Hokuto no ken (Buronson / Tetsuo Hara / Asuka) note 8,5/10
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lundi 5 mai 2008, par rambijey
Les éditions Asuka nous font le grand honneur de ressortir un titre emblématique des années 80 : Hokuto no ken alias Ken le survivant en français et Fist of the north star en anglais. Pour présenter ce titre mythique, revenons sur son arrivée en France qui a connu bien des déboires.
En effet, ce titre a eu bien du mal à s’importer dans notre pays. Tout d’abord, Hokuto no ken est apparu dans nos contrées gauloises par l’intermédiaire du Club Dorothée. La célèbre émission pour enfant que nous avons connu dans notre enfance (les 20/30 ans d’aujourd’hui) avait eu la bonne idée de diffuser cette série à nos chères têtes blondes. La production de TF1 exportant des titres ayant toujours plus de succès (chevalier du zodiaque, dragon ball etc.), avait pensé qu’en utilisant des doublages venus d’un autre monte pour ce titre assez sombre, le succès serait au rendez vous (les répliques désormais légendaires (hokuto .... de cuisine" ;"Décidément les temps comme les oeufs sont durs, et la bêtise n’a pas de limites" ; "la technique de la gande ourse est d’un puissance incalculable, moi meme j’ai des difficulté pour le calculer" et ma préféré "r0aoul, tu as tué mon frere, tu vas me la payer !" "tu me feras un prix ?")). Cette brillante idée s’est vite vu malmenée suite à l’intervention d’association familiales, mais aussi de notre Segolène Royale et ses attaques acerbes (notamment son livre de l’époque Le ras-le-bol des bébés zappeurs) contre une télévision pervertissant la jeunesse par sa violence.

Suite à une décision du CSA (Décision n° 91-391 du 17 mai 1991 "Considérant que la société Télévision française 1 a diffusé le mercredi 5 décembre 1990, de 9 h 10 à 9 h 33, un épisode de dessin animé, intitulé Dragon Ball, dont certaines scènes étaient, par l’intensité de leur violence, susceptibles d’affecter la sensibilité du public d’enfants auquel cette diffusion était destinée ; que, le jeudi 3 janvier 1991, elle a diffusé, dans le cadre d’un programme, dénommé Club Dorothée, spécialement conçu pour un public d’enfants et d’adolescents, un téléfilm, appartenant à la série intitulée Superboy, qui contenait des scènes de sévices et de violences sadiques ; que de telles diffusions étaient de nature à heurter la sensibilité des enfants et des adolescents ;"concluant par "Conformément à la loi, le Conseil supérieur de l’audiovisuel demande à T.F. 1 de prendre les mesures nécessaires pour que de telles fautes ne se reproduisent pas [...] Le communiqué dont le texte est fixé à l’article 1er sera diffusé immédiatement avant le journal de 20 heures, le 28 mai 1991.Il sera clairement lu et affiché à l’écran de façon lisible.Il restera présent à l’écran pendant le temps nécessaire à sa lecture.."), notre pauvre Dorothée avait du s’excuser au JT de 20h d’avoir commis une telle erreur (entre nous, elle devait au moins des excuses pour un tel doublage). Suite à cet épisode, notre pauvre Ken s’est vu bannir de notre douce france et renvoyé sur la planète Japon.
Hokuto no ken a tenté une nouvelle percée en france en manga entre Aout 1999 et novembre 2001. Manque de chance, après avoir été passé à tabac par nos doubleurs, Ken doit faire face à la pire expérience éditoriale qu’est connu la France en matière de manga : les éditions J’ai lu. Les éditions J’ai lu disposait en France d’un certain nombre d’excellentes licences comme City hunter, Dragon Quest, Hokuto no ken etc... mais... nous proposait franchement un travail de sagouin. Les pages finissaient par se décoller, le papier ressemblait à du papier journal et il était toujours appréciable de retrouver ses mains grises d’encre après une bonne lecture. Au moins, me direz vous, ce n’était pas trop chère. Le comble de l’histoire est sans doute que du fait que les éditions J’ai lu ont stoppé la production et que nous ne savions pas qui reprendrait ces licences, ces titres se vendaient à prix d’or sur Ebay.
Bref, Dragon quest a été repris par Tonkam, City Hunter par panini (il me semble) et enfin... Hokuto no ken par une maison d’édition que j’apprécie tout particulièrement, Asuka. Après cette longue épopée, Hokuto no Ken revient et retrouve ses lettres de noblesse (d’ailleurs, signalons aussi la sortie du Film Hokuto no ken au cinéma).
La réception du titre m’a comblé de bonheur Ah ! une vrai couverture où l’on ressent toute la puissance de Ken (couverture de la réédition japonaise de Shogakukan et non de la première édition de Jump comics) et un titre revêtu d’une typographie aguichante !

