Amer beton (Tekkon Kinkreeto / Michael Arias / Taiyou Matsumoto) ma note 9,5/10
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samedi 15 mars 2008, par rambijey
Le vendredi 14 mars est à marquer d’une pierre blanche ! En ce grand jour, mes oreilles ont découvertes "les études d’exécution transcendante" de Franz Liszt, laissant sans voix, et mes yeux ont vu Amer Beton .
Comment introduire ma critique de cette merveille de l’animation sans dire qu’il s’agit du titre le plus hallucinant que j’ai pu voir récemment (peut être même depuis que je regarde des animes).
Voila bien longtemps que je souhaitais voir cette adaptation cinématographique du manga du même nom, d’un auteur que j’affectionne tout particulièrement à savoir Taiyou Matsumoto. J’avais déjà pu m’attarder sur son génialissime Ping pong,. Ping pong parvenait à nous plonger dans le monde du ping pong, mais aussi de ces personnages, récréant un microcosme bien particulier, avec un style de dessin original mais incroyablement réussi du point de vue des plans, du dynamisme et de l’action (de mon point de vue, Taiyou Matsumoto est d’ailleurs l’un des mangakas les plus extraordinaires que l’on peut lire (comme Naoko Urasawa)).

Nous retrouvons bien cela dans Amer beton. Amer beton, c’est avant tout un univers. Les héros sont deux jeunes enfants (blanc et noir, ou kiro et shiro). Surnommés "les chats", ils veillent sur la ville de Trésor ville, "leur ville". Trésor ville est une ville populaire, pleine de vie, mais en pleine mutation, l’urbanisation absorbant progressivement l’âme de la ville et de ses habitants. Les petits bandes, les yakusas, luttant pour dominer chaque quartier sont eux aussi amener à combattre la modernité et l’urbanisation qui les amène inéluctablement à leur disparition. En effet, un grand groupe de promotion souhaite raser la ville pour en faire un parc d’attraction. Aidé par un homme étrange, Monsieur Serpent (hebi en japonais) et des hommes ressemblant à des robots venues d’une autre planète, Kuro et Shiro auront bien du mal à défendre leur territoire, voir même à survivre.

L’une des thématique d’Amer beton est certainement l’astrologie chinoise, Kuro et Shiro symbolisant le yin et le yang ainsi que le signe astrologique du Chat. Kuro et Shiro sont donc le noir et le blanc, deux entités opposées mais complémentaires et ne faisant au final qu’un. Kuro intelligent et froid tend vers la violence, la colère. Son seul but dans la vie est de protéger shiro. Shiro représente quant à lui l’innocence, la naïveté et la pureté. Toujours dans ses rêves, il ne sait presque rien faire par lui même et aime profondément Kuro. Il rêve de nature, de vivre dans une maison près de la mer, et se sent profondément triste à la venue de la pluie. Il est intimement lié à Kuro et ressent quand il va leur arrivé malheur. Shiro est la seule chose sur terre permettant à Kuro d’être heureux, d’apaiser sa haine contre le reste du monde. Kuro est lui même divisé entre son penchant pour la haine, les ténèbres, symbolisés par le minotaure, et sa partie pure, renforcée par Shiro (blanc). Le personnage de Kuro sera constamment à la recherche de son équilibre, et comme l’explique Shiro, Shiro est le seul à détenir les vis capables de réparer le coeur de Kuro.

