Death note (Takeshi Obata /Ôba Tsugumi / (...)
death note

Cet article faisant l’objet de mises à jour, voici la date de la dernière mise à jour : 11-06-2008 (lire également cet article sur death note)

Au moment où j’écrivais les premières lignes de cet article, il était impossible de savoir qui remporterait la bataille de la licence de death note entre Glénat ou Kana , voir même un autre éditeur. La licence est finalement revenue à Kana qui a obtenu le privilège d’éditer cet excellent titre qu’est "Death note"

Présentation générale

L’histoire principale remet en avant les "Shinigami", littéralement traduit par dieu de la mort, que l’on trouvait dans le manga "Bleach".

Mais cette fois-ci les Shinigami ont un look plus proche de monstres que d’être humains.

Bref, un de ces shinigamis, Ryuuku perd malencontreusement sur terre l’un de ses précieux livres lui permettant de faire son travail de dieu de la mort, à savoir "le death note".

Raito, un jeune lycéen, charmeur, surdoué dans les études et mentalement assez génial récupère ce livre. A la lecture du Death note, il se rend compte que ce livre permet de tuer toute personne dés lors que l’on entre en possession de son nom et que l’on visualise son visage en écrivant dans le carnet.

De plus, il est possible de contrôler les derniers instants de la vie de la personne condamnée en écrivant les circonstances de sa mort dans le carnet.

Raito y voit l’occasion de changer le monde en assassinant tous les "meurtriers et malfrats" de la terre, et ce, toujours de la même façon afin que la population se rende bien compte que la mort de ces personnes n’est pas le fruit du hasard. Il pense qu’en agissant de la sorte, le monde, sachant qu’il existe un dieu sans pitié pour les meurtriers, deviendra plus pacifique. De même, il souhaite devenir lui même une sorte de dieu.

Mais il rencontrera sur son chemin, un autre lycéen du nom de L. Ce lycéen est l’opposé physique de Raito. Mal habillé, dépravé et au comportement étrange, L est un être mystérieux. Il traquait les meurtriers sous couvert d’anonymat jusqu’au jour où il se voit confronté à Raito. Une lutte sans merci psychologique et stratégique débute entre ces deux ennemis qui n’auront plus qu’un seul objectif en tête : gagner et éliminer leur adversaire.

Lors de la rédaction de cet article, je présentais ce titre de la façon suivante : A mi chemin entre le fantastique et le policier, Death note s’annonce comme l’un des grands mangas arrivant prochainement en France.

Avec des dessins de première qualité du mangaka de Hikaru no go, la scénariste (quand l’on dit que les meilleurs scénaristes sont très largement les femmes, Death note en est la preuve) mène un scénario complexe, plein de suspense, de rebondissement et d’intérêt.

Vraiment superbe !

death note

Un peu d’analyse

Tout d’abord, première interrogation dont j’avoue ne pas être certain de la réponse : Death note est il un seinen ou un shonen ?

A priori, sans analyser l’oeuvre, et en la regardant de loin, il s’agirait d’un shonen. En effet, le titre a été publié par le magazine Shonen Jump, il s’agit donc d’un shonen. Toutefois, ce raisonnement simpliste et manichéen ne peut nous contenter. En effet, tout d’abord, j’ai mentionné à plusieurs reprises que le trio de tête des shonen est sans doute Bleach, Naruto et One piece (et Hunter x hunter). Si Death note était pour moi un shonen, bien entendu qu’il ferait parti de la tête des shonen.

Ensuite, j’ai beaucoup de mal à voir en Death note les règles du shonen : le héros est un peu plus vieux que la moyenne (puisqu’il rentre à l’université), il n’y a pas de notion de dépassement de soi en faisant preuve de courage ou grâce à ses amis, et grand argument, le moins que l’on puisse dire, c’est que la vision de justice de Raito est loin d’être aussi naîve qu’un Gon, un Naruto ou un Sangoku. En somme, Death note est peut être plus proche du seinen que du shonen...

Au delà de cette difficulté de classification, en quoi Death note est il le grand titre dont tout le monde parle, à l’instar d’un Full metal alchemist (la référence à FMA n’est pas anodine car comme vous l’aurez remarqué si vous lisez mes articles, je ne classe pas non plus FMA avec les autres) ?

