
j’adore l’humour, qu’il soit référentiel ou non. mes piliers de l’humour (et Flo partage cet avis) sont les Monthy Pythons, Gotlib, les Inconnus et les Nuls. Pour le type d’histoire que j’aime le plus... en tant que lecteur et même auteur, je ne sais pas trop.... personne ne lit que de l’humour, ou que de l’ héroïc fantasy ou de la SF, on a tous envie de varier les plaisirs. Pour l’écriture c’est pareil. C’est vrai que ce serait très dur pour moi d’écrire une BD sans aucun humour, mais je ne sais pas si à contrario je ne pourrais faire que du comique ...

question : pourrais tu nous expliquer un peu ta façon de travailler ? (Une journée de travail type)
du lundi au vendredi, en général je me lêve le matin assez tôt, et après une douche et un p’tit dèj rapides je me mets sur mon ordi pour me réveiller, je check mes mails et deux trois bêtises du style blogs, forums, etc...puis je me mets illico à bosser.
Je crayonne ma/mes pages du jour selon le projet en cours puis une fois mon quota quotidien de crayonnés accompli, je prends une mini pause pour manger (c’est en général entre 11h et 14h, oui c’est large comme créneau mais ça tombe dans cette tranche là :p ), puis je scanne un crayonné et attaque l’encrage. Si j’estime avoir le temps après avoir fini cet encrage j’en attaque un autre. Le soir après manger en général je réponds à des interviews, des mails, je lettre des pages et retouche deux trois bidules par ci par là.
Les week ends sont plutôt consacrés à l’écriture : scénarios, découpages, storyboards, recherches, et aux illustrations en cours comme les couvertures, les dessins pour des magazines, etc.... mais aussi servent de soupape de sécurité pour rattraper d’éventuels retards sur les planches de la semaine. Au milieu de tout ça j’essaie de trouver un peu de temps pour faire un minimum de sport et ne pas trop m’engraisser (c’est dur !), jouer un peu aux jeux vidéos (ça devient rare !), lire mes mangas et comics (les piles s’accumulent !) et voir mes amis (mais beaucoup ont quitté Aix en provence ....) .Je me couche en général vers 1h/2h du matin.
question : As-tu d’autres projets à venir ?
pleins ! déjà je suis sur la série BD « Foot 2 Rue », aux éditions Soleil, adaptée du dessin animée éponyme, et dont je viens de finir le tome 5 qui sort en juin. J’ai tout récemment attaqué ma première BD pro en solo, où j’assume tout de A à) Z (ce qui est assez stressant), qui s’appelle « Magical JanKen Pon » et sortira en 2008 chez Kami. Ce sera une BD au format plus proche d’un manga, au niveau du format proche d’un shonen classique comme One Piece , et qui comptera 150/170 pages, en noir et blanc bien sur. Ce sera du « shonen super héros », une sorte de mix entre Wingman, Spiderman et Harry Potter dont je suis archi fan. Il y aura de l’humour, mais la série ne sera pas à vocation humoristique. J’ai aussi dans mes cartons une série de SF au format franco belge dont j’ai écrit le premier tome il y a près de deux ans, de la page 1 à la 44, mais qui pour le moment n’est même pas envisageable dans mon planning qui est bouclé (plus ou moins hein, dans ce métier tout erst perpétuellement en mouvement et incertain) jusqu’en mai 2009 ! ça c’est bien sur dans le cas où j’arrive à tenir les rythmes et si mes séries continuent de plaire au public et à mes éditeurs . je suis conscient que dans ce métier tout peut changer du jour au lendemain et que les best sellers du moment peuvent être has been le mois suivant
question : As-tu le temps de lire quelques mangas ou de regarder quelques animes ? si oui lesquels ?
je continue de lire pas mal de mangas et de comics, en essayant de trouver du temps... mais j’accumule un retard dingue dans ma lecture par rapport à mes achats.... Je dois avoir une cinquantaine (sans exagérer) de mangas et comics en retard, et pourtant je continue d’acheter mes nouveautés chaque semaine ! il y a ensuite à prendre en compte les raisons pour lesquelles j’achète une série : pour le graphisme, la narration, etc... bref « pour le boulot », et celles dont je suis hypra archi fan et pour lesquelles il est hors de question d’avoir un jour de retard dans leurs lectures ! :D dans celles ci il y a en premier One Piece et Eyeshield 21, mes deux grandes grandes références, 20th Century Boys, les séries de Mitsuru Adachi dont je suis méga fan, gantz et Berserk ! et au final, ce sont ces séries qui m’influencent plus et me « servent » plus dans mon travail que celles que j’achèteraient « pour le boulot » :p
pour les animés, j’en regarde de moins en moins. D’une part par manque de temps, et d’autre part parce que j’ai du évoluer, et j’en ressens nettement moins l’envie. Il y a aussi une part de rejet peut être. Le marché est totalement saturé et me donne limite envie de rejeter ce trop plein. Car il sort un peu tout et surtout n’importe quoi ! bon, au milieu de ça il y a encore des chefs d’œuvres comme Paranoia Agent, dieu merci mais pour ce qui est de « l’audiovisuel », je suis beaucoup plus séries « live », comme les dramas (comédies romantiques ou comédies tout court) japonais et les séries dites de « tokusatsu » (= à effets spéciaux) japonaises aussi, comme Kamen Rider et Dekaranger (les séries japonaises originales massacrées par les Power rangers américains), et les séries live américaines comme How I met your Mother, Galactica, Deadwood, Desperate Housewives, 24, et de bons classiques comme Code Quantum grâce aux rééditions DVDs !
