Lors du salon du livre qui s’est tenu ce week-end, nous avons eu la chance de pouvoir partager avec nos collègues de chez webotaku, Japan bar etc… une interview avec l’auteur de soul eater. Contrairement à d’autres interviews souvent trop concises de mangaka, l’auteur s’est plutôt bien livré, répondant aux questions et acceptant d’évoquer son enfance. Avant de vous offrir l’interview, je voulais partager quelques réflexions sur cet auteur (une reprise de l’article que je suis en train de préparer sur le manga, j’en parle depuis longtemps, il fait actuellement 120 pages et explique la rarification de mes publications depuis trois mois (cet article compilera mes 3 à 5 dernières années de réflexion sur le manga)).

Atsushi Okubo a travaillé comme assistant sur Get Backers (1999), avant de proposer son titre à succès, Soul eater en 2003. Atsushi Okubo apporte véritablement quelque chose au monde du shonen, insufflant la vie à tous les êtres inanimés de sa série (le soleil, les bâtiments etc..), apportant une forte dose de folie à chacun de ses héros ainsi que de nouvelles perspectives graphiques en jouant beaucoup sur le noir, les ombres, un style parfois rough à outrance, minimaliste et assez novateur (parfois on ne voit qu’une ombre avec trois trous pour la bouche et les yeux). Son style me fait personnellement quelque peu penser au concept Wabi Sabi (goût pour le vieux, l’imparfait), retranscrit par l’ouvrage « l’éloge de l’ombre » de Tanizaki ayant vocation à énoncer tout le rôle de l’ombre dans la culture japonaise, mais aussi à tout l’univers de l’étrange noël de Mr Jack de façon plus générale à l’univers de Tim Burton et du fantastique (comme le personnage de Stein). Sans doute l’un de mes shonens préférés en ce moment !

Les réponses à l’interview sont pour moi d’une grande importance dans ma réflexion sur le manga. Elles sont tout à fait évocatrices de certaines réflexions d’anthropologues/sociologues sur le Japon, visant à dire qu’il s’agit beaucoup plus d’un pays du comment que du pourquoi. Pour rejoindre ma pensée, je reprendrais un extrait de l’article « la critique manga est elle nulle ? compte rendu du débat (angoulême 2009) » [qu’il faut absolument lire !!] « La critique en tant que telle n’existe pas au Japon, tous les magazines édités là-bas appartiennent aux grands groupes, il n’y a pas de critique libre. Cela aboutit d’ailleurs à des situations parfois étonnantes : lorsqu’un mangaka arrive en France et qu’il voit les questions qu’on lui pose, il est épaté. Nicolas Penedo a ainsi évoqué l’exemple de cette auteur de manhwa qui, au bout du compte, a retourné l’interview pour lui demander ce qu’il pensait qu’elle devait améliorer dans sa BD. Animeland a par ailleurs déjà été confronté à cette question de la part d’un grand groupe japonais, qui ne comprenait pas pourquoi les rédacteurs se cassaient la tête à faire des articles de fond au lieu d’utiliser directement les textes fournis par l’éditeur ». Mais nous aurons l’occasion de traiter de cet aspect dans un article plus approprié. Découvrons enfin l’interview tant attendue :

Pouvez vous vous présenter et indiquer votre parcours professionnel

Lorsque j étais étudiant dans une école de manga, on ma présenté l auteur de get backer. J’ai été assistant pendant 2 ans et j ai écris ma propre histoire. Puis, j’ai gagné un concours avec B1 pour Square Enix.

Qu est ce qui vous a poussé à devenir mangaka ?

Quand j’étais petit, j aimais beaucoup dr slump. Je me suis mis à dessiner, et je me suis dit que quand je serais grand, je serais mangaka. Entre temps comme je me suis rendu compte que ce n’était pas réaliste je pensais plutôt devenir designer ou graphiste. Finalement, je suis devenu mangaka.

Comment votre famille prend le fait que vous soyez mangaka ?

Ma mère me dit depuis toujours que je dessine bien et mon père, en voyant mes bulletins de notes, disait que j’étais trop nul et que je n’arriverais à rien. Mon père m’a dit que comme je n’arriverais à rien, autant dessiner des mangas.

Atsushi ohkubo, auteur de Soul Eater : (...)

Est il obligatoire d’être d’abord assistant. Cela vous a-t-il apporté quelque chose ?