Pour répondre à cette question, je dirais que le duo Obata/ÔBa a réussi à nous proposer un univers bourré de références et recherché, des personnages atypiques disposant d’une véritable aura, et une excellente gestion du suspense

death note

un univers recherché

L’univers proposé par le duo Ogata/Tsugumi est au fond assez complexe.

A mon sens, tous son intérêt réside dans un mélange du monde réel avec un monde fantastique, voir divin.

En effet, à la base, nous nous situons dans un Japon contemporain, en présence d’étudiant tout ce qu’il y a de plus banal. La seule surprise est en fait le monde des shinigamis, ce monde de dieux ressemblant à des monstres. Ryuuku pourrait être le reflet de Raito dans son monde : deux êtres se sentant chacun à part et s’ennuyant chacun dans leur monde respectif. Raito , par l’intérmiédiaire de Ryuuku va pouvoir devenir (du moins se prendre pour) l’équivalent d’un dieu décidant, à tout moment de qui doit vivre et qui doit mourir.

A ce propos, il est amusant que l’auteur ait appelé le héros Raito, signifiant en anglais "light", la lumière. S’agit t il véritablement d’une lumière sur le monde des humains, ou plutôt d’une mauvais graine semant le chaos ? Raito semble profondément persuadé que la justice ne peut être réelle que s’il exécute lui même les meurtriers, sans même leur laisser la possibilité de se défendre. Si l’univers proposé a souvent été recensé dans les critiques comme un policier ou un thriller, la lecture de "Death note" m’a personnellement beaucoup fait penser à la lecture de F. Kafka, notamment de la "colonie pénitentiaire " .

Dans la "colonie pénitentiaire" Kafka, nous propose la découverte, à travers les yeux d’un visiteur d’un monde absurde, où un officier, totalement omnibulé par l’idéologie montre au visiteur la beauté d’une machine de torture. L’officier est littéralement ébloui par sa machine et la décrit avec admiration, sans ce soucier le moins du monde de sa victime (l’oeuvre est disponible gratuitement en ligne) :

"Le Visiteur : « Connaît-il la sentence ? »

L:Officier : « Non »

Le Visiteur : « II ne connaît pas sa propre condamnation ? »

L:Officier : « Non. Il serait inutile de la lui faire connaître puisqu’il va l’apprendre dans sa propre chair. »

Le Visiteur : « II sait tout de même qu’il est l’objet d’une condamnation ? »

L:Officier : « Pas davantage ! »

Le Visiteur : « Non ! Cet homme ne sait donc pas comment sa défense a été reçue ? »

L:Officier : « II n’a pas eu l’occasion de se défendre. »

Le Visiteur : « II a bien fallu pourtant qu’il ait la possibilité de se défendre ! »

Le Narrateur : L’officier comprit qu’il risquait fort de se voir interrompu pour longtemps dans son explication de la machine."

death note

Death note traite ainsi de façon originale des sujets tels que la justice et la question de la nature de l’être humain : est il bon ou est il mauvais à la base. Death note ne semble pas partir d’un postulat (certains auteurs comme J.J Rousseau pense que l’homme est naturellement bon, alors que d’autres comme Thomas Hobbes partent au contraire du postulat que l’homme est à la base mauvais, de ce postulat découlent l’essentiel de leurs théories), voir avancer que le caractère bon ou mauvais est le résultat de l’éducation comme l’avance d’autres théoriciens (car Raito a eu une bonne éducation, il est le fruit d’un environnement plutôt sein).

Death note semblerait plutôt avancer que le caractère bon ou mauvais de l’homme dépend d’une situation donnée à un instant T, en l’occurrence dans Death note, le moment où Raito reçoit cette arme dévastatrice du ciel qui pervertit son âme. En fait, au départ, Raito utilise la death note plus par curiosité que par véritable volonté de tuer (d’ailleurs, il me semble que Ryuuku avancera que tous les possesseurs d’une death note finissent par devenir fou).

Une deuxième analyse (car ce ne sont que des analyses) serait plutôt dire, et Death note propose aussi pour moi cette alternative, que la question de savoir si l’homme est bon ou mauvais (et la notion de justice qui en découle puis qu’il s’agit dans le manga de punir les mauvais), est avant tout une question de point de vue .

