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Ghost Hound - Shinreigari (Studio IG)

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vendredi 23 mai 2008, par Azelm


Pour l’européen moyen, les manga (ou plutôt les animes dans le cas présent) restent une sorte de friandise, un dessin-animé venant de l’autre bout du monde. Quelque chose fait pour amuser les enfants et certains adultes. Souvent, c’est le cas, l’anime n’est là que pour divertir, mais il en va différemment pour beaucoup de séries. Ghost Hound n’est pas à mettre dans toutes les mains et certainement pas dans les mains de jeunes enfants, au risque de les perturber mentalement. Shinreigari est une création horreur/paranormale des Studio IG (sortie en octobre 2007) qui mérite sûrement le coup d’oeil.

Makoto, Tarô et Masayuki sont trois jeunes lycéens, habitant à Suiten, une petite ville du nord de Kyushu. Chacun d’eux a eu la triste occasion de vivre une expérience traumatisante au cours de leur jeunesse, un traumatisme qui les poursuit constamment jusqu’à l’aliénation. A cause de cela, et sûrement pour d’autres raisons, ils acquiert la capacité de faire des expérience de sortie hors du corps (ou OBE pour “Out of the Body Experience”). Ils découvrent un monde superposé au leur, sombre et inquiétant, quelques fois horrifiant. Loin d’être un simple moyen de plaisanter, leur capacité les mènera le long d’un chemin, d’une expérience à la recherche de leurs propres réponses.

Au delà de cette explication restrictive et très peu représentative de l’histoire (ben oui, on va pas vous en dire trop tout de suite !) se cache un sacré scénario, d’une envergure assez ahurissante. Autant dire que l’article s’annonce long ! Tout d’abord, il est très intéressant d’observer de quelle manière évolue les interactions entre personnages. Leur relation change très progressivement, passant de la simple connaissance à l’amitié, puis au partage des problèmes et à une confiance toujours pondérée de pudeur. Ce rapprochement est évidemment dû à leur capacité, mais très sûrement aussi à leur traumatisme. D’autant plus que Makoto et Tarô voient inévitablement les causes de leur névrose se lier. Ils en viennent également à comprendre leur impuissance face à la souffrance des autres, et surtout, à se confronter à leur incapacité à comprendre ce qui se passe en autrui (quelques fois, en eux-même). Au final, les trois protagonistes se dépatouillent avec des traumatisme profonds, des relations familiales compliquée à plus d’un titre et leur soif de réponses à des questions toujours plus nombreuses. L’histoire ne tourne pas qu’autour des trois jeunes garçons : tout autour gravitent des personnages secondaires, essentiellement des adultes, très important pour l’ambiance. L’ensemble des personnages offre un large point de vue sur une situation étrange et dérangeante, voire anormale pour la petite ville de Suiten. On soulignera l’apparition régulière d’un psychanalyste, apportant tout un pan scientifique et "médical" à l’histoire, le tout basé sur de véritables théories psychiatrique et psychanalytique. On ne peut que saluer le travail de recherche effectué par le staff !

Au dessus de cet ensemble assez réaliste, il faut encore rajouter toute une ambiance mystique et quelque peu macabre. Les “esprits” que les trois compagnons aperçoivent lors de leur sortie sont inquiétants sans pour autant être agressifs. On sent que l’air est lourd. Les tentatives de formalisme du psy et les croyances populaires se mélangent pour donner un sentiment de malaise à l’ensemble, “et si c’était vrai”. On a du mal à distinguer qu’est ce qui est de l’ordre du rêve, du cauchemar ou d’un évènement paranormal. Rajouter là dessus une enquête policière, une histoire d’amour un peu spéciale et vous entreverrez peut-être la profondeur de ghost Hound. Personnellement, certaines scènes violentes m’ont profondément marquées ; non pas violente physiquement, mais une réelle attaque adressée à la pensée. C’est la preuve que le scénario fait vrai et qu’il est efficace ! Dans une interview, le créateur, Shirow Masamune (ayant déjà pas mal travaillé sur Appleseed et les GITS Stand Alone Complex) résume sa volonté de créer une histoire racontant “la transformation des jeunes en cet alien que l’on appelle l’adulte”. Et c’est vrai : l’ensemble est très métaphorique et délirant, comme la vision déformée d’un enfant qui découvre trop brutalement le monde adulte. Un monde dur, codifié et décadent.

La qualité du dessin n’est pas à la ramasse non plus. Sans pour autant être superbe, les choix graphiques rendent bien : c’est simple, c’est doux, c’est violent, c’est sombre et inquiétant. Et puis au fond, ce n’est vraiment pas l’intérêt de l’anime. D’ailleurs, il n’y a rien à dire quant à l’animation.

Par contre, question auditif, c’est assez intéressant. La musique de générique est vraiment bien choisie avec un côté jazzy bien agréable. Le son participe constamment à l’ambiance et ne vient pas, comme dans beaucoup d’autres séries, comme un cheveux sur la soupe. Ne vous attendez pas à du grand classique à écouter seul le soir, on parle ici de basses profondes, de bip agressifs, de sombres nappes musicales, de musique à une note...

Vous l’aurez compris, j’adore cette série. Alors bon, en toute objectivité, le genre ne plaira pas à tout le monde : c’est divertissant mais dans un style bien particulier. Je le conseille vivement aux amateurs d’horreurs et de paranormal. Et d’un autre côté, je le déconseille aux âmes sensibles et à ceux qui n’ont pas “l’esprit bien accroché”. Le scénario est très riche et il m’est impossible d’écrire quelque chose dessus sans être frustré par mon manque d’exhaustivité (peut-être que cela donnera lieu à un dossier dans les prochains temps, qui sait). Mais quoi qu’il arrive, si vous en avez l’occasion, regardez les premiers épisodes, vous n’en décrocherez plus.

Un petit bonus pour les curieux comme moi, je vous donne quelques liens que j’ai eu à parcourir à la fin de certains épisodes. Juste de quoi piquer la curiosité de certains :

Un article sur les OBE

L’homonculus sensitif (ça rapelle FMA ? oui, c’est tiré de là)


Portfolio

Ghost Hound

2 Messages de forum

  • Bien bien

    23 mai 09:10, par rambijey
    Bien bien, tes articles sont vraiment de plus en plus complets et très agréables à lire ! J’ai beaucoup aimé le passage sur l’interview de l’auteur avec sa petite citation “la transformation des jeunes en cet alien que l’on appelle l’adulte”. Juste pour savoir (car je n’ai pas eu le plaisir de voir ce titre), ça rappelle un autre anime ou c’est vraiment original ?

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    • Bien bien 23 mai 14:17, par Azelm

      Merci pour ton commentaire, ça fait toujours plaisir un petit retour !!

      Pour répondre, c’est une bonne question, j’ai également cherché à quoi ça pourrait ressembler... Et au final, j’ai du mal à trouver une série analogue dans tout ce que j’ai déjà vu...

      Peut-être peut-on comparer certains passages à du "Jigoku Shoujo Futakomori", pour son côté un peu malsain.

      Par contre, je me permet de rajouter qu’il n’y a pas que Masamune SHIROW dans l’équipe ! Chiaki J. KONAKA a également participé au projet. On peut alors extrapoler en pensant à "Serial Experiments Lain", et c’est vrai que certains passages y font furieusement penser. On ne se rend pas compte comme ça, mais l’équipe est constituée d’artistes qui n’en sont pas à leur coup d’essai :)

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