Je pense qu’il est important de commencer par être assistant. Cela permet d’apprendre tous les mécanismes, les processus, de connaître les différentes étapes et à quel moment les réaliser. Cela permet de tout gérer plus efficacement.

Vous êtes influencé par certains cinéastes comme Tim Burton ou David Lynch, avez vous d’autres influences ?

Le film qui compte beaucoup pour moi est Mystery man. Il y a aussi Wallace et Gromit et de façon générale les métrages d’animation en pâte à modeler.

Avez-vous rencontrez des difficultés lors de la réalisation de votre manga ?

Le plus dur, c’est de respecter les délais.

Pouvez vous nous indiquer comment vous avez créer Soul eater ?

Tout a commencé avec une histoire avec une héroïne : une petite fille avec une grande faux. Et à partir de là, j’ai commencé à créer une histoire.

Certains personnages comme Stein sont des personnages un peu dérangés. La folie est elle un domaine qui vous attire ?

Je ne suis pas particulièrement attiré par la folie. Mais quand je commence à dessiner, ça part toujours un peu dans ce sens.

Vous évoquez dans le tome 2 vos difficultés scolaires (préface) durant votre enfance mais que vous faisiez de votre mieux. Ne vous identifiez vous pas à Black star ? Sinon quel est votre personnage favori ?

En fait les personnages qui me ressemblent le plus sont Black star et Patty.

Vous traitez de la relation maitre/esclave, maître/objet, un peu comme pokemon, comment percevez vous cette relation ?

Je ne pense pas que l’on soit comme dans Pokemon avec une relation utilisateur/utilisé. Dans Soul Eater, les armes sont elles mêmes des êtres humains. Elles sont au même niveau que les meister et il n y en a pas un qui commande l’autre. C’est une relation équilibrée.

Pouvez vous nous parler de la femme dans Soul eater ?

Dans les shonen de baston, il y a très peu de fille alors que de plus en plus de fille lisent des shonens. C’est pour ça que j’ai eu l’idée de faire une héroïne comme Maka et de proposer plus de personnages féminins qui se battent.

En matière de shonen, le père est souvent présent alors que la mère est absente, au contraire de Soul Eater, pouvez vous nous expliquer ce choix [petite remarque sur cette question, car je ne suis pas nécessairement d’accord avec la question, le père est souvent présent dans le shonen, mais en fond, pas forcément physiquement, c’est plutôt la mère qui est à mon sens inexistante » ]

En fait, au Japon, les relations entre les pères et les filles sont assez tendues. Par exemple, les filles ne veulent pas laver leurs affaires en même temps que les affaires de leurs pères. Il faut faire deux machines séparées. J’ai donc trouvé qu’il serait possible de créer des scènes comiques à partir de ces relations entre père et fille.

soul eater

La relation entre maka et son père apparait un peu comme des difficultés liées à l’adolescence, est ce que vous avez voulu communiquer ?

J’ai eu une adolescence assez rebelle et je communiquais assez mal avec mes parents. J’ai trouvé qu’il était assez amusant et original de dépeindre ces difficultés, car cela peut toucher un public adolescent.

Pourquoi rendez vous vivant tous les objets inanimés (arbres, lune, soleil etc...) ?

Quand j étais petit, j’adorais Docteur slump. Il y avait toujours un soleil ou une lune. Cela m’est venu naturellement sous l’influence de Dr slump.

Vous êtes vous inspiré de shaman king ?

Je m excuse mais je n’ai jamais lu shaman king. En fait, le principe des âmes qui se baladent est assez répandu et assez commun dans notre quotidien au Japon.

Pouvez vous nous décrire une journée de travail, votre façon de faire ?

Une fois mes planches rendus, je prends du temps pour moi jusqu’à ce que la date limite arrive et à ce moment je m affole. D’abord, je dessine un « name » (croquis pour avoir le découpage), ensuite je fais tous les dessins au crayon et je les encre. Tout ça me prend une semaine et demie.

Pour combien de page ?

Pour une quarantaine de page.

Comment a commencé le projet d anime et qu elle part avez vous joué dans sa réalisation ?

En fait, je n’ai pas fait grand chose. J’ai rencontré l équipe avant la preproduction et puis j’ai laissé faire.

Etes vous satisfait du résultat ?

Je suis complètement satisfait. Mais même si je suis très satisfait du dessin anime, je ne décide de faire ou pas une deuxième saison.

Comment percevez vous l’ajout de scènes dans l anime ? Voyez vous cela comme une traîtrise ?