En effet, au fond, le fait d’avoir mis Raito en héros, un héros donc a priori méchant (mais pas forcément au début) entraine nécessairement chez le lecteur un questionnement : qu’aurais je fais si j’avais eu entre cette main cette Death note ( Un autre livre de Kafka illustre à mon sens de ce point de vue, notamment le dernier passage dans la cathédrale le procès, lui aussi disponible sur internet où un homme est condamné sans raison, et où l’on suit son procès, complètement absurde).

Vous l’aurez compris, Death note fait partie de ces titres poussant à la réflexion.(j’insiste la dessus, si le lecteur le désire, car Death note peut être lu entre deux métro comme un rapide divertissement).

Autre point intéressant, les références bibliques et religieuses sont également extremement présente. C’est ainsi que les couvertures de Death note font figurer des anges, la vierge marie (d’ailleurs sur la couverture où l’on voit l’initial M de méllo), la faux du dieu de la mort ainsi que de nombreuses croix. L’auteur affirme d’ailleurs avoir parfois fait référence au chiffre 4 , quatre se prononçant en japonais shi. Si le Kanji de shi pour 4 est différent que pour celui de la mort , la prononciation n’en reste pas moins la même (d’ou les légendes entourant le chiffre 4 au japon). D’autre part, si je n’ai pas trouvé dans ce titre de référence à proprement parlé au chiffre 4 (il faudrait que je cherche plus), Death note comprend 12 tomes eux mêmes divisés en 108 chapitres. En religion, le chiffre de 12 fait souvent référence à la plénitude et se voit très souvent utilisé comme par exemple avec les 12 apôtres (notons aussi que le chiffre 12 est aussi une référence : 12 signes du zodiaques ; 12 mois de l’année etc.).

108 n’est pas un chiffre anodin puisque le temps japonais font sonner leurs cloches 108 fois et que ce chiffre symbolise les 108 passions que le bouddha a du vaincre (le rosaire bouddhiste dispose de 108 boules). De même, le chiffre 108 peut symboliser d’autres éléments (1 = dieu, la vérité absolu, 0= le vide, 8 = l’infini).

Certaines scènes font aussi référence à la bible (cf référence jésus lavant les pieds de ses disciples.)

Dernier symbole important, bien entendu l’addiction de Ryuuku aux pommes, symbole du péché humain.

Pour résumé cette longue digression, l’univers de Death note, lorsque l’on s’y attarde un peu est vraiment passionnant et recherché ! On pourrait en parler pendant des heures !

Des personnages érigés au rang de divinité

Sans doute le point capital de Deaht note : ses personnages sans lesquelles l’oeuvre n’aurait sans doute pas connu le succès qu’elle a connu. Si la deuxième partie met en oeuvre des personnages pour moi moins complets (je ne veux pas spoiler donc je n’en dirais pas plus), l’oeuvre est centré autour de ses deux personnages principaux : Raito et L.

Raito m’a personnellement beaucoup fait pensé au personnage de Dr Faust de la tragédie de Christopher Marlowe (l’un des concurrents en son temps de Shakespeare) réutilisé après par goethe. Cet homme ténébreux, assoiffé de savoir s’est écarté de dieu et la lumière (cf référence à light) pour signer un pacte avec le diable afin de détenir la connaissance . Le Dr Faust finit par être dévoré par son pacte ( extrait lors de la lecture de la bible par le docteur Faust que j’imaginerais personnellement très bien dire Raito si on le transportait en un siècle passé : « Le salaire du péché est la mort. Si nous disons que nous n’avons point péché, nous nous mentons à nous-mêmes. » – « Mais alors, continue-t-il, nous sommes condamnés à mourir d’une mort éternelle. Théologie, adieu ! La magie, voilà ce qui enflamme les désirs de Faust ! – Oh ! quel monde de richesses et de délices, de pouvoir, d’honneur, de toute-puissance, – est promis ici à l’artisan studieux ! – Tout ce qui se meut entre les pôles immobiles – sera à mes ordres. Empereurs et rois – ne sont obéis que dans les limites de leurs domaines ; – ils ne peuvent ni soulever les vents, ni déchirer les nuages ; – mais l’empire de celui qui excelle en cet art – s’étend aussi loin que l’esprit de l’homme. – Un magicien profond est un dieu puissant"). [Attention spoil : la conclusion de Death note est d’ailleurs un peu même que dans dr Faust de Marlowe : Terminat hora diem, terminat author opus. Autrement dit : et c’est tout)].

