Ima, Sokoni Iru Boku (AIC/Geneon entertainment) Note : 9/10
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lundi 16 juin 2008, par Azelm
Jeter un petit coup d’œil vers le passé peut avoir du bon et cet adage se confirme toujours si l’on se donne le temps. D’ailleurs, le hasard peut aussi amener son lot de bonne surprise, et c’est avec cette combinaison magique rétrospective/hasard que j’ai (re)découvert « Ima, Sokoni Iru Boku » (à traduire par Moi qui suis là, maintenant). Sortie en hiver 1999 et produite par les studios AIC et Geneon Entertainment, rater cette série comme je l’ai fait jusqu’à il y a peu se rapproche terriblement du crime. Tout d’abord, pour vous faciliter vos éventuelles recherches, sachez que Ima, Sokoni iru boku possède de très nombreux titres, chaque pays voulant rajouter son grain de sel. La France a tristement hérité d’un « L’autre Monde », rendant assez peu honneur à l’anime, alors que les pays anglophones ont plutôt opté pour « Now and Then, Here and There », bien plus approprié et respectueux du titre original. Mais reprenons de ce pas les bonnes vieilles habitudes :
Shû est un jeune japonais (bien que la nationalité n’ai pas grande importance), tout ce qu’il y a de plus ordinaire et de plus serein quand à l’avenir qui s’ouvre à lui. D’un naturel très optimiste, il ne se laisse pas déstabiliser par les revers de la vie d’adolescent, plus occupé par son amour secret que par le calme invisible de sa vie. Suite à un entraînement de Kendo, où sa fougue irréfléchie lui fit perdre le combat, il décide d’escalader ces vieilles cheminées désaffectées, vestige d’une industrialisation pas si lointaine et synonyme de croissance économique. Relativement habitué à ce dangereux exercice, il atteint sans peine le sommet pour contempler le coucher de soleil et remarque soudainement qu’il n’est pas seul. Sur la cheminée d’à côté (sans échelle pour y grimper) il aperçoit une fille aux yeux irréellement bleutés, silencieuse, contemplant elle aussi le Soleil tombant. Ayant à peine appris son nom, Lala-Ru (que l’on prononce quasiment Lalaloeu), semble être la cible d’une étrange armée, recherchant à obtenir le médaillon qu’elle porte autour du coup. N’écoutant que son courage spontané, Shû saute au secours de la jeune inconnue et sera finalement téléporté dans un monde étrange. Un monde au soleil énorme, aux déserts infinies et où la violence est le quotidien de tous.

L’histoire, tout comme ce résumé que vous venez de lire, commence tout doucement par la découverte d’une vie simple et sans soucis d’un jeune garçon, qui aurait pu être n’importe qui. A la fin du premier épisode, la cassure se fait nette et sans appel. On change clairement de paradigme pour se voir propulser, comme les protagonistes, dans un univers où les normes ne sont plus les mêmes, où la violence semble véritablement irréelle. Pourtant, il ne s’agit de rien d’autre que de la réalité. Le climat est très sec : le désert à perte de vue, un soleil gigantesque régnant sur un ciel rouge. L’univers n’a de cesse de rappeler la célèbre œuvre d’Herbert père, à savoir Dune, avec son manque cruel d’eau, mais également avec sa population à la peau et au moral d’acier. On ne sait pas trop si ce nouveau monde est un univers parallèle à la Terre (par exemple dans quelques milliards d’années, lorsque le Soleil sera une géante rouge) ou un monde totalement différent. Mais ce doute (volontaire ?) ne change rien à la réalité pesante qui entoure l’anime !
Très vite, on comprend que le thème principal de la série de treize épisodes, très petit nombre pour une série de cette profondeur, sera la guerre et la folie humaine dans les conflits. Et à ce petit jeu là, les créateurs ont franchement fait fort : si l’on est un minimum imaginatif et que l’on a un minimum de connaissances historiques, il est impossible de ne pas être saisit par le subtile réalisme de la situation. Ainsi, Hamdo, le chef des armées de ce monde, est complètement fou et n’hésite pas à utiliser des armées d’enfants, totalement endoctrinés et manipulé par la vision d’un monde idyllique pour ses projets. On ne parle pas de conquête territoriale pour le pétrole (mais allez savoir ce qui se cache à travers les lignes du script), mais bel et bien d’un combat pour la vie : l’eau. Cette idée n’a eu de cesse de rappeler des analogies évidentes, mais surtout, avouées par les créateurs : les producteurs se sont beaucoup inspirés des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, notamment de l’armée d’enfants crée par Hitler en 1944 pour défendre Berlin. D’ailleurs, la ville de Berlin peut aisément être comparé à Hellywood, la forteresse mobile géante de Hamdo, construite pour conquérir le monde. Voilà, le ton est donné. Ha non, encore mieux (ou pire), le réalisateur Akitaro Daichi avoue au cours d’une interview qu’il s’est servi de documentaires sur les enfants soldats d’Afrique. De quoi donner des sueurs froides lorsque l’on sait de quoi il s’agit... Facile de comprendre pourquoi cette série est interdite au moins de seize ans aux USA (alors qu’il ne me semble pas voir de restriction au niveau français, serais-ce que l’anime est encore sous-considéré ? Ce n’est malheureusement pas le propos ici.)