question : ton manga/ anime préféré ?
crotte j’y ai répondu au dessus XD bon ben je le répète, One Piece c’est la BD du Bien Ultime ! talonnée de très très près par Eyeshield 21 ! en animé c’est plus dur... disons Cowboy Bebop et Captain Herlock : the Endless Odissey, eux aussi pratiquement ex æquo
question : le manga commence à connaître quelques auteurs européens as-tu pu regarder un peu ce qui est sorti et comment vois tu cette émergence de « manga européen » ?
je n’ai pu voir qu’en diagonale les productions locales. C’est hélas triste et bête mais je n’ai pas tout eu en service de presse (on me donne parfois quelques bouquins) et je n’ai pas le budget pour tout acheter et lire en profondeur ! je me contente donc pour la plupart de les feuilleter en librairie, mais j’essaie quand même de tout voir et savoir ce que c’est, car il ne faut pas négliger les collègues ! pour ce qui est de cette immense vague de « mangas européens » qui arrive, en tant qu’auteur je suis assez heureux car c’est quelque chose que nous attendions depuis des années ! j’ouvre une parenthèse, pour dire que, pour être tout à fait honnète et un peu égoïste, une seule chose m’attriste : Sentaï school est un peu « mise à l’écart ». de par son statut de « BD à référence » et de son image (erronée) de « série pour trentenaires nostalgiques », mais aussi à cause de son format et de son rythme (100/120 pages tout les 15 mois), Sentaï est souvent « oubliée » lorsque l’on parle de « manga européen ». il est triste de constater que l’on écarte souvent notre série qui est là depuis 5 ans. Certes c’est une petite série, pas un gros hit ou un blockbuster, mais bon on a notre p’ tite longévité .... Et notre format « pas trop manga mais presque » et son rythme sont dus au fait que lorsque l’on a commencé, non seulement il n’y avait rien d’autre, mais on ne savait même pas qu’il y aurait un album ! c’est au bout d’un an de prépublication qu’une personne chez Semic (l’éditeur d’alors) a dit « allez, on fait un album ! » . ce qui a donc imposé le nombre de pages. Et donc le rythme pour la sortie du tome 2. Pour le format, on a opté pour un format proche du A5, comme l’ont certains mangas « de luxe », afin de ne pas perdre en lisibilité. Je ferme cette parenthèse qui je l’espère aura expliqué certains points peu clairs sur notre série.
Pour en revenir aux mangas européens et français donc, nous en sommes au stade d’éveil, après le stade d’expérimentation. Les choses semblent enfin bouger et les éditeurs semblent comprendre que faire de la BD en France, ce n’est pas juste mettre un an pour faire 46 pages ! En tant qu’auteur, pour moi, c’est le rêve ! c’est un peu ce que j’attendais depuis des lustres, et c’est bien pour ça que je me suis jeté dans la brèche avec mon projet de super héros !
Il faut espérer que ça ne va ni être un effet de mode ni devenir une norme, imposant à tout nouvel auteur de devoir passer par la case manga : certaines BDs sont très très bien en franco belge, 46 pages couleurs ! la diversité, le choix et la liberté pour les auteurs et les lecteurs, c’est ça qui est génial ! et nous voilà (lecteurs et auteurs) avec une nouvelle forme d’expression en plus ! pour le moment c’est tout bénef ! je n’oublie jamais que j’étais et reste encore et toujours un lecteur, et qu’il faut penser à celui ou celle qui achèterai notre bouquin. c’est donc maintenant aux éditeurs de faire attention à ne pas tuer ce jeune marché hypra prometteur en sortant trop vite des titres qui ne seraient pas assez murs pour rencontrer leurs lecteurs, et donc saturer le marché et le faire imploser. Mieux vaut privilégier la qualité que la quantité ! mais là, ce n’est que mon avis de personne lambda, je ne suis ni éditeur ni directeur de collection et n’aurait pas la prétention de dire si un titre ou pas doit sortir ....
question : un petit mot pour tes lecteurs ?
merci à tous ceux qui lisent Sentaï School, Serge le Hamster de l’Enfer et mes autres travaux ! j’espère que vous me supporterez et me suivrez longtemps, car j’ai des tas de projets ^^ continuez de lire des mangas, des comics, de la BD, bref tout ce qui vous ravit les yeux et l’esprit ^^
Merci d’avoir répondu à ces quelques questions et merci aux éditions Kami.
Merci à vous °3°
Philippe