Graphiquement, Raito est présenté comme un jeune garçon au physique attrayant avec un style plutôt classique. Il semble apprécié la netteté (le caractère aseptisé et rangé de sa chambre en témoigne) et l’organisation. Il dispose d’un alter ego assez surdimensionné et méprise les autres. il n’a connu jusqu’à ce qu’il rencontre L aucune difficulté et la death note semble pour lui la première chose intéressante qui lui soit arrivé.

L est par contre assez brouillon, à l’apparence débraillé, et plutôt renfermé sur lui même (en fait, il paraît plus sombre que Raito). Cette apparence cache un esprit hors du commun, d’une minutie et d’une logique extrême. De plus, il cache aussi des aptitudes physiques importantes (cf. le match de tennis entre Raito et L). Sans spolier, je peux dire que L. fait partie d’une organisation assez mystérieuse et que son enfance est aussi entourée de mystère. En fait, (vous me direz sans doute, mais où va t il chercher tout ça), l’esprit de L (le reflet de l’esprit du scénariste de Death note, nous baladant littéralement dans tous les sens jusqu’à ce que la boucle soit bouclée) me rappelle toutes les théories que l’on a pu lire ici et la sur la théorie du chaos organisationnel. death note

Selon ces théories, le chaos, autrement dit le bordel, est en lui même un ordre, une forme d’organisation particulière pouvant générer de la créativité (extrait du livre théorie de la création de connaissance organisationnelles : "les entreprises japonaises ont souvent recours à l’ambigüité et au "chaos vréatif"’. La direction générale utilise souvent les visions ambigues (ce que l’on appelle l’ambigüité stratégique) et crée intentionnellement une fluctuation dans l’organisation. Le directeur général de Nissan, Yutaka Kume, par exemple, utilisa l’expression "changeons de flux" pour essayer de promouvoir la créativité par une recherche active d’alternatives aux procédures établies ; concrètement les exemples les plus frappant sont les découvertes scientifiques nées d’une fausse manipulation ou d’erreurs de manipulation comme la découverte radioactivité). L c’est un peu ça ; une apparence débraillée et un esprit confus capable de résoudre manière quasi instinctive n’importe qu’elle énigme.

Le duel entre Raito et L, c’est un peu une lutte des style : une manière ordonnée, propre de réfléchir, apparemment lumineuse cachant des desseins maléfiques (Raito) contre un physique sombre, une manière de faire apparement chaotique luttant pour la justice (L).

Raito et L ne sont pas les seules personnages. De nombreux autres personnages font leurs apparitions, jouent un rôle essentiel dans l’histoire (Mello, Near, Misa etc...) et disposent de caractéristiques propres. Toutefois,pour moi, Death note c’est avant tout Raito et L (d’ailleurs un film est sorti consacré à L ).

une excellente gestion de l’intrigue et de l’action

Les auteurs sont parvenus à produire une série absolument passionnante, où le suspense est omniprésent (on ne s’ennuie pas une seule seconde (enfin presque pas)).

Il est intéressant de voir (dans le manga comme dans l’anime d’ailleurs) que lorsque Raito, se met à rédiger dans la death note, c’est un peu comme si Mozart se mettait à son piano (ce geste est d’ailleurs souvent accompagné d’une musique classique dans l’anime).

Tel un compositeur, Raito se met en état de quasi transe, et rentre dans son délire macabre. De mes souvenirs de lectures, cela me rappelle quelque peu la lecture du passage relatif à la guerre dans "Candide" de voltaire. J’en ai d’ailleurs trouvé un passage sur internet que je ne peux m’empêcher de reproduire ici : "Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.

Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d’autres, à demi brûlées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés." (quand on lit ce passage, on se dit qu’il n y a pas qu’Hokuto no ken qui est violent).

