Interview de Philippe Cardona à l'occasion

Ma première interview s’est déroulée avec un auteur déjà connu de notre site puisque nous l’avions interviewé pour Sentai School l’année dernière. Nous avons profité de la Japan expo 8 et de la sortie du nouveau titre de Philippe Cardona, Janken Pon, pour lui poser à nouveau quelques questions.

Comme à son habitude, c’est avec une grande gentillesse que Philippe a accepté de répondre à nos questions. Etant donné que nous avons d’ores et déjà interviewé Philippe, nous avons pris le parti de faire le point sur l’année passée et d’aller de l’avant !

1) Peux tu nous présenter un peu ce que tu as fait depuis 1 an ?

Depuis 1 an, j’ai finalisé Janken tome 1 mais en raison de problème de santé, j’ai du mettre le tome 2 en stand by. J’ai aussi fait le tome 8 de foot 2 rue et serge le Hamster tome 3 devrait sortir fin septembre. Puis, il y a un projet sur Sentai (dont nous parlerons plus tard dans l’interview)

2) Il y a un an tu nous parlais de Janken comme « une BD au format plus proche d’un manga, au niveau du format proche d’un shonen classique comme One Piece , et qui comptera 150/170 pages, en noir et blanc bien sur. Ce sera du « shonen super héros », une sorte de mix entre Wingman, Spiderman et Harry Potter dont je suis archi fan. » Depuis un an des changements ?

Le format est celui d’un manga à la différence de Sentai. Il y a un peu moins de page qu’un manga et au niveau du style narratif ce n’est pas à 100% du shonen. En raison du ryhtme de parution, sachant que le lecteur doit attendre pas mal de temps le tome suivant, j’essaie de faire une histoire complète sur chaque tome. Je ne peux pas trop me permettre , comme les auteurs japonais, d’utiliser 20 pages uniquement pour exprimer une tension entre deux personnages. C’est pour ça que je m’attache plus à l’action.

Le tome 1 nous présente les origines du personnages, c’est une introduction à la série, la véritable histoire commence à la dernière page.

3) Comme dans Sentai school on retrouve la encore des références à d’autres titres, de façon parodique comme Wing mang, Olive et tom (la partie de foot du premier tome)

En fait je voulais vraiment faire quelques choses de sérieux, et justement pas trop comique. Sur la scène de foot, c’est peut être l’influence de foot 2 rue mais je voulais utiliser cette scène pour créer un lien entre les deux heros et leur rencontre

4) Si tu devais nous présenter ce titre vraiment à ta manière, comme le présenterais tu ?

Un jour , un éditeur a dit "on ne veut pas de wingman à la française". L’histoire est une histoire de super héros, mais un mix de super héros américains et japonais avec des influences françaises. Je suis fan de comics comme XOR, Bioman, mais j’ai tenu à ce que l’histoire se déroule en France. Je pense qu’on a qu’une vision déformée de la culture japonaise. C’est la culture française que je connais le mieux, et c’était donc plus crédible que l’histoire se déroule en France.

5) Est ce que tu aimerais faire tes titres en couleur ?

Le dessin et la couleur, pour moi ce sont deux choses différentes. Il me faut un temps fou pour faire un dessin en couleur. C’est Florence (Florence Torta, avec laquelle, Philippe a notamment travaillé sur Sentai) qui s’occupe de la couleur. Je lui donne quelques directions. Par exemple sur le choix de couleur du héros, je voulais du clair mais cela ne permettait pas de faire ressortir le pouvoir du héros. On a finalement opté pour du blanc avec des manches noirs que vous voyez sus la couverture.

6) Que penses tu du fait que l’on est mis en ligne ton titre en preview gratuitement ?

je suis d’accord mais certaines personnes m’ont dit qu’on ne voyait pas grand chose. Cela nous permet de gagner des lecteurs.

7) Voila maintenant quelque temps que tu travailles avec les éditions Kami en tant que « professionnel », as-tu changer ta manière de travailler ? considères tu ton travail différemment ? Ton style a-t-il évolué ?