Au de là de ces personnages centraux, Amer beton compte d’autres personnages disposant tous de leur propre particularisme comme le personnage de serpent (hebi) ou du rat (le vieux yakuza Susuki) ainsi que son subalterne qui le trahira, Kimura. Si l’analyse du site Akata fait référence à la bible (le serpent étant un personnage perturbant l’harmonie, l’équilibre du monde) et aux Kamis (divinité de la réligion shintoiste), je ne le vois personnellement pas sous cet angle. Pour moi, le personnage de serpent fait plutôt référence à l’astrologie chinoise (que je mentionnais d’ailleurs plus haut). Comme le mentionne l’article de wikipédia, "Le Serpent est le sixième Animal dans l’ordre d’arrivée qui apparaît dans le zodiaque chinois, lié au calendrier chinois. Le « Serpent » est décrit comme étant séducteur, égoïste, manipulateur.
"En effet, le personnage séduit littéralement les autres personnages à l’aide de promesses d’argent, et il manipule à merveille Kimura (au titre de ces manipulation, il dira d’ailleurs à un moment à propos de ses assassins qu’ils sont le corps et qu’il est le cerveau). Physiquement, son design est clairement similaire à celui d’un serpent, ses yeux étant fixes, son visage livide, sa couleur de peau extremement pale et bien que pas du tout similaire dans le look, le choix du design peut être assimilé à celui de Oroshimaru dans Naruto (au niveau des yeux et de la couleur de peau).
Rat apparaît au début de l’anime. Ce vieux Yakusa revient faire sa loi dans trésorville. Il est en fait celui qui introduira dans trésor ville le promoteur à l’ origine de la chute de trésor ville. Il peut lui auss être rattaché au rat de la légende de l’astrologie chinoise. Dans cette légende, le rat trompe le chat ne l’ayant pas convoqué pour la course, ce qui fait que le chat ne fait pas partie des signes zodiacales chinois (cela en fait des ennemis ancestraux). Il est d’ailleurs féru d’astrologie et se révèle effectivement très sage. Au de la de la symbolique, Susuki, représente la nostalgie des temps anciens, un gangster ayant tout de même le sens des valeurs (ce qui n’est pas le cas de Hebi, gangster moderne sans scrupule ni vergogne). Il aime profondément le trésor ville de sa jeunesse. C’est dans cet endroit qu’il s’est formé, qu’il a tout appris et qu’il est devenu ce qu’il est aujourd’hui.
Même si je ne les cite pas , il existe d’autres protagonistes intéressants, comme le grand père, véritable mémoire de la ville, représentant comme Rat l’ancien temps, Kimura, un Yakusa formé par rat, à mi chemin entre tradition et modernité, ou encore les deux policiers tentant tant bien que mal de sauver ce qu’ils peuvent.

Enfin, l’un des personnages les plus importants est sans doute Trésor ville. Véritable être vivant, trésor ville fourmille et évolue au fur et à mesure de l’anime. Cette ville est pleine de couleurs, d’énergie. Les rues sont sombres, étroites, cachant quelques bars de strip teaseuse. La ville fait parfois un peu penser à la ville de métropolis (dans l’anime Metropolis). On y trouve des icônes de dragons, d’éléphants de la mythologie indienne (On peut retrouver dans cette ville quelques éléments du passage de la parade dans Ghost in the shell - innocence). Nous assistons au fur et à mesure de l’anime à la transformation de la ville, typique et humaine en un parc d’attraction délirant et froid, représentation de la folie humaine.
Après avoir planté le décor et présenté succinctement les personnages, il est possible de passer au rythme, à l’animation ainsi qu’au graphisme.

Le style rappelle inexorablement Mind game et un autre ovni du genre que j’avais pu présenter il n’y a pas si longtemps que ça : Kemonozume. D’ailleurs la fin complètement délirante de Kemonozume n’est pas sans rappeler la fin de Amer beton.
De même le style graphique est dans la même veine que les deux titres précités. Amer Beton est de ce point de vue encore un "anime venu d’ailleurs". Le rythme est superbement dosé, alternant avec subtilité et justesse, action/contemplation, rêve et cauchemar. A cet égard, les transition entre la pureté de l’esprit de shiro (avec beaucoup de clarté, de fleurs et de douceur) et la noirceur des pensées de Kuro est parfaite (un style très rough, des traits très appuyés, et un tout assez sombre). La ville est quant à elle dessinée avec détail et précision, chaque mur, chaque porte étant dessiné avec minutie. Un véritable régal pour les yeux !
On ne s’ennuie pas une seconde et c’est avec délectation que l’on rentre dans le monde de Amer beton, où Michael Arias nous emmène avec virtuosité. Le character design des personnages en étonnera plus d’un et paraitra sans doute assez pauvre pour certain. Mais ils sont pour moi plein de caractère, et permette de mettre l’accent sur une energie, un monde parallèle que l’on ne retrouve que dans les mangas de Taiyou Matsumoto.
Si Paprika de Satoshi Kon atteignait pour moi des sommets quant à la représentation du rêve et de l’inconscient, Amer beton la transcende littéralement. Dans Amer Beton, il n’est donné aucune explication mais le spectateur est véritablement absorbé grâce à des paroles simples ainsi qu’un alliage méticuleux de personnages profonds et d’un macrocosme irréel.
Même si je n’ai pu vous présenter qu’un tout petit peu de ce que je voulais vous dire, je conclurais sur cette phrase : Il faut lire les mangas de Taiyou Matsumoto et regarder Amer Beton. Amer Beton est le preuve qu’un film d’animation peut être une oeuvre d’art ! Retrouvez un bon dossier sur amer Beton sur le site de Akata