Les plans, la narration, la mise en scène, tout est savamment orchestré et l’on est vraiment pris, aspiré dans l’histoire (quoi que comme je l’ai dit à plusieurs reprises, la deuxième partie m’a moins passionné).

death note

Il est souvent écrit, de part et d’autres de la toile (en début d’article aussi d’ailleurs :-)) que Death note est en fait comme un roman policier. Mais avant d’avancer de telles choses, peut on dire que Death note répondrait (hypothétiquement) aux règles d’un roman policier. Les règles du roman policier sont les suivantes :

" Les 20 règles pour le crime d’auteur de S.S. Van Dine : ( publiées dans The American Magazine en septembre 1928 )

1. Le lecteur et le détective doivent avoir des chances égales de résoudre le problème. Tous les indices doivent être pleinement énoncés et décrits en détail.

2. L’auteur n’a pas le droit d’employer vis-à-vis du lecteur des ’trucs’ et des ruses autres que ceux que le coupable emploie lui-même vis-à-vis du détective.

3. Le véritable roman policier doit être exempt de toute intrigue amoureuse. Y introduire de l’amour serait, en effet, déranger le mécanisme du problème purement intellectuel.

4. Le coupable ne doit jamais être découvert sous les traits du détective lui-même ni d’un membre quelconque de la police. Ce serait de la tricherie aussi vulgaire que d’offrir un sou neuf pour un louis d’or.

5. Le coupable doit être déterminé par une suite de déductions logiques et non pas par hasard, par accident, ou par confession spontanée.

6. Dans tout roman policier il faut, par définition, un policier. Or, ce policier doit faire son travail et il doit le faire bien. Sa tâche consiste à réunir les indices qui nous mèneront à l’individu qui a fait le mauvais coup dans le premier chapitre. Si le détective n’arrive pas à une conclusion satisfaisante par l’analyse des indices qu’il a réunis, il n’a pas résolu la question.

7. Un roman policier sans cadavre, cela n’existe pas. Faire lire trois cents pages sans même offrir un meurtre serait se montrer trop exigeant vis-à-vis d’un lecteur de roman policier. La dépense d’énergie du lecteur doit être récompensée.

8. Le problème policier doit être résolu à l’aide de moyens strictement réalistes. Apprendre la vérité par le spiritisme, la clairvoyance ou les boules de cristal est strictement interdit. Un lecteur peut rivaliser avec un détective qui recourt aux méthodes rationnelles. S’il doit rivaliser avec les esprits et la métaphysique, il a perdu d’avance.

9. Il ne doit y avoir, dans un roman policier digne de ce nom, qu’un seul véritable détective. Réunir les talents de trois ou quatre policiers pour la chasse au bandit serait non seulement disperser l’intérêt et troubler la clarté du raisonnement, mais encore prendre un avantage déloyal sur le lecteur.

10. Le coupable doit toujours être une personne ayant joué un rôle plus ou moins important dans l’histoire, c’est-à-dire quelqu’un que le lecteur connaisse et qui l’intéresse. Charger du crime, au dernier chapitre, un personnage qu’il vient d’introduire ou qui a joué dans l’intrigue un rôle tout à fait insignifiant, serait de la part de l’auteur, avouer son incapacité de se mesurer avec le lecteur.

11. L’auteur ne doit jamais choisir le criminel parmi le personnel domestique tel que valets, laquais, croupiers, cuisiniers ou autres. Ce serait une solution trop facile. Le coupable doit être quelqu’un qui vaille la peine.

12. Il ne doit y avoir, dans un roman policier, qu’un seul coupable, sans égard au nombre d’assassinats commis. Toute l’indignation du lecteur doit pouvoir se concentrer sur une seule âme noire.

13. Les sociétés secrètes, les mafias, les camarillas n’ont pas de place dans le roman policier. L’auteur qui y touche tombe dans le domaine du roman d’aventures ou du roman d’espionnage.

14. La manière dont est commis le crime et les moyens qui doivent mener à la découverte du coupable doivent être rationnels et scientifiques. La pseudoscience, avec ses appareils purement imaginaire, n’a pas de place dans le vrai roman policier.

15. Le fin mot de l’énigme doit être apparent tout au long du roman à condition, bien sûr, que le lecteur soit assez perspicace pour le saisir. Je veux dire par là que, si le lecteur relisait le livre une fois le mystère dévoilé, il verrait que, dans un sens, la solution sautait aux yeux dès le début, que tous les indices permettaient de conclure à l’identité du coupable et que, s’il avait été aussi fin que le détective lui-même, il aurait pu percer le secret sans lire jusqu’au dernier chapitre. Il va sans dire que cela arrive effectivement très souvent et je vais jusqu’à affirmer qu’il est impossible de garder secrète jusqu’au bout et devant tous les lecteurs la solution d’un roman policier bien et loyalement construit. Il y aura toujours un certain nombre de lecteurs qui se montreront tout aussi sagaces que l’écrivain. C’est là, précisément, que réside le jeu.