Non, au contraire, cela m’amuse beaucoup de découvrir de nouvelles facettes à l’univers de Soul eater.

Avez-vous déjà joué au jeux vidéos Soul Eater ?

Je joue à soul eater, surtout sur psp. Je maîtrise bien le personnage de Blair.

Dans l’anime, certaines scènes sont un peu moins osées que dans le manga, qu’en pensez vous ?

Il s’agit tout simplement de contraintes de la censure télévisuelle, des contraintes techniques auxquelles on ne peut pas déroger

Que pensez vous de la concurrence ente Soul Eater et d’autres shonen comme One piece , Bleach etc. ?

Comme je lis ni l un ni l autre, je n y fais pas attention.

Au Japon, on compte déjà treize volumes, pensiez vous allez aussi loin et avez-vous une idée de la fin ?

Effectivement, je ne pensais pas aller aussi loin. J’ai travaillé jusqu’à ce que je me rende compte que 13 volumes étaient sortis.

Comment appréhendez vous le retour des français sur cette nouvelle sortie ?

Je ne suis pas trop stressé. J’espère que le public trouvera Soul eater amusant, mais ça ne me dérange pas si certain ne l’aime pas.

Comment expliquez vous le succès de Soul Eater qui dure depuis plus de trois ans ?

Le manga commence à avoir du succès, mais cela vient de Square Enix qui a tout fait pour que cela marche. Le succès a été graduel et cela a amené à une adaptation en anime l’an dernier

Lisez vous d autres mangas ?

Je lis Yotsuba. Je ne lis que Yotsuba.

Vos personnages semblent tous avoir une part de bien et une part de mal. Quelle est votre vision du bien et du mal ?

J’ai essayé de faire des personnages très humains et donc imparfait. On rigole souvent des défauts des autres. Il est donc beaucoup plus intéressant pour le coté comique que les personnages aient des défauts.

A ce sujet, comment vous est venue l’idée de faire de Death un obsédé de la symétrie ?

Après avoir crée Maka et Black star, j ai voulu créer un personnage parfait. Death était donc ce personnage parfait. En fait, il était tellement parfait que cela devenait gênant et c’est ce que j’ai voulu montrer de manière simple. C’est de là qu’est venu ce toc sur la symétrie.

soul eater

Vos personnages sont particulièrement originaux, pouvez vous nous dire votre façon de procéder ?

Je n’ai pas vraiment de recette. Tous les personnages que j ai créé, je les ai créé de manière naturelle. Cela sort de mon imaginaire et je ne fait pas beaucoup d effort pour les travailler. Cela me flatte que vous les trouviez originaux.

Pourquoi avez-vous choisi de créer autant de personnages ?

En fait, à la base, il ne devait y avoir que deux personnes : un meister et son arme. Tout c’est emballé et beaucoup de personnages sont apparus. Je ne contrôle plus.

A la base, Soul Eater était un one shot ?

En fait, j’ai commencé par faire une histoire courte avec un premier chapitre. Je l’ai publié. Il a été tellement bien accueilli que j’ai décidé de l’étoffer avec deux autres chapitres avec black star et Death the kid.

Quel personnage aimeriez vous devenir ?

Maitre shinigami.

Pourquoi ?

Parce qu’il est baleze.

Votre éditeur a-t-il une influence sur votre travail ?

Je parle pour moi mais j’ai la chance que square enix soit un éditeur dont la priorité est que l’auteur puisse faire ce qu il a envie de faire et de l’aider à le réaliser. Il me pousse à réaliser les choses que je veux.

Avez vous d’autres loisirs comme la jmusic ?

Je n’écoute pas trop de jmusic mais surtout de la musique étrangère. Sinon… je joue aux jeux vidéo.

Qu’écoutez vous comme musique étrangère ?

Du monde entier, de tous les genres et de toutes les époques

Mais avez-vous un genre préféré, des groupes préférés ?

Les groupes les plus importants sont sans doute ceux que j écoutais quand j’étais plus jeune : Nirvana, Radiohead ou Bjork

Que pensez vous faire après Soul Eater ?

Je verrais quand j’aurais terminé Soul Eater.

Avez-vous un message pour votre public français ?

Je sais que Soul Eater n’est sorti qu’avant hier mais je veux que le public sache que si je suis devenu mangaka c’est pour amuser le plus possible. Donc si je réussi à amuser un seul français, je serais content !

Merci beaucoup à l’auteur et aux éditions Kurokawa de nous avoir permis d’interviewer cet auteur !