Shû, à peine considéré comme un humain, est rapidement torturé pour avoir aidé Lala-Ru. Ces scènes de torture ne sont pas spécialement occultées, mais volontairement amoindris (et encore, il s’agit d’un enfant) pour laisser l’imagination s’inventer des choses toute seule. Retenu en captivité dans une geole de fer, il fait la connaissance de Sarah, une américaine qui ne sait pas ce qu’elle fait là, ni pourquoi. Après avoir promis une fin heureuse à sa jeune amie d’infortune, il est intégré de force à une équipe d’enfant-soldats, où il est traité comme tous les autres, à savoir un moins que rien. L’apparition de ce nouveau personnage féminin, teinté d’innocence, permet l’introduction d’une thématique non moins horrible : le viol. Bien que suggérées, les scènes de violences sexuelles n’en sont pas moins terrible à imaginer, et derrière cela, on ne peut pas s’empêcher de faire un lien direct avec la réalité qui nous entoure mais que le quotidien nous fait simplement oublier. Shû, à force de refuser la violence sera traité en paria parmi les parias, souvent confronté à sa propre incohérence : garder espoir alors qu’il n’existe pas en ce monde. Abelia, commandante en second des armées, est une figure très ambigüe de la série aux côtés de Hamdo le Fou. Apparemment froide et impitoyable au début, on apprend vite à entrevoir ses faiblesses, éléments lui rendant son humanité, mais également sa féminité. Ce personnage, très fidèle à son chef (tellement qu’on la soupçonne d’être sa maîtresse), n’en reste pas moins un bras armé, pleinement conscient de toutes ses décisions, aussi horribles soient-elles, qui peut décider de déchaîner ou non la folie dans le cœur d’Hellywood. Et à ce stade, on repense immanquablement au premier épisode, si naïf et gentillet, contraste ultime à toute cette violence gratuite.
Gratuite ? Pas tout à fait. En passant outre l’émotion intense qui se dégage, on ne peut s’empêcher d’admirer la qualité de l’anime, le génie de l’équipe capable d’un réalisme incroyable avec de simples dessins qui s’animent. Cette qualité est une justification plus que suffisante pour posséder la série dans sa vidéothèque ! La violence qui en ressort n’a, en réalité, rien de gratuite : elle est constamment portée par des causes et des sentiments plus que réelles. Une véritable fresque des horreurs humaines : famine, faim, soif, pouvoir, vengeance... qui se pose en bonne-vieille justification à nos propres actions, qu’elles soient passives, belliqueuses ou faussement militante. Si l’enfer existe, il pourrait subtilement être représenté par cet univers, si proche du notre, et qui existe indubitablement quelque part autour de nous, constamment. Comprendre, percevoir, toucher du bout des doigts toute l’horreur de la guerre, avec ses incohérences profondes ne rendant pas honneur à notre intelligence (ou prétendue telle), cela mérite bien de supporter les dures images de « Ima, Sokoni Iru boku ».
J’ai presque honte d’en parler après un tel torrent d’horreur, mais exhaustivité oblige. Les graphismes n’ont rien de remarquables, ils ne sont pas particulièrement soignés ni réalistes. On en vient à se dire « encore heureux », après tout ça. Concernant la musique, Taku Iwasaki (déjà évoqué pour sa bande son dans Soul Eater) a fait des miracles et nous offre un ensemble très agréable et cohérent à écouter. Enfin, l’ending est absolument surréaliste ! Prise à part, il n’a rien de particulier, il est même quelconque, mais suite à un épisode chargé d’émotions... la musique douce, sur fond d’une calme ruelle japonaise, a quelque chose de nostalgique et d’étrangement nuageux.

J’ose encore ces quelques lignes, en guise de conclusion, bien qu’il soit difficile d’en faire une. Je pense avoir abordé les thèmes principaux qui font de cet anime une force de la nature, une série qui vous prendra aux tripes. Maintenant, sachez que les personnages connaissent une évolution constante, les malheurs se prolongent au fil des épisodes et restent liés d’une manière très réaliste. Je ne saurais vous conseiller plus que de vous précipiter chercher cet anime, non pas par curiosité malsaine mais pour éventuellement se prendre une bonne grosse gifle, une bonne leçon de vie. Tout comportement philosophique est à proscrire (et serait probablement le résultat d’une mauvaise foi avouée ou d’une incompréhension totale), seule la réalité compte.
"C’est la fragilité et la fugacité de ces 10 milliards d’année qui me les font chérir jusqu’à l’affliction"