J’ai signé il y a 10 ans, ma première Bd date de 2000. Je dessine de manière différente et j’essaie d’avoir des styles différents, d’adapter mon style à l’histoire. Sentai a pas mal de SD, Serge un peu moins.

Concernant l’évolution de mon style, c’est difficile à dire, mon évolution a été naturelle. J’ai affiné mon encrage, j’essaie de mieux respecter les proportions, de plus travailler les plis, les décors. En fait, je suis assez psychotique et j’ai beaucoup de mal à m’arrêter. Mon défaut, c’est que je n’arrive pas à voir quand une planche est terminée. Il faut que quelqu’un me le dise.

Concernant ma façon de travailler, je suis devenu l’homme du planning. Je fais des planning pour tout. Après chaque auteur travaille différemment. Florence, elle, travaille plutôt au feeling.

8) Quand ton titre est sorti, qu’est ce que tu en as pensé ?

A la base, je n’aime pas ce que je fais et il y a toujours une différence avec ce que j’avais dans la tête. Quand ça sort, c’est bizarre. C’est un sentiment entre le soulagement et la frustration. A la sortie de Janken, je ne savais pas trop quoi en penser.

9) Trouves tu que le manfra a un peu mûri depuis 1 an ?

pour moi, on ne fait pas du manga français (Philippe faisait la référence à l’usage du terme manfra), mais de la bande dessinée française. Récemment, j’ai vu Debaizer est c’est génial !

10) Est-ce que tu as pu un peu échanger avec d’autres auteurs manfra, notamment tes collègues du nouveau label Yoma chez Kami ?

Je n’ai pas trop eu le temps d’échanger car je suis sur Aix . Certain se regroupe mais pour le moment je travaille seul. Mais ce serait génial de monter mon propre studio.

11) Aimerais tu travailler au Japon si on te le proposait ?

Ca me ferait bien tripper mais je ne pourrais pas. La production est différente au Japon, c’est inimaginable. Ici, on a peine 10% de tout ce qui se fait. Les japonais n’ont pas besoin de nous. Mais je devrais avoir un strip publié en septembre au Japon dans un mag sur la bd française au Japon. Ce strip expliquera les différences de consommations entre la France et le Japon.

12) La pire chose que l’on pourrait dire de ton travail ?

Que c’est déjà vu et que ça ne sert à rien. J’essaie d’avoir quelque chose à moi. Il faut que chaque auteur trouve son identité.

13) envisages tu de passer sur de l’animation ?

En France, tant qu’on a pas vendu 2 millions d’album, on existe pas. Bien sur que faire un anime de Sentai school serait génial. Mais, Dans ce cas... je serais sur le dos de toute l’équipe d’animation. Je suis fan de Iron Maiden, et je verrais très bien la voix de Bruce Dickinson pour Matt Ban.

14) Tu lis des mangas, regarde des animes en ce moment ?

En ce moment, je ne regarde plus trop. Il y a un trop plein. Je suis toujours One piece, D.gray-man, Berserk, le nouvel angyo onshi et le roi des ronces. Je lis aussi beaucoup de comics, et j’adore Dr House !

15) Peux tu nous dire où en sont tes autres projets ?

je continue sur Janken. Le prochain Sentai sera un collectif avec plusieurs dessinateurs. Le tout formera une seule et meme histoire, un conte de Noel raconte par Matt Ban. Ce collectif devrait sortir à Noel mais un collectif est quelque chose de difficile à gérer. Il faut gérer le facteur humain. J’ai de nouveaux projets... mais mes yeux ne supportent plus beaucoup

Que vais je retenir de cet interview ?

Tout d’abord que Philippe Cardonna est un auteur absolument charmant et vraiment disponible (je posterais normalement la dédidace qu’il a réalisé pour le site). Ensuite une pointe de tristesse de se dire qu’à cause de ces petites difficultés physiques, il ne pourra tenir un rythme aussi soutenu qu’on l’aimerait. Néanmoins, on ressent tout beaucoup d’énergie et de volonté dans la démarche de création d’un style propre. Merci beaucoup à Philippe Cardona d’avoir contribuer à rendre cette Japan expo si passionnante !