16. Il ne doit pas y avoir, dans le roman policier, de longs passages descriptifs, pas plus que d’analyses subtiles ou de préoccupations ’atmosphériques’. Cela ne ferait qu’encombrer lors qu’il s’agit d’exposer clairement un crime et de chercher le coupable. De tels passages retardent l’action et dispersent l’attention, détournant le lecteur du but principal qui consiste à poser un problème, à l’analyser et à lui trouver une solution satisfaisante. Bien entendu, il est certaines descriptions que l’on ne saurait éliminer et il est indispensable de camper, ne fût-ce que sommairement, les personnages, afin d’obtenir la vraisemblance du récit. Je pense cependant que lorsque l’auteur est parvenu à donner l’impression du réel et à capter l’intérêt et la sympathie du lecteur aussi bien pour les personnages que pour le problème, il a fait suffisamment de concessions à la technique purement littéraire. Davantage ne serait ni légitime ni compatible avec les besoins de la cause. Le roman policier est un genre très défini. Le lecteur n’y cherche ni des falbalas littéraires, ni de virtuosités de style, ni des analyses trop approfondies, mais un certain stimulant de l’esprit ou une sorte d’activité intellectuelle comme il en trouve en assistant à un match de football ou en se penchant sur des mots croisés.

17. L’écrivain doit s’abstenir de choisir son coupable parmi les professionnels du crime. Les méfaits des bandits relèvent du domaine de la police et non pas de celui des auteurs et des détectives amateurs. De tels forfaits composent la grisaille routinière des commissariats, tandis qu’un crime commis par une vieille femme connue pour sa grande charité est réellement fascinant.

18. Ce qui a été présenté comme un crime ne peut pas, à la fin du roman, de révéler comme un accident ou un suicide. Imaginer une enquête longue et compliquée pour la terminer par une semblable déconvenue serait jouer au lecteur un tour impardonnable.

19. Le motif du crime doit toujours être strictement personnel. Le roman policier doit refléter les expériences et les préoccupations quotidiennes du lecteur, tout en offrant un certain exutoire à ses aspirations ou à ses émotions refoulées.

20. Enfin, je voudrais énumérer quelques trucs auxquels n’aura recours aucun auteur qui se respecte, parce que déjà trop utilisés et désormais familiers à tout amateur de littérature policière :
- La découverte de l’identité du coupable en comparant un bout de cigarette trouvé à l’endroit du crime à celles que fume le suspect.
- La séance spirite truquée au cours de laquelle le criminel, pris de terreur, se dénonce.
- Les fausses empreintes digitales.
- L’alibi constitué au moyen d’un mannequin.
- Le chien qui n’aboie pas, révélant ainsi que l’intrus est un familier de l’endroit.
- Le coupable frère jumeau du suspect ou un parent lui ressemblant ç s’y méprendre.
- La seringue hypodermique et le sérum de vérité.
- Le meurtre commis dans une pièce close en présence des représentants de la loi.
- L’emploi des associations de mots pour découvrir le coupable.
- Le déchiffrement d’un cryptogramme par le détective ou la découverte d’un code chiffré.
"

Alors ? qu’en pensez vous ? Pour ma part, certes, Death note ne répond pas à quelques points, car évidemment, il existe une part de fantastique dans Death note (L mettra d’ailleurs un certain temps à croire aux shinigamis), mais dans l’ensemble, ça colle pas si mal (je ne suis pas un spécialise des romans policier, je vous laisserais donc en juger par vous même).

Pour conclure sur cette partie, je dirais que death note est tout de même un manga de type policier/thriller fantastique dont l’intrigue est menée solidement avec brio !

Après avoir tenté de décrypter (mon analyse est personnelle et n’engage que moi, vous pouvez ne pas être d’accord) Death note, je suis bien tenté de me limiter à lire : Lisez Death note en appréciant chaque page, sans vous presser (car la volonté de connaître la fin pousse à passer rapidement les pages) ! Death note est un plat qu’il faut déguster !

death note