Mais au fait, qu’est ce qu’Hokuto no ken ? (car après ce long monologue, je n’ai toujours pas parlé du titre en lui même). Premièrement, Hokuto no ken est la rencontre de deux sommités du monde du manga : Buronson et Tetsuo hara. La rencontre entre un fan de Mad max (Hokuto no ken trouve d’ailleurs sa source dans l’un des premiers titre de Tetsuo Hara, Mad fighter, largement inspiré par Mad max) et un homme dont le surnom est un hommage à Charles Bronson, Buronson, ne pouvait que donner un titre survolté et détonnant. Ce résultat, c’est Hokuto no ken.
Ce monstre du manga nous propulse dans un monde apocalyptique. La terre est dévastée par le nucléaire mais malgré le désert, l’homme a survécu (une dialéctique que l’on trouve dans les livres de science fiction comme Dr Bloodmoney, de Philip K. Dick, Je suis une légende, de Richard Matheson, Le Lendemain de la Machine, de Rayer, etc.). L’homme a perdu toute son humanité et se révèle plus proche de l’animal que de l’être humain . Désormais la loi du plus fort règne sur la planète. Dans ce monde de violence, la guerre entre les experts en arts martiaux fait rage. Deux écoles s’affrontent : le Nanto Seiken dont la technique déchire ses adversaires de l’extérieur et le Hokuto Shinken frappant les points vitaux pour faire exploser les adversaires par l’intérieur. Le Nanto Seiken compte 6 représentants, les 6 points sacrés et le Hokuto Shinken, un héritier mais trois successeurs : Raoh, Ken et Toki. Bien loin de la quête de pouvoir qui fait rage parmi ces experts, Ken parcours le monde pour retrouver Julia, son amour de jeunesse. Pour cela, il devra éliminer l’homme qui lui a ravit Julia, Shin désormais appelé King, l’une des étoiles du Nanto. Il parcourra ensuite le monde, faisant face à chacune des étoiles du Nanto et luttant contre son pire et meilleur ennemi : Raoh de l’école du Hokuto Shinken. Derrière cette lutte de technique se cache une lutte d’idéaux : la compassion de Toki face à la force de Raoh, lui même face à colère de Ken. De même, chaque représentant du Nanto dispose de sa propre histoire et chaque rencontre conduit à des combats épiques. C’est d’ailleurs l’un des points fort de ce titre : les personnages. Hokuto no Ken est une véritable épopée mettant en scène un grand nombre de personnages extremement stylés et charismatiques (Rei dont la technique est vraiment magique, Toki dont la compassion n’a d’égale que sa force, Raoh etc... honnêtement chaque personnage est doté d’une forte personnalité). Cela n’est en rien étonnant lorsque l’on sait que le scénariste, Buronson, est aussi l’auteur de Sanctuary, Strain, Heat et j’en passe. Ces personnages sont toujours des êtres torturés, dont les profonds sentiments conduisent à de grandes effusions de sang. Ken lutte au fond pour défendre le reste d’humanité que comporte le monde face à la puissance de la loi du plus fort, "déshumanisant" tous les êtres humains.

Mais toute la richesse de l’univers de Ken ne serait rien sans la force du dessin. Le character design des personnages est imposant et leur pose toujours travaillés. Chaque planche est détaillée et les décors, bien que désertiques, présents. Malgré ses 25 ans d’âge, le style n’a pas vieilli. Ken, savant mélange du style de Mad max et de Bruce lee est absolument génialissime. Si l’on allie ses répliques de choc ("je trouve que tu parles beaucoup pour un ersatz de wolverine") et son style, Ken est vraiment l’un de mes héros préféré. Le style n’est pas Kawaii, et les personnages de Clamp se ferait rapidement écraser par la force de Ken, fruit de sa colère (Albert Camus définit la colère de Ken mieux que moi : la révolte est le refus d’une part de l’existence au nom d’une autre part qu’elle exalte. Plus cette exaltation est profonde, plus implacable est le refus.). De même, le découpage et le rythme rendent l’oeuvre prenante. Commencez un tome, et vous lirez sans doute les 27 suivants à la suite si le premier vous a plu !
En bref, oui Hokuto no ken est un titre violent, et oui les répliques ne sont pas du Nitzsche. Toutefois, Hokuto no ken n’en reste pas moins un titre passionnant, offrant un univers mêlant science fiction et arts martiaux avec des personnages hors du commun . Au fond, assez peu de titre sont arrivés à la hauteur de Hokuto no ken depuis 25 ans !
Voici des liens vers des interviews des auteurs :
Interview de Buronson en français
interview de Tetsuo Hara en français





